SUR LE SIIÎGE DE ROME
Siégode Picrro. ScJos Roma Telri. Prosp., de Ingr. I, 39.
Si(?ge (lu bienheureux Sotlem beali Pelri. Com. Marccll., Ckr.f
Pierre. ' • 5Sf.
Trône Je Pierre, Pelri soliiim Roma. Prosp., de Ingr. î,
Chaire Je Pierre. Ail Pelri calhedrani. Cypr., Epist. j3.
Elève tle Pierre. Petrus Romam lîo- S. Gros., Ilist. Tlii, C.
cuit.
Théâtre tîcs miracles (]<î Polonlissimisqiio \ir- IhiJ. ihid.
Pierre. tulibus approbavil.
Vilîc de Pierre. In v.rbem Pétri apo- Inid. viil, 8.
sloii.
Ofi Pierre a été crucifié Aller in crucem acfus Luc. î)cxtr. Chr., anB. et Paul décapité. est, aller cnsejugHla- C8.
lur.
ET<>ché de Pierre pon- Scdit cathedra orisco- Lib. Ponlif, dant 25 ans. patùs 25 ann.
Oii Pierre vit toujnnrs Petrus pomper in suis Conc. îTphcs. , ;ir/. lîl. dans ses successeurs. sucoessorihiis vivit.
Où Pierre "encore sié{;e, Pofnis nui in propri-^ Peir. Chry!. , Epïst, présido, vit et doniif^ sr.lc et vivil, pt prrr- 2''». la vérité a cetix qui sidcl, ol prpr-slat nu^ lu cherchent. rmlihns fidei veri-
talern.
Successeur de Pierre. Succossor Pelri. Ppitaph. S. Clemenlii*
Conducteur de la bar- Pelri \\\ alviiin pos- Epilaph. sancti Corqnedc Pierre. set diicere. nclit.
Maître de la barque do Ralis niafjister Pelri. Epit, snncii Pontii. Pierre. Puch., llisi. des P.
Successeur ordinaire et Orlinarius succcs<;or Coiic. Ephes. il , 10. vicaire do Pierre le H ricnrins î>. Pelîi prince des Apôtres. principis Aposlolo-
runi.
TrtSne du pouvoir apo- Juris apostolici so- Prosp., (/ô fnf/r. I, 74, sinliqnc. lium.
Oracle de i'csprit apo- Undeapn^înlici spiritns Corel. Salon. Ver, sfoliqne, - prncniapvorcninliir. episc. flrf I«on.
Citadelle de la religioa. Amplior fada est ar- IbiJ., de Yocat. Gtnt. ce rciigionij. n, JG,
Chef ^0 l'Eglise. Caput Ecclcsiaî. Retnig. Anliss. , t» C.
Père des nations calLo- Calliolicarumgenlium Avit., var. OpuscuL liques. Piler. fragm.
Présidente de toutes les Qui praiest Ecclesiis. Ign. mart. , Epist. ad Eglises. Rom.
Institutrice de tous les Videamus quid dixe- Tert., de Prœscr., 36 iidèles. rit, quid docuerit.
La chaire de tous. Catliedra Peiri quaj Ont. Mil., tJiSûrm.,y.
nostra est.
Tùle de tout le monde Tolius orbis caput Ec- Conc. Aquil., Epist^ chrétien. clesia Rouiana. ad Imp.
Eglise principale, sour- Eeclesiani principa- Cypr., £/)is<. 55. ce de l'unité sacerdo- lem, uude unitas satale. cerdotalis orla est.
£)rigine cl racine de Origo et radix unita- Ilier., <;on/ra luci/"., 9, l'unité. tis.
Source de l'aulorilti. L'nde nobis auctoritas Tert., de Prœscr., 36. prœstô est.
Sentinelle vigilante de Cum sunimà sollicitu- C\^v., Epist. U. toute l'Eglise. dineexcubatpro om-
nibus.
Préposé à tous lesApô- Omnibus Apostolis Léo, Serm. 5. 1res et a tous les Pé- cundisque Ecclesi» res de l'Lglise. Palribus prœpona-
lur.
Tôle de tous les saints Caput omnium SS. Just., Ep. ad Eplph. prêtres du Seigneur. Dci sacerdotum.
Chefsuprùnie des Pon- PonlTicum supremus Epitaph. S. Sylveslri. til'cs. apex. Duch.
Toie du minislore pas- Pasioralis honoris fac- Prosp., delngr. I; 59, toral pour le monde la caput mundo, entier.
Chaire unique, prc- Calhcdram unicam, Opt., ta Sarm., lib. 11^ niiére de toutes par qua) est prior de do- c. 2. ses privilèges. libus.
Où la principauté de la In quà scmper apo- Aug., Epist, 45,7* chaire apostolique a stolicte catliedrœ viloujours été envi- guilpriucipalus ? gueiir.
principauté supérieure Quis illius apostolatùs Aug. Il, de Bapt.f 2. i) tout épiscopat. principalum nescil
cuilibet episcopalui pra'Xcrcuduni,
Grand- Pi'êlre.
Souverain Pontife, livêquc des Evcqucs, Dont les édits sont péreniploiros.
Bon Pasteur , Pape hénit, Evèque apostolique.
Pasteur des Pasteurs.
Arcbevéquc universel cl Patriarche de Ro-
A qui tous les évèques doivent obéir.
tummos Sacerdo).
Audio cdiclum esse propositum cl quidcm peremplorium, Ponlifcx fcilicet nîaximus,([uod eslEpis- ♦copus Cpiscoporum, edicit.
BonusPaslor,benedictus Papa, apostolice.
Pastorum Pastorein eum coustituit,
Arcbiopiscopus universalis et magnaj liom» Patriarclia.
Coacti pcr Epistolam sanclissimi Palris noslri Ccîeslini.
Hier., Prœf. inEvanf, Ter t., dtPudic, e. i.
Ibid.,(/<5Purf.,13, 2U
Eucb., Serin, de 5.
Apost.
Conc. Chalc., ad Léon.
Conc. Epbes. , Labb.
lu, C22.
Iren. , contra hoir.
Lumière de la Religion. Rclio/ionis lumen. Avit., far. Opusc.
La plus grande et la plus ancienne des Eglises, rniinue de tous, fondée par Pierre et Paui, centre de l'unilé catholique, poss«^dant la principale principauté.
Racine cl matrice do l'Eglise catholique.
