‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 60 sur 86 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

rattache à la croix; de même la très-sain te Vierge, unie par un lien étroit et indissoluble avec lui, et par lui exerçant des hostilités éternelles contre le serpent venimeux, et triomphant pleinement de cet ennemi, a écrasé sa tèle de son pied immaculé.

— vr Ils ont professé que la très-glorieuse Vj'erge avait été élue avant les siècles, que le Tout-Puissant se l'était préparée; que Dieu Tavait prédite quaud il dit au serpent : Je mellraL tinimiliê entre toi et la femme; et que c'est elle, il n'en faut pas douter, qui a écrasé la tète venimeuse de ce même serpent. Cest pourquoi ils ont aflii:mé que cette bieuheuriHise Vierge avait été, par giace, exempte de toute tache du péché et puiT. de toute contagion et du corps, etderàme, et de l'intelligence ; que , toujours en communication avec Dieu et unie à lui par une alliance éternelle, elle n'a jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière ; et que c'est par le moyen de cette grâce originelle qu'elle était devenue une demeure digne du Christ. , ' "

— « Considérant dans leur cœur et tlans leur esprit que la bienheureuse Vierge Marie a été au nom de Dieu et par son ordre appelée « j)leine de grâce ^ » par Fange Gabriel lorsqu'il lui an-

\ XçLipi y.îxxpno/Ai\/n. Jvtj gratià pUna. (Luc. i, 28.)

nonça son incomparable dignité de Mère de Dieu, les Pères et les écrivains ecclésiastiques ont enseigné que par cette singulière et solennelle salutation, dont il n'y a pas d'autre exemple, il est déclaré que la Mère de Dieu est le siège de toutes les grâces divines; qu'elle a été ornée de tous les dons du Saint-Esprit; bien plus, qu'elle est comme le trésQr infini et l'abîme inépuisable de ces dons , de sorte qu'elle n'a jamais été atteinte par la malédiction, et que, participant en union avec son Fils à la bénédiction éternelle, elle a mérité d'entendre de la bouche d'Elisabeth inspirée par le Saint-Esprit : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus le fruit de vos entrailles est béni\

i Quelques Prolestanls modernes onl lire , au coulrairOj de la salutation de l'ange Gabriel une difficullé contre l'imraaculée Conception, que j'ai entendu reproduire plusieurs fois moi-même par des ministres calyinisics. La Toici dans toute sa force :

« Kicharilomenè, participe passé passif de karitoô, signifie graciée;

« Or, qui a été graciée a été coupable au moins de péché originel :

« Donc les paroles de l'Ange sont contraiies^jlulOt que favorables à l'immaculée Conception. »

La réponse est facile : Kecharitomenè n'a pas le sens qu'on lui prèle. Ouvrons le grand Dictionnaire intitulé: Thésaurus yrœcoc lingua , par 1 Henri Klionnc ; il serait difficile de s'appuyer sur l'autorité d'un hellé- \\ uisle plus liabiie et moins suspect: « Le passif de x«j5tTooj , lisons-nous dans cet ouvrage, est x'-^P^'^oo/xxt, dont le participe xîxxpiToy.tMr, a élé employé par saint Luc, cb. i, v. 2!^, Xy.'.pt /£x^otTo,«5y>, , que l'on peut traduire ainsi : Satul , ornée delà grâce. L'auteur sacré veut dire quo Dieu, par un effet de sa bonté gratuite, a eu Marie pour agréable, accep-

— « L'Eglise catholique est toujours assistée par le Saint-Esprit, elle est la colonne et F appui de la vérité, elle agit comme maîtresse de la doctrine divinement reçue et contenue dans le dépôt de la révélation céleste. » Ce qu'elle croit et enseigne

table, d'où certains inlerprèles traduisent par gratiis dilecta, clioisie pour être ornée de fjrâces, aimée à cause des doni reçus; Erasme, par graliosaf gracieuse, enibcllie; la Vulgale, par graliâ plena, pleine de Rrâce , enrichie de dons, p [Thesaur. linguœ grœcœ, roi. \ui, fascic. 5). îevérilable («ns du mol kecharitomenè n'est donc |)as graciée, amuistiéej main em> beUiCj ornée, el, s'il était permis d'employer cette expression, amabilû sée. On comprend la différence : le mol graciée, amnistiée, pardonnéôf •np{>ose une faute, ou au moins une participation à la faute d'aulrui; il n'en est pas de mf me des qualifications evibellie, ornée , favorisée , au conliaire, loin d'indiquer un vice antérieur, originel, elles ne s'appliquent ordinairement qu'à ce qui était déjà irréprochatle.

