TOME II
l'Egypte, la Thébaïde, la Libye et les autres provinces de la dépendance de FEgypte \ »
Quelle liste imposante de provinces pacifiées et reconquises à la foi catholique î Et Honorius reste insensible! Même réserve sur les neuf articles de foi adoptés à l'occasion de cette réunion. Quelle réponse incomplète î
Cette remarque n'a pas échappé à tous les critiques : a II y a des passages importants, dit Fauteur de ï Histoire irniverselle, comme celui qui parle des lettres de Memnas et de Vigile, auxquels Honorius ne répond pas un mot : ce qui fait soupçonner que la lettre de Sergius ne lui fut pas envoyée telle que nous l'avons maintenant ^. » Etrange effet de la préoccupation d'esprit! voilà trois docteurs. Sommier, Petit-Didier , Rhorbacher, qui avouent que l'une ou l'autre de ces deux lettres est falsifiée, et qui ne sont occupés à rechercher des traces de falsification que dans celle de Sergius. Il est fort possible que Sergius qui, comme nous l'avons vu, s'entendait dans ces sortes de remaniements, ait jugé à propos de faire des additions à sa lettre avant de la déposer
1 Unus [jrex Cliristi verl Dei noslri omnis Chrislo amabilis Alexan- (Irias populus faclus est, cl pêne universa cum eis Egyptus, et Thebaïs,et Libya, elcaelera) Egyptiaca; disposilioais regiones. [Act. conc. iv, 4314.)
2 Histoire universelle de l'Egl se catholique, 88 j 2« «idil., 86.
dans les archives de Conslanlinople ; mais il est facile de montrer que sa main, ou celle de quelques-uns de ses disciples, a aussi laissé des traces sur la réponse d'Honorius.
Tous les caractères intrinsèques de la lettre de Sergius décèlent son auteur. Il est plein de déguisement dans Fexposition des faits ; il raconte avec complaisance les exploits de son ami Cyrus, donne des louanges outrées à Fempercur, impose aux Pères qu'il cite, rappelle deux fois le discours de Memnas, sa grande machine de guerre ; il sait glisser adroitement Terreur sous une phrase orthodoxe en apparence, et il protesté de sa soumission au Pape, alors qu'il organise la résistance.
Il n'en est pas de même de la lettre d'Honorius : outre les omissions si difficiles à justifier que nous avons déjà signalées, elle renferme des passages dont la présence est inexplicable. En voici quelques-uns :
« Un certain Sophronius, alors moine, aujour. d'hui, dit-on, évêque de Jérusalem \ » Jamais Pape n'a parlé avec ce ton de mépris de ses collègues dans l'épiscopat, et n'a affecté en ces termes d'ignorer la nomination aux divers sièges de son Eglise, surtout au patriarcat de Jérusalem.
^ Per Soplironium qucmdara, lune monaclium, nunc verô ex auditu episcopura. {Ad, coacil. m, i3l9.)
« Nous laissons ces discussions aux grammairiens, qui ont coutume de vendre aux enfants les mots qu'ils ont inventés \ » Cette phrase a encore tout Fair d'avoir été écrite à Constantinople, pays célèbre par ses sophistes et ses écoles de grammaire.
« Il ne fajLit prêcher ni une ni deux énergies, » Energias est un mot grec que la langue latine rend par operatio, voluntas. Il est étonnant que le premier document écrit en latin sur le monothélisme renferme des mots qui ne sont usités qu'en grec ^.
« Il vaut mieux laisser crier contre nous les vains éplucheurs de natures , les boursoufflés philosophes à voix de grenouille , que de laisser à jeun le pauvre peuple ^. » Quel manque de dignité dans le langage! Et quel motif avait Honorius de descendre à ces injures? Jusque-là, il ne connaît de la question que ce que lui en avait appris Sergius : or celui-ci dans ses lettres ne
^ Relinquenlcs ea grammalicis, qui soient partulis exquisita derivando nomina vendilare. (Ad. conciL m, ^322.)