Lien religieux qui ombrasse tout ce qu'éclaire le soleil.
Eglise qui commande, à Rome.
Eglise présidente du monde entier.
Notre guide en tout.
Hôte de laquelle on est hors de l'Eglise,
Maxim» et anliquissim« Ecclesias, ab omnibus cognil«,à Pelro et Paulo fundalse; ad banc Eoclosiam ncccsse est onincm con- Tcnire Ecclesiam , propler potentiorcm principalitalcm.
Catholicse Ecclesia radicem et matricem.
Ncxu pio quodcumque labcns sol videt de-
Quœ prœest in regionc Romœ.
Ct universi praesidens mundi dccet.
In omnibus cupio scqui Ecclesiam Romanara.
Qui cathcdram Pétri deserit, in Ecclcsii «sso coufidil ?
Cypr., EpisL-îS.
Greg. Naz., lib. de Yilà S.
Ignat. mari., Epist.
ad Ronu
Gicg. Naz., ibid,
Ambr. , lib. m , rf»
Sacr., 7.
Cypr,, de unit. EccUs,
Gi-and-Prètre , Chef k qui il faul avoir rcfours dans les cas douteux, et dont il faut suivre docilement la décision.
Conseiller dont les sages avis dissipent toute crainte d'errer.
Juge suprême des controverses.
Prèlrc de Dieu , à qui il faut obéir sous peine de tomber dans !c scliismc et l'hérésie.
Vicaire de Jésus-Christ, possédant dans le temps la plénitude du Sacerdoce et de la Judicature.
Eglise héritière do la solidité que Pierre tenait du Ciirist.
Dont la foi a été louée par l'Apôtre, auprès de laquelle la perîidie n'a point d'accès.
Qui seule conserve intact riiérilage de»
Pères.
Restée pure de toute tache d'hérésie.
Maison où il faut entrer pour manger l'apneau pasral.
Arche do Noc, hors de Jatjuelic tout périt.
Avit. Yienn.j 2<J.
Si quid dubitationî fucrit exorlum, ad Romana; Ecclesite maximum Sacerdotem,
> quasi ad caput nostrum , membra sequentia curramus.
Opus babeo , fraler, consilio tuo, et senteuttam tuam expecto, ne forte ipse halluciner.
Controversia judicie Rom. Ecclesiœ lerminata causa finitaest.
Nec aliundo bœrcses oborlaî sunt, aut iiala siiut sclîismata , quam indè qubd Saccrdoli ï>ei non oblemperatur.
Nec unus in Ecclesià Ibid. , ibid
ad Icnipus Sacerdos et ad teujpns Judex.
vice Christi cogitatur.
Dyor. Aler.j Epist. ad Sixium.
So2om. VI, 22.— Aug., c. de err. Pel.
Cypr., Epist. 69.
Soliditas ilh qu^m de petrà Christo ctiam ipse Pctra fnclus accepit,in suosquoquo se transfudit hœredrs.
Eos esse Romanos quorum fidcs Apostolo prxdicanîe laudat.i est, ad quos pcrfidia habcrc non possil ac-
ccssum.
Apud vos solos incorrupîa Patrum scrvatur bccreditas.
Ab htcrelicà labo Immunis mansit.
Qtiicumquccxtrahanc domum agnum comedcrit.profanuscst.
Si quis in Nocarcànoa fucrit, pcribit.
Léo, Serm.V.j al. 4.
Cypr., Epîst. 33.
nier., Epîst. ad Dam,
Theod., Epht. H6, ad Reual.
nier., Epist. ^5.
IbiJ., ibid.
Quelle niasse imposante de témoignages ! Les esprits les plus difficiles, et nous poumons dire les plus bizarres, peuvent-ils désirer quelque chose de plus fort, de plus clair, de plus précis, surlenom^ les titres, les privilèges, Tautorité, les fonctions et l'infaillibilité même du Siège apostolique? Et nous n'avons compulsé que les Pères de FEglise antérieurs à saint Léon-le-Grand. Aussi a- t-on remarqué ([ue Fi^tude des documents primitifs inspirait aux dissidents qui s'y livrent, au moins le respect pour l'Eglise catholique, sinon le projet de revenir dans son sein.
Malheureusementrécole des Leibnitz, des Hurter, des Guizot, des I\îacauley, n'a que trop peu de disciples, et maints auteurs protestants de nos jours s'abreuvent encore aux sources fétides des Duplessis, des Dumoulin, des Mosheim , etc. Voyons donc ces difficultés renouvelées des premiers défenseurs de la Réforme, et indiquons brièvement les solutions faciles dont elles sont susceptibles.
« Jésus-Christ a-t-il établi dans la personne de lapôtre saint Pierre un monarque spirituel qui l'ait
représenté dans l'Eglise, à Rome, et auquel aient succédé les évoques de cette ville? Je ne puis le croire, et voici pourquoi :
Premier fait. Cette parole décisive, comme dit l'Eglise de Rome, par laquelle le Seigneur établit saint Pierre chef de l'Eglise quand il lui dit : Tu es Pierre^ et sur celte roche-là je bdîirai mon Eglise, fut dite en présence des douze, qui l'entendirent et qui surent aussi en comprendre le sens. Or je vois un an après, et non pas avant cette circonstance, que les Apôtres contestent entre eux sur la primauté, ce dont le Seigneur les censure, tout en leur déclarant aussi que son Eglise ne sera pas comme un royaume de ce monde où se trouve un prince dominateur. Ce fuit me paraît h moi décisif, puisqu'il me montre deux choses : l'une, que les Apôtres ne pensaient pas que saint Pierre eût reçu du Sauveur la prééminence, puisqu'ils la cherchent pour eux-mêmes; l'autre, que le Seigneur ne l'avait pas donnée, puisqu'il ne les reprend pas en leur disant : Ne save.z-vous pas que Pierre est au-dessus de vous? Ce qu'il eût dit, si la chose eût été.
Mais on y répond en disant que ce ne fut qu'après la résurrection du Sauveur que saint Pierre fut établi solennellement sur l'Eglise, lorsque le .Seigneur lui dit : Pals mes brebis, et pais mes agneaux. Eh bienî voici des faits qui se sont passés après la résuri'eciion du Seigneur.
Deuxième fait. Je le reçois d'un député à qui Ton
donne une commission, et ce député c'est l'apôtro saint Pierre lui-même.
