‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 69 sur 86 · Le jour du dimanche doit être sanctifié par · texte numérisé non relu

Le jour du dimanche doit être sanctifié par

la pratique des lectures pieuses , et par-dessus tout par la lecture de TEcriture-Sainte.

83. C'est une illusion de croire que la connaissance des mystères de la religion ne doit pas être communiquée aux femmes au moyen de la lecture de TEcriture-Sainte. Ce n'est pas de la simplicité des femmes , mais de l'orgueil des hommes qu'est venu l'abus des Ecritures et que sont nées les hérésies.

84. Enlever des mains des chrétiens le nouveau Testament, ou le leur tenir fermé en leur enlevant le moyen de le comprendre, c'est leur fermer la bouche de Jésus-Christ.

85. Interdire aux chrétiens la lecture de l'Ecri* ture-Sainte , surtout l'Evangile , c'est interdire l'usage de la lumière aux fils de lumière, et leur infliger une espèce d'excommunication.

La condamnation qu'a faite de ces propositions le pape Clément XI exaspère les ennemis de l'Eglise*.

1 ti Le Saint-SicQc, dit un des plus modernes, en 1713, publiasa bullg Vnigenitus, inonumcnt incroyallc dans riii&loirc du chrisiianismc.Une traie slupeur saisil les plus fervciils croyants , la France on est dôcliiréa pendant un demi-siocle ; et si, pour ina part, je lis et relis cette bulle, je parlajTo de; nouveau lu slupeur de ces générations, je ne puis en croire mes yeux, cic.

tt l.'analhème va encore frnpper, par exemple , cette maxime : Le jour du ({'mauclie doit èlre sanctifié par des (eclurcs de piélé et surloul des saintes Ecritures; il est coupable de vouloir détourner le chrétien di Cfile lecture. Qoœmc de bonue foi, qui vois cet aQalhème; dis-moi ce qu«

Et cependant ne suflît-il pas, pour la justifier, de remarquer qu'elle est une conséquence de la doctrine et une application de la législation de TEglise relativement à la lecture des Livres saints en langue vulgaire?

L'Ecriture-Saintc est la source de la foi , mais elle n'est pas la source uniciue , et une partie de la parole de Dieu est contenue dans les traditions reçues de Jésus- Christ, transmises par les Apôtres , et conservées jusqu'à nos jours. Le droit d'interpréter les saintes Ecritures et de discerner les traditions divines n'appartient qu'à l'Eglise enseignante.

L'étude de l'EcritureSainte est nécessaire aux pasteurs, elle ne l'est j)as aux fidèles, dontia plupart toutefois peuvent s'y livrer avec fruit.

La lecture de TEcriture-Sainte peut être utile à tous, mais quand elle est faite dans les dispositions

lu veux que j'en pense? • [UCntliolicisme et la liévolution. Leçon xii.) Ce que j'en pense' c'esl que celte bulle a éié le coui) de {jràcc du janlénisme, une des plus dangereuses hérésies que le démon ail jamais suscitées contre l'K[;lise;que,ccmnic siniplcdocun:cnl liuinain,ellea une Ircsgrandc autorité morale, puisqu'olle a été rendue sur le rappoil d'una commission formée des plus habiles théologiens de lîome, tirés de toutes les écoles et des corps nligieux les plus savants ; que, publiée ex cathedra et canoniqucmcnl acceptée pur l'épiscopat, elle est, aux yeux de tous, un jugement dogmatique irréformahlc. Je pense enfin que M. Quinet q« comprend pas les propositions condamnées par la bulle, et que l'imag"na- Ison d'un écrivain, quelque riche qu'elle soit, «e devrait pas le dispensçï d'é!udier le» questions d'histoire et de théologie dont il veut parier.

d'esprit et de cœur convenables. L*étude des textes primitifs des Livres saints n'a été interdite à personne ; il n'en est pas ainsi de la lecture des traductions en langue vulgaire. On ne peut regarder comme permise que la lecture des traductions autorisées par le Saint-Siège , ou accompapagnées de notes tirées des saints Pères et de commentateurs doctes et catlioliques\ L'Ecriture- Sainte est quelquefois difficile à comprendre; cette obscurité peut être une raison de défendre la lecture de certains livres et de certains passages à certaines personnes. Il est très-louable de se livrer, le dimanche , à des lectures pieuses ; mais il est absolument nécessaire , pour sanctifier ce jour, d'entendre la sainte Messe. L'enseignement oral est le moyen ordinaire d'instruction dans l'Eglise.

