TOME M
sa personne et ses paroles à la correelion et au jugement de TEglise.
Benoit XII est allé même plus loin; voici ee qu'il dit en parlant de ses propres écrits : « J'ai fait examiner mon ouvrage jusqu'à deux fois par un grand nombre de prélats et de théologiens ; après une revue si exacte, je consens à le publier pour le bien de l'Eglise : non que je croie Touvrage digne de l'attention des habiles gens qui peuvent beaucoup mieux faire que moi ; mais je le publie pour rinstruction des simples, de peur que, si par hasard de pareilles questions venaient à renaître dans l'Eglise, ils ne fussent trompés faute d'avoir vu cet écrit. J'ai aussi en vue la postérité, qui pourra connaître que ce n'est pas sans raison que la décision précédente a été donnée par le Saint-Siège.
« Tout ce que j'ai dit dans ce livre , excepté les articles qui sont les mêmes que ceux de la bulle qui Fa précédé, je veux qu'on le garde, non comme les définitions d'un Pape, mais comme les sentiments d'un théologien , de façon qu'il soit permis à quiconque d'y opposer ce qui lui paraîtra plus conforme à la foi, à l'Ecriture - Sainte et à la doctrine des saints Pères. Je soumets cet écrit, aussi bien que tous mes autres ouvrages, au jugement et à la corrccfion de la
sainte Église romaine et de mes successeurs légitimement élus ^ »
Que conclure de pareils actes d'humilité?
Que Grégoire XI, Clément YI, Urbain V, Benoît XÏI avaient enseigné des erreurs? Non, l histoire raconte leurs vertus et constate la pureté de leur doctrine. Jean XXII lui-même, nous le verrons bientôt, n'a, comme docteur, rien défini, et comme pape, rien enseigné contre la foi. — Que ces saints Pontifes ne se croyaient pas infaillibles? Ils n'eussent pas été hérétiques pour cela^ Mais cette conséquence est plus forte que les prémisses. S'ils n'eussent pas cru que Tinfaillibilité était un privilège du Saint-Siège, ils ne lui auraient pas soumis leurs écrits et leur personne. Voici donc l'explication de ce fait : c'est l'homme, c'est le chrétien, c'est le docteur qui se rétracte, en cas qu'il ait erré, et non le Pape. L'élection au j upirême pontificat ne change pas la nature de r homme : il reste avec ses obscurités dans l'esirit, ses germes de passion dans le cœur; il peut se tromper en parlant, en écrivant, en agissant, et, en tant qu'homme privé, il est justiciable de lui-même, lorsque les besoins de l'Eglise l'oblige-
1 Raynalj I55G.
2 On lit dans la Revue des Deux Mondes (xvi, 389) : « S'il ne semble pr.j exlraordinairc a la majorUé des peuples néo-lalins qu'un fils d'>»dam
jcuisse du priviK'gc divin de rinfailliLilité, ce dogme parail aussi in-
roDl à élre juge de la foi. Ce n'est pas à récrivain, ce nVst pas à rhomme du monde , ce n'est pas même au prédicateur, c'est au chef de l'Eglise universelle et agissant en cette qualité, qu'il a été dit : « J'ai prié pour toi ; ta foi ne défaillira pas : « conlirme tes frères. »
Ni le concile de Trente, ni Sixte V, ni Clément VIII , en déclarant la Vulgate authentique, n'ont voulu dire qu'elle fût exempte de toutes fautes typographiques ou grammaticales. Les Pères du concile comprirent qu'entre cette multitude de versions qui étaient en usage dans TEglise, il convenait d'en désigner une qui fît autorité en matières de foi et que l'on citât de
conceyable aux Hellènes que la quadrature du cercle. »> [Us Iles ioniennes sous la domination de Venise, par la comtesse Dora d'Istria). Que l'auteur se rassure. L'iufaillibililé du Pape n'est qu'une opinion, ce n'est pas un do{][me : elle ne peut donc ûtre un obstacle à la conversion des Corfioles. Quand ils voudront revenir au sein de l'Eglise, on les obligera à reconnaître la primauté du Pape, on ne leur parlera pas de son infaillibilité. Mais il s'en faut que les Hellènes regardent comme absurde que le Pape, faillible comme fils d'Adam, soit iufaillible comme chef de l'Eglise universelle Leurs docteurs , avant la séparation, soutenaient au ooDlraire qu'il doit en être ainsi; et ces pauvres scbismatiqucs accordent encore le privilège de l'infaillibilité à leur grand synode, au patriarche grec leur chef spirituel, et plusieurs au Czar de toutes UsRussics.
