‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 39 sur 70 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

lie vertu \ Le Nord et TOccident sont régis par sa puissance, pacifiés par sa sagesse, édifiés par sa piété, contenus par sa justice ^ Il fappelle le très-pieux roi , le très -saint empereur , même lorsqu'il viole ses serments et fait élire un antipape après avoir juré de respecter la liberté des suffrages et de reconnaître le Pape régulièrement élu. Parle-t-il de l'empereur JNicéphore Phocas qui Pavait mal accueilli, il emploie toutes les injures que la langue peut lui fournir : « Cet homme assez monstrueux a une taille de pygmée , une grosse tète , des yeux de taupe ; sa barbe est courte , épaisse , grise , sale ; son front pointu est couvert d'une chevelure hérissée ; il est noir comme un Ethiopien dont la rencontre nocturne ferait peur, menteur comme Ulysse ; gros ventre , jambes courtes , i)ieds bots , habits sales, chaussure économique, etc. ^. » Nous abrégeons, car on n'oserait traduire tout ce qu'écrit la plume trop libre de Luitprand.

Ce n'est pas impunément qu'on manquait d'égards envers cet homme vaniteux et irascible.

Dans une de ses préfaces, il déclare qu'il a pris

-I Leg. ad Nicepli.

2 Cujus mundi partes Aqiiiljnaiis et Occidua polcnfiâ reguntur, sa- })icntià pacificanlur. religiouc Ixianlur , justiquc jiidicii sevcrilale loricnlur. {Op. IV, 7.)

3 Lcq. ad M cep l(. Op., p. 130.

!a plume pour se venger de ses ennemis ; il intitule un de ses livres Antidosis , revanche, vengeance; et, pour que le lecteur ne se méprenne pas sur le sens de ce titre, il l'explique lui-même : « Jamais langue ne pourrait dire, jamais plume ne pourrait écrire les impostures dont ils ont usé envers moi et envers les miens, les dommages qu'ils nous ont causés, les mauvais traitements qu'ils ont gratuitement exercés contre nous. Cette page est la juste rétribution qu'ils méritent : je vais dévoiler aux yeux des générations présentes et futures leur asebiam^ c'est-à- <lire leur impiété, dont j'ai été la victime^ »Ne voilà-t-il pas un beau début pour se concilier la foi du lecteur! Quelle différence avec Tacite, donnant comme preuve de sa véracité, qu'il n'a reçu des empereurs romains dont il va écrire l'histoire ni injure^ ni bienfaits ^ î

Le dévouement de Luitprand à Othon et à ses amis va jusqu'à lui faire porter des jugements contradictoires sur les mêmes personnes. Il ap-

^ Tan ta en i m mendaciorum jacula, lanla raplnarum dispcndia, tarifa *iiipielatis molimina in me et domum meam , cognalioncni et farailiam gratis exercuère, quanta nec lingua proferre, ncc calamus prœvalet scribcre. Sit igilur ei prœsens pagina Antidosis, lioc est relrlbulio, dum pro calamitatibus meis r/jv aaîêziafx eorum, id est impielatem, praîsenlibus ïuturisque mortalibus denudavero. (L. iii, Prœf.)

2 Nec bénéficie ncc injuria cogniti. (Tac //Js/., lib. i. c -1. )

pelle respectueusement Jean XU le souverain Pontife (le l'Eglise universelle, lorsque le Pape se prépare à couronner Othon empereur d'OccidcnL Fait-il alliance avec Adalbert, c'est un monstre capable de tous les crimes. Quand Bérenger se porte compétiteur d'Othon, c'est un tyran cruel dont l'Italie brûle de secouer le joug insupportable, c'est un ingrat, c'est un impie dont il faut transmettre l'histoire à la postérité \ Quand il combat contre Rodolphe, c'est un bon roi , c'est un prince pieux. « L'assassin et sa troupe attaquent Bérenger : il tombe sous leurs coups ce bon prince, ce roi pieux ; et, dans sa prière, il recommande à Dieu son âme innocente ^. »

Luitprand vous dira que lorsque Othon prie, Dieu l'exauce ; et il prouve par l'Ecriture-Sainlc que Dieu devait lui donner la victoire : « Mais il nous plaît, dit- il, de donner à ce fait quelque développement, et de prouver que ce n'est pas au hasard qu'il faut attribuer cette victoire, mais à l'intervention de Dieu. Qu'il en soit ainsi , c'est

^ De rcbus Imper., 1. m.