2 Ut unam vel duas rnergias aliquis pifcsumal Christi Dei praîdicare. (Ibid. 1522.)
5 Elcclius arbilranlcs ut vani «alurarum ponderatores, oliosè iiegolianles, et turgidè adversùs nos insonent Tocibus ranarum pbilosophi, quhm ut simpliccs et bumiles spiritu populi cbrisliani possint remanere jcjuni. {Ibid. 1323.)
parle pas de philosophe et ne fait mention que d'un seul adversaire, le moine Soj)hrone, lequel, avant de partir de Constantinople, avait promis de ne plus désigner numériquement les opérations en Jésus- Christ. Il n'y avait donc pas lieu à employer ce langage. Si nous supposons que Sergius est l'auteur de ces paroles, alors tout s'explique. Il se trouvait, à cette époque, à la cour un philosophe dont l'élégante parole et la haute intelligence étaient le cauchemar de Sergius : c'était Maxime, secrétaire d'Héraclius. Très-souvent il discutait des matières religieuses avec le patriarche de Constantinople, et presque toujours à la confusion de celui-ci. Habile dialecticien, Maxime excellait surtout à faire tomber son adversaire en contradiction. Dans une conférence qu'il eut plus tard en Afrique avec Pyrrhus , il dit en parlant de Sergius :
« Je vous le dis en vérité, rien ne m'a tant aliéné de votre prédécesseur que ses variations. Tantôt il approuvait que l'on nommât dmne cette unique volonté, et faisait ainsi le Verbe incarné Dieu seulement ; tantôt il disait que c'était une volonté consultative^ et supposait un pur homme qui délibérait comme nous, et ne différait en rien de vous et de moi ; tantôt il disait que cette volonté était hypostatique : ainsi, suivant la
différence des hypostases, il introduisait différentes volontés entre les personnes eonsuLstantielles. Tantôt, approuvant que Ton nommât cette volonté potestative^ il introduisait une union habituelle : car la puissance, Tautorité, la liberté viennent du choix, et non pas de la nature. Quelquefois, se joignant à ceux qui disaient que cette volonté est non-seulement libre, mais m^bitj'aire, il faisait de Jésus-Christ un pur homme et même un homme changeant et pécheur, puisque le libre arbitre fait juger du contraire, chercher ce que l'on ignore, et délibérer sur ce qui est incertain. D'autres fois, trouvant bon que l'on nommât cette volonté (Economique , il donnait lieu de dire qu'avant l'œconomie, c'est-à-dire l'incarnation, le Verbe n'avait point de volonté; et d'autres absurdité; semblables \ »
Le voilà ce terrible jouteur que Sergius en colère accuse de se perdre dans les distinctions, d'éplucher les natures, et qu'il qualilie de boursoufilé philosophe à voix de grenouille !
Ces inductions se confirment par la comparaison de la lettre d'Honorius avec les diverses publications de Sergius.
\ Opéra S. Maxim», ii, ^05.— Ficuiy, Uisi. eccL vi.;, 4i8.
Extraits des lettres d'Ho- Extraits des ouvrages de norius, Sergius.
Nous vous louons d'avoir aboli ces paroles nouvelles qui pouvaient scandaliser les simples ; il faut marcher dans la voie que nous ont tracée nos Pères ^ (T" Lettre.
Jet. conc, m, 1351.)
C'est ainsi que nous parviendrons à la vraie foi que les Apôtres de la vérité nous ont laissée dans les saintes Ecritures ^. (Ibid,)
L'expression des deua^ opérations scandalise beaucoup de personnes, aucun des principaux Pères de l'Eglise ne l'ayant employée ^ (Ectèse. Acta conc. lïi, 795.)
Ce sont les dogmes de la foi que nous tenons de ceux qui les avaient reçus de la bouche même de Notre - Seigneur , et qui furent choisis pour en être les prédicateurs ^.
{Ibid.)
i Laudamus novitatem vocabuli auferentem quod possit scandalura simplicibus generare : nos enim in quo percipimus oporlet ambulare. (I. Ep.)
2 Perveniemus usque ad mensuram reclae fidei quam Apostoli veritalis Scripturarura sanctarum funiculo exlcnderunt. (I. Ep.)
4 Duarum operalioimm vocem mullos scandalizare , utpotè à nemine dictum sanclorum et prœcipuorum Patrum. {Ed., ibid.)
2 Hscc pielatis dogmala tradiderunt nobis , qui ab initio praesentialiter viderunt et ministri vcrbi facli sunt. {Ed., ibid.)
1G8 Marchons par la voie Que le chemin tracé royale, et suivons les nous suffise, soyons satist races de nos chefs ^. faits de la doctrine des
saints Pères ■^. (Lettre à Honor,)
Nous disons que le même Fils unique Notre-
(Ibid,)
Nous disons queNotre- Seigneur Jésus-Christ ,
médiateur da Dieu et des Seigneur Jésus - Christ ,
hommes, opère les choses vrai Dieu, opère les cho-
divines au moyen de l'hu- ses divines et les choses
manité qui lui est hypo- humaines, et que les opé-
statiquementunie,etque rations qui conviennent
le même opère les choses soit à la divinité soit h
humaines par la chair l'humanité procèdent du
qu'il a prise d'une ma- «^eme Dieu Verbe incar^
nière ineffable et unique, et qu'il les opère sans division , sans confusion et sans transmutation ^.
