TOME II
telles contradictions entre les deux versions , et l'une et l'autre renferment de si nombreuses et de si graves erreurs, qu'il est impossible de leur donner une solide confiance , ni de déterminer, entre les deux mille oppositions et plus , quelle est la vraie leçon du texte ^. »
— « Clément VIII commit une fatale imprudence en publiant \ine édition de la Vulgale fort différente de celle de Sixte V , corrigée et retouchée , ce qui compromettait l'infaillibilité de l'un ou de l'autre ^.))
— « Vous avez des papes qui ont proscrit les Jésuites, comme vous en avez qui les ont rétablis ^, et par des bulles contradictoires ^. »
— « Pie VI, cardinal Branchi, ami des Jésuites. Comme on le voit, il n'y a pas beaucoup d'unité entre ces différents Papes ^. »
— « Pour prendre un fait qui touche à la morale dont les règles sont immuables comme le dogme , pourquoi Grégoire XVI , en contractant un emprunt comme un autre souverain et aux mêmes conditions, a-t-il légitimé par ce fait le prêt à intérêt que ses prédécesseurs avaient condamné *^? »
•r-« Depuis le concile de Trente, dans cette Ion-
4 Malan, l. c.
2 A. Cosl, L c, 63.
3 l^uaux, Rome a-t-elle les caracVrcs , etc.
^* Bauly pasteur, Fictions et rialilés, ou les Prelcntions de Rome.
5 A. Bost, /.. c, 07.
G Bauly, Fictions et réalités.
giie suite de Papes , si Ton n'en peut trouver un seul qui n'ait été favorable à la croyance de l'immamaculée Conception, on ne peut davantage en trouver un seul qui ait songé à l'ériger en dogme, ni même qui se soit cru le droit de flétrir une opinion que le concile de Trente avait respectée. Connaissaient-ils la tradition moins bien qu'on ne la connaît aujourd'hui , et peut-on indiquer une raison nouvelle pour rompre avec de tels précédents ' ? »
— «Nous ne voulons pas tirer parti du développement de la doctrine , bien que nous en ayons le droit; car ce qui est infaillible ^ doit être immuable, et n'est pas susceptible de progrès ^ »
— « 11 faut que l'évêque soit irrépréhensible , mari d'une seule femme *, vigilant , chaste , hono-
-1 Laboulaye, Journal de^ Débals, nov. i854.
2 Infaillible %Q dit d'une autorité qui ensei{»ne, et non del'objetonseigné.
3 A. Bost, /. c, 8.
4 L'auteur met en note /^ta? yuvatxo^ «vSjîa, mort d'une seule femmf. L'apôtre saint Paul veut dire ici que , si on ne peut trouver pour élever au sacerdoce des hommes qui, comme lui , n'aient jamais pris femme, il faut, dans tous les cas, n'adopter que ceux qui n'ont été mariés qu'une fois, unius uxoris virum , ou vierges ou veufs, et rejeter abtolumenl ceux qui auraient convolé a de secondes noces. Le docteur Malan en conclut qu'il faut à tout prix que chaque évoque nit une l'cmme.
Cette interprétation libre et littérale de l'Ecriturc-Sainte donne lieu parfois à de singulières erreurs. Le mot frère, dans les langues sacrées, signifie non-seulement qui est issu de mêmes parents, mais encoreneveu, cousin, allié, et même, dans certains cas , simplement ami. Il y a des Protestants qui le prennent toujours dans le pvemier sons, et Irouvcn* ainsi le moyen de nier la virginité perpétuelle de i'augusie Mère de
rable, hospitalier, capable d'instruire ; qu'il ne soit ni sujet au vice, ni prompt à frapper , ni porté à un gain honteux , mais qu'il soit doux , sans esprit querelleur et sans avarice. » »
«Tel est le caractère de tout évêque de l'Eglise, et que certainement le Saint-Esprit va réaliser dans l'homme qu'il a dû rendre infaillible \
Dieu, enlisant que Jésus-Christ avait trois frères. M. Napol()on Roussel en compte même davantage.
« En d'autres termes, dit-il, Marie a clé mère au moinsdc sept enfants, n {Nouveau choix de Traités, 233.)
Ni l'absurde ni le blasphème ne les arrêtent. Ils n'ont pas craint de souiller la naissance du Fils de Dieu en travestissant ces paroles de sa more: Moi et votre père ncu$ vous cherchions, affligés ; comme si l'époux de la Vierge Marie, le chaste Joseph, avait eu d'autres rapports avec Jésus que ceux de gardien, de protecteur de sou enfance , de père légal !