2 Quo cum muila simul manus Ut rcgcm périmât boniim :

Cadit, lieu ! pins ,

Felicemquc suum Oco Comniendat piè spiiitum.

(De rébus Imp., lib. iir^ c. 20.)

plus clair que le jour, quand on se rappelle les apparitions que lit Notre-Seigneur aux disciples et aux saintes femmes après sa résurrection. » Puis il raconte longuement F incrédulité de Thomas qui ne crut qu'après avoir vu et touché, le sacrifice d'ïsaac que Dieu commanda pour faire admirer la foi d'Abraham, la promesse faite à Pierre, la prédiction du reniement de cet apôtre; et il conclut en ces termes :

« Vertueux prince, ta foi était assez forte, mais celle des faibles devait être affermie , eux qui croient que la victoire dépend de la multitude des soldats ou qu'elle est due aux caprices de la fortune. Si tu eusses marché au combat avec douze légions, tu te serais attribué la vie* toire au lieu d'en renvoyer la gloire au Seigneur; Dieu a voulu te faire vaincre après avoir reçu ta prière, afin que ceux qui espèrent en lui l'aimassent davantage, et que tous ceux qui l'ignorent comprissent combien il t'aime \ »

Il n'est pas jusqu'aux êtres inanimés qui ne soient quelquefois de sa part l'objet de jugements opposés.

1 Chap. 15, inlitult' : Piobot aucloritale sanctœ sStpfuik vieioriam Olhonis ncii fuisse fortuilam , sal Dco >J(t liisfomnte provenissc.

Quand il racoiile sa preiiiièrc ambassade atiprès de l'empereur Nicéphore Phocas, il parle de Constantinople comme d'une grande et belle ville, dont les habitants l'emportent en richesses ot en sagesse sur tous les peuples qui les environnent, dont l'empereur et ses officiers sont pleins de courtoisie. Quand il fait le récit de sa seconde, Constantinople est une ville où l'on meurt de faim, « dont les habitants sont parjures, menteurs, rusés, rapaces, cupides, avares; les rues étroites, sales, un vaste hôpital enfin ^ ; > et il fait de l'empereur le portrait que nous avons vu. Que s'était-il donc passé? L'ambassadeur d'Othon avait été mal reçu la seconde fois à Constantinople : il se venge, il écrit une Antidosis.

On trouve dans l'histoire de ses légations d'autres passages qui peuvent contribuer à faire connaître le caractère de Luitprand.

Il avait échoué dans la mission qu'on lui avait confiée, sa mauvaise humeur se trahit dès le début:» J'arrivai, dit-il, à Constantinople la veille des nones de juin; et, je le déclare, j'ai été, au mépris de celui que je représentais, reçu et traité d'une manière ignoble. Je fus logé dans une maison toute ouverte, assez grande pour ne pouvoir

» Leq. ad Nie. Op., v. i'-iG.

se défendre du froid, assez petite pour y étouffer de elialeur. La garde que Ton mit à ma porte avait pour toute mission d'empêcher mes gens de sortir et qui que ce fût d'entrer; à côté une cour insuffisante , je ne dis pas pour aller à cheval , mais pour se promener à pied. » Luitprand serait parvenu peut-être à se défendre du froid au 4 du de mois juin; mais comment réparer le malheur suivant?» Pour comble de calamité, le vin qu'on nous donna à boire n'était qu'un affreux mélange de poix, de goudron et de plâtre ^ La maison ellemême était dépourvue d'eau, et nous n'avons pu en boire qu'à prix d'argent. » Brillât -Savarin aurait probablement pardonné au vin de Chypre et de Xérès son goût de résine; mais, assurément, il aurait partagé l'indignation de Luitprand à la vue des mauvais cuisiniers que l'empereur lui envoya. « Mais à ce grand malheur, huic magno vœ, devait s'en adjoindre un autre : l'homme chargé de pourvoir à notre entretien journalier. Je ne crois pas qu'en bien cherchant on pût trouver son pareil sur la terre et peut-être même dans les enfers : maladroit, voleur, il nous a fait subir tous les mauvais procédés qu'il a pu imagi-