[)référence à toute autre dans les sermons, dans les conférences, dans les discussions publiques. La Vulgate eut cet honneur.
« En cela , dit Pallavicin , le concile faisait preuve de bon goût et agissait avec intelligence ; car, de toutes les versions de FEcrilure-Sainte, la Vulgate est incontestablement la plus pure et la plus exacte \ » Jamais on ne se serait entendu, la confusion aurait été pire qu'à la tour de Babel, si l'un des docteurs avait cité le texte hébreu, un autre le grec , un autre la version syriaque , un autre la version de Luther ou celle de Michel Servet, etc. ^
Il n'est pas vrai que le concile ait déclaré que « cette version était préférable aux autres textes inspirés hébreux et grecs. » Les textes primitifs
i [,es [ilus savants l'roleslanls ont reconnu le mérite de notre Vulgate. Jièze déclare qu'elle est supérieure a toutes les autres versions latines. {Nouv. Teslam. , IojO). Jos. Boys la justifiait des légers reproches ♦l'Erasme, qui ne la trouvait pas sans défauts. « La Vulgate, dit Paul Fage, n'est point l'oeuvre du hasard, comme disent quelques sols étrangers à toute réflexion : Non est ergà tumerè nala Vnlgatatditio, ul quidam scioli stullè et imprudentcr clamilant. (In cap. vers. lat. Par. chald.). Louis do Dieu « ne croit pas se tromper en disant que l'auteur do celte version, quel qu'il soit, a été non-seulement un homme instruit, mais un savant de premier ordre. Dans les endroits mômes où il semble barbare, j'admire son exactitude et son jugeaient. » Casaubon est du même avis, et Crotiu» l'a choisie pour texte de ses Remarques. (Voy. Biblia jiohjglQlla, par ^^allon, t. I, c. 4, p. 74.)
2 Ilbl. du Conc. ur, 957.
conservent toute leur autorité, et ils ne sont pas même mentionnés dans le décret du concile, dont le but était uniquement d'indiquer quelle version, parmi les latines, devait être regardée comme authentique. Voici la teneur de cette décision :
« Le saint concile, considérant qu'il ne sera pas d'une petite utilité à FEglise de Dieu de faire connaître ,* entre toutes les éditions latines des saints Livres qui se débitent aujourd'hui , quelle est celle qui doit être tenue pour authentique, déclare et ordonne que cette même édition ancienne et Vulgate, qui a déjà été approuvée par l'Eglise et par le long usage de tant de siècles , doit être tenue pour authentique ^ dans les disputes, les prédications, les explications, et les leçons publiques; et que personne, sous quelque prétexte que ce puisse être, n'ait assez de hardiesse ou de témérité pour la rejeter ^. »
C'est conformément aux prescriptions du concile de Trente ^ que Sixte V publia une nou-
\ Slaluit cl déclarât ut lioec ipsa velus et Vulgata edilio pro autlientnà halicalur.
La qualificaiion à'aulhentique est emprunlée au droit et s'apprn|uc a l'original d'un acle , ou à une copie de cet acle sufDsarament (idclc pour faire foi.
2 Conc. Trid., soss. iv.
5 Sess. IV.
velle édition de la Vidgate soigneusement revue ('t corrigée. Pour donner à cette entreprise tous les soins que son importance méritait, Sixte V ne recula devant aucun sacrifice : il fonda une imprimerie à Rome, fit venir des savants de divers pays, mit à contribution les travaux de ses prédécesseurs , voulut corriger lui - même les épreuves ; mais jamais il n'a prétendu que cette édition dût empêcher de recourir aux textes primitifs, ni qu'on ne put en publier une meilleure plus tard. Dans le bref publié en 1580, Sixte , il est vrai , « la déclare très-correcte et défend d'y faire dans la suite de nouvelles corrections ; » mais il est clair qu'il voulait dire' seulement que l'édition publiée par ses soins avait reçu toutes les corrections possibles, eu égard aux exemplaires imprimés et manuscrits que le comité des évéques avait eus à sa disposition, et que sa défense d'y rien changer ne concernait que les simples particuliers.