La ville de Samarie avait ouï l'Evangile de la bouche du diacre Philippe: les Apôtres l'apprennent, et ils y députent Pierre et Jean pour qu'ils y prêchent. Or il y avait déjà cinq ans que Jésus-Christ était ressuscité, et que, dit-on, saint Pierre présidait le collège apostolique: que deviennent donc alors sa prudence et son autorité , puisque non-seulement' ce n'est pas lui qui dispute, mais que c'est lui-même qu'on envoie? Lecteur, savez-vous ce qu'elles deviennent?
Troisième fait. C'est maintenant un accusé qui me le fournit, et cet accusé, c'est encore Pierre. Le Seigneur Jésus avait envoyé par lui l'Evangile au romain Corneille, et Pierre le juif avaii dû entrer chez ce gentil et y manger. Les Apôtres et les frères, scandalisés de cette conduite, lui en demandèrent compte, ctil faut que Pierre se disculpe. Or, nous dit l'Eglise de Rome, il y avait déjà onze ans que cet apôtre était revêtu de son autorité; mais ni les autres Apôtres et avec eux rEglise,ni saintPierre lui-même, ne pensaient que cette autorité existât, puisque Vt> glise contrôla celui dont elle eût dû approuver et at/om- toutes les démarches, et que l'apôtre lui-même se disculpe; ce qu'il n'eût pas fait, s'il se fût considéré comme chef et surtout comme infaillible. Lecteur, cela ne vous semble-t-il pas au moins très-probable?
Quatrième et cinquième fait. Ceux-ci se passent
à une époque oii la suprématie de saint Pierre, selon l'Eglise de Rome, avait acquis déjà beaucoup de puissance; les voici :
L'apôtre saint Paul n'avait pas vécu comme les douze avec Jésus, et il avait persécuté l'Eglise 5 ce qui lui faisait dire qu'il n'était pas même digne d'être appelé apôlre. Il avait donc une occasion toute naturelle, lorsque certains ennemis lui reprochaient *ces choses, de reconnaître la suprématie de Céphas et de s'y soumettre.
Mais qu'il est éloigné de le faire! non-seulement il déclare à l'Eglise que Céphas ne lui a rien enseigné et rien commis, mais il avance au contraire que lui Paul a repris Pierre en face, parce que celui-ci se montrait faillible en judaïsant àÀntioche devant les paieras; et après sept ans, c'est-à-dire près de trentt ms depuis la résurrection du Sauveur, il prononce hautement qu'il n'a pas été inférieur en aucune chose, même au plus excellent des Jpôlres. Lecteur, pensez-vous que saint Paul crût à la primauté de Céphas ?
Cependant, a-t-on repris, Jésus-Christ a remis à saint Pierre les tlefs du royaume des deux, et il lui a dit que tout ce qu'il aurait lié ou délié sur la terre j ie ierait aussi dam le ciel.
Je le sais, et je sais de plus qu'au ix° siècle on adorait à Piome deux grosses clefs d'argent, qui étaient, assurait-on au peuple, les clefs mêmes qiie Jésus avait remises à saint Pierre. Mais^ malgré cette
preuve, je dois me souvenir que, clieî les Juifs, les clefs étaient le symbole de l'enseignement, ce que le Seigneur déclarait lorsqu'il reprochait aux docteurs de la loi cU avoir rejeté la clef de la connaissance{Luc. xi, 52); car, pour la clef du pouvoir céleste, elle est dans les mains de celui qui a la clef de David et qui ne communique jt oint sa gloire à un autre, (Àpoc. III, 17; Is. xLii, 8).
, De plus, ce ne fui pas à saint Pierre seul, mais aux douzequeleSeigneurdonnalepouvoird'absoudreoii de condamner , et cela môme, il le fait par sa parole et pas autremen-t : car il est, lui, le seul législateur qui puisse perdre et qui puisse sauver.
Aussi saint Pierre lui-même fut si loin de s'attribuer aucune prééminence sur ses compagnons d'œuvre, ou môme sur les simples pasteurs de l'Eglise, qu'il disait à ceux-ci : Je suis ancien avec vous, et, loin de vous ordonner votre devoir, /e vous prie de l'accomplir (J. Peir. v, 1), et que vers la fin de sa vie, sur le point, dit-il, de déloger de son corps, il recommandait ?i l'Eglise de se nourrir des écrits de saint Paul (IL Petr. XV, 16). Il ne pensait donc pas que ies siens leur fussent supérieurs ni en certitude ni en autorité.
« Pourquoi donc, s'il en est ainsi, répond sans se déconcerter l'Eglise latine, l'Evéque de Rome a-t-il toujours eu sur l'Eglise universelle une autorité reconnue? »
Toujours, dites-vous? Mais l'avait-il au ii' siècle,
par exemple, lorsque Victor, évéque de Rome , eut excommunié les évêques d'Asie à roccasion du jour de la fête de Pâques ? Fut-ce, s'il vous plaît, de la soumission à son autorité suprême, que la vive censure que ces évêques adressèrent à Victor, conjointement avec Irénée ? {Eus, ^Hist., c. v, 24).
L'avait-il encore à la lin du même siècle , lorsque à cette prétention de suprématie ïertuUien opposa l'accusation formelle d'usurpation, et rappela que si le SeigneurJésus avait accordé quelque privilège à Pierre, c'était à lui-même et à nul autre après lui (ïert., de Piidic,, op. 767).
Et dans le même siècle, Firmilien, évêque^ de Cappadoce, rendait-il plus d'obéissance à la suprématie de l'Evêque de Rome, lorsqu'il le nommait hautement un second Judas, et qu'il s'indignait contre la sotlise manifeste de ce même Etienne? (Firm., £p{st. 75, m ope)\ Cyp.).
Et Augustin aussi, ce savant et zélé docteur, pense-t-il que l'Evêque de Rome domine sur tous les autres, lorsque, en expliquant ie psaume 45, il dit : « Voyez Rome, voyez Cartliage, voyez tant d'autres villes : ce sont là les lilles du roi, et c'est d'elles toutes réunies que leur Seigneur forme comme une seule reine i^Enarr. in Ps, 45).
