‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 149 sur 165 · XIII. — LA DÉFORMATION ET LÉCMPSK DU TYPE GREC · texte numérisé non relu

XIII. — LA DÉFORMATION ET LÉCMPSK DU TYPE GREC

Homère qui ne daigne pas nous dire un mot de cette Briséis, cause de la colère d'Achille, témoin encore Sophocle, qui, dans Antigone, laisse à peine entrevoir l'affection qui unit la fille dOEdipe à Hémon, fils de Créon. Par là. la poésie alexandrine se rapproche très nettement des « genres » modernes.

Cette poésie a enfin un quatrième caractère. Elle ost supérieure clans les genres inférieurs. Elle excelle dans la bluelte, dans Vépigramme, dans ces petits morceaux courts, gracieux, ciselés, dont nous disons volontiers qu'ils sont des « bijoux ». Avec les phénomènes sociaux que nous venons de décrire, il est clair que le poète est un amateur, un curieux qui s'amuse de son sujet. On sait le mal que se donnent les ciseleurs modernes pour faire entrer une idée ou une description dans le cadre étroit d'un sonnet. L'équivalent du sonnet, chez les Alexandrins, c'est Vépigramme, épigramme qui n'est pas toujours satirique, mais qui a le trait, tantôt piquant, tantôt badin, tantôt légèrement attendri. Destinés à être « dégustés » par des raffinés et des connaisseurs, ces vers sont souvent exquis de délicatesse et de nuances. La mythologie, à laquelle on ne croit plus, tourne également au « joli ». Les vieilles légendes s'agrémentent d'ornements légers, gentils, dont Vénus et l'Amour ont leur large part. Le monde du « Musée » et l'élite des diverses sociétés grecques éparpillées çà et là produit des dilettantes, des âmes éprises de pittoresque. Théocrite, dont nous allons parler, intitule ses poésies Idylles, ce qui veut dire « tableautins », et c'est une curieuse indication sur l'état d'âme du poète que ce choix du titre de <* tableautins ». On sent l'homme très civilisé qui sourit au spectacle des choses et qui les « croque » en artiste, tout en ayant soin, par un scrupule suprême, d'y introduire des traits de simplicité.

La grande ville sicilienne : Syracuse, et l'idyllisme chez les citadins : Théocrite. — Théocrite n'était pas alexandrin, bien qu'il eût vécu longtemps à Alexandrie et eu Ptolémée Philadclphe pour Mécène. Il était de Syracuse, dont nous devons dire un mot en passant. Nous avons constaté, à propos de l'expédition

des Athéniens en Sicile, l'importance extrême de cette cité, importance'qui avait frappé les Athéniens et les avait embarqués dans cette aventure au-dessus de leurs forces. L'importance croissante de la Sicile à cette époque, et en particulier de Syracuse, qui fait face à l'Orient, parait tenir au développement simultané de Rome et de Carthage, entre lesquelles ce grand port forme un trait d'union. Syracuse doit surtout avoir joué le rôle de grand' entrepôt distributeur, pour l'Occident de la Méditerranée, des denrées arrivant par les routes grecques. Or, Alexandrie était désormais la tête de ligne de ces routes à l'est. Syracuse — si nous laissons de côté iMarseille, qui exploite une région à part — était la tête de ligne à l'ouest. De là des rapports assez étroits entre la Sicile et l'Egypte, et le développement urbain de Syracuse, devenue à cette époque une cité monstre, à peu près aussi peuplée qu'Alexandrie.

Dans cette cité, plus grecque qu'Alexandrie, la poésie produit des œuvres d'un goût meilleur. Ce qui la caractérise, c'est le goût du pittoresque rural. 11 faut être profondément citadin pour « découvrir » la campagne, et pour observer les bergers, si Ton nous passe l'expression, comme des « bêtes curieuses ». Il faut avoir oublié les champs pour leur trouver cette sorte de charme idéal qui distingue les faiseurs d'églogues. Tel est précisément le cas de Théocrite, et il faut croire que ce genre est fort goûté, puisque Bion et Moschus, deux autres poètes de Syracuse, se rendent célèbres en le cultivant. Théocrite participe d'ailleurs aux divers caractères que nous avons signalés dans la poésie aie Sandrine. Il est raffiné, érudit, délicat et met en scène des intrigues amoureuses. Il est toutefois moins pédant que les hommes du « Musée », car le milieu grec où il est né lui a permis de ne pas se renfermer — trop longtemps du moins — dans une atmosphère artificielle. Mais si le milieu syracusain est resté plus grec que le milieu alexandrin, l'évolution qui emporte le grand port sicilien vers le type atlairé du grand port phénicien empêche toujours de se croire à Athènes. On y a moins de loisirs pour goûter le beau et l'ardeur de s'enrichir possède plus impérieusement les âmes. C'est de quoi Théocrite se plaint mé-

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