‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 58 sur 86 · GRÉGOIRE XVI AUTORISE LE PRÊT A INTÉRÊT, CONDAMNÉ . PAR BENOÎT XIV · texte numérisé non relu

GRÉGOIRE XVI AUTORISE LE PRÊT A INTÉRÊT, CONDAMNÉ . PAR BENOÎT XIV

PIE IX DÉFINIT l'immaculée CONCEPTION , CE QUE n'a- VAIENT PAS VOULU FAIRE SEs'PRÉDÉCESSEURS.

CONTRADICTIONS ENTRE l'eNSEIGNEMENT ET LA CONDUITE PRIVÉE DE CERTAINS PAPES.

« Lambert ayant recouvré sa puissance , Etien- Ine se déclare pour lui , et lui témoigne tant de

déférence quMl va jusqu'à faire exhumer son infaillible antéprédécesseur Formose; il le fait juger, lui fait couper les trois doigts avec lesquels il donnait sa bénédiction, et fait jeter son corps dans le Tibre.

« S'il n'a pas été clief de l'Eglise, il a été au moins le très-humble serviteur de Lambert. En 897 , les Romains le jetèrent en prison et rétranglèrent.

« Jean IX rétablit la mémoire de Fornlose. Quelle suite d'infaillibilités * ! »

— « Nicolas m, dans la constitution J&irîï/ qui séminal adressée 'aiix religieux , aux écoles et à toule ; rEgUse , décrète que le voeu de pauvreté, imposé : ►par la règle de saint François , consiste dans le dé-j pouillement absolu de toutes choses, même dei celles qui se consomment par l'usage ; et Jean XXII, i dans les trois bulles : Exici, Quorundam, Àd midi- ! torem^ définit le contraire ^. » I

— « Je vois bien aussi {[wa Léon IX (1049), puis ; ensuite Grégoire VÏÎ , publient et font décréter parj dés conciles que lePape ne peut être jugé par per- . sonne,qu'il est juge infaillible; que l'Eglise romaine i n'a jamais erré , et que jamais , comme l'atteste ' l'Ecriture , elle ne pourra le faire. Mais j'entends ensuite l'un d'eux, le pape Grégoire XI (1370), me dire fi son lit de mort et déclarer dans son testa-

h A. Bosi, nbi supi'àf 50.

2 IkfcHiiio Ikclar. Ckri gall. d, 2» , c. 41 ctseq.

ment : « que w dans U consistoire., ou !^ oonclle&, o^ ailleurs, il a souleuu qutilq.ue.s çIoctriDes c(^n* traires à la foi catholique, il coHidi^mn^ de (ju'ijlr fîWt^ »

-^« Il nous faut bien savoir qu'il est une vôrsio^ latine des Livres saints nonin^ée lit ffulcjat<iy et quo c'^sl elle que le concile de 'frc!)îc a déclarée seule authentique ^: c'est-à-dire qu.i,v sous peine d'an^tl^èwe, c'est d'elle seulement qu'il est permis de se 'servir dans l'Eglise romaine , qu'on lui accorde ip) us (l'autorité mtoe qu'aux lextes inspirés hébreux jet grecs. %^

« Or il faut nous rappeler que cett^ version qu^ iSaint Jérôme avait faite au quatrième siècle s'était jtellement altérée, qu'au seizième siècle le pape SixtcjQuint dut la faire rétablir et que , sous s» s yeux , fyt imprimée à Uome une édilion qu'une bulle prononça pure et authentique , et qu'elle enjoignit à taule l'Eglise de recevoir comme telle.

? Mais malgré tous les soins , et surtout m'^lgrô Vinfaillibdité du Pape, ce; te édition se trouva tellemeiU fautive que Clément Vlll ^ successeur de Sixie Y , la supprima , rt en iU publier une autre en 1592.