Cette siguificatiou est eacore fixée par les radicaux et les dérivés d« yoipiroo}. Xa/iiTîtv veut dinc rendre agréable, gratum reddere, gralià afficere; X'^^p^i signifie quelquefois bienfait, presque toujours agrémwif élégance, gratia,venustas, lepos, elegantia,'pmR]spardon; y.tyxpi'j/xîvuî, joyeusement , agréablement, de manière à f)(ûtrf; partout une idée oonseulementdecorrcctio», mais de perfection; non-seulemeul de santé, mais de grâce et de beauté.

Les circonstances du récit indiquent aussi le même sens. On voudrait que le messafjcr cdesie eût salué la nolle fille de David, la plus pure des vicigos. du n<>m de graciée, à'amniitiéel mais c'eût été nne injure. Ft en quoi doue cùl-ellc mérité d'élre a;»pelée bénie entre tontes tes femmes, si elle eût suivi la voie ordinaire de la justification? V\e\o de respect pour celle qui va être élevée à la dignité ineffable de More de Dieu, l'archange Gabriel lui rappelle un privilège qui n'a été accordé qu'a elle seule. Ainsi la logique el la philologie sont d'accord avec la tradition pour inlerprék-r ce passage de saint Luc : Ave, gratià plena, benedicla tu inmulieribus, dans un sens favorable à l'immaculée Conception ; el ce sens esl celui de Pie IX.

On a trouvé une difficulté semblable dans le cantique do la Vierge. Voici le teïte : r,y7.).ta:7î 'o -r-ji-jux /j.oj tra tw Gîw oo-r^pi ftc-i

est donc réellement révélé ; or elte n'a jamais cessé d'expliquer, de proposer, de favoriser tous les jours , par toutes les voies , et par des actes éclatants, cette innocence originelle de Fauguste Vierge, si parfaitement en harmonie avec son

(Luc. 1, Al). La Vulgate a traduit :El exultavit spiritus meus in Dto salutari meo , • mon esprit a tressailli de juie en Dieu mon Sauveur. ■ Or, dit-on, Marie appelle Dieu son Sauveur ; donc elle reconnaît qu'elle a élé rachetée, donc elle a participé à la ni!:;evi.tlion commune.

Cette conclusion n'est pas légitime. La Sainte-Vierge peut, à jusSe litre, appeler Jésus-Christ son Sauveur, sans vouloir dire pour cela qu'elle a été rachetée du péché après en avoir été touillée. Il y a deux manicles de sauver quelqu'un : la première est ilc le relever quaud il est tombé, la seconde est d'empêcher qu'il ne tombe ; or c'est dans ce dernier sons que Jésus-Christ est le Sauveur de sa Mère et l'a secourue avant la chute : au lieu de la délivrer de la prison pour dette, il a payé au moment de l'échéance tout ce que Marie, en tant que fille d'Adam , devait a la justice de son Père.

Ici c«bcore le témoignage des Glossaires corrobore le dogme catholique. Quel est le vrai sens, dans la langue grecque, de«of«r? Cette expression, «ntenducdans sa signification première, ordinaire, usuelle, neveut pasdire un Sauveur qui guérit, qui rachète, mais un Sauveur qui préserve, qui protège, qui garde. Henri Etienne, dans l'ouvrage que nous avons cilé, en donne une foule d'exemples ; en voici quelques-uns. A Athènes, près du Pirée, se trouvait un temple sur le .frontispice du(jucl on lisait: le^ov Toj Atoj TO'j awT/3j5oo (Strab. 9) , (ernple de Jupiter sauveur. Quelle était sa principale destination? recevoir les ex-volo des matelots qui, avant de s'embarquer, venaient demander d'étjc préservés du naufrage. SyvCïjua Zé-vî ffûJTyjp xai Ntzïj. (Plat., Epist. 7) . le mot d'ordre était Jupiler sauveur et Vicloin. Sans doute que Xénophon et ses soldats ne vouliient pas demander d'être vengés d'une défaite, mais bien d'être secourus à temps pour remporter la victoire. SwT/jp izipt TioAtv. (Plat.,, Leg. G) : // fui établi sauveur de la ville. Un gouverneur, uo édile, un niairesont surtout établis pour prévenir les dangers qui pourraient naenacer la ville.

