‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 59 sur 86 · TOME n · texte numérisé non relu

TOME n

'290 sa personne et ses paroles à la correction et au jugement de TEglise.

Benoit XII est allé même plus loin; voici ce qu'il dit en parlant de ses propres écrits : « J*ai fait examiner mon ouvrage jusqu'à deux fois par un grand nombre de prélats et de théologiens ; après une revue si exacte, je consens à le publier pour le bien de TEglise : non que je croie l'ouvrage digne de l'attention des habiles gens qui peuvent beaucoup mieux faire que moi ; mais je le publie pour l'instruction des sim])les, de peur que, si par hasard de pareilles questions venaient à renaître dans l'Eglise, ils ne fussent trompes faute d'avoir vu cet écrit. J'ai aussi en vue la postérité, qui pourra connaître que ce n'est pas sans raison que la décision précédente a été donnée par le Saint-Siège.

« Tout ce que j'ai dit dans ce livre , excepté les articles qui sont les mêmes que ceux de la bulle qui l'a précédé, je veux qu'on le garde, non comme les défini lions d'un Pape, mais comme les sentiments d'un théologien , de façon qu'il soit permis à quiconque d'y opposer ce qui lui paraîtra plus conforme à la foi, à l'Ecriture- Sainle et à la doctrine des saints Pères. Je soumets cet écrit, aussi bien que tous nies autres ouvragt'S, au jugt'ment et à la correction de la

tlBRA^^Y ST. ii^I^r s COLLEGE

sainte Église romaine et de mes successeurs légitimement élus '. »

Que conclure de pareils actes d'humilité? Que Grégoire XI , Clément VI , Urbain Y, Benoît XII avaient enseigné des erreurs ? Non , l'histoire raconte leurs vertus et constate la pureté de leur doctrine. Jean XXII lui-même, nous le verrons bientôt, n'a, comme docteur, rien défini, et comme pape, rien enseigné contre la fol. — Que ces saints Pontifes ne se croyaient pas infaillibles? Ils n'eussent pas clé hérétiques pour cela '^, Mais cette conséquence est plus forte que les prémisses. S'ils n'eussent pas cru que l'infaillibilité était un privilège du Saint-Siège, ils ne lui auraient pas soumis leurs écrits et leur personne. Voici donc l'explication de ce fait : c'est l'homme, c'est le chrétien, c'est le docteur qui se rétracte, en cas qu'il ait erré, et non le Pape. L'élection au suprême pontificat ne change pas la nature de l'homme : il reste avec ses obscurités dans l'esprit, ses germes de passion dans le cœur; il peut se tromper en parlant, en écrivant, en agissant, et, en tant qu'homme privé, il est justiciable de lui-même, lorsque les besoins de l'Eglise l'oblige-

\ Kaynal, i55G.

2 Oii liidanslii RcvHô des Ihiu: Mondes (xvi, 389) : « S'il ne semble pas e\liaor{iiiia!re à la majorito des peuples lu^o-laliiis qu'un fils d'j^dam jouisse du privilège divin de riiifaillibililé. ce dogme paraii aussi iu-

29è ront à être juge de la foi. Ce ri'e^t pas à récrivain, ce n'est pas à Thomme du monde , ce n'est pas même au prédicateur, c'est au chef de l'Eglise universelle et agissant en cette qualité, qu'il a été dit : « J'ai prié pour toi ; ta foi ne défaillira pas : « confirme tes frères. »

Ni le concile de Trente, ni Sixte V, ni Clément VIII , en déclarant la Vulgate autlienllque, n'ont voulu dire qu'elle fût exempte de toutes fautes typographiques ou grammaticales. Les Pères du concile comprirent qu'entre cette multitude de versions qui étaient en usage dans l'Eglise, il convenait d'en désigner une qui fît autorité en matières de foi et que l'on citât de

conceyaLle aux UcHtMjrs que la quadraluie du cercle.» [Les Iles ionitti' nés soiii la domination de Venise, par la comlesse Dora d'Istria). Que Tauleur se rassure. L'infaillibilité du Pape n'est qu'une opinion, ce n'est pas un dojjmc : elle ne pcul donc cire un obslaclc à la conversion des Corfioles, Quand ils voudront revenir au sein de l'Eglise, on les obligera à retoiinuin; la primauté du Pape, on ne leur' parlera pas de son inlaillibilité. Mais il s'en faut que les Hellènes regardent comme absurde que le Papr^, faillible comme fils d'Adam, soit iufaillible comme chef de l'Kglise universelle Leurs docteurs , avant la séparation, soutenaient au contraire qu'il doit en être ainsi; et ces pauvres schismaliqucs accordent encore le privilège de l'infaillibilité à leur grand synode, au patriarche grec leur chef spirituel, et plusieurs au Czar de toutes lesRussics.

préférence à toute antre dans les sermons, dans les conférences, dans les discussions publiques. La Vulgate eut cet honneur.