« Mais celle-ci ne fut pas plus correcte ni pl^s Ipure que la précédente ; il existe au contraire de

1 Spici!. d'Ach. 6.-.B««n85e, Il U^S.^Malati, ?^ 8 C. Trid., sess. iv.

vr4

telles contradictions entre les deux versions, et Tune et Tautre renferment de si nombreuses et de si graves erreurs, qu'il est impossible de leur donner une solide confiance , ni de déterminer, entre les deux mille oppositions et plus , quelle est la vraie leçon du texte '. »

— « Clément Yili commit une fatale imprudence en publiant une édition de la Vidgnle fort différente de celle de Sixte V , corrigée et retouchée , ce qui compromettait l'infaillibilité de l'un ou de l'autre^.»

— « Vous avez des papes qui ont proscrit les Jésuites, comme vous en avez qui les ont rétablis ', et par des bulles contradictoires *. ■>

— « Pie VI, cardinal Branchi, ami des Jésuites. Comme on le voit, il n'y a pas beaucoup d'unité entre ces différents Papes ^. »

— « Pour prendre un fait qui touche à la morale dont les règles sont immuables comme le dogme, ])ourquoi Grégoire XVI, 'Cn contractant un emprunt comme un autre souverain et aux mêmes conditions, a-t-il légitimé par ce fait le prêt à intérêt que ses prédécesseurs avaient. condamné ^*? »

— « Depuis le concile de Trente, dans cette lon-

\ Malan, (. c.

S A. Bost, l. c, 63.

5 PuauXj Rome a-l-tlk Us cafacVrts , e(c.

4 Bauiy pasicur, Fictions d rialitt's, ou Us Prelentioni de Rom«-

5 A. Bost, /. c, 67.

% Bêuty, FUtiom et réalités.

gue suite de Papes , si Ton n*en peut trouver un seul qui n'ait été iavorable à la croyar.ce de l'immamaculée Conception, on ne peut davantage en trouver un seul qui ait songé à l'ériger en dogme, ni même qui se soit cru le droit de flétrir une opinion que le concile de Trente avait respectée. Connaissaient-ils la tradition moins bien qu'on ne la connaît aujourd'hui , et peut-on indiquer une raison nouvelle pour rompre avec de tels précédents * ? »

— « Nous ne voulons pas tirer parti du développement de la doctrine, bien que nous en ayons le droit; car ce qui est infaillible - doit être immuable, et n'est pas susceptible de progrès '"*. »

— « 11 faut que l'évêque soit irrépréhensible , mari d'une seule femme *, vigilant , chaste , hono-

^ Laboulaye, Journal des Débals, nov. ^8a4.

2 Infailliblese dit d'une autorité qui enseigne, el non Je l'objet en- «eigné.

3 A. Bost, l. c, 8.

4 L'auteur met en note y.ix; yu''^^'''Oi x'jopa, mari d'une senU femme. L'apôtre saint Paul veut dire ici que , si on ne peut trouver pour élever au sai-erdoce des hommes qui, comme lui, n'aitMit jamais pris femme, il faul, dansions les cas. n'adopter que ceux qui n'ont élé mariés qu'une fois, unius uxoris virum , ou vierges ou vcuTs. et rejeicr abioluiiiont ceux qui auraient convolé a de secondes noces. Le docteur Malan en couclut qu'il faut à tout pYix que chaque cviHjue ait une femme.

Colle interprétation libre et lillérale do l'Ecriture-Sainte donne lieu parfois a do singulières erreurs. Le mot frère, dans les langues sacrées, si.jiiific uon-sfulement qui est issu de mêmes parents, mais encore «fivw, coi.'i>i», allié, et même, dans certains cas , simplement ami. 11 y a des Prolcslants ([u\ le prennent toujours dans le ptomicr sens, 'et trouvnit ainsi le moven do nier la virginité perpéluellc de l'angusle ^lére J^

2Mî

ra?bîe, hospitalier, capable d'instruire ; qu'il ne soit ni sujet au vice, ni prompt à frapper, ni porté à un g^in honteux, mais qu'il soit doux, sans esprit iquei;elleur et sans avarice. » »

«Tel est le caractère de tout ôveque de l'Eglise, et que certainement le Saint-I£sprit va réaliserdanSi l'homme qu'il a dû rendre infaillible *,

Di«u, en disant que Jésus-Clirisl avait trois fii-res. M. Napoléon Roussel CD cotnpio mcme davantage.

