IV
célébrités de la science
Mieux encore que les créations de l'art, les découvertes de la science montrent comment le progrès s'opère par une suite continue de recherches et une accumulation de petits gains.
Le rôle des savants célèbres dans Télaboration de nos connaissances est démesurément exagéré par la renommée. On ne voit qu'eux. Tout notre savoir est présumé leur ouvrage et, sans les révélations du génie, le monde serait, semble-t-il, voué à d'éternelles ténèbres. Ainsi jadis, suivant la doctrine des Gnostiques, une race privilégiée d'hommes spirituels (pneumatiques)^ seuls initiés à la vérité (gnose) ^ avait mission de la communiquer aux hommes matériels (hy ligues). Les historiens de la science admettent de même une séparation profonde entre quelques savants illustres, source unique de nos clartés, et un peuple d'ignorants qui reçoit d'eux la lumière. La célébrité les trompe. Ces grands promoteurs d'idées, qui brillent de loin en loin comme des phares dans la nuit, sont des types légendaires dans la conception desquels il entre beaucoup d'illusion. Il suffit, pour la dissiper, de considérer deux choses : d'abord que le commun des hommes n'est nullement incapable d'acquérir par lui-même certains ordres de notions ; ensuite que la plupart de celles qui exigent des recherches spéciales sont dues à des investigateurs ignorés.
Si, parmi les vérités que nous possédons, on prend soin de distinguer celles qui sont manifestes et celles qui ont besoin d'être prouvées, il est clair que les savants célèbres n'ont aucun droit sur les premières, puisqu'elles se font jour dans chaque esprit à mesure que les sens fonctionnent et que l'intelligence s'exerce. Cette science initiale, plus vaste qu'on ne le croit, comprend les notions relatives aux réalités perçues, à leurs attributs distincts, au classement de ces données sous forme d'idées générales ou abstraites, à leurs rapports, aux inférences et aux jugements qu'on en peut tirer, enfin à l'expression de tous ces concepts par le langage. Nous avons essayé ailleurs (i) de marquer la place et de montrer l'importance de ce premier fonds de connais-
(i) Théorie des sciences, livre I.
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sances, généralement mal apprécié parce que, nul n'en étant dépourvu, personne n'y attache de valeur particulière. Il peut, à la rigueur, suffire à l'activité mentale des ignorants, et, sans lui, la spéculation scientifique manquerait de base. Bornons-nous à noter qu'ici le génie n'a pas de privilège. Les vérités de sens commun appartiennent à tous.
Il n'en est plus ainsi des sciences proprement dites qui, s'appliquant à résoudre des problèmes dont se préoccupent seuls les esprits curieux, exigent des aptitudes spéciales, une instruction préalable , des recherches suivies , une démonstration méthodique. Alors s'opère la division du travail intellectuel et l'élucidation de la vérité devient une fonction réservée aux hommes d'étude. Toutefois, même dans cette condition nouvelle, les progrès accomplis sont principalement dus à une multitude de chercheurs, qui, tout en s'élevant, par leurs connaissances acquises et leur zèle aies accroître, au-dessus du vulgaire, se confondent avec lui par leur obscurité. Les ouvriers de la science sont innombrables. L'histoire, qui mentionne seulement les plus . célèbres, commet donc une grande injustice puisque la glorification d'une élite se fait aux dépens de foules sacrifiées.
Lorsque, dans les sciences d'investigation, l'on sépare les vérités découvertes par des savants illustres et celles qui reviennent à des savants ignorés, il est aisé de constater entre les deux une disproportion choquante. La mathématique, par exemple, où toutes les notions s'enchaînent, est, dans ses origines historiques, presque entièrement anonyme. Quels furent les inventeurs de la numération, des règles de l'arithmétique, des théorèmes de la géométrie, des équations de l'algèbre? On ne le sait. La tradition est muette à cet égard. Tant de belles découvertes ont été l'œuvre d'inconnus s'avançant pas à pas, l'un après l'autre, dans les voies logiques du raisonnement abstrait.