1 Accessit ad cakmilalom nosUam quoil Gnecorutn vinum, ol> pici;^ irdtc et gypsi commixtioneni; iinpotabilc fuit.

ner; il nous en a inondés, et, de cent vingt jours que nous avons passés de cette manière , il n'en est pas un qui n'ait été rempli de nos pleurs et de nos gémissements. »

Plus loin , il rapporte qu'il fut obligé de se mettre à table avec les serviteurs du palais. Il comprenait bien que c'était un outrage à son titre d'ambassadeur d'Allemagne, et il était tenté de protester;* mais enfin, il fallait dîner : heureusement que « le saint empereur, dit-il , adoucit la douleur incomparable dont j'étais rempli, en m'envoyant un chevreau farci à l'ail et bien arrosé d'une saumure de garus \ »

Quel manque de dignité! Eh bien! Luitprand descend plus bas encore : il n'a pas craint de tremper sa plume dans la boue, et d'écrire des pages qui outragent la pudeur. La prière d'une femme à ïhéobald, la découverte du bouclier de Boson, et il y en a d'autres, sont des anecdotes dignes de figurer au milieu des contes orduriers de Vadé ou des discours infâmes du sire de Bourdeille. On est d'autant plus révolté de rencontrer ces pages, que c'est un évêque qui les a écrites et que c'est à un évêque que l'ouvrage est dédié. Et l'auteur, après avoir décrit en prose et en vers ce

< Lcg. ad yiceph. Vh.. inU. cl al.

qu'il appelle lui-môme des turpitudes * , emprunte le langage de saint Paul et ose se dire plein de cette charité que l'Esprit-Saint est venu répandre dans nos cœurs ^. Sacrilège!

Léger de mœurs, licencieux de paroles, faible de jugement, dépendant de position, vindicatif de caractère : voilà Luitprand î Que de motifs de le récuser! Du moins peut-on lui appliquer, le cas échéant, Faphorisme du droit : teslis unus, iestis millus. Que Ton écoute son témoignage à titre de renseignements, mais que Ton se garde d'y ajouter une foi entière : ses assertions sont des accusations, elles ne sont pas des preuves.

Mais cet écrivain a moins d'autorité encore lorsqu'il se trompe sur l'époque des événements qu'il raconte, sur les noms des personnages qu'il met en scène, et que ses récits sont contredits par des auteurs contemporains plus dignes de foi , et surtout par Flodoard plus simple de style , plus indépendant de position, plus intègre de mœurs que lui. Or, nous allons voir qu'il en est ainsi au sujet des trois Papes dont il a le plus chargé la mémoire.

^ Uno turpissimo descripto.

2 Charllas Dei diffusa est in cordibus nos( "is pçr Spiritum Saoctuna f(ui dalus est nobis. ( h. vi, rmf.)

Sergius III. Luitprand dit :

Que « Sergius succéda à Formose. » Toutes les tables chronologiques lui donnent le pape Christophe pour prédécesseur ^

« Qu'il fut nommé par la faction d'Adalbert. » Son épitaphe porte que ce fut à la prière des Romains qu'il revint de Fexil pour prendre le gouvernement de l'Eglise. Flodoard donne le même motif à son retour : Hinc populh-emeans precibus,

« Qu'il lit exhumer, juger et condamner le corps de Formose. » L'auteur de cette étrange procédure fut Etienne VI, et non Sergius III.

\ Fonnoso defuncto atque Anulphoin proprii reverso, isqui post morfem Formosi papa eonstilulus est , expellitur , Sergiusque papa per Adalhertumconstituilur. [Dereb. Imp., l. i, c. 8.)

D'après Luitprand , l'ordre des Papes depuis Adrien III jusqu'à .'can XI doit être établi ainsi :

Adrien III, dont il place l'é- Sergius III.

leclion on SO-i,. Jean X.