{Ibid.)
né, sans division et sans confusion*, (^c^èse, ibid.)
3 Vià regiâ incedentes.. , ducum noslrorumsemilàgradientes. {l.Ep., ^322.)
4 Confitentes Dominum j ostrum Jesum Christum, mediatorem Dci et bominum, operalum divina mediâ bumanilate Verbo Deo naturaliter uuitâ, eumdemque operatum huloana ineffabiliter alque singulariler assuraptà carne discrelè, in-
3 Sufficiat prœfata caulaque ao tri la sanclorutn Patrum recta liadiiio atque doctrina. [Ad Honor., ibid.)
4 Concedenles uoum eumdemque Fiiium unigenitum, Dominum nostrura Jesum Cbrislum, Teruiii Deum , confiteri operari dirina et bumana ;
Et omuom Deo congruam et b:)miui operalionem ex uno eodera -
Nous ne voyons pas Nous avançons que jaque les conciles gêné- mais aucune motion n'a vaux , ou quelque autre été faite sur cette quesautorité canonique, ait lion dans les grandes ascxaminéla question; que semblées de l'Eglise ; les personne n'ose donc dire conciles généraux n'ont une ou deux opérations ^ rien défini^. (Lettre à Cypuisque ni l'Evangile, ni riis, ibid., iv, 1310.) les Apôtres, ni les conciles ne Tont déiinie ^.
[Ibid.)
C'est pourquoi nous C'est pourquoi, suivant disons qu'en Notre -Sei- les Pères en ce point gneur Jésus-Christ il y a comme en tous les autres, une volonté ^ {fbid.) nous disons qu'en Notre-
Seigneur Jésus - Christ , vrai Dieu, il y a une volonté ^. (Ectèse, ibid.)
confuse alque inconvertibililer plenàdiviiiilate. (I. £;;., ^5^9.)
5 Neqne synodales apices super liocexaminanles, neque auclorilates canociicoe visae sunl explanasse ut unum vel duas cnergias aliquis praesumat Christi Dei praedicare,
Quas nerjue evangelicae veî aposloVicœ liUerae , neque synodal is cîaminalio super his habita, visac sunl terminasse. (I. £:p.,ibid.<522.)
6 Uude et uoam volunlalem fa-
que incarnalo Deo Verbo indivise et inconfusè procedere, et in uuum eumdemque sorliri. {EcL, ibid.)
5 Asserimus qubd in sanctis quidem magnis et universalibus Ecclcsiis nulla de hoc motio facta csf, nec invenire est de bujusmodi quœstione deûuiliouem quamiibet esse prolatam à quodam orlbodoTOriim conciliorum. {Epist. ad Cyrum, 1310.)
6 Unde sanclos Patres in orani-
Que les expressions Nous n'accordons à
nouvellement introdui- qui que ce soit de dire
tes d'une ou de doux opé- ou d'enseigner une ou
rations disparaissent de deux opérations'^. (^Ectèse,
la prédication de la foi '. ibid.) C2' Lettre, ibid., 1351.)
S'il y en a qui ont ra- Nous ne pensons pas
j)etissé leur 4angage à qu'il faille regarder com-
Texemple du maître qui me dogme et loi de FE-
craint de n'être pas com- glise certaine manière de
pris de ses disciples, leur s'exprimer qu'ont em-
manière de s'exprimer ne ployée quelques Pères ,
doit pas passer pour un dans l'unique intention
dogme dans l'Eglise ^. d'être plusclairs et mieux
(r® Lettre, ibid.) compris ^ {Lettre à Hono-
rius, ibid., 1318.)
temur Domini noslri Jesu Clirlsli.
[l.Ep.)
Odsv xat £v Ss/yj/xa o/j.oXoyovu-v Tûu Kuptou lyjïou XjotîTOu. (llonolius.)
7 Ut profecfb unius vel geminœ operalionis vocabulum noviter inircdiictum ex prœdicalioue fidei exinialur. (II. Ep., 1351.)
8 Si forlè quidam balbulienles, m ita dicam, nisi sunt profercntes rxponere, formanles se in spem nu- Uilorum ut posscnt meutes iiu-
bus et in hoc scquenle uiiain voluntalem Domini nostri Jcsu Chrisli verissimi Dei confilemur. {Ed., ibid.)
09cv... £v Bilr,fi.v. Tou Kuptou
&zoo ojj.olo<jyoy.vj. {Eclèsc.)
