TOME H
par Sergius à Cyrus et à Honorius , et par Honorius à Sergius, sont tout-à-fait contraires aux définitions catholiques et aux sentiments -des Apôtres et des saints Pères, et qu'elles sont conformes aux sentiments des hérétiques, nous les rejetons et détestons comme contraires au salut des âmes, et nous aVons jugé à propos de rejeter de l'Eglise les noms impurs de ceux dont nous condamnons la doctrine : c'est-à-dire de Sergius patriarche de cette ville, de Cyrus d'Alexandrie, de Pyrrhus, de Pierre et de Paul, qui ont été patriarches de Constantinople, de Théodore de Pharan, tous condamnés dans la lettre du pape Agathon à l'empereur; nous les condamnons tous d'anathème. Nous condamnons aussi Honorius et lui disons anathème, parce que nous trouvons dans les écrits qu'il a adressés à Sergius qu'il a suivi le même sentiment et qu'il a confirmé sa doctrine. Nous avons aussi examiné les écrits de Sophrone archevêque de Jérusalem ; nous les avons trouvés très-conformes à la véritahle foi et à la doctrine des Apôtres et des saints Pères , nous les avons reçus comme orthodoxes et catholiques, et nous avons jugé qu'il était juste de faire mettre son nom dans les dyptiques de l'Eglise *. »
-1 Ilisloiie du sixième concile geindrai, 207.
Le garde - chartes ayant apporté un autre dossier où se trouvait une seconde lettre d'Honorius à Sergius , et une lettre de Pyrrhus au pape Jean, le concile jugea qu'il tendait pareillement à établir l'impiété du monothélismeet les lit brûler en sa présence.
Dans la seizième session , les évêques, après les acclamations accoutumées , prononcèrent anathème contre les hérétiques Théodore de Pharan, Sergius, Cyrus, Pierre, Paul, Honorius, Macaire, Etienne, Polychrone, et contre tous les hérétiques , ce qui fut renouvelé à la dix-huitième et dernière.
Honorius , dans l'hypothèse que les actes du concile n'aient pas été interpolés, a donc été formellement condamné par le sixième concile général. A quel titre et pour quelles causes l'a-t-il été? c'est ce que nous allons voir.
Il est souvent d'usage, dans les conciles, de
qualifier du même nom d'hérétiques et de frapper
du même anathème :
IIG
V Les hérétiques formels, qui soutiennent avec opiniâtreté des erreurs contre les décisions deFEglise;
2*^ Les hérétiques involontaires, qui soutiennent des propositions qu'ils croient être conformes à la doctrine catholique , mais qui , en réalité, lui sont contraires;
S'' Les fauteurs d'hérésie, qui, sans l'embrasser, coopèrent à sa diffusion par leur silence, leur négligence , ou de quelque autre manière ;
4° Ceux qui défendent les personnes et les écrits des hérétiques ;
5° Et enfin ceux qui communiquent avec eux.
Donnons des exemples :
Nous lisons dans le septième concile général, tenu à Nicée, en 787, contre les Iconoclastes :
« Si quelqu'un ne salue (vénère) pas les saintes images, qu'il soit anathème.
<i Si quelqu'un dit que les chrétiens croient que
les images sont des Dieux, qu'il soit anathème.
« Si quelqu'un communique avec ceux qui
auraient injurié ou déshonoré les saintes images,
qu'il soit anathème \ »
I His qtii non solutant sanclas et venerabiles icônes, analbema.
His qui dicunl qubd veluli ad Deos clirisliani ad icônes accedunt j anallieina.
His qui communicantur scienler cum eis qui convicianlnr et exbonoraut venerabiles icônes, analbema.
Voilà trois classes de coupables bien distinctes-. Les premiers manquent de respect envers les saintes images, les seconds sont des calomniateurs qui reprochent aux chrétiens un crime dont ils sont innocents, les derniers sont coupables de dcsobéisance envers l'Eglise, et tous sont condamnés du même anathème.
Théognis et Eusèbe de Nicomédie au premier concile de JXicée, Théodoret et Jean au concile de Chalcédoine , sont appelés hérétiques : or on ne les accusait que de ne pas combattre ouvertement les ennemis de la foi.
Le cinquième concile général , deuxième de Constantinople, anathématise premièrement les Nestoriens qui s'appuyaient sur les écrits de Théodore, de Théodoret et d'Ibas pour défendre leurs erreurs, ensuite les catholiques qui soutenaient que les écrits de ces trois personnages étaient exempts de nestorianisme ^ Voilà donc des catholiques condamnés à l'égal des hérétiques.