Voilà l'enseignement catholique. Or, les sept propositions du P. Quesnel y sont plus ou moins opposées; orthodoxes et inoiïensives en appa-

4 « Il c»l cxpressénienl slalut tic ne peimellrc la Icclure d'une traduction de ia Bil»lc qu'a ceux qui semblcraioiil devoir y puiicr r:iccioisscmenl de lu \ùéié cl de la foi. Celle loclc , cnviioniu'e de nouvelle! clauses a raison de rasliice perscvéranle d«s Iiércliques, fui inlcipuHca par Benoll XIV, en ce sens qn'on pouvait ro{;aidcr comme permise la lecture des Irad uclions approuvées par le Sainl-Sicge apostolique, ou publiées avec des annatations tirées des Pcrcs de rilollsc ou d'inlerj)rel(r savants cl cailioliqucs. » (Grégoire XVI, Lellre cncytlique du 8 uur* 1S45, Inltr frctcipMS mackinalionts. )

rence, elles sont en réalité susceptibles de sens pleins d'erreurs et de dangers.

Elles font de la lecture de FEcriture-Sainte une obligation qui pèse sur tous les chrétiens , même sur ceux qui ne savent pas lire, et dont rien ne peut dispenser, même l'ignorance du lecteur et Tobscurité du livre; elles représentent cette lecture comme un moyen nécessaire, et du reste suffisant , de sanctifier le jour du dimanche; elles la donnent comme la voie unique de parvenir à la connaissance des mystères de la religion; elles font entendre que les fidèles sont tous juges de la foi, puisqu'ils doivent aller la puiser eux - mêmes dans les sources , et non pas la recevoir de la bouche de leurs pasteurs; elles tendent à nier le droit qu'a l'Eglise de tolérer, de recommander ou de défendre la lecture delà Bible, selon que peuvent l'exiger les diverses circonstances de temps , de lieux et de personnes. Ainsi donc, ou par ce qu'elles disent , ou parce qu'elles insinuent, ou à cause de la généralité dos termes , ou à cause des divers sens qu'on peut leur donner, ces propositions sont réellement dignes de censure.

« Grégoire l\ dit un ministre protestant, recommande la lecture de F Ecriture-Sainte , et In-

nocent XI (lisez Clément XI) la proscrit dans sa trop fameuse bulle Unigenitus, qu'on dirait sortie de quelque coin de Tenter, tant elle est pleine de haine contre le Livre saint \ »

M. Puaux et tous ceux qui , avant ou après lui , ont reproduit cette objection , parlent évidemment de ce qu'ils ignorent.

Saint Grégoire , il est vrai, appelle, et avec raison, TEcriture-Sainte la nourriture de Fàme, l'expression de la volonté de Dieu, la lumière qui éclaire l'esprit, une tour où pendent mille boucliers , l'armure des forts pour la défense de la foi ; mais il dit aussi que , « écrite pour tous , elle n'est pas intelligible pour tous ^; que c'est un livre fermé dont la lecture n'est pas facile 3; qu'on chercherait en vain le sens de certains passages, si quelqu'un ne l'indiquait*. » Ailleurs il ajoute que beaucoup de lecteurs, qui croient en avoir pénétré jusqu'à la substance, n'ont faitqu'en ronger l'écorce ; il se plaint que les hérétiques donnent un sens dépravé aux paroles qui expriment nos saints dogmes ^. Il veut que les pasteurs des âmes re-

-1 Rome a-t-elleles caract., clc.,par M. Puaux, ministre à Rochefort.

2 Scriptura tota quidem propler nos scripta est, ted non tota intelligitur a nobis. {In Ezeeh., 1. il, bom. 5.)

S Liber involuîui est Scriptura sacras eloquium ol>KUrttm. (Ibid.f 1. Il, hom. 'iO.)

