MODES USUELS DE REPARTITION DES PROBLÈMES
passé. « L'histoire, a-t-on pu dire, ne commence et ne finit « nulle part (i). »
Le mode géographique de sectionnement réduit aussi les sujets sans les simplifier, car le territoire le plus borné, comme Tenceinté d'une ville ou d'un palais, a parfois été le théâtre d'une foule d'événements. Que de choses mémorables se sont passées sur ces points du globe qu'on appelle Athènes, Rome ou Paris ! De plus, les influences en histoire agissent souvent au loin et travaillent sans cesse à se répandre. Les frontières que nous posons ne les empêchent pas de se faire sentir à distance ; elles n'arrêtent que la vérité. Comme des graines légères qui, emportées par les vents, germent hors du champ où elles avaient mûri, les semences de progrès, dispersées en divers sens, vont féconder de proche en proche de nouvelles régions. Aussi les historiens qui veulent rester intelligibles sont-ils à tout moment forcés de sortir du territoire où ils prétendaient confiner leur étude. Un capitaine aventureux les entraîne à sa suite dans des expéditions lointaines ; un ambassadeur leur fait visiter les cours étrangères; un traité d'alliance les met en rapport avec diff'érents États ; ils vont et viennent de la métropole aux colonies... Dans ces pérégrinations fréquentes, ils oublient la classique unité de lieu et, quoique faisant profession de goûts sédentaires, ils passent, comme Froissart (2), leur vie à voyager.
Enfin, une société politique, considérée à part, constitue un mécanisme mû par une prodigieuse quantité de ressorts et dont le fonctionnement se résout en effets d'une variété infinie. Démêler le jeu de tant de rouages est un problème à défier la plus pénétrante sagacité. Les États d'ailleurs ont entre eux des relations continuelles et, soit en paU, soit en guerre, réagissent les uns sur les autres. Ces soli-
(i) Louis Blanc, Histoire de la Révolution française, Introduction. (2) Froissant allait, dit-il, « travellant et chevauchant, querant de tous * côtés nouvelles ».
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darités internationales qu'on ne peut éliminer sans rendre tout obscur, ni admettre sans rompre l'unité fictive du cadre, achèvent de compliquer les questions.
Ainsi ces parties que les historiens croient simples sont en réalité non moins complexes que le tout. Les mêmes difficultés qui arrêtaient dans l'ensemble arrêtent encore dans le détail et, au terme d'une analyse imparfaite, on retrouve entière la confusion qu'on voulait éviter. Un homme n'est pas moins malaisé à connaître que le genre humain (i), un événement que l'histoire universelle, un moment que la suite des siècles, un pays que le monde, un État que tous les Etats. Les obstacles semblent amoindris mais ils sont de même nature, aussi nombreux et toujours insurmontables. Les problèmes historiques, posés de la sorte, ne deviennent jamais clairs, c'est-à-dire ne comportent pas de solution rigoureuse.
(i) Larochefoucauld juge même qu'il l'est d'avantage : « 11 est plus « aisé de connaître l'homme en général que de connaître un homme « en particulier » (Maximes, 43 6j.