Eniln, l'Evêque de Rome avait-il universellemt'Ut cette autorité souveraine, lorsque, même vers la lin du vi'^ siècle, deux papes, Pelage 11 et Grégoire F, déclaraient : le pramier,que Jean, patriarche
de Constantinopîe, était le roi de tous les fils de Vor^ gneil; et le second : qu il blasphémait et quï/ était le précurseur de V Antéchrist, parce qu'il prenait le titre à'Evêque universel'*. (Pél. II, Ep. viii.—Grég. iv, 32).
Et si des évoques nous passons aux conciles œcuméniques, trouverons-nous que le Pape de Rome ait plus possédé, à leur jugement, cette souveraineté si vantée, et que cela ait été toujours ainsi?
Ecoutons-en trois des principaux :
« Que les anciens usages demeurent, décrète le* premier concile de Nicée (325), savoir: quel'évéque d'Alexandrie gouverne les districts qui l'entourent, comme cela se fait à Rome, à Antioche et ailleurs.»
« Que chaque métropolitain, ordonne îe concile d'Ephèse (431), ait un pouvoir égal et déterminé selon l'ancienne coutume. »
« Que la nouvelle Rome (Gonstantinople) , décide le concile de Chalcédoine (451), jouisse du même honneur qui fut accordé h la Rome impériale. »
C'est donc l'égalité de privilège et d'autorité que Rome possède alors avec toutes les autres villes métropolitaines, et les évéques de celles-ci ne sont en rien inférieurs à celui de la Ville impériale \ »
\ Ces p3{îrs sont cttraîics de l'ouvrage intitulé : Pourraî-j'e Jamait tntrer dans CEtilise r^Miuiine aussi tonglemps que je croirai à la Bible? Ip. ir»4el 8ui?.), publié par M, Malan, pasteur de l'I'gli se du Témoignage, tt Gcuove, plusieurs fois réimprimé, et Irl'S-répandu parmi les Protestanta.
Quelques-unes de ces difficultés paraissent serieuses, aucune ne Fest réellement.
« Les Apôtres disputent quel est le plus grand d'entre eux : donc ils n'avaient pas compris quo ces paroles, Tu es Pierre, et sur cette pierre je hâiirai mon Eglise, eussent donné la primauté à l'un d'eux. »
C'est fort possible; il y a une foule d'autres vérités que les Apôtres n'ont comprises que le jour de la Pentecôte. Aussi Notre-Seigneur n'a-t-il pu s'empêcher de les appeler ; « Race ignorante, f '^rverse, à tète dure, dont la compagnie lui était à charge. » D'ailleurs ces paroles étaient uns promesse, dont Tentier accomplissement ne devait avoir lieu qu'après la résur/ection. Saint Chrysostôme donne un autre principe de solution : il croit que cette expression le royaume des deux signifie le Ciel et non l'Eglise; et cette interprétation parait très-plausible, quand on considère que peu auparavant Jésus-Christ avait entretenu ses Apôtres de sa mort et de sa résurrection, et qu'à cette question : Qui sera le plus grand dans le royaume des cieuxl il répond : Si vous ne vous convertissez et ne devenez petits comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des deux {Matlh, xvni, 5).
^ «Pourquoi le Sauveur, en cette circonstance,
n'a-t-il pas dit à ses Apôtres : Pierre est votre chef? »
C'est qu'il avait, dans sa sagesse infinie, des motifs suffisants de ne pas le faire. Au lieu de répéter ce qu'il leur avait déjà dit si claire ment, il a préféré pour cette fois réprimer leur ambition et leur montrer que Thumilité était obligatoire pour ks supérieurs, à qui il recommande de ne pas tirer gloire des hautes fonctions qu'ils sont appelés à remplir : Celiiiqui slmmiUera comme cet en faut, sera le plus grand dans le royaume des deux; d'être accessibles aux plus petits : Qui reçoit un enfant en mou nom^ me reçoit moi-même; charitables envers les pécheurs : Le Fils de Vhomme se réjouit surtout du retour de la brebis égarée ; — obligatoire pour les inférieurs, qui doivent obéir à l'Eglise et se soumettre aux jugements sans appel qu'elle a droit de porter : Si quelqu'un n'écoute pas l'Eglise, regardez-le comme un païen et un publicain.
Mais que la discussion se renouvelle, et nous verrrons le Fils de Dieu proclamer solennellement, en présence de tout le collège apostolique, la primauté de Pierre. Ecoutez saint Luc :
« Il s'excita parmi les Apôtres une contestation, lequel d'entre eux devait être le plus grand. Et Jésus leur dit : Les rois des nations les domi-
nent avec empire, et ceux qui ont autorité sur elles en sont appelés les bienfaiteurs. Pour vous, n'en usez pas de même; que celui qui est le plus grand, devienne comme le plus petit; que celui qui gouverne, soit comme celui qui sert. Car quel est le plus grand , celui qui est à table ou celui qui sert? N'est-ce pas celui qui est à table? Et moi, cependant, je suis parmi vous comme celui qui sert. C'est vous qui êtes toujours demeurés fermes avec moi dans les tentations. Aussi je vous prépare le royaume, comme mon Père me Ta préparé ; alin que vousnfengiez et que vousbuviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes pour juger le§ douze tribus d'Israël. Le Seigneur ajouta ensuite : Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler tous comme on crible le froment; mais j"ai prié pour toi en particulier, afin que ta foi ne défaille point : lors donc que tu seras converti, confirme tes frères. » {Luc, xxu, 24 et suiv.) Le docteur Malan ajoute :
Errt raurv; Tr; TrcT^ox. H faut obscrver qu'eii français il y a une sorte de jeu de mots sur la ressemblance du nom de Pierre avec le mot iiierre ; dans le texte cela iva pas lieu : Tapotre se nomme Pçlros^ et la roche
Hélas! les arguments que les Protestants puisent dans la philologie ne sont pas plus solides que ceux qu'ils demandent à la théologie et à l'histoire. Dans le texte sacré , ni l'apôtre ne se nomme Petros, ni la roche petra; l'un et l'autre sont désignés par le même nom, qui est Kephas; ce n'est ni le grec ni le latin qu'a parlé Jésus- Christ, mais un des idiomes usités en Palestine de son temps , c'est-à-dire l'hébreu ou le syro- ' chaldaïque.
