‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 67 sur 86 · EAW XXII. -~ SON OPINION SUR TA VISION BÉÂTIFIQUS · texte numérisé non relu

EAW XXII. -~ SON OPINION SUR TA VISION BÉÂTIFIQUS

Nous avons dit que Jean XXII n'avait, comme pape, rien défini, et, comme docteur, rien enseigné contre la foi. H est vrai que, dans le sermon qu'il prêcha à Avignon le jour de la Toussaint de Tan 1521, on trouve ces paroles : « La récompense des saints avant la venue de Jésus-Christ était le sein d'Abraham ; après son avènement, sa passion et sa mort, leur récompense est d'être sous Tau tel de Dieu , c'est-à-dire sous la protection et la consolation de Thumanité de Jésus- Christ. Après le jugement, ils verront non-seulement Ihumanité, mais encore la divinité face à face, telle qu'elle est; ils verront le Père, le Fils

et le Saînt-Esprît '. » Mais jamais il n'a écrit et il n'a dit que ce fût là une vérité incontestable; toujours il a donné cette opinion sur le délai de la vision intuitive comme une simple opinion qui paraissait fondée sur quelques passages de l'Ecriture et des Pères , qui pouvait ne l'être pas et sur laquelle il convenait d'appeler l'attention des docteurs et des théologiens, afin de préparer les éléments d'une décision définitive. Lui-même chargea le cardinal Blanc , Jacques Fournier, de composer sur cette question un traité complet dont voici une partie de la Préface : « J'entreprends de réfuter de tout mon pouvoir les opinions qui se sont élevées contre la saine doctrine depuis le temps que j'ai été élevé au cardinalat; en quoi j'ai suivi le mouvement de ma conscience et les ordres que m'en avait donnés le pape Jean XXII mon prédécesseur, mon bienfaiteur et mon père. Le premier article sur lequel on a disputé longtemps regardait l'étal des justes après leur mort : il était question de savoir si les âmes saintes ou purifiées dans le purgatoire voient clairement et face à face Tessence divine avant le jugement dernier et la résurrection des corps. Quelques docteurs le niaient, d'autres au

4 Ra-yn., ann. ISâ5, n' 8.

contraire, et c'était le plus grand nombre, tenaient le sentiment tout opposé. Dans le premier traité de mon livre j'ai rappelé chacune des propositions avancées par ceux qui soutiennent le délai de la vision intuitive : ils reconnaissent que les âmes justes sont, avant le jour du jugement, dans le royaume des cieux ou dans le paradis, qu'elles jouissent du repos éternel , et qu'elles voient Jésus-Christ dans toute sa splendeur. J'ai fait voir qu'en conséquence de ces aveux, il fallait reconnaître que ces âmes voient Tessence divine face à face et qu'elles en jouissent. Ensuite je suis entré dans le détail et j'ai montré , autant que je Tai pu , que les saints morts avant l'ascension de Jésus-Christ sont dans le ciel où ils possèdent la vie éternelle et la claire vue de Dieu. J'ai prouvé la même chose des justes depuis l'ascension du Fils de Dieu, tels que sont les martyrs, les simples fidèles décédés en état de grâce , et même les enfants sortis de ce monde avant l'usage de leur liberté. J'en ai conclu que dans ces âmes ii n'y a proprement ni foi ni espérance; mais parce que tout cela ne peut se démontrer par la simple raison naturelle, j'ai allégué, en preuve de mes conclusions , les autorités de l'Ecriture, de la glose ordinaire , des saints Pères approuvés dans l'Eglise , des offices qui sont en

usage aux fêtes des Saints, et j'ai cité exactement les passages : voilà pour le premier traité. Au reste, quoique tout ce qui a été avancé par mon prédécesseur, soit de vive voix, soit par écrit, n'ait été que pour le sentiment que je combats, il a néanmoins toujours déclaré au peuple dans les églises , et aux prélats de sa cour dans les consistoires, quïl ne parlait ainsi que par forme de conférence et pour éclaircir la vérité sur une opinion jusque-là peu soutenue. C'est ce qu'il a assuré même sur la lin de sa vie; et, de plus, il a fait un acte qu'il se proposait d'ériger en bulle, par lequel il déclare qu'il avait cru et qu'il croyait sincèrement que les âmes saintes voient Dieu face à face avant le jugement général. Je dis tout cela dans ma Préface, de peur qu'on ne s'imagine que mon prédécesseur a tenu et assuré le contraire de ce que jiii décidé , de l'avis des cardinaux, après mon élévation au pontiiicat^ »