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Aucune science n'est, comme la Minerve antique, sortie tout armée d'un cerveau divin. Conformément à la loi d'évolution, les ordres de connaissances se constituent peu à peu, par adjonctions successives, grâce à un travail continu d'observation et d'expérience. « 11 faut, dit Bacon, -«< attendre la perfection des sciences de la succession des « labeurs plutôt que de l'habileté de quelqu'un et de l'intel- « ligence d'une poignée de gens (i). » Aussi appelle-t-il la Vérité « fille du temps, non de l'autorité ». Quelques hommes de génie ne suffiraient point à l'établir. Il y faut l'effort d'une multitude de chercheurs se relayant de siècle en siècle. Depuis l'éveil de la raison, combien de sagacités attentives se sont appliquées à s'enquérir et à nous instruire ! Conçoit-on ce qu'il a fallu de pas et de regards pour explorer le monde en tous sens, d'exactitude pour le décrire, d'ingéniosité pour en retracer l'image sur une carte de géographie? Que représentent, dans l'ensemble de ces notions, les excursions de quelques voyageurs célèbres ? Bien peu de chose. La foule des explorateurs sans nom a presque tout fait.
L'esprit de découverte est partout où une intelligence active interroge la nature et cherche à en pénétrer le mystère; Le génie déploie . sans doute le plus de puissance ; mais il est l'exception et ne vise qu'à l'extraordinaire. Or, les petites découvertes sont la règle. Les grandes se bornent même souvent à leur donner une forte unité. 11 n'y a pas d'exemple qu'une vérité transcendante ait été mise en pleine lumière par un seul. Toujours elle implique des données ^ui la préparent,- une croissance qui l'achève, des conséquences qui la prolongent. Elle naît de vérités antérieures, ^n combine de complémentaires, en comporte de successives, et représente un fil dans une trame sans fin. « On * peut dire de presque toutes les grandes découvertes
-,,y r^^«we des anciens^ Prométhée. — « Muiti pertransibunt et ^WuurscientU.»
« scientifiques que plusieurs esprits contemporains s'en « sont approchés à la fois. Celui qui les fait ne fait ordi- « nairement que projeter sur elles la clarté d'une démons- « tration que l'on doit considérer comme le produit, non « d'un génie isolé, mais d'un génie en avance sur les « autres... La science prouve elle-même qu'elle est un « produit de la nature en croissant conformément à ses ^ lois. Il n'y a pas ici de solution de continuité. Toutes les « grandes découvertes sont préparées de deux manières : « d'abord par d'autres découvertes qui sont, elles, des « préludes ; et, secondement, par l'exercice de l'intelligence <c chercheuse (il. »
Kant va jusqu'à soutenir, dans sa Critique du Jugement^ que le génie n'a rien à faire dans la science ; il limite son rôle aux créations de l'art. Macaulay réduit aussi l'importance attribuée à l'initiative des grands hommes en matière d'idées nouvelles. Ce sont, dit-il, des hommes placés sur des lieux élevés qui reçoivent un peu plutôt que les autres les rayons du soleil levant : « Le soleil éclaire les mon- « tagnes lorsqu'il est encore au-dessous de l'horizon, et les « esprits supérieurs découvrent la vérité quelque temps « avant qu'elle devienne évidente pour la multitude. C'est « à quoi se borne leur supériorité. Ils sont les premiers à « recueillir et à réfléchir une lumière qui, sans leur con- ^ cours,' serait devenue visijjle, un instant plus tard, à des « hommes placés fort au-dessous d'eux (2). >► Dumas exprime la même idée par une autre image : 4< Dans ce « mouvement de la marée intellectuelle qui élève le niveau « de l'âme humaine, les plus rares esprits ne sont qu'une ^ vague un peu plus vigoureuse qui précède les autres, 4< mais qui ne dépasse guère la ligne qu'elles allaient toutes ^ bientôt franchir (3). »
(i) Tyndall, La Lumière^ trad. Moigno, p. 210. {2) Macaulay, Essai sur Dryden.
(3) Éloge de Bérard.