Saint Marc fut baptisé par saint Pierre, de là le titre d'enfant que celui-ci lui donne dans ses lettres : Marcus filius meus. M. Bost soulit-nt que saint Pierre était le père naturel de saint Marc. D'autres concluent de ces paroles du môme Apôtre : « Vous êtes un sacerdoce royal, » qi'e tous les chrétiens, hommes et femmes, sont prêtres. Pourquoi ne pas conclure pareillement que tous les chrétiens sont des rois, régale sacerdotium? tous des saints, (^«ns s«uc/a? tous nécessairement sauvés quoi qu'ils fassent, genus eleclum? Et, en suivant le môme mode d'interprétation, pourquoi ne pas dire que Jésus-Christ est une pierre, petra auiem erat Chrisius ? le ciel une voûte , la (erre un lapis , etc. ? Pourquoi ue pas soutenir que tout est permis, que la vertu n'est qu'un nom, puisque l'auteur des Proverbes a dit : « Fais, selon Ion pouvoir, tout ce que tu auras moyen de faire. — Qu'est-ce que le sage est de plus qu'un insensé ? » {Vrov, IX, 40; — VI, 8. Traduction protestante d'Oxcstiern.)
Que le divin Platon avait raison lorsqu'il disait, il y a deux mille anî: : « L'écriture passe de main en main, elle appartient h tout le monde; mais elle ne sait ni pour qui elle doit parler, ni pour qui elle dci'l se taire; elle ne peut, par clle-mc'nie , repousser les injures et les affronts, et il faut que son père vienne à sou secours. » (Phédon, t» fine.)
i Malan, (. c, 100.
Toutes ces objections reposent sur le même sophisme : t ignorance de la question. Pour éviter la répétition fastidieuse de la même réponse à des difficultés qui ont la même origine , nous devons donc rappeler les notions que donne la théologie catholique sur Finfaillibilité du Pape. Nous le ferons en montrant rapidement en quoi consiste cette infaillibilité, quel est le sujet où elle réside, quel est l'objet auquel elle s'applique, quels sont ses modes d'exercice.
Nature de t infaillibilité. Il ne faut pas confondre Finfaillibilité et Fimpeccabilité ^ La première, telle que la soutient la majorité des catholiques, désigne le privilège par lequel le souverain Pontife, agissant et parlant ex cathedra (du haut de sa chaire), c'est-à-dire comme chef visible de FEglise universelle, ne peut, grâce à une assistance particulière de Dieu , rien définir contre Fexactitude du dogme et la pureté de la morale. L'impeccabilité est le privilège de ne pouvoir pécher. Jamais catholique d'aucune école et d'aucun siècle n'a soutenu que les Papes fussent doués d'impeccabilité.
Sans doute la nature des fonctions qu'ils exer-
^ C'est lout ce que nous voulons constaler ici, sans entrer dans l'examen d'autres questions que soulève ce mot nature.
cent, la multiplicité des secours qui les entourent, les grâces que Dieu leur accorde à proportion des charges quMl leur impose, les prières incessantes que fait l'Eglise pour ceux qui la gouvernent, sont pour eux de puissants moyens de sanctification; mais, enfin, la nature de l'homme reste sous la dignité du Pontife ; ils peuvent pécher après comme avant leur élévation. Jésus-Christ a dit à Pierre : « J'ai prié pour que ta foi ne défaille point; » il n'a pas ajouté : « et pour que tu ne pèches plus. » Autre chose est la croyance, autre la conduite.
Sujet de r infaillibilité. Dans l'éminent personnage désigné ordinairement sous le nom de Pape, de Saint-Père, de souverain Pontife, il faut distinguer fhomme, le docteur, le prince temporel, l'Evéque de Rome, le Patriarche d'Occident, et enfin le Chef de l'Eglise. Or, c'est à ce dernier titre seul qu'il est investi du privilège de linfaillibilité. Comme homme privé, il est soumis, à l'instar de tous les autres fidèles, aux lois de Dieu et de l'Eglise; nous Tavons déjà dit, avant comme après son élection, il peut manquer à ses devoirs ou donner l'exemple de toutes les vertus.
Comme docteur, il peut penser, parler et écrire selon le degré d'intelligence qu'il possède natu-
riHement et retendue de rinstruction qu'il a acquise par son travail.