Il en est de même de Clément Yllï : il n'a ni établi de parallèle entre la dernière Vulgate et les textes grecs et hébreux , ni déclaré que la nouvelle édition qu'il publiait fiit exempte de tout défaut. Dans la bulle Cum sacft^orum Bibliorimi, il annonce qu'il a fait imprimer sous ses youx une nouvelle édition àalo^Vulgalc, qu'on n'a
rien négligé pour la dégager des fautes ([u'on avait remarquées dans la précédente \ et déclare que, afin de pourvoir à la conservation du texte, les presses duVatican pourront seules l'imprimer pendant dix ans, et qu'après ce temps tout imprimeur, pour la reproduire, devra se servir des nouveaux exemplaires corrigés et publiés par ses soins.
Il n'est pas vrai , au reste , que l'édition do Sixte V différât en des points essentiels de celle de Clément VIII; les variantes qu'on y a signalées ne tombent jamais sur des changements substantiels : c'est une virgule avancée ou reculée, c'est un point mieux placé , c'est un synonyme changé , c'est une pensée complétée ; dans aucun cas, ce n'est une erreur ajoutée ou retranchée , ni l'ancienne édition ni la nouvelle n'en contenaient.
Toutes les mesures prises par les Papes , au sujet de l'impression des Livres sacrés , ont donc
1 Mais non de loulcs faules. « SacLez, dil Bellarmjn, i^n des correcteurs, à l'évèque de Bruf[es, que l'édition de k Yulgate q-ue nous venons de publier pourrait ;èlre plus parfaite. C'est a dessein que nous n'arons pas l'ait certains cbangemenls qui, au premier abord, avaient paru désirables. » Et Clément VIII, dans la Préface à la nouvelle édition , indique les graves moli(sd'ecclte conduite, savoir: la nécessité de ne pas dérouler les fidèles par dcà cbangomeiils qui n'auraient pas été justifiés par des raisons suffisantes, la multiplicité de sens qu'ont certains mots dans le texte primitif , l'autorité de saint Jérôme qui avait à sa disposition des exemplaires hcbrcux et giccs plus fidèles.
tu pour but de les conserver a\ ec plus de soin dans toute leur intégrité.
Nous verrons bientôt qu'il n'en a pas été de même chez les Protestants.
« Clément XIV supprime les Jésuites, Pie Vil les rétablit. » Canoniquement parlant , ces deux Pontifes étaient dans leur droit l'un et l'autre, et ils ont pu en user en sens contraire , en se proposant tous les deux le même but :
le plus grand bien de l'Eglise. N'en serait-il pas ainsi, ils n'auraient pas erré pour cela : l'établis sèment et la suppression d'un ordrë^ religieux , quels que soient d'ailleurs l'excellence de ses statuts et le mérite de ses membres, sont des actes de haute administration, et non des questions de dogme ou de morale.
Faut-il rappeler des objections encore plus pitoyables ?
» Grégoire XVI, en contractant un emprunt, a
29S autorisé le prêt à intérêt , coïKlamné par Benoît XIV. » Ni Benoît XIV ni aucun souverain Pontife n'ont défendu aux prêteurs de percevoir l'intérêt de leur argent , lorsqu'ils ont des titres légitimes qui les autorisent à le faire.
« Innocent III a défendu d'exiger de l'argent pour l'ad'ministration des sacrements, et Pie VII a approuvé le casuel. » Jamais il n'a été permis de regarder comme le prix du sacrement les dons que le clergé a été autorisé quelquefois à percevoir à l'occasion de son administration ; toujours il a été interdit au clergé de demander une rétribution quelconque aux fidèles pauvres, mais toujours il a été permis aux ministres des autels de vivre de l'autel, et les circonstances ont imposé quelquefois des modes différents de percevoir ces revenus nécessaires : questions de discipline.
« Clément XI nomme Vincent de Bitschi nonce à la cour de Portugal; Innocent XIII le rappelle, et compromet ainsi l'infaillibilité de son prédécesseur ou la sienne propre. » Un argument de cette force ne compromet évidemment que la cause et le bon sens de celui qui l'emploie ; autant vaudrait-il dire que Benoît XIV et Clément XIII n'étaient pas infaillibles parce que
Tun dînait à midi , Faulre à quatre heures du
soir.
« Innocent VIÏI lève Finterdit lancé par Sixte IV contre les Vénitiens. » Parce qu'ils étaient venus à résipiscence. Qui peut excommunier, peut absoudre.
« Boniface VIII écrit une lettre au roi de France, qu'il rétracte. » Qu'il explique, voyant qu'on en dépravait le sens ; une lettre d'ailleurs n'est point une définition de foi, et peut être rétractée à volonté.