4 Ibid.y I. I, bom. -(0.

n Moral., 1. IX, c. 0.— /éxrf., 1. iTiif, e. U,

dressent ceux qui comprennent mal cette parole divine , et engagent ceux qui la comprennent à la mettre en pratique \

MM. les ministres n'ont pas l'air de connaître davantage la bulle Unigenitus, Ils auraient vu que dès le commencement le Pape s'élève contre ces fiers prophètes « qui séduisent avec d'autant plus de facilité ceux qui ne se défient pas de leurs pernicieuses entreprises , que, semblables à des loups qui dépouillent leur propre peau pour se couvrir de la peau de brebis , ils s'enveloppent des maximes de la loi divine , des préceptes des saintes Ecritures dont ils interprètent malicieusement les expressions , et de celles mêmes du nouveau Testament qu'ils ont l'adresse de corrompre en diverses manières, pour perdre les autres et pour se perdre eux-mêmes. Vrais fils de l'ancien père du mensonge, ils ont appris, par son exemple et par ses enseignements , qu'il n'est pas de voie plus sûre ni plus prompte pour insinuer dans les âmes le venin des erreurs les plus criminelles, que de les couvrir de l'autorité de la parole de Dieu. »

Ils auraient ensuite remarqué les paroles qui terminent la bulle :

I Uegul. Past,, P. 3,c. 24, al. 48.

TÔMB H. 21

AU

«Enfin, et c'est plus intolérable encore, cet ouvrage altère le texte du nouveau Testament d'une manière qui ne peut être trop eoneiamuie; il reproduit en beaucoup d'endroits une traduction dite de Mons censurée depuis longtemps ; i! dilTèro et s'éloigne en diverses façons de la version Vulgâte qui est en usage dans l'Eglise depuis tant de siècles, et qui doit être regardée comme authentique par toutes les personnes orlliodoxos ; et l'auteur porte la mauvaise foi jusqu'au poinl de détourner le sens naturel du texte, pour y sul)slituer un sens étranger et souvent dangereux. » Et ils auraient conclu que Clément Xï , pa} o savant et zélé, n'avait condamné Fouvrage du janséniste Quesnel qu'alin de défendre ia pureté de la foi , de \ eiller à rohservalion des saints canons, et surtout de pourvoir à l'intégrité et à la saine interprétation des saintes Ecritures.

Les Pères du concile de Trente , en jiuldiant leur décret sur l'usage des saints Livres ; Sixte- Quint et Pie lY, en dressant les statuts de la Coiîgrégation deV Index ; Jean XXllî, Benoit XIV et Clénienl IX , en proscrivant des traductions infidèles de l'Ecriture-Saiate; PieYII, Léon XII et Li '-»îîire XVI, en condamnant les sociétés bibliques , ne se sont pas proiiosé d'autre but. Le

temps viendra enfin oii, au lieu de blâmer ce sys* tème de mesures préventives, on admirera la sagesse qui Ta établi, et on avouera que c'est l'énergique application qu'en ont faite les premiers pasteurs de l'Eglise qui a conservé, dans toute sa pureté, la source de notre foi.

Malheureusement, nous en sommes encore loin. Le protestantisme ne démord pas de son principe fondamental. Ecoutons quelques-uns de ses organes :

« Les Ecritures suffisent, à elles seules, pour nous faire connaître la vérité, et il ne faut rien écouter au-delà de ce qui est écrit \ — C'est le Livre de Dieu, c'est cette Bible que le protestantisme a pris dans tous les temps et dans tous les lieux pour l'unique fondement de sa foi , pour la seule règle de sa discipline ^. - La Bible nous donne de l'histoire juste assez pour comprendre la doctrine, et de doctrine juste assez pour comprendre l'histoire, et ni plus ni moins d'éléments de culte qu'il n'en faut pour cxprinicr toutes les parties de la doctrine en formes extérieures*. — La tradition dogmatique ne peut se concilier avec les

-1 Mono.i, Lu ù le on la lecluredela Bible, 182.