Comme prince, il promulgue les lois, perçoit les impôts , signe des traités d'alliance, fait la paix ou la guerre, nomme aux fonctions civiles, gouverne enfin ses états de par le même droit et sous la même responsabilité que tous les souverains.
Comme évêque de la ville de Rome, il exerce les fonctions de pasteur propre et ordinaire sur son diocèse. Comme patriarche d'Occident , il a certains droits de juridiction sur les provinces ecclésiastiques qui sont de son ressort; et, pour agir sous ce quadruple rapport, il ne doit attendre d'autres secours surnaturels que ceux que Dieu juge bon de lui accorder, ou qu'il peut mériter par ses vertus et ses prières. Comme Pape seulement, il a droit à une assistance particulière dont le résultat est de lui montrer le vrai toutes les fois qu'il s'agit d'une question qui est du domaine de l'infaillibilité.
Objet de V infaillibilité. Mais il ne faudrait pas croire que tous les actes que fait le souverain Pontife, même comme chef de l'Eglise, fussent marqués du sceau de l'infaillibilité : ce serait étendre inutilement ce privilège; il faut le res-
treindre aux seules questions de foi et de morale et à celles qui ont un rapport nécessaire avec elles. Ainsi, le Pape n'est pas compétent pour décider les questions purement scientifiques: qu'il vint, par exemple, à déclarer que Newton a seul expliqué conformément à la vérité la production et la transmission de la lumière, tout catholique pourrait consciencieusement continuer à combattre le système des émanations du physicien anglais, et à soutenir celui des ondulations de Descartes.
Il n'est pas même dans les attributions du Pape de décider les questions purement philosophiques, lorsqu'elles ne touchent ni directement ni indirectement au dépôt des vérités révélés. La foi, les mœurs et, comme conséquence, l'interprér tation de l'Ecriture, le discernement de la tradition, les questions de discipline générale, la canonisation des saints, les faits dogmatiques : voilà le domaine de l'infaillibilité, tout le reste lui est étranger.
Mode (JC exercice. Lorsqu'une décision du chef de l'Eglise a pour objet un point du dogme ou de la morale, elle peut encore ne pas être reçue comme infaillible, si elle n'est pas rendue dans certaines conditions déterminées. Nous les avons déjà énufîiérées en parlant de la lettre d'Honorius.
La première, dont la présence du reste est toujours supposée dès que la pronuilgation de la bulle a lieu, est que le souverain Pontife ait, au préalable, examiné la question qu'il décide. Même au concile de Jérusalem, la sentence définitive Visum est Spirilid Sancto et nobis a été précédée d'une sérieuse discussion , magna conquisitio. L'assistance du Saint-Esprit n'exclut point les secours humains, elle veut au contraire qu'on les emploie. C'est pour cela qu'ordinairement, avant de prononcer , le Pape prend des informations , nomme des commissions, consulte les cardinauxet les évèques, et ordonne des prières. — La seconde, c'est que la forme soit décisoire^ qu'on nous passe ce terme. Cette condition est remplie lorsque le décret publié contient ces expressions : « Nous définissons que telle vérité appartient au dogme catholique; — nous déclarons que telle proposition est contraire à la foi; — nous retranchons de l'Eglise et déclarons excommuniés tous ceux qui penseront, diront et soutiendront le contraire; » et autres semblables. Si on lisait seulement : « Nous sommes d'avis, il nous semble, nous conseillons,» ou autres formes dubitatives, il y aurait déclaration d'opinion, mais non décision. — La troisième, c'est que le Pape s'adresse à tous les lidèles, ouailles et pasteurs. — Enfin, la quatrième, c'est que H. .!
celle décision soit promulguée d'une manière suffisante pour arriver à une complète publicité.
Il ne faut pas croire non plus que, même dans le système théologique le plus favorable à l'autorité du Pape, on regarde comme également de foi tout ce que contient une bulle ex cathedra. C'est la seule vérité expressément définie qu'il n'est plus permis de contester désormais. La liberté de discussion peut continuer sur toutes les autres propositions de la bulle.
Enfin, nous devons dire qu'il est de foi catholique que l'Eglise, soit réunie en concile, soit dispersée sur toute la terre, est infaillible ; que le Pape a la principale part dans les jugements doctrinaux; que ses décisions deviennent irréformables du ^moment qu'elles sont approuvées au moins tacitement par TEglise; mais quant à savoir si elles le sont également avant cette approbation, c'est un point débattu que l'Eglise jusqu'ici n'a pas voulu trancher , et sur lequel par conséquent la diversité d'opinions est permise.