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L'humanité s'instruit lentement et avec peine. Chaque génération dissipe quelques obscurités et augmente un peu la lumière. Un siècle pose les prémisses, un autre tire la conséquence. Mais jamais le penseur qui a balbutié les premiers mots d'une vérité n'en a pu dire le dernier, car ce dernier mot n'existe pas. Tout ce que les mieux inspirés peuvent faire, c'est d'apporter à une idée antérieure quelques éclaircissements. Le génie n'a pas en main la baguette de Moïse qui, en plein désert, fait par miracle jaillir l'eau d'un rocher aride ; c'est l'heureux mineur qui, au fond d'un puits laborieusement creusé par diverses mains, donne le dernier coup de sonde et voit, aux acclamations de tous, la source cachée apparaître et se répandre en intarissables flots.
L'avancement de l'esprit humain ne dépend pas de ces impulsions soudaines qui semblent lui faire accomplir ses pas les plus décisifs ; il s'effectue par une progression régulière et continue. Nous gravissons une série de degrés si peu marqués qu'ils forment comme une pente insensible. « Nos opinions, dit Montaigne, s'entent les unes sur les « autres ; la première sert de tige à la seconde et la seconde « à la tierce ; nous eschellons ainsi de degré en degré ; « et advient de là que le plus haut monté a souvent plus « d'heur que de mérite., car il n'est monté que d'un grain « sur les espaules du pénultième (i). »
La plupart des esprits supérieurs qui promulguent de grandes vérités en sont les hérauts plus que les révélateurs.. Ils coordonnent des résultats épars, font une synthèse opportune de notions vagues et mal définies. Ce sont des lentilles convergentes qui rapprochent des rayons de lumière. « Si inventeur que soit un esprit, il n'invente * ^ère ; ses idées sont celles de son temps et ce que son ^ génie original y change ou y ajoute est peu de chose. La ^ réflexion solitaire, si forte qu'on la suppose, est faible
« contre cette multitude d'idées qui, de tous les côtés, à 4c toute heure, par les lectures, les conversations, viennent 4c l'assiéger... Tels que des flots dans un grand fleuve, nous 4i avons chacun un petit mouvement et nous faisons un 4c peu de bruit dans le large courant qui nous emporte ; « mais nous allons avec les autres et nous n'avançons que « poussés par eux (i). )^
Au début d'un ordre de recherches, pendant une phase incertaine, les découvertes se dérobent aisément, et l'honneur en revient aux habiles qui les présentent le mieux. L'histoire des sciences est pleine d'Américs Vespuces venant ravir à des Colombs méconnus la gloire de baptiser les mondes nouveaux. Plus que le don d'mvention, une faculté puissante d'appropriation est la caractéristique du génie. Il excelle à trouver des formules qui résument des ensembles de notions diff*uses. Il frappe d'une empreinte personnelle les lingots d'or de la foule, et sans rien ajouter à la valeur du métal précieux, extrait, fondu, épuré par des artisans obscurs, il le fait circuler, comme les princes, sous forme de monnaie à son effigie.
Ainsi, en matière de notions scientifiques, presque rien n'est à personne ; tout est à tous. Nos livres sont faits d'autres livres, nos systèmes d'idées courantes, et les plus glorieuses découvertes de travaux anonymes. La vérité, œuvre collective, est la conquête et le patrimoine de tous les investigateurs. En présence de leur universelle activité, le concours d'une élite perd singulièrement de son importance. Sans doute, dans l'élaboration du savoir humain, il y a des entreprises difficiles, des fortunes éclatantes, des problèmes hardiment posés et brillamment résolus ; mais, si utile que soit l'assistance du génie, elle n'est pas indispensable. Plusieurs hommes de talent, se partageant une grande tâche, arriveraient non moins sûrement, quoique
(i) Taine, Essai sur Tite-Live, introd.
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sans gloire, au succès.. Plusieurs pas font parcourir autant de chemin qu'un saut.
