‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 150 sur 165 · XIII. — LA DEFOHMATION ET L LCLIPSE Dr TYPE GREC · texte numérisé non relu

XIII. — LA DEFOHMATION ET L LCLIPSE Dr TYPE GREC

lancoliquemeiit dans son Idylle à Hiéron, tyran de Syracuse : « Quel homme, dit-il, aime la douce voix du poète? Je ne sais. Les hommes à présent n'appellent plus de leurs vœux la louange qui célèbre les grandes actions : V amour du gain a triomphé de leur âme... Insensés, à quoi vous servent vos morceaux d'or. » Évidemment, la haute bourgeoisie de Syracuse, très lancée dans les affaires, n'accorde plus à la poésie qu'une imparfaite attention. Le Carthaginois, qui n'est pas loin, déteint un peu sur le Grec de Sicile. Aussi est-ce vers la Sicile intérieure, avec ses collines, ses troupeaux, ses bergers, sa vie pastorale échappée au tourbillon commercial, que le poète se retourne comme vers un idéal déjà vaguement lointain. C'est cette Sicile primitive qu'il chante avec une prédilection sentimentale, sans oublier d'ailleurs, comme dans le dialogue des Syracusaines, le spectacle agité de la vie urbaine dans les grands ports de la iMéditerranée.

Le peuplement de la Méditerranée occidentale met en vedette les Grecs de l'Est : l'épopée de Pyrrhus. — D'après tout ce que nous voyons, des causes lentes, mais inévitables, agissent pour transformer le type grec hors de la Grèce, parce que ce type se trouve dans des conditions nouvelles qui ne sont plus celles de la péninsule ou des rivages de l'Archipel. En Orient, malgré tout leur prestige, les Grecs forment des groupes noyés dans la masse barbare, souvent éloignés de la mer, obligés de faire des concessions aux mœurs locales. Les chefs macédoniens entrent peu à peu dans la peau des anciens despotes; les commerçants entrent peu à peu dans celle des anciens négociants phéniciens. L'élément grec, tout en donnant un certain vernis de civilisation supérieure à des régions longtemps arriérées, prend quelque chose de ce qui causait la faiblesse des empires assyriens ou perses. La mollesse fait des progrès, et les aptitudes militaires de la race, en particulier, tendent à décroître, malgré la belle énergie de quelques types mal secondés, tels que Mithridate, roi de Pont. En Sicile même, loin de l'Orient barbare, le type évolue, et la ville grecque, en grande partie sans doute sous l'influence voisine de Carthage, verse presque complètement du

côté du « grand port maritime », où le commerce domine tout et entraîne tout.

C'est en Grèce qu'il faut revenir pour retrouver le type grec fidèle à ses origines, avec ses qualités et ses défauts, et, en tout cas, avec les particularités que nous avons déjà signalées à plusieurs reprises. La Cité et les bannis, notamment, continuent à jouer leur rôle, et sans doute, à la faveur des luttes de clans qui se poursuivent en Macédoine, le ressort de la race pourrait lui faire reprendre le dessus si, dans l'ouest de la Méditerranée, une nouvelle puissance, d'une grandeur disproportionnée aux forces helléniques, ne commençait à se lever. C'est l'heure de la conquête romaine.

Cette entrée en scène d'un nouvel élément social a pour effet de produire, dans la péninsule grecque, un déplacement assez curieux du centre de gravité. Elle met en vedette, pour la première fois, des cités ou des groupes de cités qui étaient toujours restées au second plan. On sent que les grands intérêts se débattent du côté de l'Adriatique. Aussi le type montagnard, belliqueux, militaire, s'affirme-t-il sur trois points voisins de cette mer : en Épire, en Étolie et sur ce rivage septentrional du golfe de Corinthe qui a reçu, en mémoire de l'exode des Achéens lors du retour des Héraclides, le nom d'Achaïe.

Les montagnards épirotes se distinguent par un coup d'éclat. Us lancent un des leurs contre Rome. C'est la courte épopée de Pyrrhus, un Alexandre de l'Occident, qui rêvait lui aussi d'immenses conquêtes et possédait, comme son congénère de Macédoine, des talents de tacticien tout à fait remarquables. Seulement, au lieu d'avoir devant lui un organisme mou et décomposé comme l'empire perse, il se heurtait à l'organisme le plus solide et le plus résistant qu'ait présenté l'antiquité, aux laboureurs soldats du Latium, tenaces, disciplinés, enracinés dans leur sol, incapables de se laisser décourager par une défaite et habiles à observer, lorsqu'ils étaient battus, ce qui les avait fait battre. Avec des hommes de cette trempe, on ne pouvait remporter que des « victoires à la Pyrrhus ». L'expansion offensive des Epirotes se traduisit donc par un échec.

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