« Vous êtes anathème, écrivait saint Grégoire à Constance évêque orthodoxe de Milan , si vous ne faites profession ouverte de condamner les trois
4 Et qui scripserunt vel qui scribunt ad defcnsionein corum. {Acla conc, IV. I9i.)
Chapitres. — Communiquer avec eux, disait Faconde d'Hermias, c'est assumer leur anathèmc sur nos têtes et devenir hérétiques \ »
Il est donc vrai que les mêmes qualifications et la même peine, dans le style des conciles et quand il s'agit des censures, ne supposent pas toujours le même degré de culpabilité dans ceux qui les reçoivent.
Quelquefois même les conciles rendent hommage à la rectitude des intentions d'un auteur, et n'en condamnent pas moins son ouvrage. Le canon dix-huitième de la cinquième session du concile de Latran, présidé par Martin I", est ainsi conçu : ^f^ Si quelqu'un, conformément aux saintes Ecritures et à ce que nous avons enseigné, ne dit pas anathème de cœur et de bouche à tous les hérétiques et à tous leurs écrits , savoir : Sabellius , Arius, etc.; à quoi il faut ajouter TExposition impie que l'empereur Héraclius a faite, à la persuasion de Sergius, pour maintenir cette hérésie d'une seule et unique volonté en opération en Jésus-Christ, et tous les actes et écrits qui ont été faits pour les défendre, de même que ceux qui les reçoivent et les approuvent : que ce-
\ Senlcnlias in nos eorum ij>sà eoium coinmunicalione ruinabinius. (Lil). u,c. 5.)
liii-là, (lis-je, qui ne condamne pas tous ces liéréti- (|aes, soit anathème.»Et cependant, dans la session précédente, nous lisons ces paroles : « Encore bien qu'il semble que cette Exposition a été faite ])Our un bon motif, cependant on peut dire que la doctrine qui y est enseignée produit un effet toutà-fait contraire et opposé à l'intention qu'on avait en la faisant. Assurément tous ceux qui craignent véritablement Dieu doivent s'efforcer d'éloigner les occasions de dispute dans les questions de la foi ; mais il n'est ni utile ni avantageux de détruire un bien en voulant prévenir un mal , et de supprimer les paroles et les sentiments des Pères sous prétexte de vouloir s'opposer aux sentiments des hérétiques \ »
Les intentionsd'Héraclius,en publiant l'Ectèse, étaient peut-être bonnes, le concile le reconnaît; mais la mesure était fausse et de nature à favoriser l'hérésie : écrit et auteur sont appelés impies^ hérétiques. C'est un style à connaître.
Ces notions posées, si nous considérons la nature des griefs qu'on reproche à Honorius, les expressions qu'ont employées ses juges pour le condamner, et l'opinion manifestée par les auteurs contemporains sur sa conduite, nous serons
\ Concil. Lakr.y C-iO, sess. iv.
convaincus qu'on a vu en lui un Pape qui, sans être monothélite, a, par le silence qu'il avait commandé, favorisé le monothélisme ; un Pape qui n'a pas partagé Terreur, mais ne Fa pas réprimée avec la vigueur que ses fonctions lui faisaient un devoir d'employer; en un mot, un fauteur d'hérésie qui sciemment ou involontairement a contribué à sa propagation , et non un hérétique.
Rappelons d'abord la décision doctrinale portée dans la douzième session. S'agit-il des hérétiques et des défenseurs formels de l'hérésie, le concile s'exprime en ces termes : « Nous rejetons de la sainte Eglise les noms impies de ceux dont nous condamnons la doctrine : c'est-à-dire de Sergius de Conslantinople , de Cyrus , etc. » S'agit-il d'Honorius, on motive à part sa condamnation - « Nous disons anathème à Honorius, parce que nous avons trouvé que, dans ses lettres adressées à Sergius, il avait suivi en tout sa pensée, et qu'il avait confirmé des dogmes impies : I?i omnibus ejus mentent secutiis est : ce qui veut dire, dit Maur Capellari, parce qu'il se prêta à ses avances, à ses vues, à ses intentions, quoiqu'il ne sût pas le but, le mystère de l'hérésie, ayant été trompé par les apparences d'un zèle orthodoxe, et parce qu'il a confirmé ses doctrines impies
par le silence qirii avait imposé. Repoussera t-on cette explication ? Et pourquoi donc le concile ajoute- t-il : et impia dogmata confir-rnavit ? Si, en déclarant qu'il avait suivi en tout la pensée de Sergius, on avait voulu dire qu'il avait embrassé ses hérésies, il était inutile d'ajouter qu'il confirma ses dogmes impies. Celui qui embrasse l'hérésie, la confirme par le fait; mais il peut arriver que, par une conduite imprudente, on la conlirme indirectement sans erreur dans l'esprit, et par conséquent sans l'embrasser ^ »
Mais, quelles que soient les expressions du concile, on ne peut leur donner d'autre sens que celui qui a été fixé par le souverain Pontife à qui les Pères du concile avaient envoyé leurs décisions pour être approuvées. Or , voici comme s'exprime Léon II dans les deux lettres où il confirme tout ce qu'a fait le cinquième concile :
« Nous qui sommes, quoique indigne, sur la chaire de saint Pierre , nous recevons, approuvons et confirmons le concile ; mettons tous les évèques qui y ont assisté au rang des Pères et des Docteurs de l'Eglise, parce que c'est le même Esprit-Saint qui les a enseignés et qui les a inspirés; nous disons anathème à toutes les
\ Triomphe du Sauil-Si(^ge el <3e l'Eglise, c. xvi.