« En cela , dit Pallavicin , le concile faisait preuve de bon goût et agissait avec intelligence; car, de toutes les versions de rEcrilure-Sainte, la Vulgate est incontestablement la plus pure et la plus exacte \ » Jamais on ne se serait entendu, la confusion aurait été pire qu'à la tour de Babi 1, si l'un des docteurs avait cité le texte hébreu, un autre le grec , un autre la version syriaque , un autre la version de Luther ou celle de Michel Serve t, etc. ^

Il n'est pas vrai que le concile ait déclaré que « cette version était préférable aux autres textes inspirés hébreux et grecs. » Les textes primitifs

\ Les 1 lus savants ProlesUnts ont reconnu le mérite lîe notre Vulgate» Bèzc déclaru qu'elle esl supérieure k louies les autres versions latines. (Yoijt'. TiSuin. , 1559). Jos. Boys la juslifiait des lc{^crs reproches <i'Rrasmc, qui ne la ttouvail.pas sans défauts. « La Ku/!(/Afo,ilit Paul Page, n'est ptilitl l'cDuvre du hasard, conirii« disent quehjuçs sois Olrangcri à toute rillcxion : y on est ergà Icmerè nata ya[galatditio,ut quidam scioU stultè et imprudenler clamitant. (lu cap. vers. lat. Par. chatd.). Louis de Dieu « ne crcii pas se tromper en disant que l'auteur de celte version, quel qu'il soil^ a été non-seulement un honmie instruit, mais un savant de premier onlro. Dans les endroits mi-hncs où il semble barbare, j'admire son exaitiludeel sou jugement. » Casaubon est du même avis, et Grotiui l'a choisie pour texte de ses Remarques. (Voy. Biblia polyglotta, par Wallon, t. I, c. 4, p. 74.)

•2 H\'.. du Couc. m, 937.

conservent toute leur autorité, et ils ne sont pas même mentionnés dans le décret du concile, dont le but était uniquement d'indiquer quelle version, parmi les latines , devait être regardée comme authentique. Voici la teneur de cette décision :

« Le saint concile, considérant qu'il ne sera pas d'une petite utilité à l'Eglise de Dieu de faire connaître , entre toutes les éditions latines des saints Livres qui se débitent aujourd'hui , quelle est celle qui doit être tenue pour authentique, déclare et ordonne que cette même édition ancienne et Vulgate, qui a déjà été approuvée par l'Eglise et par le long usa^e de tant de siècles , doit être tenue pour authentique * dans les disputes, les prédications, les explications, et les leçons publiques; et que personne, sous quelque prétexte que ce puisse être, n'ait assez de hardiesse ou de témérité pour la rejeter ^. »

C'est conformément aux prescriptions du concile de Trente 3 que Sixte V publia une nou-

-1 Statuit et déclarât ut Lœc ipsa Têtus et Vulgata edilio pro authentic& kabeatur.

La qualification A^authentique est empruntée au droit et s'applique à l'original d'un acte , ou à une copi* de cet acte sufCsamment fidèle pour faire foi.

2 Conc. Trid., sesi. IT.

5 Sess. IV.

velle édition de la Vulgate soigneusement revue et corrigée. Pour donner à celte entreprise tous les soins que son importance méritait, Sixte V ne recula devant aucun sacrifice : il fonda une imprimerie à Rome, fit venir des savants de divers pays, mit à contribution les travaux de ses prédécesseurs , voulut corriger lui - même les épreuves; mais jamais il n'a prétendu que cette édition dut empêcher de recourir aux textes primitifs, ni qu'on ne put en publier une meilleure plus tard. Dans le bref publié en 1580, Sixte , il est vrai , « la déclare très-correcte et défend d'y faire dans la suite de nouvelles corrections ; » mais il est clair qu'il voulait dire seulement que l'édition publiée par ses soins avait reçu toutes les corrections possibles, eu égard aux exemplaires imprimés et manuscrits que le comité des évéques avait eus à sa disposition, et que sa défense d'y rien changer ne concernait que les simples particuliers.