« Martin V, Pie II, Adrien VI ont soutenu des opinions qu'ils avaient combattues avant d'être papes. « Nous n'avons pas à nous occuper des opinions, pas même des convictions que professaient ces ecclésiastiques avant leur élection au suprême pontificat.
« BonifaceVIII établit que le Jubilé aurait lieu tous les cent ans, Clément VI décide qu'il sera célébré tous les cinquante, UrbainVI tous les vingt cinq. » Cette diversité d'époques n'a point de rapport avec le dogme. Le Jubilé est une indulgence extraordinaire que tous les fidèles sont appelés à gagner en remplissant les conditions de prières,
de mortifications et d'aumônes, qui sont prescrites. L'Eglise l'accorde aux époques qu'elle juge convenables.
« Pie IV a publié un nouveau Symbole, malgré la défense du concile de Trente *. » Ce que quelques auteurs désignent sous le nom de Symbole de Pie lY, se compose de deux parties : la première est tout simplement le Symbole de Nicée, sans aucun changement; la seconde est le résumé des décisions du concile de Trente. Loin d'enfreindre les prescriptions du concile , Pie IV s'y est conformé en publiant cette profession de
4 Voici comment M. Malan expose octtc ohjectioii ; c'est un curieux L'cLantillon de la manière dont certains auteurs pratiquent encore aujourd'hui U controTerse religieuse :
« En i546, dans sa troisième session, ce concile avait déclaré que le Symbole de Nicée était le seul qui fût sanctionné par l'Eglise, et coutre qui les portes de l'enfer ne prévaudraient pas ; confirmant ainsi ce qu'ayait décrété le concile d'Epbèse en 431 , lorsqu'il atait arrêté « que si quelqu'un formait un autre Symbole, il serait dégradé s'il était ecclésiastique, et excommunié s'il était du peuple. »
« Or ce fut en 4 563 que se termina le concile de Trente, et ce fut en 4 564 que le pape Pie IV publia \u\ nouveau Symbok!
« Ainsi doue, ou bien le concile est méprisé, ou bien l'EvéquedeRorae est dégradé, et de toute manière le Symbole actuel de l'Eglise romaine n'est sanctionné par aucun concile! Quelle conformité ! quelle unité divine! » [Pourrais-je jamais entrer dans U sein de l' Eglise romaine? » Pag. 78 et suiv.). Or, pour faire crouler tout cet échafaudage, l'observation que nous avoDs faite surfil. Pie IV n'a pas changé un mot au Sym- Ijole de Nicée, et il a rédigé sa profession de foi conformément aux prescriptions du concile de Trente.
foi ; il le déclare lui-même au commencement de sa bulle : « Le devoir de la servitude apostolique qui nous a été imposé exige que, à llionneur et à la gloire du Dieu tout-puissant, nous nous appliquions incessamment et avec soin à l'exécution des choses qu il a daigné divinement inspirer aux saints Pères assemblés en son nom pour la bonne conduite de son Eglise. »
a Jean VIII accorde aux Slaves ce quil ne peut leur refuser, le droit de célébrer l'office divin dans leur langue. Grégoire VU trouva que cet infaillible avait eu tort, car il retira cette permission. » Il y a des choses qui peuvent être commandées, tolérées ou défendues selon les circonstances. L'usage de la langue latine dans la liturgie sacrée est de ce nombre : c'est une question de discipline, et non de dogme.
Jean YIII, par une lettre écrite au prince des Slaves en 880 , permit « d'employer la langue slave pour célébrer la messe , lire les évangiles et les autres écritures de l'ancien et du nouveau Testament bien traduites. » Cette concession lui parut de nature à favoriser la conversion de ces peuples, et à plaire au philosophe Constantin qui avait beaucoup d'ascendant sur eux. « Nous voulons toutefois , ajoute-t-il , marquant ainsi
que, s'il n'est pas bon de faire usage de la langue vulgaire dans la célébration des offices divins , il serait préférable que tous les chrétiens n'employassent que la latine, nous voulons que, pour marquer plus de respect à l'Evangile, on le lise premièrement en latin , puis en slavon en faveur du peuple qui n'entend pas le latin, comme cela se pratiqué en quelques églises. Et, si vous et vos officiers aimez mieux entendre la messe en latin, nous voulons qu'on vous la dise en cette langueV» Deux siècles après , Grégoire VII s'aperçut que les Slaves négligeaient l'étude du latin, cette langue des Conciles, des Pères, des Docteurs de l'Eglise; qu'ils manifestaient des tendances à se séparer de l'Occident ^; que leur exemple pouvait d'ailleurs engager d'autres chrétientés à demander le même privilège, ce qui pouvait avoir de graves inconvénients : il révoqua la concession de Jean VIII. « Il ne sert de rien pour excuser cette pratique, dit-il, que quelques saints personnages aient souffert patiemment ce que le peuple demandait par simplicité , puisque la primitive