2 Malan, Pourrais-je jamais, e\c., $0.

t Oiif-r, le Droit de (oui homme de lire h Bible.

Ecritures , qui se déclarent elles-mêmes suffisantes \ — Le discernement de la doctrine est accordé, dansPEvangile, non à quelques-uns, mais à tous.— Selon nous, le Saint-Esprit parle directement à chaque fidèle ^. — Le droit de prononcer sur la fidélité de la traduction et sur le sens des Ecritures a été donné à chaque fidèle ^. — C'est une incrédulité de cœur que de traiter avec l'homme plutôt qu'avec Dieu *. — La Bible ne connaît point de caste qui ait le privilège de comprendre le mystère de la révélation divine ^. »

Ce que Ton peut résumer ainsi : « La Bible estf| l'unique règle de foi, chacun a le droit de l'interpréter, tous doivent la lire. »

Une foule d'écrivains catholiques ont montra la fausseté de ce principe, au triple point de vue de la révélation , de la raison et de l'expérience \

Rappelons brièvement quelques-unes de leurs raisons.

4 Girocl, Avcrlissement, 79.

2 MonoJ, Lucile, etc., 275.~/6t{/., i^9.

3 Pancbaud, //• Lcllre, 31.

Ji Mqnod, Lucile, etc., 184,

5 Osier, le Droit, etc., 17.

6 Voir notamment : « Correspondance entre un prêtre catl)oli ;oe et un ministre calviniste, ou le Principe fondamental de la Réforme ifingt fois démontre insoutenable cl faux, n par le P. Gaulrclet ; — « De Tusagc de la 'Bible en langue vulgaire , » parMgrMalou, évèque d« Uni nés.

Ce principe est opposé à V Ecriture, Jésus- Christ a dit : Allez, enseignez toutes les nations^ baptisez 'les, et apprenez-leur à garder mes commandements \ Il n'a pas dit : Allez , et répandez des Bibles. La foi vient de l'enseignement , dit saint Paul, fides ex auditu, et non de la lecture.

Le même apôtre recommande à Timothée de iranstnettre à des hommes fidèles, capables (fenseigner les autres, ce (pf'il lui a dit devant plusieurs témoins ^, vt non de leur mettre l'Ecriture à la main. L'histoire parle d'un Symbole que les Apôtres firent avant de se séparer (résumé de ce qu'ils allaient prêcher) , elle ne dit pas que chacun d'eux emporta une Bible.

Ce principe est nouveau dans C Eglise. Les livres dunouveauïestamentn'on tété entièrement écrits qu'en l'an 96, soixante-sept ans après la mort de Notre-Seigneur : et le canon de ces livres n'a été dressé, d'après Mosheim, qu'au deuxième siècle, et d'après Basnage , qu'au cinquième siècle. Or, à cette époque , l'Evangile avait été prêché dans toutes les j)arties du monde.

Saint Irénée atteste que, de son temps, il y a\ait encore des églises, ou des sociétés chrétiennes, qui n'avaient point d' Ecriture-Sainte et

1 Mallh. Xïviii, -19.

2 II. Tim, II, 2.

qui copcndant conservaient uir ^oi pure au moyen de renseignement oral \

Il est opposé à la tradiiion. ,[):ii:s tons les conciles on a fait usage, pour constater la foi de TEglise, et de FEcriture-Sainte et delà Tradidition ; souvent même nous voyons les Pères de lEglise ne parler que de cette dernière comme règle de leur croyance : « Le Saint-Esprit ne peut se séparer du Père et du Fils , dit saint Basile, la tradition le défend -. — C'est ainsi que j'ai été instruit, dit saint Jérôme, c'est ainsi que j'ai cru '^. » Tertullien n'emploie, pour réfuter les hérétiques, que l'argument de prescription qui repose essentiellement sur la tradition. On connaît la réponse de saint Etienne aux évèques d'Afrique : « Point de nouveautés, suivons la tradition *. — Ce qu'ils ont trouvé dans l'Eglise, dit saint Augustin, ils l'ont tenu ; ce qu'ils ont appris, ils l'ont enseigné; ce qu'ils ont reçu de leurs pères, ils Tont livré à leurs enfants^. » Ailleurs le même Père dit « qu'il ne croirait pas à l'Evangile, si Fautorité de l'Eglise ne l'y obligeait ^ »

1 Ccrgicr, Dicl. de Théol. dogm., art. Ecrilure-Saintc.

2 Ilom. 17, conlra Sabell.

3 De Trinil., 1. vi, n" 10.

'i Nihil itiiiovelur nisi quud Iraditum est. b Conlra Jul., 1. ii, c. 24.