Elienne VI. Jean XL

Formose.

Or voici la véritable souccession apostolique pendant cet espace de tciup» :

Adrien III, élu en 88 5. Léon V.

Etienne V. Cbrisloplic.

Formose. Sergius IIÎ.

Boniface YI. AnaslasclH.

Elienne \'T. Landon.

Romain. Jean X.

Tbéodorc. I-éon VI.

Jean IX. Klicnne VIU.

Benoit IV. Jean .\l.

Quelle ignorance, dans cet auteur, dis choses qu'il auia.t ^lù savoir î

a Qu'il entretint des relations coupables avec Marosie, femme d'Albert marquis de Toscane, depuis longtemps connue par ses vices. » Cette accusation est démentie par les monuments contemporains. « Sergius, dit Flodoard, revenu aux prières du peuple, reçut la consécration qui lui était destinée depuis longtemps : ce pontife étant monté sur le trône sublime de Pierre, l'univers triomphant s'en réjouit plus de sept ans. Le clergé trouva en lui un zélé défenseur de ses privilèges * . »

« Après son ordination, dit le diacre Jean, le pape'Sergius était excessivement affligé de la d-osolation de l'illustre basilique de Latran, d'autant plus qu'il n'y avait aucun esi>oir de secours hu main pour sa restauration. Alors, ayant recours à la bonté divine dans laquelle il eut toujours confiance ^ , il entreprit de la rétablir sur ses anciennes fondations, vint à bout de son œuvre,

1 Sergius inde redit dudum qui lectus ad arceoi Culmiuis exsilio tulerat rapienlc repulsam, Quo profugus laluit septem volventibus annis : Hiuc populi iemeans precil)us sacraltjr Lonoie Pridem assignato, quo nomine lerlius exit Antistes. Pelri eximio quo sede recepto, Prœsule gaudet ovans annis septem ampliiis orhis. Ipsc favens cleri censuras in culmine rapto, l'alce ferit pervasorcs.

(Flod., Opusc. melr.dà Chrisli triumpkis apud ItaliaiHj lib. xii, cap. vil. de sanclis Joanne, Sergio, elc.

2 Diviuœ piotalis coiiveisus juvauxcn iu quà remper liabuil Cduciain,

34S décora la nouvelle basilique d'ornements d'or et d'argent, et il ne cessera de le faire jusqu'à son dernier soupir \ » L'épitaplie de ce Pape fait pareillement son éloge : « Revenu de son exil aux instantes prières du peuple, Sergius sacré pontife aima comme un bon pasteur toutes les classes de son troupeau. D'après le jugement de l'Eglise romaine et des Pères, il frappa des censures ecclésiastiques les usurpateurs ^. »

« Que Jean XI , successeur de Jean X , était fils de Sergius. » Jean XI succéda à Etienne VIII, qui eut lui-même pour prédécesseur Léon VI.

Jean XI était fils d'Albéric gouverneur de Rome, dit l'anonyme de Salerne, auteur contemporain. Léon d'Ostie, écrivain du onzième siècle , dit pareillement que ce Pape était fils d'Albéric et de Marosie. « Nous croyons donc, avec Muratori et Kerz, que ces anecdotes de Luitprand ne sont que des contes qui se détruisent eux-mêmes ^. »

1 Mabill., Âppend. ii.— Pagi, 904, n« 7.

2 Exul crat patriâ seplem volvenlibus annis,

Pôst populi mullis urbe redit precibus ; Suscipitur; l*apa sacralur ; Sede receplà

Gaudel; amat Paslor agraina cuncla simul ; Hic inTasores sanctorum falce subcgit Romanse Ecclesia;, judiciisquc Patrum.

(Pagi, 910, n. t.) 5 Rborbacbcr, Ilist. «nii'.,l. ix, t. xiii, p. 8. — Muratori. Anvali (i'ilalia, 931.— Kerz, Continal. de Stolberg> l. xviii.

