‹ L'Histoire et les historiensChapitre 12 sur 48 · ANALYSE MÉTHODIQUE DE L'H>STOIRE · texte numérisé non relu

ANALYSE MÉTHODIQUE DE L'H>STOIRE

Essayons d'établir le principe et de tracer les linéaments d'une répartition rationnelle de l'histoire. Nous devrons d'abord embrasser la totalité de son objet, puis le diviser méthodiquement en tenant compte de la diversité de ses parties et descendre par degrés de la vue la plus générale des choses à leurs aspects les plus restreints, <ie manière à simplifier toujours davantage les problèmes, mais sans supprimer le rapport logique qui les unit et qui permettra plus tard de reconstituer l'ensemble.

Afin, de concevoir la vie humaine dans la plénitude de ses développements, supprimons toutes les barrières pa^r lesquelles les historiens ont coutume de ciconscrire leurs sujets. N'opposons plus un petit nombre d'hommes célèbres, présumés seuls dignes d'attention, à la foule immense des inconnus, à tort négligés. Nous voulons connaître non quelques personnages, mais l'humanité. Cessons de même d'attacher un intérêt exclusif aux événements, faits particuliers dont la valeur est presque nulle pour l'ensemble ; étudions de préférence les fonctions de l'universelle vie. Effaçons encore ces divisions convenues d'époques et de régions qui scindent mal à propos les manifestations d'une activité générale et continue ; examinons comment elle se déploie dans le monde pendant la suite entière des âges. Enfin, ne

lyO L HISTOIRE ET LES HISTORIENS

nous bornons plus à scruter quelques-uns des États que font et défont tour à tour les mobiles accidents de la politique ; considérons plutôt l'évolution des sociétés humaines et leurs rapports dans Tunité de civilisation.

Envisagée de la sorte, l'humanité apparaît comme un grand être collectif, caractérisé par l'usage de la raison. Soumettons à une analyse méthodique la vie de cet être idéal. Nous aurons à distinguer en elle autant de classes de faits, c'est-à-dire de fonctions, que la raison comporte d'aptitudes spéciales ou de facultés. Ce premier partage conduit à déterminer :

I** Une fonction industrieuse par laquelle la raison pourvoit aux besoins de l'existence en tirant le meilleur parti possible des ressources du milieu;

2° Une fonction affective qui nous attache aux choses par le désir ou nous en éloigne par l'aversion, suivant qu'elles peuvent contribuer ou nuire à notre bonheur;

3° Une fonction esthétique, chargée d'opérer, parmi des réalités imparfaites, le triage des éléments de la beauté et de les combiner en vue d'un idéal supérieur;

4° Une fonction intellectuelle qui, par diverses voies d'investigation scientifique, conduit l'esprit, curieux de comprendre l'ordre du monde, à la connaissance dés choses ;

5° Une fonction morale par laquelle la volonté se plie à des règles approuvées par la raison et subordonne l'intérêt au devoir dans la direction de la vie ;

6° Enfin une fonction sociale qui forme entre les êtres des groupes hiérarchiques et vise à régir leurs rapports par de justes lois.

Nous aurons ainsi à explorer six grands aspects de la vie humaine : L'industrie qui procure l'utile, la passion qui cherche le bon, l'art qui réalise le beau, la science qui fait connaître le vrai, la moralité qui pratique le bien et l'association qui institue le juste.

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