« Eu d'aulrcs lernios, dit-il, Marie a cUé mèrcaun)oiiisdcsc|)t cu(auis.tt {Snuvcau choix de Traités, 233.)

Ki l'absunlc ni le llasphcnie ne les arrôlcnl. Ils n'ont pas craint de sauilli-r !a naissance du Filsdo Dieu en Iravcslissanl ces paroles de sa n-.'ro: iloi el votre pero ncus vous clicrchions, affliges ; ciunnic si l'époux de b Vierge Marie, le tliasio J(isej)li, avait eu d'aulr«'s rapports avec Ji'sus que ceux de {jardien, de prolecteur de son enl'auee , de pi-rt' léjjiil !

ÇuintiMarc lui baptisé par ^ailll l'ierre, de lu le litre d'enfant qilO celui-ci lui donne dans ses lettres : Murcus lilius meus. M. I>«'st soutient que saint Pierre était le père nuturel *lc saint ^larc. h'autrcs concluent de ces paroles du nn>ine Aj)olre : « Vous êtes nn sarerdoce royal, » que tou!> les chrétiens, lionnnes el femmes, sont prèlre>. l'oun|uui ne pas conclure parcillcineni que tous K-s chrétiens sont d<'S rois, ri'yule sacevdolinm'f tous dos i.ituls , gais sancla'f Ions nécesiairemenl sauves quoi qu'i s ra!>>cnl, genus eleclam'f Kl, en suivant le même mode d'inlerpré* talion, ponrijuoi ne pas <lire (jue Jésus-Clii ist es! une pierre, peira flUiem nul Cliriatus'f le ciel une voùic , la terre un tapis, cic. ? l'ojr(|uui ne pas soutenir que tout est permis, <|uc la verlu n'est qu'un nom, puisque l'auteur des Proveibcs a dil : o Tais, selon ton poi^Viiir, tout ce que tu auras nn)Ycn de faire. — Qu'est-ce (|ue le sa[;e est de pins (|u'un insensé? n {Piov, IX, 10; — VI, 8. 'Iradnction projeslanle d'oxosliern.)

Que le divin Platon avait raison lorsqu'il disait, il y a deux mille ans : « L'écriture passe de main en main, elle appartient à tout le monde; mais eliC ne sait ni pour qui elle d<»it parler, ni pour qui elle duit so taire; eue ïie peut , par eiie-ni« nie , repousser Ic^ injures et les affronU, el il faut que son pero vienne à son secours. » (l'hédou, in fint.)

i MaUn, l. e., *00.

Toutes ces objections reposent sur le même sophisme : T ignorance de la question. Pour éviter îa répétition fastidieuse de la même réponse à des difficultés qui ont la même origine , nous devons donc rappeler les notions que donne la théologie catholique sur l'infaillibilité du Pape. Nous le ferons en montrant rapidement en quoi consiste cette infaillibilité, quel est le sujet ou elle réside, quel est l'objet auquel elle s'applique, quels sont ses modes d'exercice.

Nature de tinfaiHibilité. Il ne faut pas confon- ■e rinfaillibililé et Timpeccabilité ^ La première, telle que la soutient la majorité des catholiques, désigne le privilège par lequel le souverain Pontife, agissant et parlant ex cathedra (du haut de sa chaire), c'est-à-dire comme chef visible de l'Eglise universelle, ne peut, grâce à une assislance particulière de Dieu , rien définir contre l'exactitude du dogme et la pureté de la morale. L'impeccabilité est le privilège de ne pouvoir pécher. Jamais (titholique d'aucune école et d'aucun siècle n'a soutenu que les Papes fussent doués d'impeccabilité.