Jemi X, D'après Luitprand,

« Jean X fut ordonné archevêque de Ravenne par le pape Landon. » Or Félection de Landon au souverain pontificat eut lieu en 914, et Jean de l'agrément de Sergius occupait déjà le siège de Ravenne en 905 \

« Jean ne resta que peu de temps à Ravenne, Théodora ne pouvant vivre loin de lui. » Ce peu de temps dura près de dix ans, depuis 905 jusqu'à 914.

« Jean devint par le dérèglement de ses mœurs le scandale de l'Eglise. » Nous lisons tout le contraire dans les historiens du temps.

« Après avoir gouverné sagement l'église de Ravenne, dit Flodoard, Jean fut appelé à gouverner l'Eglise principale, l'Eglise romaine ; il y brilla pendant un peu plus de quatorze ans, par son zèle à orner cette Eglise et par la paix qu'il sut y faire régner. Il mérita par sa mort d'aller occuper un trône dans le ciel ^. »

L'auteur du Panégyrique du roi Bérenger assure que « Jean X était un pontife rempli de

\ Histoire de Ravenne, par Rubœu».

2 Surgit abhincdeciraus scandens sacra jura Joanncs •• Rexerat illc Ravennatem moderamine plcbem ; lude pelilus ad liane Romanaffl percolit arcem , IJJs seplcm quçc niœniluit paulb arapliiis annc , e(c.

(Cur« Pairologiœ, t. iZ^, col. 831.)

sagesse, et illustre par sa lldélité à remplir ses devoirs ^ »

La mort violente qu'il endura est donnée en preuve de son inconduite ; c'en est une, au contraire, de sa fermeté à remplir les devoirs de sa charge, et à combattre les projets ambitieux de Marosie et de ses partisans. « Tandis qu'il se rend illustre par la paix, dit Flodoard, il est circonvenu par une perfide patricienne, jeté en prison, resserré dans un sombre cachot; mais son esprit ne saurait être retenu dans ces antres cruels, il s'élance au-dessus des cieux, et monte sur le trône qui lui est destiné ^ » On lui a encore reproché le décret par lequel il nomme archevêque de Reims Hugues fils de liéribert, enfant âgé de cinq ans à peine. Ce fait est vrai, mais le chroniqueur de Reims, qui le rapporte, ajoute qu'il fut convenu que Hugues ne serait ordonné que lorsqu'il aurait l'âge prescrit par les canons ; que Abbon, évêque de

-1 Summus eral Paslor (une tcmporis urbc Joannes, Officio affalim clarus, sopliiûque iej)lelus.

{Carm. Paneg. de laudibus Bercngarii. Payi, 915, n" 5.)

2 Pai'e nilet tlam pntriciâ doccptus iniquà,

Carciire conjiciUir , daustrlsque arclatur opacis : Spii'itus et soDvis relineri non valet in anlris, Eniical imnib, œthra Jccrela sedilia scandons.

(Flod. — ra{;i , 928, n" 2.)

Soissons , exercerait les l'oiiclions épiscopales dans le diocèse de Reims jusqu'à l'ordination du titulaire; que Héribert, père de Hugues, délivrerait le roi Charles injustement retenu en prison. Yoilà les motifs qui engagèrent le Pape à faire cet acte extraordinaire de condescendance, et les précautions qu'il prit pour empêcher qu'il ne tournât au détriment de l'Eglise.

Jean X excellait dans le rôle de pacificateur : les Eglises de Liège et de Narbonne durent à son intervention de voir cesser les troubles et les divisions qui les désolaient depuis longtemps.

L'Eglise de Constantinople lui demanda et en obtint le même bienfait; aussi Nicolas le Mystique montre-t-il dans ses écrits une profonde vénération pour lui.

