‹ L'Histoire et les historiensChapitre 14 sur 48 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Après la manière de poser les problèmes, nous avons à examiner celle de les résoudre. Il s'agit de constater des faits et de les reproduire exactement. Suivant que l'historien se propose d'étudier des faits singuliers ou des faits communs, il est tenu d'employer la méthode narrative ou la méthode statistique. Voyons quelle confiance l'une et l'autre méritent.

Pour prendre place dans l'histoire à titre de donnée certaine, un fait particulier doit réunir plusieurs conditions. Il faut d'abord qu'il ait été observé et décrit dans le plus grand détail, c'est-à-dire qu'une relation circonstanciée en fasse connaître les causes, les agents, le lieu, la date, les incidents, les suites... ; et, comme un seul observateur pourrait n'avoir pas tout vu ou avoir mal vu, ou n'être pas

véridique (i), il est nécessaire que ses allégations soient complétées et confirmées par divers témoins. Il faut en outre que le compte rendu des faits soit strictement conforme à la réalité. La science exige que l'historien ne mêle rien d'imaginaire à ses récits, car on lui demande, non des fables, mais la vérité ; qu'il ne cède ni aux calculs de rintérêt, ni aux entraînements de la passion, ni aux préjugés de l'esprit. Un fait sera donc d'autant moins digne de créance qu'il aura été plus sommairement constaté, certifié par un moirfdre nombre de témoins, chargé d'embellissements romanesques, suspect d'altérations partiales ou défiguré par un parti pris d'opinion.

Or, quand on considère comment s'effectue en histoire la détermination des particularités, on voit que toutes ces causes concourent à la rendre défectueuse. Les modes d'information sont en général insuffisants, les rapports peu fidèles, les préoccupations d'art inquiétantes, les passions et les préjugés des narrateurs manifestes. En somme, les conditions de certitude font presque entièrement défaut.

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