‹ L'Histoire et les historiensChapitre 9 sur 48 · MODES USUELS DE RÉPARTITION DES PROBLÈMES · texte numérisé non relu

MODES USUELS DE RÉPARTITION DES PROBLÈMES

La définition de Thistoire pose son problème général ; mais, à le prendre dans sa complexité totale, on ne peut guère l'aborder directement. Il faut le décomposer en problèmes partiels plus simples, d'une difficulté moindre, et les distribuer dans Tordre où ils pourront le mieux être résolus, en d'autres termes, tracer un programme rationnel de recherches. C'est là le préliminaire indispensable de toute investigation suivie et l'objet propre de l'analyse qu'Aristote appelle à juste titre « la clef de toutes les sciences (i) ». L'obligation d'adopter un mode quelconque de partage ne pouvait pas être enfreinte en histoire, car un sujet si vaste n'était accessible que par fragments ; mais il y a bien des manières de sectionner une science et toutes ne satisfont

(i) Politique, I, i.

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pas aux exigences de la méthode. Depuis Descartes, on sait quelles règles doivent diriger dans ce travail : « Diviser 4< chacune des difficultés en autant de partfes qu'il se « pourra et qu'il sera requis pour les mieux résoudre ; — « conduire par ordre ses pensées, en commençant par les « objets les plus simples et les plus aisés à connaître pour « monter peu à peu, comme par degrés, jusqu'à la con- « naissance des plus composés ; — enfin, faire des dénom- « brements si entiers et des revues si générales qu'on soit 4i assuré de ne rien omettre (i). ^^

Cette marche logique, les historiens l'ont-ils suivie ? Ont-ils embrassé la totalité du sujet, opéré son analyse intégrale, réparti les problèmes par ordre de complexité croissante, cherché à les résoudre successivement, puis passé des revues générales, reconstitué des synthèses exactes ? Rien de tout cela. Sans même jeter un regard sommaire sur l'ensemble des choses humaines, sans essayer d'en établir une division méthodique, ils s'installent de prime abord dans le détail, font choix d'une parcelle à leur convenance et éliminent le reste.

Ils commencent par exclure de parti pris la multitude des êtres et des faits vulgaires pour ne retenir que les personnages et les événements célèbres. Au lieu de juger que tout phénomène est digne d'étude et que les plus communs, à raison de leur étendue et de leur nombre, sont ceux dont la connaissance importe le plus, ils les rejettent en masse et ne veulent admettre que des exceptions.

Même, ce champ si restreint de la célébrité, où ils se confinent, vont-ils le délimiter avec soin, le partager avec ordre, l'explorer en entier ? La tâche serait trop pénible encore. Ils font, parmi les célébrités, un triage arbitraire qui réduit l'histoire à l'étude d'une élite de héros et d'un choix d'événements jugés mémorables entre tous. Ces

(i) Discours de la méthode, !!• partie, règles 2, 3 et 4.

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