Plus on va, plus il devient malaisé de faire de grandes découvertes et facile d'en opérer de petites. De même que le travail industriel, le travail intellectuel se subdivise à l'infini. On recueille de toutes parts des vérités de détail qui s'entrecroisent et forment tissu. L'avenir est à la démocratie scientifique. Bien que l'Allemagne n'ait produit aucun de ces ouvrages mémorables qui marquent une date dans l'histoire, comme les Principes de Newton, la Mécanique céleste de Laplace, les Recherches sur les ossements fossiles de Cuvier, YAnatomie générale de Bichat ou y Origine des espèces de Darwin, elle dispute à la France et à l'Angleterre le premier rang comme atelier de science, et, suppléant à la renommée par le nombre, elle se flatte de l'emporter à raison de la quantité.
Un chiffre peut donner idée de la multiplicité des petites découvertes : le Catalogue des Mémoires scienti- Jiques, entrepris en 1868 par la Société royale de Londres, devait mentionner, pour une période de soixante-trois ans (i8oo-i863), plus de 200,000 mémoires dont chacun contenait l'exposé de recherches originales. Si l'on pouvait supputer de même toutes les acquisitions faites en détail depuis l'origine des sciences, on reconnaîtrait qu'aucune illustration n'est à mettre en balance avec ce génie caché qui accroît sans relâche nos connaissances. Comparons-lui, par exemple, Aristote et Newton, en qui Ton admire ce que 1 intelligence a de plus étendu ou de plus sagace.
Le premier, vulgarisateur éminent, a condensé dans son oeuvre encyclopédique tout le savoir de l'antiquité. Cette coordination lumineuse, qui résumait un cycle perdu, lui "îeritade régner sur le moyen âge comme l'unique représentant de la science autorisée, « // maestro di color che * ^^««0 » (i). Néanmoins, par Ibi-même, il paraît n'avoir
(^) i)ante, Inferno, lY terz. 44.
rien découvert de vraiment nouveau, ni la Logique, ni la
Zoologie, ni la Politique. Sa gloire a bénéficié de ce que
les sources où il puisa nous sont inconnues. Bacon dit
qu'il ressemble à ces princes ottomans qui, en montant sur
le trône, ont soin d'égorger leurs frères pour prévenir les
compétitions.
Newton personnifie avec éclat, chez les modernes, ce que le génie, porté au plus haut degré de pénétration, semble avoir de divinateur. Si pourtant on le réduit à ce qu'il a trouvé en propre, sa grandeur paraît. moins surhumaine. Ses deux principaux titres de gloire, la découverte du calcul infinitésimal et celle de la gravitation, ne sont pas son œuvre exclusive. « On a longtemps discuté, dit Macaulay, « la question de savoir si l'honneur d'avoir inventé le « système des fluxions appartenait à Newton ou à Leibniz. « On convient généralement aujourd'hui que la décou- « verte a été faite simultanément par ces deux grands 4c hommes. La science des mathématiques était alors « arrivée à un point tel que, ni l'un ni l'autre n'eût-il 4( existé, quelque autre savant eût infailliblement découvert « le même principe au bout de quelques années (i). » Ce principe préexistait en effet dans les travaux de Descartes et de Fermât. Pour en tirer un nouveau mode d'analyse, il n'y avait qu'à l'abstraire et à le spécialiser.
Les esprits étrangers à l'histoire des sciences admettent, sur la foi d'une tradition rapportée par Voltaire (2), que la vue de la chute d'une pomme fut pour Newton l'occasion d'exercer ses méditations sur un problème que nul n'avait encore agité, et que, partant d'un fait aussi simple, il eut le prodigieux mérite de découvrir à lui seul la loi la plus générale de l'univers. Rien n'est moins exact. Le problème, dès longtemps posé, était presque résolu lorsque Newton
( I ) Essai sur Dryden.
(2) Lettres sur les Anglais, m ; Eléments de la philosophie de Newton, III* partie, ch. m.
l'aborda, et son rôle se restreignit à donner la preuve mathématique d'une solution déjà si clairement entrevue qu'elle était pour ainsi dire inévitable.