Mais la contexture de la phrase ne suffit-elle pas pour en indiquer clairement la signification? Pe^ fr2^5 désigne Pierre, dit-on, et Pe/ra Jésus-Christ : « Simon, tu es Pierre, et sur cette pierre, c'est-àdire sur moi, je Mtirai mon Eglise. » Et cette ridicule subtilité, inventée par Calvin lui-même (les paroles des Pères à ce sujet n'ont pas le sens qu'on leur prête), s'im^^rime encore de nos jours ! Si la plus forte des particules conjonctives, le plus énergique des pronoms démonstratifs , et la complète identité de mots, ne suffisent pas pour fixer le sens d'une proposition, le langage est incapable d'exprimer une seule pensée.
Le passage des Actes des Apôtres que rappelle le deuxième fait fournit, au contraire, une nouvelle preuve de la prééminence de saint Pierre. Une violente persécution s'était élevée contre
FEgli^e; tous les disciples étaient dispersés, séuL les Apôtres étaient restés à Jérusalem. Tout-àcolip le bruit se répand que le diacre Philippe a converti et baptisé les habitants de Samarie; le collège d^s Apôtres se réunit aussitôt pour examiner ce qu'il convenait de faire, et décider notamment qui d'entre eux devait aller comme apôtre terminer ce qu un diacre avait commencé. Les circonstances étaient graves : on racontait qu'un fameux magicien du nom de Simon, qui avait par ses enchantements séduit toute la contrée, était au nombre des néophytes ; Samarie était la capitale de la province; il fallait non-seulement donner le sacrement de Confirmation, mais s'occuper encore d'ordonner des prêtres et des évoques. Pierre et Jean furent chargés de celte difficile mission, et le chef des Apôtres commença avec Simon le magicien cette guerre qui devait se terminer plus tard à Rome i)ar la défaite et la mort de celui-ci.
C'est donc à cause des difficultés spéciales que présentait cette mission, que les Apôtres ont prié saint Pierre de la remplir.
C'est ainsi que les fidèles d'Antioche envoyèrèïit à Jérusalem Paul^et Barnabe, sans pour cela se croire au-dessus d'eux. C'est ainsi que nous voyons quelquefois nos assemblées politiques coniier la solution des questions les plus graves
et les plus difficiles à une commission dont fait partie le président lui-même.
Troisième fait. « L'Eglise contrôle les actes de Pierre, et il est obligé de se disculper d'être entré chez des gentils. »
L'attention qu'apporte FEglise à tout ce que dit etfaitsaintPierre prouve Fautorité de cet apôtre, au lieu de la détruire. L'apanage dim supérieur est d'attirer les regards ; Pierre le comprend lui-même, et développe volontiers les motifs de sa conduite, quand on manifeste le désir de les connaî tre. « Pourquoi, lui dirent les Apôtres et les frères, avez-vous logé chez des gcnlils et mangé avec eux?» (Acf, h, 5). Pierre répond en racontant la vision dont il a été favorisé à Joppé, le commandement que Dieu lui a fait de prêcher la bonne nouvelle aux. gentils comme aux Juifs, le baptême du centurion Corneille, la descente de l'Esprit sur les personnes qui étaient venues Fentendre; et, à la voix du chef de FEglise, tous se taisent, admirent, glorifient Dieu, et s écrient : « Il est donc vrai, les gentils aussi sont appelés à la pénitence et à la vie \ »
Quatrième fait, g Saint Paul a reju'is saint Pierre en face, à Antioche; parce qu'il était répréhensible. (Gai., u, 11.)
\ Uis aiuîllis, tacuoranl cl f.ljrificavcriinl Deum, dicciUcs : Ergo et ficiUibus pœnilculiam Jc'iit Deus ad vilaïu. {Acl. ji,1H).
Nous ne dirons pas, avec Ciément d^Aîexoô* drie ^ et Dorolliée de Tyr ^, que Céphas repris par saint Paul à*Antioclie était un des soixantedouze disciples et non l'apôtre saint Pierre; ni avec saint Jérôme, Cassien, Origène, et les anciens interprètes grecs^, que cette scène publique avait été concertée préalablement par les deux Apôtres, et n'étaitdeleurpartqu'un traitdcuiénagcment pour les Juifs trop attachés à leurs cérémonies. Nous ne dirons pas non plus, avec d'autres interprètes, que saint Pierre, en s'abstenant démanger en cette circonstance avec les gentils afin de favoriser la conversion des Juifs, avait fait une action indilTérente ou plutôt digne de louange, que saint Paul lui-même avait dans la suite imitée plusieurs fois; nous admettons que saint Paul a réprimandé saint Pierre, et avec raison : que peut-on en conclure? Qu'un inférieur peut faire des i*emontrances k son supérieur? Qui le nie? lorsque la conduite de celui-ci les provoque justement. Que Pierre s'est trompé? Oui, si Ton veut, sur Tappréciation des circonstances, mais nullement sur la doctrine. Pierre seul d'abord {AcL xi, 5), et avec tous les Apôtres ensuite (xv, 7), avait proclamtî que les nouveaux chrétiens n'étaient point obligés
1 Eu$cbe, lil». i, c. 11.
2 In Cliroi). paich., éd. Canç.-^Z Epist. «d August., nova éd., 75,
de se soumettre aux prescriptions cérémonîales de la loi de Moïse; mais aucun décret n'avait interdit aux Juifs de continuer à les observer , et Ton voit que saint Paul n'apaslîésité de le taire en plusieurs circonstances, jusqu'à offrir des sacrifices dans le temple de Jérusalem , jusqu'à circoncire son disciple Timothée \
Entre saint Pierre et saint Paul il n'y a donc jamais eu diversité de jugement au sujet des cérémonies judaïques ; tous les deux savaient qu'elles n'étaient pas obligatoires pour les gentils devenus chrétiens, qu'elles étaient facultatives pour les Juifs convertis, que l'on devait n'en tenir aucun compte lorsqu'on prêchait aux gentils, que Ton pouvait, en les observant, condescendre quelquefois à la faiblesse des néophytes j uifs . Une seule fois ces deux Apôtres ont différé de vue sur l'application de ce dernier principe.