hérésies et à tous les anciens hérétiques condamnés dans le concile, et à tous les hérétiques de notre temps, savoir : Théodore, Cyrus, Sergius , Pyrrhus, Paul, et Honorius qui, au lieu d'éclairer notre Eglise immaculée des lumières d'une doctrine conforme aux traditions apostoliques. Ta laissé souiller par une profane prédication ^ » Ce qui veut dire que Théodore^ Cyrus et les autres enseignèrent Terreur, qu'Honorius permit de l'enseigner, et que de cette conduite en a rejailli une tache sur TEglise de Rome.
Tout en conservant la foi dans son intégrité, un Pape peut manquer à son devoir, s'il ne la défend pas avec énergie, ou s'il favorise l'erreur par l'emploi de fausses mesures.
Le sens que nous donnons aux paroles de Léon II est exprimé de manière à ne pas laisser place au doute, dans sa lettre aux évéques d'Espagne : « Honorius , dit-il , a été condamné parce que, au lieu d'user de son autorité apostolique, comme il convenait de le faire, pour éteindre et étouffer l'hérésie dès son commencement, il l'avait laissée grandir par sa négligence ^. » Dans sa
\ Scd profana prœdicalione iramaculata maculari permisit. (Epist. ad Consl.)
2 Quia flammam lieerellci doginalis non, ut deciiit aposlolicam auclorilateni, incipienlem cxlinxit, scd negli^jendo confovit. {Epist. ad episc. Ilispan.)
lettre au roi Edwige, il dit encore : « Et Honorius qui a laissé maculer la règle de la tradition apostolique, qu'il avait reçue immaculée de ses prédécesseurs. »
Voilà donc le sens de l'anathème dont a été frappé Honorius, lixé par le législateur. Ce Pape n'a pas été condamné comme hérétique, mais pour n'avoir pas usé énergiquement de son autorité pour réprimer 1 hérésie.
L'empereur Constantin, qui avait convoqué le concile et en avait suivi toutes les discussions auxquelles il prenait part quelquefois, ne prend pas dans un autre sens la condamnation d'Honorius. Dans sa lettre à Léon II, après avoir donné les noms des personnages condamnés comme hérétiques, il ajoute : « A ceux-là on a joint Honorius qui en tout s'est montré le fauteur, l'ami et le protecteur de leur hérésie \ r>
Et les souverains Pontifes, dans la profession de foi qu'ils faisaient en prenant possession du siège apostolique , après avoir condamné Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre, patriarches de Constantinople , auteurs de l'hérésie nouvelle , condam-
I Ad liopc clllonor'um, Iiorum hœtescos in omnibus faulorem, concuisorcin et confinnalorem. (Episl. Const. cd feon.)
liaient Honorius pour n'avoir opposé que le silence à ces doctrines dépravées ^
Mais sommes-nous dans la vérité en donnant ce sens aux paroles du concile de Constantinople et de Léon II? Honorius a-t-il été réellement condamné, au moins comme fauteur d'hérésie, comme pape imprudent qui, en ordonnant le silence sur la manière d'exprimer une vérité, a contribué à la diffusion de l'erreur? Nous ne le pensons pas, et l'histoire, selon nous, n'oblige pas à admettre une pareille imprudence de la part d' Honorius. Nous croyons que la lettre présentée à l'examen du concile n'est pas celle qu'Honorius avait écrite. Lisez et jugez.
