‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 147 sur 165 · XIII. — LA DEFORMATION ET L ECLIPSE Dl TYl'E GREC · texte numérisé non relu

XIII. — LA DEFORMATION ET L ECLIPSE Dl TYl'E GREC

qu'on lui prête. Les deux principaux traits qu'on cite de lui en font une figure bien typique. C'est lui qui, ayant découvert dans un bain le principe d'hydrostatique auquel on devait donner son nom, sort aussitôt et, oubliant de se vêtir, se met à courir dans les rues de Syracuse en criant : « J'ai trouvé! » C'est encore lui qui, lors de la prise de Syracuse par les Romains, prise qu'il avait essayé de conjurer par des miroirs ardents qui brûlaient la flotte ennemie, demeure absorbé dans l'étude d'un problème qui le ravit au sentiment des choses extérieures, de sorte qu'un soldat, envoyé par Marcellus pour le conduire auprès de celui-ci, s'irrite de voir le savant ne pas lui répondre, et le perce brutalement de son épée. Si Arcbimède, comme Théocrite, n'est pas alexandrin, il respire l'atmosphère de la civilisation nouvelle dont Alexandrie est l'un des principaux centres, et d'autres géomètres, moins illustres sans doute, mais savants pour leur époque, se faisaient admirer dans les cités grecques de l'Orient. Tout porte à croire que la combinaison de l'esprit grec, subtil et raisonneur, avec la multiplicité des connaissances apportées par la grande navigation, contribua puissamment aux quelques progrès efiectués alors dans l'ordre scientifique. Les Grecs, héritiers de la Phénicie, ne voyaient pas plus de choses que les Phéniciens, mais, plus spéculatifs, ils les méditaient davantage.

La poésie devient raffinée, érudite. amoureuse, supérieure dans les genres inférieurs. — La littérature, à Alexandrie, est sœur de la science. Elle est érudite, elle est « docte ». Les écrivains sont désormais des « gens de lettres ». Ils ont une profession officielle, et on les protège officiellement. La littérature, en effet, devient une institution d'État. Le littérateur qu'a distingué le souverain reçoit de lui plus c[ue des encouragements. Il est logé par son Mécène. Alexandrie voit s'élever un « .Musée », ou « Palais des Muses ». Là, dans une sorte d'enceinte sacrée, administrée par un grand prêtre, vivent les grands <' intellectuels » du temps. C'est toujours le procédé de l'ancien chef montagnard, jaloux d'inviter à sa table et de réunir autour de

lui les supériorités de l'intelligenee : mais ce procédé est devenu formaliste, systématique, adapté aux pompes de l'Orient. Poètes, érudits, savants de toute espèce fraternisent dans ce local. Ils y trouvent des réfectoires, des salles de réunion, des laboratoires et observatoires, des jardins zoologiques et botaniques, et surtout la fameuse Bibliothèque où se trouvent rassemblés, à frais énormes, sept cent mille manuscrits. C'est une pension, c'est un atelier intellectuel, c'est une « Université », où les « beaux esprits » de l'époque, délivrés de tout souci au sujet de la vie matérielle, n'ont qu'à se préoccuper et à s'entretenir des choses de l'esprit, bref une sorte de cage dorée que le satirique Timon d'Athènes caractérise d'un mot assez piquant, mais assez exact, en l'appelant la <( volière des Muses ».

Les poètes qui vivent là ne sont pas des nullités, mais leur poé. sie se ressent fortement des bouleversements qui ont agité le monde grec.

Cette poésie a perdu lenthousiasme, qui ne peut faire bon ménage avec trop de métier et d'érudition. Elle a perdu la ferveur religieuse, déjà battue en brèche à l'époque précédente par les progrès de la philosophie et qui, avec l'éparpillement de la race au milieu des religions orientales, ne peut que subir de nouveaux chocs. Elle a enfin perdu l'esprit de cité, puisqu'elle est faite désormais pour des cosmopolites, que les affaires d'Etat ne regardent plus.

La poésie, qui perd ces caractères, en acquiert d'autres qui la marquent de leur cachet.

Elle devient raffinée, affectionne la subtilité, les tours de force, les prouesses d'obscurité systématique. Sans doute, on est toujours hynoptisé parla contemplation des grands auteurs devenus classiques; mais, pour ne pas faire comme eux, on reprend les matières qu'ils ont traitées en se battant les flancs pour faire mieux, et l'on fait moins bien. L'emphase et l'amphigouri, si rares jadis, sont à la mode. Le poète Callimaque, pleurant la chevelure que la reine Bérénice a dû se faire couper, s'indigne contre les Chalybes qui travaillent le fer, parce que le fer fait des ciseaux. Il rappelle que les Mèdes. avec ce métal, ont percé

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