Ce désaccord nous a valu sans doute une preuve de plus du zèle ardent qui dévorait l'apôtre saint Paul, il nous a fourni aussi un exemple remarquable de la profonde humilité qui animait saint Pierre. Ecoulons saint Grégoire-ie-Grand :
« Paul, dans ses lettres, raconte que Pierre a été répréhensible; et Pierre, dans les siennes, dit que
1 Kl asàuiuciis, c'ucuuauiitcum piopter JuJivos (lui eraut iu iliis lotis, {.ici. XVI.)
Paul est admirable dans ses écrits. Puisqu'il !e$ trouve digne d'éloges, il les a donc lues; s'il lésa lues, il y a vu ce qui le regarde. Son amour pour la vérité Ta emporté sur toute autre considération; il a approuvé le récit même de sa faute; il a écouté l'avis de son inférieur et Fa suivi. Le premier par son suprême apostolat, il devait être aussi le premier par son humilité \ Considérez donc, mes très-cbers frères, dans quelle disposition d'esprit s'est trouvé l'Apôtre qui a loué des lettres où il était blâmé : quelle admirable douceur, quel repos d'esprit, quelle fermeté d'àme, quel calme de pensées ! Voyez : il est repris par son inférieur, et if ne dédaigne pas d'être repris. Il ne fait pas observer qu'il a été appelé le premier à l'apostolat, qu'il a recules clefs du royaume des cieux, que tout ce qu'il délie sur la terre esteiïacé dans le ciel. Il ne rappelle pas qu'il a marché sur les eaux, qu'il a redressé d'un mot un paralytique au nom de Jésus , que l'ombre de son corps a guéri des malades, que sa parole a fait expirer Ananie et Saphire , que sa prière a ressuscité les morts. Aux reproches qu'on lui faisait, il n'a rien voulu opposer, ailn de ne rien perdre du mérite de cet
i Faclus est scclator minoris sui , ut ctiani in hoc priviret quatcnus qui piœmiscrat in nposloîalùs culmiue, csscl priiuus et iu huuMlilate. iln Lzicli., lib. !!., Uoînil.G).
acte d'humilité. Qui de nous, je vous le demande, s'il avait fait le plus petit miracle, recevrait avec cette patience les réprimandes de son inférieur? »
Dernier fait. « Saint Paul a dit : Je n'ai été en rien inférieur aux premiers des Apôtres. » A ces paroles on a ajouté celles d'Origène : « Paul est le plus grand des Apôtres » (lîomiL ni, in Num.)\ desaintChrysostôme : «Il est manifeste que nul ne sera mis devant Paul » {Hom, 66) ; de saint Ambroise : « Il est difficile de dire qui des Apôtres doit lui être préféré » {de Incarn, 4-). On a comparé les travaux innombrables de TA-; poire des nations avec ceux plus restreints de l'Apôtre de la circoncision; on a rappelé que les premiers Papes scellaient leurs décrets d'un sceau où le nom et refiigic de saint Paul figuraient seuls ou occupaient la droite, tandis que saint Pierre était représenté à gauche ; et on a conclu que si, parmi les Apôtres , quelqu'un doit être regardé comme le supérieur des autres, assurément c'est saint Paul ?.
Brillant échafaudage, mais construit sur le sable î
k Paul Jésus-Christ a dit : « Ya te montrer à Ananie, et il t'indiquera ce que tu dois faire ; » à Pierre : « Suis m.oi, c'est sur. toi que je bâtirai mon Eglise. » De saint Paul il a été dit : « Je l'ai choisi
pour porter mon nom devant les nations, les rois et les 111s d'Israël. » A Pierre ont été adressés ces ordres : « Pais' mes agneaux, pais mes brebis; confirme tes frères. » Saint Paul ne faisait pas même partie du collège apostolique, et les hérauts de l'Evangile l'avaient déjà répandu au loin, quand Saul de Tarse, converti, vint leur donner son précieux concours.
Peut-être saint Pierre pourrait-il, sous le rapport du nombre et de Timportance des missions, soutenir le parallèle avec saint Paul. Saint Luc, disciple de celui-ci, raconte naturellement avec plus de détails les actions de son maître; il nous en a assez dit cependant sur le chef des Apôtres, pour nous faire admirer son zèle et les succès qui l'ont couronné : « Huit mille hommes de toutes les nations et parlant toutes les langues ^ convertis en deux discours : quel magnifique début pour un missionnaire! Que maintenant les Apôtres se dispersent , ils trouveront partout quelques fidèles qui auront entendu la voix de Pierre et qui recevront ses envoyés ^ : » ils en trouveront en Asie, Ponium et Asiam; en Afrique, jEgyptum et partes Libyœ ; en Europe, advenœ Romani, Lorsque Paul ira dans les déserts de
i Viri rcligiosi ex omni nalionc <jua? sub cœlo csl (/le/, ii, o). 2 L. Veuillot. De quelques erreurs sur la Popaulé. {(ntrod.)
TArabic, il rencontrera des chrétiens, Arabes*, lorsqu'il arrivera à Antioche, il verra que depuis trois ans on y adorait le Christ. Dans ses courses à travers l'Asie et la Galatie, il verra que Pierre Va souvent devancé dans ces parages ^ ; lorsqu'il s'approchera de Rome, les chrétiens conveîtis par saint Pierre viendront à sa rencontre ; et si „dans la traversée, il eut relâché à Alexandrie, il y eût trouvé une Eglise florissante gouvernée par saint Marc le disciple de Pierre.
Mais à quoi bon ces supputations ? le général en chef est-il obligé au même degré d'action et de mouvement que ses lieutenants? On a voulu voir dans saint Paul IWchille, leïancrède decette grande campagne entreprise par les Apôtres contre le paganisme : soit, mais c'était saint Pierre qui en était FAgammenon, le Godefroi de Bouillon.
Que prouvent les faits tirés de la numismatique? Que les Papes, dans leur reconnaissance, ont voulu accorder quelquefois les mêmes honneurs aux deux Apôtres qui avaient fondé et illustré l'Eglise de Rome. Il n'est pas vrai, du reste, que la forme des sceaux fut telle qu'on le dit : sur le plus ancien de tous, celui de Paul I" mort en 7G7, où liguraicnt les têtes des deux Apôtres, le nom de
4 Oiijjènc. J/)«(i Euscb., Il id. ceci, m, \.
Pierre est le premier; quand il n'y a qu'une seule effigie, c'est toujours celle de Pierre. Les initiales de Paul sont S. P. A., Sanctus Paulus Apostoliis; celles de Pierre, S. P. E., Sanctus Petrus Ejmcopus, C'est à Pierre seul qu'on donne le titre d'Evêque. Ce n'est qu'à partir de Léon IX que Pierre cède la droite à Paul, changement dû j)robablement à Toubli de lïnversion de la gravure du sceau {Dlctlonn. de diplom, iv, 502).