La première preuve de l'innocence d'Honorius se tiré de la haute réputation de doctrine et de
^ Unâ cum Honorio qui pravis eoriim asserlionibus silenlium impcndit. {Diurn. Pontif)
Les savants ne sont pas encore d'accord sur le degré d'aulorilé que mérite cet écril, découvert el publié par Garnier au dix-scpliènie siècle.
sainteté qu'a laissée ce Pontife. Sa mort, arrivée en 658, excita des regrets universels. « Honorius, (lit le vénérable Bède, était vif d'esprit, sage de conseil , illustre en doctrine , recommandable par son humilité et par sa douceur ^ Les Anglais, à qui il avait envoyé le savant missionnaire Birin , les Illyriens dont il avait fait cesser le schisme, les Goths dont il avait encouragé les travaux d'organisation civile et religieuse, les Lombards qu'il avait secourus dans les embarras d'un changement de dynastie, les Romains qu'il avait constamment édifiés par sa piété et son zèle pour le culte public : tous bénissaient sa mémoire. Les poètes du temps célébrèrent son nom et chantèrent ses exploits. Ils l'appellent « grand Pontife, digne successeur de Pierre , dont le nom sera illustre à jamais, puissant en doctrine, la gloire du siège de Rome par la régularité de sa conduite et la sagesse de ses discours, l'imitateur et l'émule de Grégoire-le-Grand. » Ils rappellent la schismatique Istrie ramenée, l'Irlande convertie, les entreprises des Juifs réprimées, les écoles fondées, les églises restaurées, les tombes des martyrs ornées ^? Et, ces éloges,
1 nisl.anylic, ix, n. — Yila Bertol^ abb.
2 Faslorem magnum laudis praemia lusliant
Qui futiclus Pclri Lâc vice summa tenel.
on les grave sur les portes de la grande église qu'Honorius avait fait revêtir de lames d'argent. Or comprend-on ce concert de louanges, si Honorius eût écrit la lettre qu'on lui attribue? Les Romains, soigneux à l'excès de conserver la
Effulsit lumulis nam praesul Honorius isl'is,
Cujus ntagnanimum nomen honorque manet.
Sedis apostolicaî merilis nam jura gubernans.
Dispersos revocat, optima lucra refcrt.
Ulque sagax animo, diviiio in carminé pollens.
Ad vitam Paslor ducere novil oves.
Istria nam dudum sœvo sub scbismate fessa
Ad statuta Palrum, teque nionente, redit.
Judaïcae gentis sub te est perGdia Ticta ;
Sic unum Domini reddis ovile suum.
Altonilum patriaî solers sic cura monebat,
Oplala ut populis esset ubique quiës.
Queni doctrina polens, quem sacrae régula vitoe,
Pontificum pariler sensit babere decus.
Sancliloqui semper in te commenta Magislri
Eraicuere, tuà tanquam animata manu X Namque Gregorii tanti vestigia jusli
Dum sequeris cupiens, et meritumque geris.
iEternae lucis, Cbristo dignanlc, perennem
Cum Patribus sanctis posside jamque diem.
{Inscript, vet. Append. — Voy. aussi Canisius , Ànliq. lect. vi, 411; — Epigr., lib. v, apud Gruler, in, -HTS;— Duchéne, Hist. des Papes.)
« Nous décernons de pieux éloges au grand Pasteur qui a rempli les fonctions de Pierre, et qui est monté au comble des honneurs.
« Sous ce tombeau brille le pontife Honorius, dont l'auguste nom et la gloire sont stables.
« Gouvernant dignement en vertu du pouvoir altacbé au Siège apostolique , il a rappelé ceux qui étaient dispersés, il a enrichi l'Eglise de dépouilles opimes.
« L'Esprit de Dieu semblait l'animer quand il composait des vers. Il a PU, on bon pasteur, conduire son troupeau à la vie.
M-aie foi, lui auraient-ils prodigué ces éloges s'il eût pactisé avec les liérétiques? Ce peuple qui n'avait pas voulu entrer dans l'église quand l'antipape Félix officiait, uniquement parce qu'il communiquait avec les Ariens bien qu'il professât la foi de Nicée , aurait-il fait graver sur les portes de la basilique de Saint-Pierre le panégyrique d'un Pontife accusé d'hérésie ou de connivence avec les hérétiques ?
Une autre épitaphe d'Honorius est ainsi conçue :
La VIRGINITÉ A VÉCU AVEC TOI DEPUIS TON BERCEAU.
La vérité est demeurée avec toi jusqu'à la borne