C Evangcliis uoo credoi«m, nisi me cogcrct EccI«îsi«» c«lbolîca auct9ii(a9.

Il n'est pas d'une application générale. Comment faire une obligation de lire et d'interpréter la Bible aux nations qui ne connaissent aucun système d'écriture? aux tribus sauvages dont la langue se compose tout au plus de quelques centaines de mots '? aux individus qui ne savent pas lire, ou qui n'ont pas le temps de lire, ou qui ne comprennent pas C3 qu'ils lisent?

// est même cViine application impossible à l'immense majorité des lecteurs. Très-peu , en effet , sont capables de consulter les textes originaux , de piouver raiîtiienticité et l'intégrité de ces textes, de constater la fidélité des versions qu'on en a fail'S, de s'assurer qu'on les prend dans leur véritable sens. Or, il est nécessaire de résoudre toutes ces questions avant de chercher quelles vérités ces livres contiennent; il y a môme deux questions antérieures à celles-là qui sont insolubles

\ l'iic l'Uvc circulaire adicssôo, en 1821 , par la Socictô biLliquo biilaiiiiiq.c cl ciiaiii^ji-ic aii\ Sncicîcs LiLliques île l'Kurojic, porte à ccii! iri'n;c-:!L'iii L- iioiiili'.c dos liaJudioiis de la RiMe cxccul'ocs sous sa diroc'iion. Pariiii ce non» Lie on eu voil deux en csquiinaux , peuple nomade du Ial)ia<lor; Irois en nioliawk, liihu sauvajje du Canada; une en î]!oor>l iiidai-; , poihc irs des (j'accs du p:,lj ; une en d Jawaïc , Iriliu ind .•mie du l;ic l'rié : liois uliomcs donl on allciul encore la giammaire <". le {;! «Nulie. I."S dis^eil-tliiMis piii!osopljii|ucj des Amis de Job , en !:j' j' c !','itoii!.iii.! lise! les raisour.enicnls alistiails sur la juslifiralion de j:»;:it î'a. l, en I;ii.|]tie nioliawke!! Le P. I.acordairc se rappelail sani liv'Uic colle ciiculaire lorsqu'il dis^iil a qu'un avail traduit la Bibledans luutes les langues qui existent, et luêiuo dans relies qui a'fixulent pas. t

sans la tradition : la parole de Dieu a-t-elle ëti^ écrite? quels sont les livres qui la contiennent ?

Il oiwre le champ à tontes les disputes , sans donner aucun moyen de les terminer. Le même livre ne peut être tout à la fois la loi que Ton doit suivre et le juge des contestations qui s'élèvent sur cette loi.

Il consacre toutes les extravagances , il légitime toutes les contradictions, il sanctionne toutes les erreurs. Je suppose qu'un ministre évangélique arriveà la baie d'Hudson avec unecargaison de Bibles en langue algonquinc , et qu'il s'empresse de les distribuer aux naturels du pays ; que répondra-til au Huron qui, après avoir lu ce livre, viendra le lui remettre en lui tenant ce langage : « Vous vous êtes donné une peine inutile en venant dans ces contrées pour travailler à notre conversion ; nous n'avons rien à cbanger à nos croyances et à nos coutumes. Le livre que vous nous avez mis entre les mains les légitime toutes, ou par les préceptes qu'il donne, ou par les exemples qu'il contient. Nous occupons la femme à charrier le bois, à porter les fardeaux , et à d'autres travaux bas et pénibles : on ne p6ut assez la mépriser et rhumilier , puisque , par sa prévarication au paadis terrestre, elle a été la première cause de nosrmalheurs; obéir et souffrir, telle doit être sa des

linéo : « Tu seras soumise à Tbomme, et il te coin mandera'. « — «Si quelqu'une d'entre elles se distingue par son courage et sa sagesse , nous lui laissons cecuper les premières places de notre société, et nous Félcvons même au rang de gouverneur et de juge de la Iribu, ce que le peuple juif a fait aussi quelquefois sans avoir eu à s'en lepentir, témoin la judicalme deDébora.