Sans doute la nature des fonctions qu'ils exer-

\ C'est tout ce que nous voulons couslalev ici, sans enlier dans l'eiameu d'autres questions que soulève ce mot nature,

ceiit , la multiplrcité des secours qui les entourent, les grâces que Dieu leur accorde à proportron des charges qu'il leur impose, les prières incessantes que fait l'Eglise pour ceux qui la gouvernent, sont pour eux de puissants moyens de sanclitication ; mais , enfin, la nature de riiommc reste sous la dignité du Pontife; il4 peuvent pécher après comme avant leur élévation. Jésus-Christ a dit à Pierre : « J'ai prié pour que ta foi ne défaille point; » il n'a pas ajouté : « et pour que tu ne pèches plus. » Autre chose est la croyance, autre la conduite.

Sujet de VinfmlUhilité. Dans Téminent personnage désigné ordinairement sous le nom de Pape, de Saint-Père, de souverain Pontife, il faut distinguer riiomme, le docteur, le prince temporel, FEvêque de Rome, le Patriarche d'Occident, et enfin le Chef de l'Eglise. Or, c'est à ce dernier litre seul qu'il est investi du pri\ilége de 1 infaillihilité. Comme homme privé, il est soumis, a l'iustar de tous les autres fidèles, au\ lois de Dieu et (le TEglise; nous l'avons déjà dit, avant comme a|)rès son élection, il peut manquer à ses devoirs ou donner l'exemple de toutes les vertus.

Comme docteur, il peut penser, parler et écrire selon le deg^é d'intelligence qu'il possède natu-

Tellement et retendue de rinstruclion qu'il a acquise par son travail.

Comme prince, il promulgue les lois, perçoit les impôts , signe des traités d'alliance, fait la paix ou la guerre, nomme aux fonctions civiles, gouverne enfin ses états de par le même droit et sous la même responsabilité que tous les souverains.

Comme cvêque de la ville de Rome, il exerce les fonctions de pasteur proj)re et ordinaire sur son diocèse. Comme patriarche d'Occident, il a certains droits de juridiction sur les provinces ecclésiastiques qui sont de son ressort; et, pour agir sous ce quadruple rapport, il ne doit attendre d'autres secours surnaturels que ceux que Dieu juge bon de lui accorder, ou qu'il peut mériter par ses vertus et ses prières. Comme Pape seulement, il a droit à une assistance particulière dont le résultat est de lui montrer le vrai toutes les fois qu'il s'agit d'une question qui est du domaine de l'infaillibilité.

Objet de tinfailUbililé, Mais il ne faudrait pas croire que tous les actes que fait le souverain Pontife, même comme chef de l'Eglise, fussent marqués du sceau de Vinfaillibilité : ce serait étendre inutilement ce privilège; il faut le res-

treindre aux seules questions de foi et de morale et à celles qui ont un rapport nécessaire avec elles. Ainsi , le Pape n'est pas compétent pour décider les questions purement scientifiques: qu'il vint, par exemple, à déclarer que Newton a seul expliqué conformément à la vérité la production et la transmission do la lumière, tout catholique pourrait consciencieusement continuer à combattre le système des émanations du physicien anglais, et à soutenir celui des ondulations de Descartes.

Il n'est pas même dans les attributions du Pape de décider les questions purement philosophiques, lorsqu'elles ne touchent ni directement ni indirectement au dépôt des vérités révélés. La foi, les mœurs et, comme conséquence, l'interprétation de l'Ecriture, le discernement de la tradition, les questions de discipline générale, la canonisation des saints, les faits dogmatiques : voilà le domaine de l'infaillibilité, tout le reste lui est étranger.