Voici en quels termes ce patriarche grec parlait du Pape, dans une lettre adressée à Syméon, roi des Bulgares :

« Ne veuillez pas, comme vous nous avez méprisé, mépriser de même le Pontife romain qui vous écrit. Si vous nous avez compté pour rien, respectez au moins la remontrance qu'il vous adresse, de peur que, si vous l'outragez, le prince des Apôtres, sur les reliques desquels il offre tous les jours le redoutable sacrifice , ne regarde cet outrage comme fait à eux-mêmes et ne vous en

punisse sévèrement. Rappelez- vous comment Pierre, par une seule réprimande, livra à la mort Ananie et sa femme ; rappelez-vous comment Paul frappa d'aveuglement le magicien Elymas, parce qu'il s'attachait à contredire l'Apôtre. Réfléchissez à tout cela, et tremblez de mépriser les avertissements du bienheureux Pape ; d'autant plus que, comme nous Tavons appris, vous avez fort à cœur d'honorer ce premier des Saints. Si donc vous les honorez véritablement, vous ne déshonorerez point celui qui est assis sur leur trône \ »

Enfin, nous citerons encore, comme preuve de la piété de Jean X, la mission qu'il donna à un de ses légats d'aller visiter en son nom le tombeau de saint Jacques de Compostelle, et la lettre qu'il écrivit à l'évêque espagnol Sisenand pour qu'on fît des prières continuelles pour lui auprès des reliques du saint Apôtre ^ ; et, pour preuve de ses soins à défendre l'Eglise, la conduite qu'il tint en l'année 915: les Sarrasins menaçaient Rome; Jean X leva une armée, en prit le commandement, marcha contre l'ennemi , le vainquit en bataille rangée, et l'expulsa de l'Italie.

-1 Baronius, //. Âdd., 750, 2 S. Ambr., Mor. xv. 47.

Luitprand ajoute : « Pendant le combat saint Pierre et saint Paul apparurent à plusieurs fidèles, et nous croyons que c'est aux prières des deux Apôtres que les chrétiens durent la victoire \ » Que cette apparition miraculeuse soit vraie ou non, le rapport qu'en fait Luitprand prouve que les chrétiens ne croyaient pas le chef, qui alors gouvernait l'Eglise, indigne des faveurs célestes.

Jean XIL II n'est pas de crimes dont Jean XII n'ait été accusé. Il a été adultère, parjure, simoniaque, impie, homicide, sacrilège, blasphémateur, voleur, incendiaire. Tel est, du moins, le résumé de l'accusation qui, au dire de Luitprand, fut portée contre ce Pape par trois cardinaux et approuvée par les évêques, les prêtres et les diacres qui composaient le concile tenu à Rome en l'an 963, sous la présidence de l'empereur Othon.

Or ce récit n'est intégralement admis par aucun écrivain sérieux , plusieurs même le rejettent absolument. Il est plein de réticences, de contradictions, d'invraisemblances;Vl est démenti par les monuments contemporains.

Henri Léo, auteur de V Histoire cC Italie^ tout en

\ Visi sunt autem à religiosis fidelibiis in eodem bcllo sanclissinii apostoli Petrus et Paulus, quorum pvecibus Christianos credimus meruisse, quateaiis Poeni fugcrent et ipsi vicloriam oblinerent. (Luilpiand, l. c,

TOMR n. 23

ne trouvant rien d'ijicroyable aux griefs reproelles à Jean XII, vu les mœurs du temps, dit que l'accusation ne fut soutenue que par deux prêtres portant tous les deux le nom de Jean \ De Sismpndi ne cite qu'un seul accusateur; Amçdésius n'en admet point, et traite Luitprand de menteur ^; Miley observe que le portrait de Jean XII, dont le régne^devint si fatal aux Romains et à lui-même, ne nous est parvenu que par l'intermédiaire d'écrivains adulateurs d'Othon et animés contre les Romains par des préjugés hostiles ^. Montrons la trace de cet esprit de parti, qui flat(e ou dénigre sans respect pour la vérité.

Luitprand dit que Jean XII avait juré à Othon de ne jamais reconnaître d'autre empereur que lui *, et il ne parle pas de l'engagement qu'Ohon. de son côté, avait pris en ces termes entre les mains des légats de Jean et qu'il tint si mal : « A vous seigneur Jean pape, moi Othon roi je promet^' et jure par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, par le bois sacré de la croix et par les reliques des saints, que si, Dieu le permettant , j'arrive ù Rome, j'exalterai selon mon pouvoir l'Eglise

^ Hlsl. d'Ilalic, liv. m, cli. 4.

2 Amodcsii in nntisf.' Ravenn. chronol. Disguisil,

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