Ces considérations indiquent dans quel sens il faut prendre les paroles de saint Paul et de quelques Pères de l'Eglise que nous avons citées : elles se rapportent à îa divinité de la vocation du grand Aimtre, à la légitimité de sa mission, à la grandeur de ses travaux, et non à sa prééminence.
Après avoir établi sa thèse sur les cinq faits que nous venons d'examiner, le docteur de Genève prend l'offensive. Il nous reproche d'ignorer que les clefs chez les Juifs étaient le symbole de l'enseignement et non du pouvoir, comme si le texte n'indiquait pas suffisamment ce dernier sens : « Je te donnerai les clefs du royaume des deux; tout ce que tu lieras sera lié dans le ciel, etc. » Il soutient que la clef du pouvoir céleste est dans la main de celui qui ne commun' ■'^'^
point sa gloire a un autre ; comme si un rôî se dépouillait de son autorité en en cédant une partie à l'aTiibassadeur quïl charge d'une mission à remplir, ou au magistrat qui rend la justice éh son nom!
Il observe que ce n'est pas à Pierre seul , mais aux douze, que le Seigneur a donné le pouvoir d'absoudre ou de condamner. — Sans doute, mais à des degrés divers..
« C'était manifestement le dessein de Jésus- Christ, dit Bossuet, de mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il voulait mettre dans plusieurs; mais la suite ne renverse pas le commencement, et le premier ne perd pas sa })lace. Celte première parole , « tout ce que tu lieras, « dite à un seul, a déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dira : tout ce que vous lierez; caries promesses de Jésus-Christ, aussi bien que ses dons, sont sans repentance; et ce qui est une fois donné indéfiniment et universellement est irrévocable; outre que la puissance donnée à plusieurs porte sans restriction sur son partage, au lieu que la puissance donnée à un seul, et surtout sans exception, emporte la plénitude \ »
4 Dossiiet, Serm. nur Ciin. de l'Eglise.
Enfin, on voudrait que saint Pierre eût décliné tous ses titres en tête de ses lettres; que n'admiret-on plutôt la modestie de cet apôtre, et ^ue ne voit-on dans ce silence une preuve de plus de sa primauté dans FEglise? En elTet, saint Paul a été forcé de faire son propre éloge, afin de justifier sa mission et son autorité méconnue par ses ennemis; saint Pierre, au contraire, reconnu par tous comme supérieur, n'a jamais parlé des faveurs divines qu'il avait reçues. Plus il est élevé, plus il sabaisse; et la recommandation la plus pressante qu'il adresse aux pasteurs et aux fidèles est de s'adonner à la pratique des vertus qu'il a pratiquées à un si haut degré à l'exemple de son Maître, la douceur et F humilité.
Les difficultés soulevées contre la primauté des Evoques de Rome successeurs de saint Pierre, ne sont pas plus solides.
Nous verrons (chapitre III) que les évèques de l'Asie mineure, menacés d'excommunication par le pape Victor à l'occasion de la fête de Pâques, finirent par se conformer à l'usage général; que saint Ircnée et les autres évèques, dans les remontrances qu'ils adressèrent, à ce sujet, à l'Evèque de Rome, reconnaissent sa suprême au-
torité, puisqu'ils rinvitent à ne pas en user avec trop de rigueur.
Tertullien, quand il composa le livre de la Pudew\ était tombé dans le montanisme ; il s'était réfuté lui-même par avance et dans les Prescriptions (chap. xxn) et dans le livre contre les Gnostiques : <c Y ous pensez, dit-il \ que le ciel est' encore fermé, rappelez -vous donc que le Seigneur en a laissé les clefs à Pierre, et par Pierre à l'Eglise ^ ; une humble confession vous en rendra possesseur.
Firmilien, en supposant qu'il ait réellement composé lalettre qu'on lui attribue, injurie le pape Etienne de ce qu'il soutenait que le baptême des hérétiques régulièrement conféré était valide : lequel des deux avait tort ?
Dans les nouvelles éditions l'auteur a corroboré l'exemple de l'évéque de Cappadoce par celui de trente-sept évèques d'Afrique, à la tête desquels était celui de Carthage; mais qu'imix)rte le nom-
-I Nani etsi adiuic clausur.i putascœlum, inonicnlo clavcs ejus li'ic Dominum Pctro et per eiim Ecclesiaî rdiquissc, quas liic uiuisqisiscjuc iutLMTOf.atiis nique confessus fcrct secum. [Adversùs Gnost., Scorp. x).
2 u Qu'on ne dise point, qu'on ne pense point, dit IJossucl, que ce niinislère de saial Pierre finisse avec lui. Ce qui doit servir de soutien aune Eglise éternelle ne peut jamais avoir de fin ; Pierre vivra dans ses successeurs, Pierre parlera toujours dans sa chaire : c'est ce que disent les Pères, c'est ce que confirment six cent trente évOques au concile de Chalcédoine. » [Serm. siirhmifède l'Eglise.)
ire des évêques qu'on oppose au pape Etienne, puisqu'il est conalant, qulis soutiennent une erreur ?
Et, puisqu'on parle de saint Cyprien, pourquoi ne pas rappeler qu'en même temps qu'il résiste à Etienne, il lui envoie des députés pour expliquer sa conduite; qu'invité à recevoir à la communion de l'Eglise les tombés, avant l'accomplis- ^ sèment de la pénitence canonique, il refuse de le faire, en s'appuyant sur l'autorité du Pape de Rome; qu'ayant tenu un concile en Afrique pour modérer la rigueur des canons, il en envoie les actes à Rome, afin de les faire approuver par le pape Corneille ^ ?
Le passage de saint Augustin n'a aucun rapport avec la primauté du Pape. L'Epouse duCbrist ne reconnaît pas seulement pour enfants les chrétiens de Rome, ceux de Cartilage et de toute autre ville méritent aussi ce titre : ce sont toutes les Eglises du monde qui forment la couronne de cette reine.
Pelage II et Grégoire I""" blâment énergiquement le patriarche de Constantinople de ce qu'il s'appelle Evêque universel : c'est qu'en effet ce titre ne convient qu'au successeur de Pierre,
^ Quoil crcilimus, voLis quocjuc pafcrnaî misericordio; contemplalionc placiliirum, (l.ablfc, Conc. i, 718.)
et CCS deux pontifes refusent même de le prendre, pour donner un exemple d'humilité aux orgueilleux patriarches de T Orient.