Mode cV exercice. Lorsqu'une décision du chef . de l'Eglise a pour objet un point du dogme ou de la morale, elle peut encore ne pas être reçue comme infaillible, si elle n'est pas rendue dans certaines conditions déterminées. Nous les avons déjà énumérées en parlant de H lettre d'Honorius.

La première, dont lapFésenceîdll^este^est^lou• jours siipposécîdèsque la proniuigation de la bulle a lieu, est que le souveraia Pontife ait, au préalable, examiné la question q.u'il décide. Même , au concile de Jérusalem , la sentence définitive Visiun est Splritui Sancto et nohis a été précédée d'une sérieuse discussion , magna conquisilio. L'assistance du Saint-Esprit n'exclut point les secours humains, elle veut au contraire qu'on les emploie. C'esUpour cela qu'ordinairement, avant de prononcer , le Pape prend des informatiçns , nommedes commissions, consulte les cardinauxet les évéques, et ordonne des prières.— La seconde, c'est que la forme soit déclsoire, qu'on nous passe ce terme. Cette condition est remplie lorsque le décret publié contient ces expressions : « Nous définissons que telle vérité appartient au dogme catholique;— nous déclaronsquc telle proposition est contraire à la foi ; — nous retranchons de l'Eglise et déclarons excommuniés tous ceux qui penseront, diront et soutiendront le contraire; » et autres semblables. Si on lisait seulement : « Nous sommes d'avis, il nous semble, nous conseillons,» ou autres formes dubitatives, il y aurait déclaration d'opinion, mais non décision. — La troisième, c'est que le Pape s'adresse à tous les fidèles, ouailles et pasteurs. — Enlin, la quatrième, c'est que

celte décision soit promulguée d'une manière suffisante pour arriver à une complète publicité.

Il ne faut pas croire non plus que, même dans le système théologique le plus favorable à l'autorité du Pape, on regarde comme également de foi tout ce que contient une bulle ex cathedra. C'est la seule vérité expressément délinie qu'il n'est plus permis de contester désormais. La liberté de discussion peut continuer sur toutes les autres propositions de la bulle.

Enfin, nous devons dire qu'il est de foi catholique que l'Eglise, soit réunieen concile, soitdispersée sur toute la terre, est infaillible; que le Pape a la principale part dans les jugements doctrinaux; que ses décisions deviennent irréformables du moment qu'elles sont approuvées au moins tacitement par l'Eglise; mais quant à savoir si elles le sont également avant cette approbation, c'est un point débattu que l'Eglise jusqu'ici n'a pas voulu trancher , et sur lequel par conséquent la diversité d'opinions est permise.

Ces principes posés , il est facile de résoudre les difficultés que nous avons indiquées au commencement de ce chapitre et une foule d'autres de même nature, qu'on a soulevées contre l'autorité et les privilèges du Saint-Siège.

I Si Etienne VI a fait exîuimer, condamner, mutiler et jeter dans le Tibre le corps de son prédécesseur, il a commis un acte de barbarie que rien ne peut excuser. S'il a conféré de nouveau le sacrement de l'Ordre aux prêtres qu'il croyait déjàvalidement ordonnés parFormose, il a commis un énorme sacrilège. Mais quel rapport a tout cela avec le j)rivilége de ne pouvoir, comme chef de l'Eglise, enseigner Terreur ? Pour que l'infaillibilité de ce Pape fût compromise , il faudrait citer de lui une décision contraire à la foi ou aux mœurs, et il n'en existe point. A-t-il décrété que l'Ordre n'imprimait pas dans l'àme un caractère ineffaçable; en conséquence, qu'il pouvait ou devait être réitéré ? Non, il n'a même renouvelé les ordinations de Formose que parce qu'il les croyait nulles. On n'agit pas diiïéremment encore aujourd'iiui : dans le cas douteux, on réitère le sacrement ; s'il y a erreur, elle tombe non sur le droit, mais sur le fait, et est de même nature que celle que commettrait un casuiste qui , tout cil sachant que le baptême ne peut s'admi-

nîstrer qu'une fois, déciderait à tort que, dans tel cas donné, ce sacrement n'ayant pas été conféré validement, doit se réitérer.