7 Nullo modo concedentes alicui ex omnibus unam vel duas diccre sive docere opérât iones in divin à Domini incarnalione. [Eclèse, Àct.
conc. m, 793.)
8 Neque quœ rarb a quibusdam Patribus data sunt et non circa licec intentionem babenlibus quasi plcnani cl iuambiguam
Nous avons instruit ceux que notre frère Té vêque Sophrone nous a envoyés, de ne point parler h l'avenir de deux opérations ^ et ils ont promis très -expressément qu'ils le feraient , pourvu que notre frère levêque Cyrus s'abstînt aussi de parler d\me opération ®. (2^ Lettre, ibid.)
buere auditorum , non oporlet ad dogmata Lœc ccclesiaslica retor- (jucre. (I, Ep., ibid.)
9 Quos ad nos preediclus fraie»et coepiscopus nosler Sopbron uî misitjinstruxi mus ne duarum opéralioninii vocabulum deinceps precdicare invcniatur^ quod instantissimè proraiserunl prœdictum virum esse t'acturuni, si ctiam Cyrus fia'cr et coepiscopus nosler ab unius opéralionis vocabulo discesseril. -1
Nous avons terminé la discussion en arrêtant qu'il ne fallait plus parler désormais soit d'aune, soit de deiix opérations , ce que noire vénérable frère Sophrone a promis d'observer^. {IbicL)
de eis doctrinam exponerent , ad regulam et legem per oinnia dogmaticam reducere. [Ad Uon. , ibid., 4518.)
9 Ad ullimum sietit ac placuit qualenùs prîediclus Sopbronius velicrabilis nulium sermonem de csclero de unà sive duabus operationibus movere debeat : bis ilaquecoutpnlus est, etc. [Epist. ad Uon., ibid., 1518.)
C'est trop d'analogie dans les pensées, c'est trop de ressemblance dans les expressions, surtout entre la lettre d'Honorius, écrite en 633, etTEctèse d'Héraclius, publiée six ans plus tard ; puis-
i V. Âcta coneil. iv.— Labbc
•liliorbacher, x.
que Sergius est l'auteur de celle-ci, il est au moins probable qu'il aura mis quelque phrase de sa façon dans celle-là. Honorius ne pouvait emprunter à un document qui n'existait pas.
Non, dira-t-on, la réponse d'Honorius reproduit une partie de la demande, ce qui se fait souvent, et TEctèse n'est qu'une variante de la lettre de Sergius. Cette hypothèse expliquerait l'air de parenté qui existe entre ces trois écrits, mais elle ne résoudrait pas les diflicultés suivantes qu'elle soulève. Pourquoi Honorius, qui savait si bien transmettre ses ordres en Angleterre, dans l'ïllyrie, en Lombardie, en Sicile, en Asie, est-il ici d'une obséquiosité extrême ? Quel motif avait-il de passer entièrement sous silence plusieurs passages, et des plus importants, de la lettre qu'on lui avait adressée? peut-être craignaitil la cour de Constantinople ? mais Héraclius , à cette époque, ne s'était pas encore prononcé sur la question. Comment trouve-t-on dans la lettre d'Honorius des passages extraits presque littéraralement de la lettre de Sergius à Cyrus? Fautil encore admettre que c'est le Pape qui a emprunté ses pensées et ses expressions à des écrits dont il ignorait l'existence ? Et enfin comment Sergius , en composant TEctèse peu après, ne parlc-t-il pas de l'approbation qu'Ho-
iiorius venait de donner à un écrit analogue? Cet hérésiarque cite les Pères à Tappui de son sentiment , il s'efforce de faire accroire que les papes Léon et Vigile pensent comme lui; Honorius lui avait fait plus d'honneur encore , puisqu'il s'était approprié une partie de son travail , en insérant dans sa lettre apostolique des phrases entières extraites de la sienne.
Après l'Ectèse d'Héraclius vient le Type de Constant, et cette nouvelle exposition de foi se termine par la même conclusion et presque par les mêmes paroles que la première : « Qu'on ne dispute plus à l'avenir en quelque manière que ce soit touchant une volonté ou une opération, deux opérations ou deux volontés. Que l'on s'en tienne aux saintes Ecritures, aux cinq conciles œcuméniques et aux simples passages des Pères dont la doctrine est la règle de l'Eglise , sans y ajouter ni ôter, ni les expliquer selon les sentiments des particuliers. Que l'on demeure dans Tétat où l'on était avant ces disputes, comme si elles ne s'étaient point émues ^ . » Aucune mention de la lettre d'Honorius ; voilà trois patriarches et deux empereurs qui croient tout gagné s'ils font bannir du langage chrétien les mots une ou deux opé-
\ Lalbe, vi, 231.
rations^ et qui ne pensent jamais à employer, pour obtenir ce but, le moyen le plus simple et le plus efficace : rappeler la décision du Pape. Cet acharnement de Constantinople à toujours demander le silence prouve que Rome ne Pavait pas imposé. « La défense de dire une ou deux opérations , coTiienue dans la lettre d'Honorius, est apocryphe.