Ce document suffit , à lui seul , pour mettre à néant les calomnies de Calvin qui a accusé Jean XXII d'avoir nié rimmorlalicé de Tàme^ et celles du docteur de Louvain, Adrien Florent, depuis pape sous le nom d'Adrien YI, et de tous ceux qui,

i Rayn., ann. 1335, <33G.

2 Lib. m, Institut. 20.

après lui, ont dit que Jean XXII avait voulu imposer à tous les fidèles, comme un article de foi, ce qui n'a jamais été à ses yeux qu'une question qu'il ne convenait de définir qu'après un mûr examen ^ Le document suivant réfute tous ceux qui ont

4 « Jean XXII t enicigné publiquement, a déclaré et commandé k tout de croire que les âmes dcssa'mts ne jouissent pa«, avant le ju{»cinenl dernier, de la claire et entière vision de Dieu. » (Cité dans la Dèfmse de la Déclu' ration du clergé de France). Le docteur Adrien Florcnl aurait bien dû nous indiquer à quelle époque et dans quils termes Jean XXII a enseigné aux fidèles un pareil acte do foi, et nous expliquer ensuite pourquoi les historiens du temps nous disent tous qu'il n'a rien dcfini, et quelquesuns niôme qu'il croyait fort bien que les imes des justes qui ne doï- Tenl plus rien à la justice de Dieu sont mises imn>édialemeiil en possoslion de la vision intuitive; mais qu'il citait les passages de l'Kirituic et des Pères qui lui paraissaient prouver le contraire, afin d'enhardir les espfrils k examiner librement le pour et le contre eu attendant la décision définitive du Siiinl-Siigc.

« Jean, dit Villani, n'avait pas voulu décider la question, maiiteulement la proposer, pour l'agiter et l'cclaircr. » [Ilisl. il, 11).)

« Laisse/, écrit le Pape lui-même au ri»i de France, laissez débattre 11 question en toute liberté jusqu'à ce que le Sainl-Sié{;e prononce. »

a Quand Rome voiic sainte épouse, écrivait l*élrar(juc au successeur do Jean XXII, est venue se jeter à vos pieds, vous étiez occupé à examiner si la troupe des saints, dép^agée des liens du corps, voit clairement la face da Dieu niomc, ou bien si elle ne commence à jouir de celte présence qu'au moment de la résurrection. Mais aujourd'hui que la dispute est termiuéc, etc. » (r/. Li.ist. ad Bcned. XII.)

• Jean XXll avait cru et croyait sincèrement, dit Denolt XII, que Ici âmes des saints voient Dieu lace a face avant le jugement général, m lUayn., 1536). En effet, il professe clairement cette vérité dans sa lettre à Ofiniui roi d'Arménie, dar.s sa bulle de canonisation de saint Louis évéquc da Toulouse, et «nfin dan» la profesjioo de foi qu'il fit avant Ae mourir.

avancé ' que PUniversité de Paris avait traité Jean XXU dlicréliqiie ; c'est le texte de la délibération rédigée sur la question controversée, à Ja prière de Philippe de Valois :

a Au sérénissime prince et seigneur Philippe, illustre roi des Français , ses dévots chapelains par sa grâce :

« Pierre patriarche de Jérusalem , Pierre archevêque de Rouen , Guillaume Bernardi chancelier de Paris... {suivent vingt autres noms)^ tous docteurs en théologie , avec leur très-humble recommandation , souhaitent qu'il passe tellement par le gouvernement du royaume temporel, qu'il puisse monter au faîte du royaume éternel.