Kolre répense suppose entièrement véridique le récit de Luitprand; mais qui ne sait que ce chroniqueur emporté a l'Iiabiludede charger les tableaux, de hasarder les faits? II se tronjpe lorsqu'il dit que c'est Sergius qui fit subir cet outrage aux dépouilles mortelles de Formose * ; il a bien pu se tromper sur la conduite que tint le Pape au sujet des ecclésiastiques ordonnés par Formose, et prendre pour une destitution d'ordre, ce qui ne j)eut jamais se faire, une simple destitution de litre et de fonctions. Cette interprétation du texte de Luitprand est la seule légitime, si l'on s'en rapporte à l'autorité d'un autre chroniqueur ancien, Sigebert, d'autant moins suspect qu'il avait pris parti pour le simoniaque et schismatique Henri IV contre Grégoire VII : « Ayant injustement dégradé les ecclésiastiques de Rome que Formose avait ordonnés, dit-il, Etienne ne fut pas si présomptueux que de les ordonner une seconde fois ^ » Ainsi donc le pontificat d'E-

-1 Aucun Serp/ius ne peut cire Tauteur de ce Taif. Sci-f.ius II, «uc- COSSPiir de Gié|;oirc IV, Olail mori depuis Ireole-six ans (|uand fcul lieu IVlocliun de Foi uiose. Iluil Papes sôpurcDl le poiitiCcal de Foiroosa de celui de Seigius III.

â Sig., Chron,f ud «n», 905.

tienne YT présente des actes d'emportement, ii ne montre aucune décision erronée. Considéré comme homme politique, Etienne se jeta avec fureur dans le parti de Tempercur Lambert, et subit les conséquences de sa conduite; considéré comme juge de la foi, il est irréprochable.

« Jean IX rétablit la mémoire de Formose: quelle suite d'infaillibilités! »

Jean IX, après examen , déclara que la conduite de Formose avait été pure et son élection légitime ; il rétablit dans leurs charges et dignités les ecclésiastiques qu'Etienne avait destitués dans sa colère. La conduite d'Etienne et de Jean est dilïérente , mais leur foi est la même : il ne peut être question ici d'infaillibilité, puisqu'il n'est pas question de doctrine.

Nicolas III , dans la décrétale qui commence par ces mots ; Exiit qui seminat, déclare que « Jésus-Christ et les Apôtres n'ont jamais rien possédé en propre , et que le dépouillement absolu de toutes choses que pratiquent les Frères mi-

ncurs est cTaiitant pins mériloiro, qu'il est conforme à Texemplc de Jésus-Christ. » Jean XIII, appelé un demi-siècle plus tard à donner son avis sur le même sujet, le résume en ces termes :

« 1° La proposition qui affirme que Jésus Christ et ses Apôtres n'ont rien eu en propre, ni en commun, ni en particulier, de même que celle qui affirme que le Sauveur et les Apôtres n'ont pas eu le droit de conserver, de vendre ou de donner les choses que TEcriture marque qu'ils ont eues, ni de les employer pour en acquérir d'autres , sont des propositions erronées et hérétiques.

« 2' Sont déclarés hérétiques ceux qui admettent ou soutiennent ces propositions touchant le simple usage des choses en Jésus-Christ et ses Apôtres. Défense est faite de les enseigner , sous peine d'être traité comme contumace et rehelle à l'Eglise ron)aine \

« 5^ La décréiale de Nicolas llî, qui réserve au souverain Poniife le domaine et la propriété des choses qu'on donne aux: Frères mineurs, et qui leur en laisse seulement Tusage, ne doit point s'cnîendre de celle s (jui se consument par l'usage même, j)arce qu'à leur égard le domaine est inséparable de l'usage. »

I Kviravag. Ai Ojiiîilorm. — Cùm inUt' noiinnllos.—Quia f}aoïitu- Uaiu nmutts.