4 Epist. ad C. Suentonpoulc.
2 II est évident que l'usage d'une même langue est un moyen d'union. Les Slaves, sollicites di^jà du temps de Grégoire VII par les Grecs a embrasser le scliismc, ont fini par être séduits. Les liabilants de li Bohême et de la Hongrie, contrée voisine, parlaient latin, ils sont reslo^ catholiques.
Eglise a dissimulé plusieurs choses qui ont été corrigées ensuite par les saints Pères après un soigneux examen, alors que la religion a été plus affermie et plus étendue. Cest pourquoi nous défendons par l'autorité de saint Pierre ce que vos sujets demandent imprudemment, et nous vous ordonnons de résister de toutes vos forces à cette \aine témérité \ »
Concluons que ni Jean VIII ni Grégoire Vil ne se sont trompés, et que, Teussent-ils fait, leur décision n'aurait eu {tour ol)jet qu'un point de discipline.
Pie IX, en définissant l'immaculée Conception, n'a pas dépassé ses pouvoirs, n'a pas contredit ses prédécesseurs, n'a rien ajouté au dogme catholique. C'est la bulle même de la définition qui nous en fournira les preuves.
Le souverain Pontife fait observer d'abord que l'Eglise ne change jamais rien au dépôt sacré de
i Lib. vu, Epiil, \\,
la révélation, mais seulement qu'elle s'applique à développer les vérités qui le composent. Elle explique et ne crée pas, elle éclaircit et n'invente pas.
« L'Eglise du Christ , vigilante gardienne et protectrice des dogmes qui lui sont confiés, n'y change rien, n'en diminue rien, n'y ajoute rien; mais, traitant avec une attention scrupuleuse, avec fidélité et avec sagesse les choses anciennes, s'il en est dont on découvre le fondement dans Tanliquité, et que la foi des Pères indique, elle s'étudie à les dégager, à les mettre en lumière, de telle sorte que ces antiques dogmes de la doctrine céleste prennent l'évidence, l'éclat et la netteté, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité , leur propriété, et qu'ils se développent, mais seulement dan6 leur propre nature, c'est-àdire en conservant l'identité du dogme, du sens, de la doctrine. »
Une vérité ne peut donc être l'objet d'une définition de foi , qu'autant qu'elle est contenue dans la parole de Dieu : or la bulle constate que l'immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie est implicitement contenue dans la parole de Dieu écrite, et très-expressément dans la parole de Dieu transmise.
a Les Pères et les écrivains, de l'Eglise, instruits nar les oracles célestes , n'ont rien eu plus à
fojiir, dans les livres quïis oui composés pour expliquer les Ecritures, pour défendre les dogmes, pour instruire les lîdèles, que de célébrer à Fenvi et d'exalter de mille manières admirables la souveraine sainteté de la Vierge, sa dignité, son intégrité de toute tache du péché, et son éclatante victoire sur le cruel ennemi du genre humain. C'est pourquoi , lorsqu'ils rapportent les paroles par lesquelles Dieu, dans les commencements du monde, annonçant les remèdes préparés dans sa miséricorde pour régénérer les mortels, confondit l'audace du serpent séducteur et releva merveilleusement Tespérance de notre race en disant : Je mettrai Hinimitié enti^e toi et la fenmie, entre tarace et la siome^les Pères enseignent que par cet oracle a été clairement et ouvertement annoncé le miséricoi dieux Rédempteur du genre humain, le Christ Jésus, Fils unique de Dieu, et que sa bienheureuse Mère la Vierge Marie y est aussi désignée; que Tinimitié du Fils et de la Mère contre le démon y est également et formellement exprimée. C'est pourquoi, de même que le Christ médiateur de Dieu et des hommes, ayant pris la nature humaine, efface le sceau de la sentence qui était contre nous, et triomphant
i Inimicilias ponam inler le et oiulicrem , et semei) luum et seraen i'iius (Gcn. III, 15.)