CHAPITRE SECOND
Nous avons essayé de montrer comment il est possible d'entrer, par voie d'analyse, dans le détail des fonctions de la vie humaine. Au terme de divisions et de subdivisions prolongées aussi loin qu'on l'a jugé nécessaire pour diminuer la complexité des problèmes, on se trouve en présence de faits généraux, simples et bien déterminés. On n'a plus à décrire leur nature, caractérisée par les conditions même de l'analyse, mais seulement à constater leur étendue et leur fréquence. La méthode mathématique doit alors se substituer à la méthode narrative et remplacer les récits par des dénombrements.
Ainsi procède la statistique qu'on peut définir, avec Moreau de Jonnès, « la science des faits sociaux exprimés « par des termes numériques (i) ». Tout l'avenir des études historiques dépend de cette science nouvelle que laisse encore dans l'ombre l'inévitable modestie de ses débuts. Les historiens la dédaignent ou l'ignorent ; les théoriciens même de l'histoire, comme Auguste Comte, la méconnaissent. Seule pourtant elle donne le moyen d'explorer la vie commune, d'en poursuivre l'étude à fond et d'en établir une représentation exacte.
(i) Eléments de statistique, I, i.