Il en est de même de Clément YIII : il n'a nî établi de parallèle entre la dernière Vulgate et les textes grecs et hébreux , ni déclaré que la nouvelle édition qu'il publiait fut exempte de tout défaut. Dans la bulle Cumsacroi^m Bihliormn, il annonce qu'il a fait imprimer sous ses yeux une nouvelle édition delaFi^/^'aYe, qu'on n'a

rien négligé pour la dégager des fautes qu'on avait remarquées dans la précédente \ et déclare que, afin de pourvoir à la conservation du texte, les presses duValican pourront seules rinipriuierpendantdixans, et qu'après ce temps tout imprimeur, pour la reproduire, devra se servir des nou\ eaux exemplaires corrigés et publiés par ses soins.

Il n'est pas vmi , au reste, que l'édition de Sixte V différât en des points essentiels de celle de Clément VIIÏ; les variantes qu'on y a signalées ne tombent jamais sur des cliangements substantiels : c'est une virgule avancée ou reculée, c'est un point mieux placé , c'est un synonyme changé , c'est une pensée complétée ; dans aucun cas, ce n'est une erreur ajoutée ou retranchée , ni Fancienne éditiou uila nouvelle n'en contenaient.

Toutes les mesures prises par les Papes, au sujet de l'impression des Livres sacrés, ont donc

1 Mais non de {outos fan'o.'. « Saolicz, dil Bell.irinln. un de: correcteurs, al't'Véque de r>rii(]es, nuo IVdilion de la Yuhjale qtie nous venons d^» publier pouriail èlre j-his paiTaito. C'ost à dos-ein que nous n'avons pas fait ccrlains •.iiangemcnls qui, au piemier aboid , avaionl paru di'sirables. » Et Clémcul VIII, dans la l*rcfaee à U nouvelle édilion , indique les graves motifs do celte conduite, savoir: la nécessité de ne pas dérouler les ridèlcs par de» cliangements quVri*auraienl pas été justifiés par des raisons suffisantes, la multiplicilé de sens qu'oui certains mois dans le texte primilif, l'autorilô de saint Jorùnie qui aviit a %& disposition de» «xcmpUircs hébreux el rjrecs plus fidèles.

eu pour but de les consener avec plus- de soin dans toute leur intégrité.

Nous verrons bientôt qu'il n'en a pas été de même chez les Protestants.

I« Clément XIV supprime les Jésuites, Pie Vil les rétablit. » Canoniquement parlant, ces deux Pontifes étaient dans leur droit Tun et l'autre, et ils ont pu en user en sens contraire , en se proposant tous les deux le même but : le plus grand bien do l'Eglise. N'en serait-il pas ainsi, ils nauraient pas erré pour cela : l'établis sèment et la suppression d'un ordre religieux, quels que soient d'ailleurs rexcellence de ses statuts et le mérite de ses membres, sont des actes de haute administration, et non des questions de dogme ou de morale.

Faut-il rappeler des objections encore plus pitoyables?

« Grégoire XVI, en contractant un emprunt, a

àtitôrîséte prêt a intérêt, condamné par Benoît XIV. » Ni Benoît XIV ni aucun souverain Pontife n'pnt défendu aux prêteurs de percevoir l'intérêt de leur argent , lorsqu'ils ont des titres légitimes qui les autorisent à le faire.

« Innocent III a défendu d'exiger de l'argent pour l'administration des sacrements, et Pie VII a approuvé le casuel. » Jamais il n'a été permis de regarder comme le prix du sacrement les dons que le clergé a été autorisé quelquefois à percevoir à l'occasion de son administration ; toujours il a été interdit au clergé de demander une rétribution quelconque aux fidèles pauvres, mais toujours il a élé permis aux ministres des autels de vivre de l'anio], et les circonstances ont imposé quelquefois des modes différents de percevoir ces revenus nécessaires : questions de discipline.

« Clément Xï nomme Vincent de Bitschi nonce à la cour de Portugal ; Innocent XIII le rappelle, et compromet ainsi Tinfaillibilité de son prédécesseur ou la sienne pioprc. » Un argument de cetle forcé ne compromet évidemment que la cause et le bon sens de celui qui l'emploie; autant vaudrait-il dire que Benoît XIV et Clément XIII n'étaient pas infaillibles parce que

l'un dînait à midi, l'autre à quatre heures eu soir.

« Innocent VIII lève l'interdit lancé par Sixte IV contre les Vénitiens. » Parce qu'ils étaient venus à résipiscence. Qui peut excommunier, peut absoudre.