Ces principes posés , il est facile de résoudre les difficultés que nous avons indiquées au commencement de ce chapitre et une foule d'autres de même nature, qu'on a soulevées contre l'autorité et les privilèges du Saint-Siège.
Si Etienne YI a fait exhumer, condamner, nmtiler et jeter dans le Tibre le corps de son prédécesseur, il a commis un. acte de barbarie que rien ne peut excuser. S'il a conféré de nouveau le sacrement de l'Ordre aux prêtres qu'il croyait déjà validement ordonnés par Formose, il a commis un énorme sacrilège. Mais quel rapport a tout cela avec le privilège de ne pouvoir, comme chef de l'Eglise, enseigner l'erreur? Pour que l'infaillibilité de ce Pape fût compromise, il faudrait citer de lui une décision contraire à la foi ou aux mœurs, et il n'en existe point. A-t-il décrété que l'Ordre n'imprimait pas dans l'àme un caractère ineffaçable ; en conséquence, qu'il pouvait ou devait être réitéré? Non, il n'a même renouvelé les ordinations de Formose que parce qu'il les croyait nulles. On n'agit pas difîéremment encore aujourd'hui : dans le cas douteux, on réitère le sacrement; s'il y a erieur, elle tombe non sur le droit, mais sur le fait, et est de même nature que celle que commettrait un casuiste qui, tout en sachant (|ue le baptême ne peut s'admi-
28 i iiistrer qu'une fois, déciderait à tort que, dans tel cas donné, ce sacrement n'ayant pas été conféré validenient, doit se réitérer.
Notre réponse suppose entièrement véridique le récit de Luitprand; mais qui ne sait que ce chroniqueur emporté a Thabitude de charger les tableaux, de hasarder les faits? Il se trompe lorsqu'il dit que c'est Sergius qui fît subir cet outrage aux dépouilles mortelles de Formose ^ ; il a bi^ pu se tromper sur la conduite que tint le Pape au sujet des ecclésiastiques ordonnés par Formose, et prendre pour une destitution d'ordre, ce qui ne peut jamais se faire, une simple destitution de titre et de fonctions. Cette interprétation du texte de Luitprand est la seule légitime, si l'on s'en rapporte à l'autorité d'un autre chroniqueur ancien, Sigebert, d'autant moins suspect qu'il avait pris parti pour le simoniaque et schismatique Henri IV contre Grégoire VII : « Ayant injustement dégradé les ecclésiastiques de Rome que Formose avait ordonnés, dit-il, Etienne ne fut pas si présomptueux que de les ordonner une seconde fois ^ « Ainsi donc le pontificat d'E-
^ Aucun Sergius ne peut ùlre l'auleur de ce fai(. Scr[;ius II, successeur de Gré{ï,oirc IV, était mon depuis trcnlc-six ans quand eut lieu l'ùleclion de Formose. Huit Papes séparcnl le ponlificat de Formose de celui de Sergius III.
2 Sig., Chron., ad ann. 903.
tienne VI présente des actes d'emportement, il ne montre aucune décision erronée. Considéré comme homme politique, Etienne se jeta avec fureur dans le parti de l'empereur Lambert , et subit les conséquences de sa conduite; considéré comme juge de la foi, il est irréprochable.
« Jean IX rétablit la mémoire de Formose :
quelle suite d'infaillibilités ! »
Jean IX, après examen , déclara que la conduite de Formose avait été pure et son élection légitime ; il rétablit dans leurs charges et dignités les ecclésiastiques qu'Etienne avait destitués dans sa colère. La conduite d'Etienne et de Jean est différente , mais leur foi est la même : il ne peut être question ici d'infaillibilité, puisqu'il n'est pas question de doctrine.
lïl.
Nicolas III , dans la décrétalc qui commence par ces mots : Exiit qui seminat, déclare que « Jésus-Christ et les Apôtres n'ont jamais rien possédé en propre , et que le dépouillement absolu de toutes choses que pratiquent les Frères mi-
neurs est d'autant plus méiiloire, qu'il est conforme à Texemple de Jésus-Christ. » Jean XIIÏ, appelé un demi-siècle plus tard à donner son avis sur le même sujet, le résume en ces termes :
« 1° La proposition qui affirme que Jésus-Christ et ses Apôtres n'ont rien eu en propre, ni en commun, ni en particulier, de même que celle qui affirme que le Sauveur et les Apôtres n'ont pas eu le droit de conserver , de vendre ou de donner les choses que l'Ecriture marque qu'ils ont eues, ni de les employer pour en acquérir d'autres , sont des propositions erronées et hérétiques.