Sans remonter jusqu'aux hypothèses des philosophes anciens, dont Lucrèce et Dante se sont fait les interprètes (i), et qui supposaient tous les corps attirés vers le centre de la terre, les astronomes des xvi* et xvii® siècles avaient été conduits, par l'étude des mouvements des astres du système planétaire, à admettre la nécessité d'une force inhérente aux masses cosmiques et capable de les entraîner comme de les retenir dans leurs orbites. Copernic l'avait pressentie ; Kepler indiqua le soleil comme centre d'action de sa puissance et prononça le mot d'attraction. Il rattachait même à cette influence les effets des marées. Tycho-Brahé tenait l'existence d'une force gravifique pour infiniment VTaisemblable. Une foule de savants, Roberval, Descartes, Hévélius, Wren, Hooke, Halley, etc., en avaient cherché la loi. Au milieu du xvii^ siècle, la découverte, préparée par une longue série de travaux, était devenue imminente. Les théorèmes de Huyghens permettaient de calculer la puissance de l'action exercée par le soleil sur les planètes, et la troisième loi de Kepler indiquait suivant quelle proportion elle diminuait avec la distance. En 1679, Hooke avait proposé d'étudier la chute d'un corps tombant d'une grande hauteur (la mesure de cette accélération étant connue depuis Galilée), pour déterminer la loi du mouvement des planètes. Enfin, Newton, appliquant un nouveau procédé d'analyse à la démonstration de cette loi encore conjecturale, réussit à l'établir sur un fondement mathématique. Son mérite se réduisit donc à prouver par le calcul que les lois de la pesanteur, connues avant lui, régissent les mouvei^ents des astres, conformément à une hypothèse déjà proposée, et que la force dont ces mouvements sont l'effet agit
l^]Oererum natura, I, v. 1052 et suiv. ; — Inferno, XXIV.
en raison inverse du carré des distances, comme le pensaient ses prédécesseurs (i).
Newton ne donna point d'ailleurs une démonstration complète, capable de s'imposer à tous les esprits. Bien des corollaires restaient dans l'ombre et justifiaient des doutes ou des réserves. La théorie newtonienne de la gravitation ne fut admise, même à Cambridge, qu'un quart de siècle après la publication des Principes (1687). Elle resta non avenue en France jusque vers 1 782, où Maupertuis l'adopta. Newton n'avait pu tracer, dit Arago, « qu'une ébauche « sublime des mouvements réels des astres. Il fallut des « prodiges d'analyse mathématique pour que l'ébauche se « transformât en tableau complet » (2). Les travaux d'Euler, de Clairaut, de d'Alembert, de Lagrange, de Laplace, de Le Verrier et d'une foule d'astronomes moins célèbres, ont été nécessaires pour combler les lacunes du système, produire l'entière évidence et rallier toutes les convictions.
L'œuvre des plus illustres savants se borne donc à étendre ou à rectifier sur quelques points les notions de leurs devanciers. Ils découvrent peu par eux-mêmes, car la capacité des individus est limitée tandis que la science est infinie. Quand on réfléchit à la quantité des choses connues et à l'immensité de celles qui sont à connaître, les plus grande esprits ne paraissent, selon l'image de Newton luimême, que comme des enfants qui jouent avec le sable de la grève sur le bord d'un océan de vérités.
Concluons que la science, prise dans son ensemble, est moins la création d'une élite de privilégiés que la conquête d'une multitude de chercheurs obscurs. L'efibrt soutenu des intelligences studieuses peut plus pour son avancement que l'exceptionnelle pénétration de quelques esprits supé-
(i) Bertrand, les Fondateurs de V Astronomie moderne, p. 307 et suiv.
(2) Astronomie populaire, XXIII, 4. > "^
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rieurs. « Il y a une puissance dans un peuple assemblé, dit « A. de Vigny ; un public ignorant vaut un homme de « génie (i). » Nous croyons qu'il vaut davantage et nous mettons les gains de la foule des investigateurs sans renom bien au-dessus des trouvailles du génie.