Il est vrai que nous trouvons quelquefois le mot soter appliqué à Escalape, le dieu de la médecine, ce qui prouverait que dans certains

admirable sainteté et avec la dignité sublime de Mère de Dieu.

Elle Ta toujours cru. « C'est l'ancienne et pure croyance des fidèles clirétiens , que Tâme de la bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant

cas il était employé dans le sens de guérir ,— cl encore faut-il obserfer que l'hygiène, ou l'ail de prévenir les maladies , fait partie de la médecine,— mais o!J le donnait plus souvent à Jupiter, « le maître touTerain des dieux cl des hommes, Fauteur de tous les dons; » et il composait 1« surnom de Castor el de Pollux, deux divinités favorables a la navigation.

Le mol latin salntaris, dont la Vul,T[ate a traduit sokr, a exactement 1« môme sens : il ne signifie guérir que lorsiju'on pailo d'un remède, partout ailleurs ce dérivé participe au sens de son radical Srti«5 qui vient lui- môme de satvus , conservé, sain et sauf, sauvé, préservé. Salvà epislolâ , une lettre entière, intacte, dont le sceau n'a pas été brisé, dont le papier n'est pas déchiré. Salularis liUera, la lettre salutaire, celle qui était écrite sur le bulletin des juges, comme abréviation d'a6so/i;o : « Le prévenu n'est pas coupable, je vole pour l'acquittement. » Stella salutaris, étoile favorable a l'enfant qui naît. Il faut remarquer aussi que les Ifelins avaient, comme les Grecs, donné ce surnom à Jupiter : Jovem qiiem Optimum el Maximum dicimus, quemque eumdem Salutarem , Hospitalcm, Staiorem ; hoc inteUigi volumtis salutem liominum in ejus esse lutelà. (Cic, de Finibus bon. et mal., iii, 20, GO.)

Résumons-nous. Le mol grec so/cr signifie proprement qui préserve, qui donne la victoire, qui garde. Sous ce trij.le rapport, la Vierge Mario, dans sa reconnaissance , a pu l'appliquer à Jésus-Christ : le Sauveur l'a préservée du péché originel, il lui a fait remporler une victoire complète sur le démon son ennemi, il l'a gardée de la malédiction portée contre tous les enfants d'Adam. Cette glorieuse exception était due h celle qui qui devait contribue»-, en sa qualité de More du Messie, h la nidcmplion du monde. Ce privilège était une consécjuence de ces paroli-s : Je mcltrai l'inimitié entre toi et elle; car, si la Lienlieurcuse Vierge eùl été un seul instant souillée du j)échc, il y aui.'iil eu amitié entre elle el le démon, et l'oracle sacré n'cùl pas été rempli dans sa plénitude, il eùl été même un temps où il se serait trouvé faux , ce qu'il est absurde de supposer. L« dogme de l'immaculée CoLceplion csl donc non-sculcmenl clairement exprimé dans la parole de Dieu transmise, il est encore conltiiu dan» la parole de Dieu écrite.

de sa création et de éon union avec son corps , a été, par grâce et privilège spécial de Dieu, et en vue des mérites de Jésus-Christ son Fils, rédempteur du genre humain, préservée et exempte du péché originel! (Alex. Vil, Sollicitudo). — relte doctrine a été en vigueur depuis les temps les plus anciens, elle est profondement gravée <]ans les âmes des fidèles. »

Elle Ta clairement enseigne : « en instituant la fête de la Conception avec une messe et un ofllcc propres où la prérogative de l'exemption de la souillure héréditaire était affirmée de la manière la plus manifeste ; en approuvant des confréries et des communautés religieuses instituées en l'honneur de Y immaculée Conception; en prohibant les écrits où ce privilège était révoqué en doute ou combattu ; en frappant de ses censures tous ceux qui oseraient l'attaquer; en le déclarant pleinement en harmonie avec le culte ecclésiastique ; en permettant de le proclamer dans les litanies de Lorette et à la Préface même de la messe, comme pour établir la loi de la croyance par la loi de la prière. «

C'était déjà suffisant pour établir une définition dogmatique; mais Pie ÏX ne devait rien laisser à désirer à la raison et à la foi du chré-

tien. II établit que la doctrine de l'immaculée Conception de Marie est clairement et formellement contenue dans la tradition, c'est-à-dire dans la parole de Dieu transmise.