« Boniface VIII écrit une lettre au roi de France , qu'il rétracte. » Qu'il explique, voyant qu'on en dépravait le sens ; une lettre d'ailleurs n'est point une définition de foi, et peut être rétractée à volonté.

« Martin V, Pie II, Adrien VI ont soutenu des opinions qu'ils avaient combattues avant d'être papes. « Nous n'avons pas à nous occuper des opinions, pas même des convictions que professaient ces ecclésias(;iques avant leur élection au suprême pontificat.

« BonifaceVlII établit que le Jubilé aurait lieu tous les cent ans, Clément VI décide qu'il sera célébré tous les cinquante, UrbainVI tous les vingtcinq. » Cette diversité d'époques n'a point de rapport avec le dogme. Le Jubilé est une indulgence extraordinaire que tous les fidèles sont appelés à gagner en remplissant les conditions de prières,

de mortifications et d'aumônes, qui sont prescrites. L'Eglise raccorde aux époques qu'elle juge convenables.

« Pie IV a publié un nouveau Symbole, malgré la défense du concile de Trente *. » Ce que quelques auteurs désignent sous le nom de Symbole de Pie IV, se compose de deux parties : la première est tout simplement le Symbole de Nicée, sans aucun changement; la seconde est le résumé des décisions du concile de Trente. Loin d'enfreindre les prescriptions du concile, Pie IV s'y est conformé en publiant cette profession de

' I Voici comment M, Malan expose celle objection ; c'est un curieux tcliamillonde la manière dont certains auteurs pratiquent encore aujourd'hui la controverse religieuîc :

« En 15 5G, dans sa troislrmc session, ce concile avait déclaré que le Symbole de Nicéc était le seul qui fût sanctionné par l'église , et contre qui les portes de l'enfer ne prrvaudrarent pas; confirmant ainsi ce qu'avait di'crélé le concile d'Ephèse en 43! , lorsqu'il atait arrêté « que si quelqu'un formait un autre Symbole, il serait dégradé s'il était ecclésiastique, et excommunié s'il était du peuple. »

« Or ce fut en lbC3 que se termina le concile de Trente, et" ce fut en ^56t que le pape Pie IV publia un nouvtMi Symbole!

t Ainsi donc, ou bien le concile est méprisé, ou bien l'EvéqucdeRoma est dégradé, et de toute manière le Symbole actuel de l'Eglise romaine n'est sanctionné par aucun concile! Quelle conformité! quelle unité divine! » {Pourrais-je jamais entrer dans /< sein de l'Eglise rom(iine 7 • Pag. 78 etsu'v.). Or, pour faire crouler tout cet échafaudage, l'observation que nous avons faite suffit. Pie IV n'a pas changé un mot au Symbole de Nicéc, cl il a rédigé sa profession de foi conformément aux pre- S( I iptloiis du concile de Trente.

foi ; il le déclare lui-même au commencement de sa bulle : « Le devoir de la servitude apostolique qui nous a été imposé exige que, à Fhonneur et à la gloire du Dieulout-puissant, nous nous appliquions incessamment et avec soin à l'exécution des choses qu'il a daigné divinement inspirer aux saints Pères assemblés en son nom pour la bonne conduite de son Eglise. »

« Jean VIII accorde aux Slaves ce qu'il ne peut leur refuser, le droit de célébrer l'office divin dans leur langue. Grégoire YII trouva que cet infaillible avait eu tort, car il retira cette permission. » Il y a des choses qui peuvent être commandées, tolérées ou défendues selon les circonstances. L'usage de la langue latine dans la liturgie sacrée est de ce nombre : c'est une question de discipline, et non de dogme.

Jean YIII, par une lettre éciite au prince des Slaves en 880 , permit « d'employer la langue slave pour célébrer la messe, lire les évangiles et les autres écritures de l'ancien et du nouveau Testament bien traduites. » Cette concession lui parut de nature à favoriser la conversion de ces peuples, et à plaire au philosophe Constantin qui avait beaucoup d'ascendant sur eux. « Nous voulons toutefois , ajoute-t-il , marquant ainsi

que, ^'il n'est pas bon d^ faire usage de la langue vulgaire dans la célébration des offices divins , il serait préférable que tous les chrétiens n'employassent que la latine , nous voulons que, pour marquer plus de respect à l'Evangile, on le lise premièrement en latin , puis en slavon en faveur du peuple qui n'entend pas le latin, comme cela se pratique en quelques églises. Et, si vous et vos officiers aimez mieux entendre la messe en latin, nous voulons qu'on vous la dise en cette langue \» Deux siècles après , Grégoire VII s'aperçut que les Slaves négligeaient Tétude du latin, cette langue des Conciles, des Pères, des Docteurs de TEglise; qu'ils manifestaient des tendances à se ^parer de l'Occident ^; que leur exemple pouvait d'ailleurs engager d'autres chrétientés à demander le même privilège, ce qui pouvait avoir de graves inconvénients : il révoqua la concession de Jean VIÏI. « Il ne sert de rien pour excuser cette pratique, dit-il, que quelques saints personnages aient souffert paliemment ce que le peuple demandait par simplicité, puisque la primitive