« Il a plu à votre royale Majesté de nous faire appeler le quatrième dimanche des Avents en votre séjour du bois de Vincenncs , et d'exiger de nous par serment que nous vous dirions fidèlement tout ce qu il nous semble de Tétat des âmes dépouillées de leurs corps , selon que nous en serions par vous requis, et sans y apporter de notre part aucun déguisement de la vérité. En

\ Dopiiis Avenliîî ]u«''|irim psieur iMalan dont rinia{»inallon prèJe CM mois à Jean XXII : « Moi Jean, je me suis roiractésur l'état des àme» qui allcndciil la résurrection ; car l'Usiiversilé de l'aris m'ayant con* damne , j'ai dû confesser ma méprise. • {J*QUYYa\-jt, etc., 98.)

présence donc de votre royale Grandeur, assistée des excellents princes nosseigneurs Philippe , par la grâce de Dieu, loi de Navarre; Jean votre lils aîné , duc de Normandie ; Louis duc de Bourbon , votre cousin ; Charles duc d'Alençon , et de Guy comte de Blois ; et des révérends pères et seigneurs Guillaume archevêque d'Auch , Guillaume évêque de Paris , André d'Arras , Guillaume de Comminges , Pierre de Rhodez, Royer de Limoges , Bernard d'Annecy , Jean de Nevers; de Guillaume, nommé à l'évêché d'Evreux; des révérends abbés Pierre de Cluny, Guy de Saint-Denis: de Pierre de Saint-Germaindes-Prés, Hugues de Corbie , et de plusieurs autres tant curés que barons et gens d'armes , vos conseillers, avec une grande multitude de religieux et séculiers; après avoir prêté le serment, nous furent proposées deux questions : la première, à savoir si les âmes des saints qui sont au ciel voient F essence divine face à face avant leur réunion avec leurs corps et avant le jour du jugement; la seconde, à savoir si la vision qu'elles ont maintenant de Tessence divine s'évanouira au dernier jour du jugement pour faire place à une autre qui lui succédera. Et d'autant, Prince sérénissime, que nous sommes obligés de vous révérer comme notre très - cher fondateur et

conservateur de TEcole de Paris et de notre Faculté de théologie qui y est établie, et comme notre très-excellent roi, et d'obéir à vos commandements ; attendu principalement ce que nous avons, en ce même lieu, ouï de votre bouche que vous ne recherchiez rien à ce sujet qui puisse toucher notre très-saint Père et Seigneur Jean par la digne Providence de Dieu souverain Pontife de la sainte, romaine et universelle Eglise, duquel nous sommes les dévotieux serviteurs et enfants; au contraire , vous ayant déclaré que, comme son fils très - affectionné , vous êtes jaloux en cela et en toute autre chose de son honneur, et nous d'ailleurs prenant garde à ce que nous avons ouï et appris par la relation de plusieurs témoins dignes de foi , que tout ce que Sa Sainteté a dit de cette matière, elle Ta dit non en Vassurant ou même en opiîiaiit , mais seulement en le récitant ; considérant aussi que, selon la doctrine du prince des Apôtres, nous devons être prêts de rendre un compte exact de la foi et de Tespérance qui est en nous : nous avons répondu ce que nous pensions des questions proposées, et avons tous convenu à cet avis que, depuis la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ par qui a été payé le prix de la rédemption du genre humain , toutes les âmes des saints que le même

Sauveur, en descendant aux enfers , a tirées des Limbes, et ensemble celles des autres fidèles qui sont sorties de leurs corps , n'ayant rien qui méritât purgation , ou bien qui auraient été purgées en purgatoire, sont élevées à la nue, claire, bienheureuse, intuitive et immédiate vision de Tcssence divine et de la bénite Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit; laquelle vision l'Apôtre en la première aux Corinthiens , au treizième chapitre , appelle vision de face à face, et par ainsi qu'elles jouissent parfaitement de la bienheureuse Divinité, et que, contemplant déjà ce qu'elles ont cru et possédant ce qu'elles ont espéré, elles sont bienheureuses non par espérance , mais par possession. Derechef, que cette vision dont elles jouissent maintenant ne sera point éteinte par une autre après qu'elles' auront pris leurs corps, mais qu'elle demeurera perpétuellement en elles comme étant leur vie et la nature de leur gloire. Et d'autant, illustre Prince , qu'après cela vous nous avez fait assembler le jour de saint Jean l'Evangéliste à Paris , où nous avons été requis de votre" part de rédiger par écrit ce que nous avons dit de vive voix, en votre présence, le quatrième dimanche des Avents, etc.... En foi de quoi, etc. »

an

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