« Ce triomphe unique et glorieux de la Vierge, les Pères en ont vu l'image, tantôt dans cette arche de Noé qui , après avoir été construite par Tordre de Dieu, échappa pleinement saine et sauve au commun naufrage du monde entier ; — tantôt dans ce buisson que Moïse vit tout en feu dans le lieu saint et qui, au milieu des flammes pétillantes, loin de se consumer ou de souffrir la diminution même la plus légère, verdissait merveilleusement et se couvrait de fleurs ; — tantôt dans ce jardin fermé, qui ne saurait être violé et où aucun orage ne peut introduire la corruption, etc, ; — tantôt dans une foule d'autres symboles de même nature, par lesquels, selon la tradition des Pères, la dignité sublime de Mère de Dieu, son innocence sans tache et sa sainteté préservée de toute atteinte, avaient été admirablement flgurécs et prédites.

— a Les Pères ont appelé la Mère de Dieu : lis parmi les épines; terre entièrement intacte, virginale, sans tache, immaculée, toujours bénie, et libre de toute contagion du péché dont a été formé le nouvel Adam; paradis tout brillant, tout

agréable, tout parfait d'innocence, d'immortalité et de délices, établi par Dieu même et défendu contre toutes les embûches du serpent venimeux; bois incorruptible, que le ver du péché n'a jamais gâté; fontaine toujours claire, scellée par la vertu de l'Esprit-Saint ; rejeton de grâce et non de colère, qui , par une providence spéciale de Dieu, s' élevant verdoyant d'une racine infectée et corrompue, a toujours fleuri en dehors des lois établies et communes.

— « Les Pères ont enseigné que, dans la conception de laVierge, la nature, s'avouant vaincue par la grâce, s'était arrêtée tremblante et dans l'impuissance de suivre sa marche : car il devait se faire que la Vierge Marie ne serait pas conçue d'Anne avant que la grâce portât son fruit"; que la chair de laVierge, prise d'Adam,n*avait point reçu la souillure d'Adam ; qu'ainsi la bienheureuse Vierge a été un temple créé de Dieu même, formé par le Saint-Esprit, enrichi réellement de pourpre et de tout ce que l'or façonné par ce nouveau Béséleel peut amener d'éclat; qu'il faut à juste titre l'honorer comme le chef-d'œuvre propre de la Divinité, comme soustraite aux traits enflammés du malin esprit, comme une nature toute belle et sans aucune tache, répandant sur le monde, au moment de sa conception immaculée, tous les feux d'une brillante aurore. »

3U Enfin « cette doctrine était entrée si souvent dans les esprits et les pensées de nos Pèrfes, qu'elle avait fait adopter parmi eux ce langage t^ut particulier et si étonnant, par lequel ils avaient coutume d'appeler la Mère de Dieu Immaculée et Immaculée à tous égards, sainte et exempte de toute souillure du péché , lout<^ pure , toute chaste ^ le type même de la pureté et de Finnocence; — la seule qui ait été sainte tout entière , le tabernacle de toutes les grâces du Saint-Esprit; — celle qui, au dessous de Dieu seul, est au-dessus de toutes les créatures; qui par nature est plus belle, plus parfaite, plus sainte que les chérubins et les séraphins, que toute l'armée des anges, et dont, ni sur la terre, ni dans le ciel, aucune langue créée ne peut dignement célébrer les louanges. »

On trouve encore dans la bulle Tindication des raisons théologiques qui , indépendamment des textes de F Ecriture-Sainte et de la tradition, inclinent l'esprit du chrétien à admettre l'immàculée Conception.