4 Epist.ad C. Suenlompoulc.

2 11 est évident que l'usage d'uuc même langue est un moyen d'ànîon. Les SUtcs, soUicilôs déjà du lemp» de Grégoire Vil par les Grec» k embrasser le schisme, ont fini par élrc séduits. Les habilanls de la Kolii^me cl de la Hongrie, contrée Toisine, pailaienl laliu, ils sont rcsl«J« catholiques.

Eglise a dissimulé plusieurs choses qui ont été corrigées ensuite par les saints Pères après un soigneux examen, alors que la religion a été plus affermie et plus étendue. C'est pourquoi nous défendons par Tautorité de saint Pierre ce que vos sujets demandent imprudemment, et nous vous ordonnons de ré.->ister de toutes vos forces à cette vaine témérité ^ »

Concluons que ni Jean VIII ni Gr^^goire VII ne se sont tromp '^s, et que, l'eussent-iis fait, leur décision n'aurait eu pour objet qu'un point de discipline.

YIÎ.

Pie IX, en défmissant l'immaculée Conception, n'a pas dépassé ses pouvoirs, n'a pas contredit ses prédécesseurs, n a rien ajouté au dogme catholique. C'est la bulle même de la définition qui nous en fournira les preuves.

Le souverain Pontife fait observer d'abord que l'Eglise ne change jamais rien au dépôt sacré de

i Lib. vil, Epi$t. ^ K

la révélation, mais seulement qu'elle s'applique h développer les vérités qui le composent. Elle explique et ne crée pas, elle éclaircit et n'invente pas.

« L'Eglise du Christ , vigilante gardienne et protectrice des dogmes qui lui sont confiés, n'y change rien, n'en diminue rien, n'y ajoute rien ; mais, traitant avec une attention scrupuleuse, avec fidélité et avec sagessejes choses anciennes, s'il en est dont on découvre le fondement dans l'antiquité, et que la foi des Pères indique, elle s'étudie à les dégager, à les mettre en lumière, de telle sorte que ces antiques dogmes de la doctrine céleste prennent l'évidence, l'éclat et la netteté, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur propriété, et qu'ils se développent, mais seulement dans leur propre nature, c'est àdireen conservant Tidentité du dogme, du sens, de la doctrine. »

Une vérité ne peut donc être l'objet d'une définition de foi , qu'autant qu'elle est contenue dans la parole de Dieu : or la bulle constate que rimmaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie est implicitement contenue dans la parole de Dieu écrite, et très-expressément dans la parole de Dieu transmise.

«Les Pères et les écrivains de l'Eglise, instruits par les oracles célestes , n'ont rien eu plus à

cœur, dans les livres qu'ils ont composés pour expliquer les Ecritures, pour défendre les dogmes, pour instruire les tidèles, que de célébrer à renvî et d'exalter de mille manières admirables la souveraine sainteté de la Vierge, sa dignité, son intégrité de toute tache du péché, et son éclatante victoire sur le cruel ennemi du genre humain. C'est pourquoi, lorsqu'ils rapportent les paroles par lesquelles Dieu, dans les commencements du monde, annonçant les remèdes préparés dans sa miséricorde pour régénérer les mortels, confondit l'audace du serpent séducteur et releva merveilleusement l'espérance de notre race en disant : Je mettrai Cimmitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ',les Pères enseignent que par cet oracle a été clairement et ouvertement annoncé le miséricordieux Rédempteur du genre humain, le Christ Jésus, Fils unique de Dieu, et que sa bienheureuse Mère la Vierge Marie y est aussi désignée ; que l'inimitié du Fils et de la Mère contre le démon y est également et formellement exprimée. C'est pourquoi, de même que le Christ médiateur de Dieu et des hommes, ayant pris la nature humaine, ellace le sceau de la sentence qui était contre nous, et triomphant

* Inimicllias ponan» inler te e! niUnerc:n, ci scnieu tuura et seinen iilius (Gca. ni; 15.)

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