Enfin nous citerons, comme une nouvelle ])reuve que la lettre d'Honorius et les publications de Sergius ont au moins en partie une origine commune, la présence delà même inconséquence et du même mensonge qu'elles contiennent : « Il ne faut dire ni une ni deux volontés ; ce sont des expressions nouvelles , inconnues aux Pères; il faut les bannir de renseignement catholique. » Voilà ce que contient FEctèse, la lettre d'Honorius est du même avis ; et l'un et l'autre, oubliant aussitôt leur propre défense, ajoutent : « Nous admettons une volonté en Jésus-Christ. »
« Sophrone nous a promis de se taire , » dit Sergius : c'est un mensonge contre lequel protestent la conduite de Tévêque de Jérusalem , et la publication qu'il fit à son arrivée en Palestine d'un ouvrage pour prouver les deux opérations. Il faut sans doute porter le même juge-
17o ment (le la promesse des envoyés de Sophrone, dont parle la seconde lettre d'îïonorius. Il est probable qu'îïonorius ne la leur a pas demandée, cl il est certain que Sophrone ne leur avait pas donné le pouvoir tic la faire.
On a vu que l'attention publique avait été vivement excitée par la publication de lettres qui faisaient tenir à un Pape le langage des hérétiques, il nous a paru intéressant d'examiner quelles traces cet événement avait laissées dans les écrits du temps. Voici le fruit de nos recherches. Le pape Jean IV et Tabbé Maxime rappellent la phrase incriminée, pour montrer que, en admettant qu'Honorius l'a écrite , elle peut se prendre dans un sens catholique ; aucun autre auteur n'en parle, et il n'est peut-être pas , dans l'histoire de l'Eglise, un demi-siècle qui fournisse des témoignages plus nombreux et plus précis en faveur de la primauté, de la juridiction et de Tinfaillibilité du Saint-Siège , que celui qui s'est écoulé
entre la publication de Pyrrhus et le deuxième concile de Constantinople.
En 645, Paul, mis à la place de Pyrrhus, adresse ses lettres synodales au Pape. Théodore lui répond en le félicitant de la pureté de sa foi et en l'invitant à procéder canoniquement à la déposition de Pyrrhus, dont un des excès notoires était d'avoir'approuvé et publié TEctèse qui défendait de dire tme ou deux opérations. Paul ne se conforme pas à ses prescriptions. Sergius, métropolitain de Chypre , porte ses plaintes au Siège apostolique. Voici le commencement de sa lettre :
« A mon très-saint et bienheureux Seigneur que Dieu même a rendu ferme , au Père des pères, Archevêque et Pape universel, le seigneur Théodore : Sergius le dernier des évêques, salut dans le Seigneur.
« Une base immuable et affermie de Dieu même, une colonne que le Christ notre Dieu luimême a dressée avec une inscription lumineuse de la foi, c'est votre chaire apostolique, ô Chef sacré î Car, ainsi que Vaffirme la parole divine, c'est vous, Pierre; c'est sur votre fondement qu'ont été affermies les colonnes de l'Eglise. C'est à vous qu'il a commis les clefs du royaume des cieux, à vous qu'il a donné la puissance de lier et de
délier et ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre; c'est vous , le destructeur des profanes hérésies, comme étant le prince et le docteu?' de la foi orthodoxe et immaculée. Ne négligez donc point, ô Père des pères, la tempête qu'éprouve la foi de la part de quelques hérétiques , dissipez leurs ténèbres par la lumière de votre science divine*.»
En 646, quatre conciles se tiennent en Afrique. L'hérésie des Monothélites y est condamnée, et les évêques soumettent leurs décisions au Siège apostolique , cette source inépuisable de la saine doctrine :
«Au bienheureux Seigneur élevé sur le sommet apostolique , au Père des pères, le très-saint pape Théodore, pontife suprême de tous les pontifes : Colomb , évêque du premier siège du concile de Numidie ; Etienne , évêque du premier siège du concile de la Byzacène ; Réparât, évêque du premier siège du concile de Maui'itanie, et tous les évêques des trois susdits conciles d'Afrique.
« Personne ne peut mettre en doute que le Siège apostolique ne soit une source grande et inépuisable d'où coulent de nombreux ruisseaux
\ Lal)he, VI, ^2I.