«Certes, il était tout-à-fait convenable qu'elle brillât toujours des splendeurs de la sainteté la plus parfaite, et, qu'entièrement exempte de la tache même de la faute originelle, elle remporlnt

le plus complet triomphe sur Tanlique serpent, cette Mère si vénérable à qui Dieu le Père a voulu donner son Fils unique engendré de son cœur, égal à lui et qu'il aime comme lui-même, et le donner de telle sorte qu'il est naturellement un seul et même, et comme Fils de Dieu le Père et comme Fils de la Vierge, elle que le Fils lui-même a choisie pour être substantiellement sa Mère, elle de laquelle le Saint-Esprit a voulu que par son opération fut conçu et naquît celui de qui lui-même il procède.— 11 était tout-à-fait conve nable que , comme le Fils unique a pour Père dans les cieux celui que les séraphins proclament trois fois Saint, il eût aussi sur la terre une Mère qui n'eût jamais été privée de l'éclat de la sainteté. »

Le souverain Pontife ne s'est pas contenté d'exçiminer lui-même la question à fond et sous toutes ses faces, il a demandé conseil à tous les cardinaux, à tous les évêques; il a voulu savoir la croyance des prêtres et des fidèles; il a établi une commission pour faire une étude approfondie ^e tout ce qui concerne la question; il, a prié, jeûné pour obtenir les lumières du Saint-Esprit, et a ordonné à la même intention des prières publiques : « Voulant apporter à cela toute la maturité iiossSde, nous constituâmes une congrégation

particulière formée de plusieurs de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, distingués par leur piété, leur prudence et leur science dan^ les choses divines; nous choisîmes en outre, tant dans le clergé séculier que dans le clergé régulier , des hommes profondément versés dans les sciences théologiques, afin que tout ce qui concerne Timmaculée Conception de la Vierge fût examiné par eux avec le plus grand soin, et qu'ils nous exposassent leur propre sentiment. Et quoique la réception des demandes qui nous avaient été adressées de définir enfin Timmaculée Conception de la Vierge nous fît voir clairement quel était en ce point le sentiment de la plupart des pasteurs de l'Eglise, nous envoyâmes à tous nos vénérables frères les évéques du monde catholique une lettre encyclique donnée à Gaète le 2 février 1849 , pour leur demander d'adresser à Dieu des prières, et de nous faire ensuite savoir par écrit quelle était la piété et la dévotion de leurs fidèles envers la Conception immaculée de la Mère de Dieu , et surtout ce qu'ils pensaient eux-mêmes de la définition à porter, quel était sur ce point leur désir, afin de rendre notre jugement suprême avec toute la solennité possible. Ce n'a pas été, certes, une faible consolation pour nous quand les réponses de nos vénérables frères

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iio^is sopt »rnv(^cs : jriçUant à nous écrire l'einpressernenl d'une joie et d'un bonheur im^xpriniables , non-seulement ils nous ont confirmé de nouveau leur pieux sentin^ent et la pensée qiii les aninie eux fout particulièrement, leur clergé et le peuple fidèle envers la Conception immaculée de la bienheureuse Vierge , mais ^încore ils ont sollicité de nous , comme par Texpression d'un vœu commun, que l'inmiaculée Conception de la Vierge fut définie par le suprême jugement de notre autorité. Nous n'éprouvâmes pas moins de joie lorsque nos vénérables frères les cardinaux de la s.ain te Eglise romaine, composant la congrégation spéciale dont nous avons parlé, et les théologiens. consulta urs choisis par nous, après avoir mûrement examiné toutes choses, nous demandèrent avec le même zèle et le même empressement celle définition de la Conception immaculée de la iMère de Dieu. Suivant les traces glorieuses de nos prédécesseurs , et désirant procéder conformément aux règles établies, nous avons ensuite convoqué et tenu un consistoire, où, après avoir parlé à nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, nous avons eurextrêmejoicde les entendre nous demander de vouloir bien émettre une définition dogmatique au sujet de fimmaculée Conception tb la Vierge Mère do Dion. »

Avec quels soîns ont été remplies toutes les conditions, toutes les formalités qui doivent précéder une définition de foi î II en a été de même de celles quf doivent raccompagner et la suivre. Il y a eu décision, sanction , promulgation, acceptation.