« 2*^ Sont déclarés hérétiques ceux qui admettent ou soutiennent ces propositions touchant le simple usage des choses en Jésus-Christ et ses Apôtres. Défense est faite de les enseigner , sous peine d'être traité comme contumace et rebelle à l'Eglise romaine \
« 3*^ La décrétale de Nicolas III, qui réserve au souverain Pontife le domaine et la propriété des choses qu'on donne aux Frères mineurs, et qui leur en laisse seulement l'usage, ne doit point s'entendre de celles qui se consument par l'usage même, parce qu'à leur égard le domaine est inséparable de l'usage. »
^ ExlrasàQ. Ad Condilorem. — Cnm inlcr noiinullos.—Qiiia quoumftam menlei.
Eml)arrassé par le désacord qui existait entre les bulles de ces deux Papes, Bellarmin dit qu'il s'agissait d'une question de pure métaphysique où chacun, en conséquence, pouvait abonder dans son sens. D'autres soutiennent que la contradiction n'est qu'apparente, et que Nicolas, disant que Jésus-Christ et les Apôtres s'étaient dépouillés de tout droit de propriété , n'avait pas voulu dire qu'ils s'étaient dépouillés aussi de tout droit d'usage sur les choses nécessaires à la vie, et soutenir, par exemple, que les habits qu'ils portaient ne leur appartenaient pas et qu'ils n'avaient mangé jamais que le pain d'autrui, ce qui eût été un vol et non une vertu. Mais la bulle Exiit nous fournit elle-même la meilleure solution : «Si quelqu'un, dit Nicolas, forme du doute en cette matière, il se pourvoira au souverain tribunal du Saint-Siège pour en recevoir la décision, parce que c'est à lui seul à faire des lois à cet égard et à les interpréter ^ » Cette bulle ne contient donc qu'une simple déclaration d'opinion, et non une réelle définition de foi.
Nicolas III n'a rien décidé sur la nature du vœu de pauvreté des religieux franciscains, il a publié un simple règlement de manutention des
\ Ant. Pagi, Gesfa Rom. Ponlif., Joann. XXII, n° iO.
biens temporels de l'Ordre, dont les Papes dans leur sagesse peuvent, selon les circonstances, suspendre ou njoditîer l'application.
« Grégoire XI se rétracte au lit de mort. »
En effet, nous lisons dans le testament de ce Pape : « Si, en parlant dans les conférences, dans le consistoire, dans les églises, aux conseils, en chaire, dans les conversations, il m'est échappé par mégarde, ignorance, indiscrétion, précipitation, complaisance, ou tout autre motif, quelques paroles qui soient contraires à la foi catholique, la seule que nous aimons et tenons devant Dieu et devant les hommes, ou qui semblent favoriser directement ou indirectement des opinions opposées à cette même foi catholique, nous les désavouons expressément et les déclarons nulles et
non avenues V
Basnage, Malan, etc., auraient même pu ne pas s'en tenir à ce seul exemple : « Si autrefois, dit
4 Tcslamenl de Grt'{]oiro XI.
^89 Clcnient VI, étant dans un moindre rang, ou depuis que nous sommes élevé sur la chaire apostolique, il nous est échappé, soit en disputant, en enseignant, en préchant, ou autrement, d'énoncer quelque chose contre la foi catholique et les bonnes mœurs, nous le révoquons et le soumettons à la correction du Siège apostolique ^ »
« Je crois et je confesse, dit Jean XXII, que les âmes séparées du corps et purifiées de leurs fautes sont dans le royaume des cieux avec Jésus-Christ, dans la compagnie des anges, et qu'elles voient Dieu face à face et la divine essence aussi clairement que leur état peut le permettre. Si j'ai pr-êché ou écrit quelque chose contre cette doctrine, ou contre tout autre point de la foi catholique , de l'Ecriture -Sainte ou des bonnes mœurs, je le rétracte expressément, soumettant tous mes sentiments et tous mes écrits, sur quelque matière que ce puisse être, à la décision de l'Eglise et des souverains Pontifes mes successeurs ^. »
Urbain V, lui aussi , fit profession de foi de toutes les vérités catholiques, révoquant ce qui aurait pu lui échapper de contraire, soumettant
^ Caluz., Constil. du H décembre i 3b l .
2 l'îî-m, Vitn Joan. II//.— Sommier, tï.