‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 101 sur 165 · IX. — LES GlERRES ENTRE CITÉS · texte numérisé non relu

IX. — LES GlERRES ENTRE CITÉS

teur confond évidemment avec les sophistes (nous avons vu que la confusion était possible). Les Harangueuses raillent les femmes émancipées et la satire, en définitive, ricoche sur la démocratie. Dans Plutiis, le dieu des richesses, guéri de sa cécité, se met à distribuer ses faveurs à bon escient, ce qui occasionne bien des changements à vue dans Athènes. Enfin, dans les Oiseaux, Aristophane, plus fantaisiste que jamais, suppose une ville bâtie dans les airs, d"où l'on bannit — et c'est ici que le comique se donne libre jeu — tout ce qui lui déplait dans la société actuelle. Cette ville aérienne d'Aristophane est le pendant comique de la République de Platon, dont on peut dire qu'elle est pareillement bâtie dans les nuages, et pour les mêmes motifs. Partout donc, en définitive, le souci d'une restauralion politique et sociale, et la première condition de cette restauration, c'est de faire la paix. Ainsi Aristophane, seul des comiques, a-t-il des accès de lyrisme en face de la nature, de la campagne. On trouve dans la Paix, notamment, des passages idylliques, mais d'un effet très calculé : « Quand la cigale chante sa douce mélodie, j'aime à voir si les vignes de Lemnos commencent à mûrir, car c'est le plan le plus précoce. Je regarde aussi grossir la figue et, lorsqu'elle est à point, je la mange en connaisseur, et je m'écrie : « 0 l'aimable saison! » Mais voici la morale : « Enfin j'engraisse à passer ainsi l'été bien plus qu'à regarder un maudit officier, avec ses trois aigrettes, et sa chlamyde d'un rouge éclatant... et qui (à la bataille) se sauve le premier, comme un grand coq jaune, en secouant son panache, tandis que je reste exposé au fort du combat! » Il y a plus fort : le poète va, en pleine guerre contre Sparte, jusqu'à chanter Sparte dans ses vers. Il ose écrire, dans le chœur final de Lysistrata : « Quitte encore une fois l'aimable sommet du Taygète, ô muse laconienne... oh! viens! accours d'un pas léger, chantons Sparte qui se plaît aux divins chœurs et aux danses gracieuses ». On n'est pas plus sans-gène dans la réaction contre un courant d'idées. Qu'on se figure un poète français qui aurait, en 1871, mis sur les lèvres d'un acteur un couplet commençant par : « Chantons la Prusse! » Telle est donc

à la fois la division des esprits dans les cités gTeccj[ues et la liberté de langage qu'y ont créée les mœurs politiques.

La philosophie contre la guerre : Platon. — Si Aristophane est un Platon grotesque, Platon est un Aristophane sérieux. L'œuvre du grand philosophe, en efiFet, est éminemment satirique. Elle est. par la pensée qui l'inspire, une protestation continuelle contre la démocratie athénienne et une aspiration secrète vers des institutions sociales analogues à celles de Sparte.

Platon est le plus brillant des amis de Socrate. Son œuvre entière est consacrée à lapothéose de celui-ci. Non content de le défendre, il s'efface volontairement dans ses dialogues, et met ses propres idées sur les lèvres de ce maître admiré et chéri. Cette forme du dialogue convient admirablement aux inclinations artistiques de Platon qui, s'il faut en croire une anecdote, aurait, après des débuts poétiques, brûlé toutes ses tragédies lors de sa première rencontre avec Socrate. pour s'adonner à la philosophie. Ce souci de l'art et cette forme du dialogue font que la vraie pensée de Platon est quelquefois flottante. Ce sont des morceaux brillants, des envolées, des mythc>:, des allégories, comme celle de la caverne, des prosopopées. comme celle des Lois parlant à Socrate. Mais ce qui est très clair, c'est l'amour de la hiérarchie, de la subordination, qui éclate dans tout le système du philosophe, lequel est à la fois une œuvre d'art et une généralisation des principes d'aristocratie. Partout, dans ce système, la division en trois étages. Trois facultés dans l'àme : les sens, le cœur- et la raison. L'objet des sens, c'est \dLmulliplicité ; l'objet du cœur, les rapports entre la multiplicité et Vimité; l'objet de la raison, Yunité. Aux sens se rapportent les phénomènes, au cœur les nombres, à la raison les idées. Les sens ont leur symbole dans le ventre, le cœur [thymos) dans le cœur [organe]^ la raison dans la tête, La science des sens, c'est la. physique ; \r science du cœur, c'est Varithmé-

1. Le mot crriir rend ici le mot grec tliymos. qui est intraduisible. Ce • co'or » n'est pas seulement une faculté sentimentale, mais encore un degré d'intelligence intermédiaire entre les sens et la raison.

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