Embarrassé par ledésacord qui existait entre les bulles de ces deux Papes, Bellarmin dit (|u'il s'agissait d'une question de pure niclaphysi([no où chacun, en conséquence, pouvait abonder dans son sens. D'autres soutiennent que la contradiction n'este ii*a|)j)arente, et que Psicolas, disant que Jésus-Cir ist et les Apôtres s'étaient dépouillés de tout droit de pro|)nété, n'avait pas voulu dire qails s'étaient déi)Ouillés aussi de tout droit d'usage sur les choses nécessaires à la \ie, et soutenir, par exenqde, que les habits qu'ils portaient ne leur appartenaient pas et qu'ils n'avaient mangéjamais que le pain d'autrui, ce qui eût été un vol et non une vertu. Mais la bulle Exiit nous fournit elle-niènu» la nuiîloure solution : «SI quelqu'un, dit Nicolas, forme du doute en cette matière, il se pourvoira au souserain tribunal du Saint-Siège pour en recevoir la décision, parce que c'est à lui seul à faire des lois à cet égard et à les interpréter ^ «Cette bulle ne contient donc qu'une simple déclaration d'opinion, et non une réelle déiinition de foi.

Nicolas III n'a rien décidé sur la nature du vœu de pauvreté des religieux franciscains, il a publié un simple règlement de manutention des

4 Am. Pigi, Gftt^ «om. Vontif., Joann. XXII. n» 4d.

biens temporels de l'Ordre, dont les Papes dans leur sagesse peuvent, selon les circonstances, suspendre ou Hiodilier l'application.

« Grégoire XI se rétracte au lit de mort. » En eiïet, nous lisons dans le testament de ce Pape ; « Si, en parlant dans les conférences, dans le consistoire, dans les églises, aux conse?iS, en chaire, dans les conversations, il m'est échappé par mégarde, ignorance, indiscrétion, précipitation, complaisance, ou tout autre motif, quelques paroles qui soient contraires à la foi catholique, la seule que nous aimons et tenons devant Dieu et devant les hommes, ou qui semblent favoriser directement ou indirectement des opinions opposées à cette même foi catholique, nous les désavouons expressément et les déclarons nulles et non avenues '. »

Basnage, Malan, etc., auraient même pu ne pas s'en tenir à ce seul exemple : « Si autrefois di^

^ i Tcslamenl de Grénoire XI.

Clément VI, étant dans un moindre rang, ou depuis que nous sommes élevé sur la chaire apostolique, il nous est échappé, soit en disputant, en enseignant, en prêchant, ou autrement, d'énoncer quelque chose contre la foi catholique et les bonnes mœurs, nous le révoquons et le soumettons à la correction du Siège apostolique \ »

« Je crois et je confesse, dit Jean XXIÏ, que les âmes séparées du corps et purifiées de leurs fautes sont dans le royaume des cieux avec Jésus-Christ, dans la compagnie des anges, et qu'elles voient Dieu face à face et la divine essence aussi clairement que leur état peut le permettre. Si j'ai prêché ou écrit quelque chose contre cette doctrine, ou contre tout autre point de la foi catholique , de l'Ecriture -Sainte ou des bonnes mœurs, je le rétracte expressément, soumettant tous mes sentiments et tous m es écrits, sur quelque matière que ce puisse être, à la décision de l'Eglise et des souverains Pontifes mes successeurs -. »

Urbain V, lui aussi , fit profession de foi de toutes les vérités catholiques, révoquant ce qui aurait pu lui échapper de contraire, soumettant

\ Baluî., CoHslit. du 1 1 dtcemlre I5bl.

2 iHem, Vita Joan. Î17/.— Sommier, ti.

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