Décision. Pie IX rappelle les fondements de ce dogme : « L'immaculée Conception de la trèssainte Vierge Mère de Dieu est attestée et mise en évidence par les oracles divins, par la vénérable tradition, par le sentiment permanent de l'Eglise, par l'accord admirable des pasteurs catholiques et des fidèles, par les actes éclatants et les institutions de nos prédécesseurs. » Il indique à quelle fin et de par quelle autorité il procède en la définissant : « Pour l'honneur de la sainte et indivisible Trinité , pour la glorification de la Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation de la foi catholique et pour l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre- Seigneur Jésus-Christ , des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la nôtre. » Et, enfin, il formule la définition en ces termes: « Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine selon laquelle la bienheureuse Vierge Marie fut dès le premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège spécial de Dieu tout-puis-

sant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain , préservée et exempte de toute souillure de la faute originelle, est révélée de Dieu, et que par conséquent elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. »

Sanction. Elle ne pouvait être plus grave et plus formelle. Le souverain Pontife défend à qui que ce soit « de contredire désormais ce qu'il vient de décider, il menace de l'indignation de Dieu et des Apôtres quiconque oserait le faire; il prohibe tout écrit où Ton enseignerait le contraire; il déclare hors de l'Eglise celui qui ne croira pas dans son cœur la vérité définie, et frappe des censures du droit quiconque osera la combattre de vive voix ou par écrit. »

Promulgation. La lettre apostolique a été lue dans Féglise de Saint-Pierre, aux applaudissements de cinquante-quatre cardinaux , de cent soixante prélats et de quarante mille spectateurs accourus de toutes les parties du monde pour être témoin de cet événement; elle a été publiée à Rome selon les formalités ordinaires ; elle a été expédiée à tous les évéques du monde catholique, qui l'ont adressée à tous les curés de leur diocèse , chargés d'en donner connaissance à tous les fidèles de leurs paroisses.

V acceptation de la bulle par Fépiscopat a été

complète, expresse, unanijiçie. Nous pouiM-ions même dire qu'il y a eu triple acceplatiau de la part des évêques, puisque ce sont eux qui ont demandé au Kape de proclamer le dogme de l'immaculée Conception , qui ont applaudi lorsque Sa Sainteté s'est rendue à leur désir, et qui ont réitéré cette proclamation en Fannonçant au clergé et aux tîdèles de leurs diocèses.

Elî bien! la conduite qu'a tenue Pie IX pour publier Ja dernière bulle qx cathedra que renferme le droit canon, est celle qu'ont suivie tous ses prédécesseurs lorsqu'ils ont été appelés, comme lui, à juger une question de doctrine. L'Eglise a toujours procédé avec la même prudence quand elle a préparé une décision, elle a toujours montré le même amour pour la vérité, elle a toujours traité avec le même respect l'intelligence de l'bomme, et ce n'est jamais qu'en leur moutrant les motifs de crédibilité les plus plausibles qu'elle a imposé un acte de foi à ses enfants.

«Mais enfin, objecte-t-on, n'est-ce pas déclarer rétroactivement bérétiques une foule de personnages qui, loin d'admettre la vérité récemment définie,ront combattue de vive voix et par écrit?» Nullement : la discussion est permise quand l'Eglise n'a rien décidé. Au fond, les docteurs catho-

liques dont on parle admettaient rimmaculée Conception même en la combattant , puisqu'ils étaient disposés à se soumettre à la future décision de rEglise, quelle qu'elle dût être.

« i\Iais comment ce qui était hier une opinion est-il devenu un dogme aujourd'hui? » Il serait difficile, en effet, de concevoir que cela put arriver, aussi n'est-ce pas une conséquence d'une définition dogmatique. Jami>is' l'Eglise ne s'est posé cette question : « Faut- il élever cette opinion au rang des 'dogmes? » Mais, dans toute controverse religieuse, elle s'est posé celle-ci : « Ce que Ton conteste fait-il partie, ou non, des vérités révélées de Dieu ? » Elle examine, elle prononce, et ce qu'elle déclare vérité était réellement et avait toujoursété la vérité, qu'une partie de ses enfants révoquaient en doute par ignorance , par faiblesse de jugciiient , par manque de moyens d'instruction suffisante , mais que tous désormais embrassent avec soumission et sans aucune crainte d'errer.

« C'est toujours admettre un développement de doctrine; ce qui est divin est immuable. » Ce qui est divin est immuable dans son essence, mais non dans son mode de manifestation. Il en est ainsi de la doctrine catholique : elle ne change jamais quant à la nature et au nombre des

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