«Nous avons plusieurs femmes, à l'exemple des patriarches dont ce livre nous raconte l'histoire ; lorsqu'une d'elles meurt, nous épousons sa sœur, conformément aux prescriptions du Deutéroncme. Nous faisons cuire notre pain sous la cendre , à l'exemple de Gédéon et d'Elie. Nous mangeons du chien, mais nous n'avons pas vu son nom sur la liste des animaux immondes; nos vêtements sont des peaux de hêtcs : Adam et Eve en rrçurenl de semblables de la main de Dieu. Comme les Hébreux, nous allons , dans nés doutes, consulter les voyants qui liabilent des lieux Folitaires et nous prédisent l'avenir. Nous admettons l'existence des anges et des démons, c'est-àdire des génies, les uns bons, les autres mauvais, et nous croyons à trois personnes divines i\UQ nous appelons le Grand-Lièvre , le Grcmdligre

1 Gcn., m, IG.

et Matkomelx', du reste , peu importent les noms. Nous savions que dans Fautre monde il y a un paradis pour les âmes des bétes, avant de lire ce passage : « Tu sauveras les hommes et les bêtes, Seigneur. » Nous avions grande foi aux songes avant de connaître ceux de Joseph, de Samuel et de Nabuchodonosor. »

Le distributeur de Bibles ne sera pas plus heureux au royaume de Siam. Un Talapoin, armé de sa Bible, pourra lui dire : « Ce livre renferme nos institutions. Le jour de la nouvelle et de la pleine lune est un grand jour de fête pour nous comme pour le peuple juif, à qui il a été dit de garder les néomémcs : « Aux premiers jours du mois, vous offrirez un holocauste K »

« Nous avons lu dans la Genèse que le serpent tint conversation avec Eve ; dans le livre des Juges, que Fànesse de Balaam adressa des remontrances à son maître ; et dans Job , que le cheval, au son de la trompette , s'écrie : Partons. Il est donc vrai, comme nous Favions pensé, que les animaux, dans le principe, avaient Fusaage de la parole. Aux preuves que nous employons pour démontrer à nos Indiens le dogme de la métempsycose , nous ajouterons désormais celle-ci : « Encore un peu, et vous ne me reverrez

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plus ; encore un peu, et vous me reverrez; je vous enverrai mon Esprit , je serai avec vous jusqu'à la consonmiation des siècles. » Seulement, je dois vous faire observer que ^ otre Sauveur, que vous appelez Christ, ne devait être qu'un Dieu secondaire; car c'est un Dieu de ce rang, Thavolat, qui, dans notre religion, a été attaché à la croix et mis à mort. Pour nous montrer à quel excès votre Dieu a aimé les hommes , vous nous racontez son unique incarnation ; mais notre Sammonokotlon a eu pour nous un amour plus grand encore, puisqu'il s'est incarné cent cinquante fois pour notre salut. »

Que ne trouve-ton pas dans la Bible livrée aux interprétations aveugles ou intéressées de l'examen particulier?

• Le matérialiste trouvera son système dans ce verset : «Vous ne mangerez point de chair avec son àme, qui est son sang \ » Le fataliste se prévaudra de celui ci : « Soit qu'il renverse, soit qu'il resserre, soit qu'il rassemble, qui l'empêchera ^? » Le déiste s'autorisera de cet autre pour nier l'existence des châtiments et des récompenses de la vie future : «Voici que le juste

"î Cen. IX, 4. Je cile la Iratludion prolestaulc J'O^ersliern. 2 Job. u, 10.

reçoit sur la terro sa rélributîon , combien plus le méchant et le pécheur ! »

