T0.1IE II
Dieu archevêque de la nouvelle Rome, Constantinople, et patriarche œcuménique ^ » Les Papes, au contraire, à l'exemple de Grégoire-le-Grand, préféreront en général s'appeler simplement « évêque, serviteur des serviteurs de Dieu,» ou «évêque de l'Eglise catholique ^. » Plusieurs cependant, obligés par les* circonstances d'user réellement du titre qui leur appartient, s'appelleront Paj)e universel^ Evêque de l'Eglise universelle ; et Grégoire VII , voyant que plusieurs évêques voulaient se soustraire à sa juridiction et que l'empereur se préparait à faire élire un antipape, consacra par une loi cette qualification qui exprimait son pouvoir, et déclara anathème à tous ceux qui voudraient l'usurper^. Tous ont exercé dans rEglise la suprématie attachée à leur dignité, mais en conservant la chose ils ont employé ou négligé le nom selon les circonstances : moyens différents pour arriver au même but. Mais revenons à l'édit de Phocas.
Binius et Labbe disent que l'empereur ne le rendit qu'en haine de Cyriace, patriarche de Constantinople; d'autres critiques assurent que le
1 Miseralione divinà arcbiepiscopus Dovaaliomse, CoDStantinopolis^ et cecumcnicus patriarcha.
2 Episcopus, s«rvus servorum Dei, — catholicœ Ecclcsiae episcopus.
3 Valroiogiiz t. cxxviii, col. 675.
texte primitif porte que l'empereur décida, non que le siège de Rome savait , mais qu'il était la tête de toutes les Eglises \ Nous ne voyons pas quel inconvénient peut se rencontrer à admettre que l'empereur Phocas prit cette mesure sur les instances du pape Boniface III , et dans les termes rapportés par Anastase. Plût à Dieu que l'assassin de l'empereur Maurice n'eût pas eu d'autres reproches à se faire !
« Il y a, dit-on, contradiction manifeste entre la conduite de Boniface et celle de Grégoire. » L'un et l'autre, au contraire, se sont proposé le même but : empêcher un évêque de prendre un titre qui ne lui appartenait pas; et, pour l'atteindre, ont employé divers moyens, entre autres l'intervention de l'empereur de Constantinople.
Saint Grégoire dit que « tout évêque qui s'appelle u7iweî'S€l est le précurseur de l'Antéchrist. » C'est vrai, quand cet évêque n'a pas le droit de prendre cette qualification, ou lorsque en ayant le droit il en use uniquement pour satisfaire un sentiment d'orgueil, ou lorsqu'il attache à cette
-I Slalult Sedcm Romanam caput esse omnium Ecclcsiarum. (Patrologïœ l. cxxviii, col. G73.)
expression un sens contraire à la foi catholique.
« Phocas était un monstre couronné. » Nous le savons, et n'avons garde de le louer de ses actes criminels. Mais celui qui consiste à user de son autorité pour maintenir la paix dans TEglise et défendre la vérité; n'est pas de ce nombre. Dans la conduite des hommes les plus pervers on peut trouver quelquefois des actions dignes d'éloges. Cyrus était païen, et il ordonna aux Israélites de rebâtir leur temple. Nabuchodonosor adorait des idoles, et il fit un décret pour défendre de blasphémer le nom du vrai Dieu.
Enfin , ce décret a fourni aux controversistes protestants la matière d'un reproche encore plus grave que ceux que nous venons de résumer , mais aussi peu fondé : « Le décret du tyran Phocas, disent-ils, voilà le berceau de la suprématie du Pape^ »
C'est s'arrêter trop tôt; l'histoire fournit plusieurs documents analogues beaucoup plus an-
i « La primauté de l'Evoque de Rome date du sixième siècle.» Puaux.
« Boniface reçut de l'empereur Phocas le litre à'Evêque universel, et devint ainsi, d'après l'opinion de son anlépredécesscur le pape Grégoire, un précurseur de l'Antéchrist. » A. Bost.
« En sorte que chez vous personne ne sait quand a commencé le pouvoir des Papes. (606).» iUaffln.
eiens. Boniface III fut élu en 607 , et en 555 on lisait dans les Novclles de Justinien : «J^ous décrétons, conformément à renseignement des conciles, que le Pape de Rome est le premier de tous les évêques*. »
Justinien lui-même, quelques années auparavant, prononçait ces paroles que Ton peut lire au livre premier du Code qui porte son nom ^ : «Nous avons écrit au très-saint Pape de Fancienne Rome, afin de conserver Funité de toutes les Eglises par le lien qui est en lui ; car nous ne souffrons pas que, dans ce qui tient aux choses de FEglise, on manque d'en référer à sa Béatitude , puisqu'il est le chef des très-saints Pontifes de Dieu ; et nous le faisons d'autant plus volontiers que, toutes les fois que des hérésies se sont produites dans nos régions, c'est par le jugement de ce Siège vénérable qu'elles ont été réprimées. » En 445, Fempereur Valentinien, dans une lettre adressée à son collègue Théodose , proclame ouvertement la primauté du Pape :
« Nous sommes obligés de défendre avec zèle l'honneur et la dignité de saint Pierre, et d'avoir
^ Sancimus secundùm eoium dcfiniliones sanctissimum scnioris Romre Papam priraum esse omnium sacerdoluui. (Just., ^'ov. 131, cap. 2.) 2 Leg. 7. Labbc, ad ann. 535.
soin que rien n'empêche son successeur l'Evêque de Rome, qui a toujours eu la primauté du sacerdoce, de juger en toute liberté de la foi et des évêques ^ » Nous lisons aussi dans le Code Théodosien ^ : « Puisque le mérite de saint Pierre prince de l'épiscopat, la dignité de la ville de Rome et l'autorité du sacré concile ont confirmé la primauté du Siège apostolique, nous défendons que personne , dans sa présomption , ose rien entreprendre contre l'autorité de ce Siège. »
Mais pourquoi chercher le fondement et l'origine de l'autorité des Papes dans les décrets des empereurs de Constantinople? la tradition des premiers siècles ne la reconnaissait- elle pas quand elle appelait l'Evèque de Rome « premier des pasteurs , E\ êque des évèques , Patriarche œcuménique, sommet culminant de la juridiction , centre de l'unité, fondement de l'Eglise, etc. ''^? »
On peut même remonter plus haut. Que l'on ouvre les Evangiles , et l'on verra le divin Fondateur de l'Eglise conférer les pouvoirs à celui qui doit la gouverner en son nom ; Tu es
\ Conc, t. II, Mer Epist., Prœamb. conc. Chalc.
2 Tit. 24, de Episc. oniin.
3 Nous avons vu, au chapitre premier (lom. i, pag. A7) , les Pères et les Conciles épuiser toutes les ressources du langage pour reconnaître la prééminence de Pierre et de ses successeurs.
Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, —Je te donnerai les clefs du royaume des deux.— J'ai prié pour toi : ta foi ne défaillira pas. — Pais mes agneaux , pais mes brebis. - Confirme tes frères. Voilà le véritable extrait de naissance de la suprématie des Papes. C'est Jésus -Christ luimême qui Ta formulé, et il est contre- signé saint Matthieu, saint Luc, saint Jean.