IN'ous n'avons pas relevé ces expressions : culo^ rer les démarches^ adm^er les ciels ; plus loin, dans le même ouvrage, on lit : adore?' la sainte F/er^e. Ou le fondateur de Técole méthodiste qui les a écrites, et il n'est pas le seul, ignore la doctrine de l'Eglise catholique, et alors qu'il lise le premier catéchisme qui lui tombera sous la main ; ou il sait bien que nous w' adorons que Dieu seul , et alors ces plaisanteries et ces calomnies n'excitent que la pitié et le dégoût. Il est difficile de ne pas éprouver des sentiments de cette nature en lisant que « les premiers conciles ont jugé que le Pape de Rome n'avait pas plus de pouvoir qu'un autre évèque. >>
Mais peut-être que la mauvaise foi est beaucoup plus rare qu'on ne le pense ; nous allons donc , sans indignation , tacher de rétablir les faits.
Les évoques qui composaient le concile de Nicée ont reconnu que l'Evéquc de Rome avait certains droits qui lui étaient communs avec les autres patriarches : « Que l'on observe les anciennes coutumes établies dans l'Egypte, la Libye et la Pcntapole,dit lesixième Canon, en sorte que l'Evè-
que d'Alexandrie ait l'autorité sur toutes ces provinces, parce qijie F Evoque de Rome a le même avantage; à Antioche aussi, et dans les autres provinces, que chaque Eglise conserve ses privilèges ^ » Mais ils ont reconnu aussi qu'il possédait en outre, en sa qualité de chef de l'Eglise , une autorité qui ne lui avait jamais été commune avec un autre évéque, puisqu'ils déférèrent la présidence du concile aux trois légats du pape Sylvestre, Osius évéque de Cordoue, suffragant de Sév ille , Viton et Vincent , simples prêtres de Rome. Vingt ans plus tard, réunis de nouveau en concile dans la ville de Sardique , ils rendirent hommage à la primauté de l'Evêque de Rt)me en consacrant, par un décret, l'antique droit d'appeler à son tribunal des causes majeures : 'c Si un évéque, persuadé d'avoir été condamné injustement, veut être jugé de nouveau, honorons, s'il vous plaît, la mémoire de Pierre; qu'on écrive à Jules , évéque de Rome : s'il trouve bon de renouveler le jugement, qu'il donne des juges; s'il ne croit pas qu'il faille y revenir, qu'on s'en tienne
A Dons un rnaïuiscrit du Valican, ce Canon commence par ces mots : « L'Eglise romaine a toujours eu la primauté. » Et c'est ainsi que l'aschasin, lôfjal du pape suiul Léon, le lut au coiicilede Cliaiccdoir.e ; d'où Laronius el Labbe ont conclu que nous ne l'avions pas en on'icr. [Conc, ji, 723IV, 8i2).
8^ à ce qui à été ordonné (iv« Canon). Si l'Evéque de Rome juge qu'il faut, de nouveau examiner la cause, il pouiTa selon sa sagesse envoyer à cet effet des commissaires, ou s'en rapporter aux évêques des provinces. » (v' Canon).
Le deiijdème concile œcuménique, qui se tint en 581 à Constantinople, essaya d'élever TEglise de cette ville au-dessus des Eglises d'Alexandrie et d'Antioche, mais il respecta toujours la primauté du Siège apostolique : « Que l'Evêqué de Constantinople, it le m" Canon, ait le premier rang d'honneur après l'Evéque de Rome. »
Il en fut de même aux conciles subséquents. Toutes les fois qu'il s'est aci d'honneur, de préséance et de juiidiction, les orgueilleux patriarches de Constantinople se eont efforcés d'être les seconds dans FEglise; mais, dans toutes les mesures qu'ils ont prises peur arriver à cette fin, ils ont toujours avoué que la première place appartenait de droit aux Evêques de Rome.
Le vingt-huitième Canon du concile de Chalcédoine lui-même ne réclame, pour l'Eglise de Constantinople, que le second rang. Le voici textuellement :
« Les Pères ont eu raison de donner au Siège
de l'ancienne Rome ses privilèges, parce qu'elle
était la ville régnante; et, par le môme motif, les
cent cinquante évêques du concile de Constantitinople ont jugé que la nouvelle Rome, qui est honorée de l'Empire et du Sénat, doit avoir les mêmes avantages et être la seconde dans Tordre ecclésiastique : en sorte que les métropolitains des trois départements du Pont, de VAsle et de la Thrace, et les évêques leurs sulïragants qui sont chez les Barbares, soient ordonnés par FEvêque deConstantinople, après qu'ils auront été élus canoniquement dans leurs Eglises. Mais chacun de ces métropolitains ordonnera les évêques de sa province, assisté de ses suffragants, selon les Canons. ^>
K'oublions pas de rappeler que les Pères du , concile d'Ephêse ont déposé Neslorius, en déclarant qu'ils avaient été forcés par les saints Canons et les lettres du pape Célestin à prendre cette mesure; qu'ils applaudirent à ces paroles du légat du Pape: « Personne ne doute, ou plutôt tous les siècles savent que le très-haut et très-bienheureux Pierre, prince et chef des Apôtres, colonne de la foi, fondement de TEgliso catholique, a reçu de Notre- Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain, les clefs du royaume des cieux, et que le pouvoir de lier et de délier les péchés lui a été accordé, à lui qui jusqu'à ce jour et à jamais vit dans ses successeurs et exerce le jugement pn leur personne. » CConc, Epliçs,^ Act, 3.)
Nous trouvons pareillement dans les actes du c jcilode Clialcédoinc que Dioscore , patriarche de Jérusalem , fut exclu de l'assemblée par un Oîlre du Siège apostolique; qu'un autre ordre émané de la même autorité y fit , au contraire, acliiietire Théodoret, évèque de Cyr, quoiqu'il ciU été condamné auparavant par un concile de sa [)rovince ; que les évèques s'écrièrent, après avoir entendu la lettre du Pape : « Pierre a parlé pai'la bouche de Léon; "ctcnlln qu'ils soumettent iriirs décrets à l'approbation du Pape : « jXous vus en supplions , coniirmcz par votre approbraion ce que nous avons décidé; nous nous montrons soumis à notre chef, que votre suprême ûîiîorité ajoute ce qui manque à la nôtre \ »