Le Guèbre trouvera la consécration de ses coutumes idolàU'iques dans ces paroles : « On tiendra le feu continuellement allunx sur Taulel , et on ne le laissera point éteindre. » Le vainqueur cruel excusera ses excès en se rappelant qu'il est écrit : « Tu passeras tous les habitants de la ville au fil de répée; tu égorgeras tout, jusqu'aux animaux \ » Le noir habitant de la Guinée continuera ses sacriiicës humains en voyant que Dieu en a demandé un de celte nature à Abraham ; et qu i sait si les Cannibales de la Nouvelle-Calédonie ne se croiront pas autorisés à se nounirde chair humaine, en lisant ces textes : «Si ^ous ne mangez la clîair du Oîs de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous?— Tout ce qui se meut et qui a eu vie, vous sera pour nourriture % »

Toutes les superstitions, toutes les erreurs peuvent se justiiler par quelques passages de l'Ecriture mal entendus ; et il n'est pas jusqu'au bohémien qui n'y trouve ses tours de gobelet : « N'est-ce pas le gol)eïct, dit Fintendant de Joseph aux fils de Jacob, dans lequel notre seigneur

i Dcut. xm, 15, 2 a€u. IX, SQ,

boit et par lequel H dovino infailliblement ^? » C'est de la lîction , direz - vous ; voici de rhistoire. La première chose que Ton remarque en oiwYunl h Die iionnairc des hérésies, c'est qu1I n'en est pas une seule que leur auteur n'ait prétendu fonder sur quelque passage des saintes Ecritures. 11 serait trop long de les rappeler toutes, nous nous contenterons d'énumérer celles auxquelles le premier li\redu Pentafeuque ix donné lieu.

Des chrétiens de Syrie, au deuxième siècle, lisaient le premier chapitre de !a Genèse : Et Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut. Un d'eux remarqua que le verbe flat, au mode subjonctif, n'est pas un ordre, mais une prière ; que, puisque Dieu priait, il avait un supérieur, et que par conséquent il y avait deux Dieux. Ce laisonnement fut îrouvé concluant, et T(i{ie7i compta de nonibreux sectateurs. Les Archonlinues soutenaient la même erreur, mais avec un argument diiïérent : «Moïse admet deux Dieux, disaitil, 1 un supérieur qu'il appelle Jehovcdi, et l'autre inféi leur nommé Sabaolh ^. Les Ny étages prétendaientquoDieuavaitcréélanuitpourquei'homme se reposât , el que faire quoi que ce fût pendant ce temps, même prier et chanter l'ofllcc di-

1 Grn. XUY, l».

2 Socr , ni$t. I, «,

vîn, c'était mal. Lès Sahhaikns travaillaient la nuit, s'ils avaient quelque motif de le faire; mais rien ne leur aurait fait profaner le jour du sabbat. Ils regardaient rinstitution du dimanche comme condamnée par ces paroles : Et le septième jour Dieu se reposa \ Une autre branche de Sabbatiens faisait profession de garder une oisiveté perpétuelle, pour mieux imiter le repos du Seigneur. Les Adamites trouvaient que l'homme racheté ne devait pas avoir d'autre costume que Thomme innocenta LesDéchaussés voulaient obliger tout chrétien d'aller pieds nus. Les Apocarites prétendaient que notre ème était une portion de la Divinité, puisqu'elle avait été formée de son souffle ^. « Nous sommes faits à l'image et à la ressemblance de Dieu *, disaient les Anthropomorpliites ; donc Dieu a un corps comme nous ^. » Les Ophites rendaient un culte au serpent; ils regardaient cet animal comme étant la source de la sagesse, puisque c'était grâce à ses suggestions que l'homme était parvenu à « connaître le bien et le mal. » Isaac de Pereyre enseignait qu'Adam

i Gen. Ji, 2.

2 Kpipl». Uxr., 51.— Geo. il, 25.

8 Gen. ii, 7.

A Gcn. I, 26.

5 Niceph , 1. ji et Xlil.

n'était pas le premier homme que Dieu avait créé, et le système des Pré-Adamites eut des partisans. Les Encratites remarquent qu'Adam n'a eu des enfants qu'après son péché \ et concluent que le mariage n'est pas permis. Les Abélonites regardaient pareillement la continence comme obligatoire pour tous, mais c'était à cause qu'Abel ne s'était point marié '^. Les Ârthorites, charmés de voir que le sacrifice d'Abel avait été agréé de Dieu ^ ne veulent jamais lui en offrir d'une autre espèce*. LesCamites, au contraire, vénéraient le fratricide. Caïn s'était montré le plus fort, donc il était l'ouvrage d'un Dieu supérieur. Ces sectaires ne reculaient pas devant les conséquences de leurs principes; le traître Judas était, pour eux, un saint personnage dont ils recevaient l'Evangile comme canonique ^. Les Sethiens reconnaissaient Jésus-Christ dans le troisième fils d'Adam , et lui rendaient un culte particulier. Les Abraha" mites blâmaient également la circoncision des Juifs et le baptême des chrétiens. Abraham, disaient-ils, n'a pratiqué ni l'un ni l'autre , et ce»

1 Gen. iVj 1.

2 S. Aug., nœr., 80.

3 Geu. IV, 4.

4 Epipîi., nar.j 49.

5 Irœa., 1, i.

fondant il a mérité iVclrc choisi do Dieu pour èlrô iepérediin gi'and pcuph^cl rancèlrcdu ?vIcssio \ Enfin, Théodoto le banquier s'imagina un joui* que Jésus-Clirist n'était pî\s pins que Mcleliisédeclî, v puisqu'il était prêtre selon son ordre. » Oi% comme la Genèse nous apprend queMeleliisédecli était prêtre de Dieu -, c'était tout au plus co litre que Ton pouvait donnera Notrc-Seigneur, et la secte des 3Iclehiscdccicn i prit naissance ^.

Voilà donc vingt hérésies, et il y en a d'autres, fondées sur la lii}re interprétation de quelques versets de la Genèse.

Mais à quoi bon constat jr par Thistoire un faitqui arrive tous les jours, sous nos yeux, parmi les protestants? Est-ce que, par exemple, la Fatuité de Genève, qui ne croit pas à la divinité de Jésus-Christ, interprète comme la Faculté do Montauban, qui la défend encore, ce passage de saint Jean , El le Verbe était Dieu? Ces paroles , Ceci est mon corps, ont-elles la même signification pour les Luthériens de FAlsace (jui croient à la présence réelle, que pour les Calvinistes dcU Suisse qui la rejettent?

1 Nova acla Uisl. eccl., ^7S3.

2 Gen. xiv, ^S.

S Voye* Dictioiin. des hémics^ par PIu<juet, iîditioD Mif.n»

Est-ce que le docteur Gorham et le tribunal SU* prême de l'Eglise d'Angleterre , qui ont décidé que la réception du baptême était facultative pour le salut, prennent dans le même sens que Févèque d Sxeter ces paroles de Notre-Seigneur : A liez, enseignez toutes les nations^ baptisez-les^ etc. — Si quelqu'un ne renaît dans Peau^ etc. ?

Est-ce que nous ne voyons pas les sectes qui pullulent par centaines en Angleterre et aux Etats-Unis soutenir toutes que les rêveries qui lornient leur symbole , quand elles en ont un, sont contenues dans l'Ecriture, et chaque jour le nombre de ces sectes s'accroître par l'interprétation différente de quelque texte biblique?

Ce principe est rejeté par ceux mêtnes qui Vont inventé. Si les Protestants croient sincèrement que la Bible contient tout ce qu'il faut croire, et que chaque lecteur peut compter, pour la comprendre, sur les lumières du Saint-Esprit, pourquoi rendre obligatoirel'étude du catéchisme de Luther? pourquoi le supplice de Servet, de Gentils, de Barnevolt? pourquoi la mort de Crellius, les peines terribles prononcées contre les Luthériens qui rejetaient le formulaire d'union dressé à Torgau en lo7G; et, plus tard, contre les Calvinistes qui ne voulurent pas recevoir les décrets prononcés par le synode de Dordrecht et par ce-

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