‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 34 sur 165 · IV. — LE liAXniT A LA MER. /l · texte numérisé non relu

IV. — LE liAXniT A LA MER. /l

En l'absence de documents, on peut conjecturer ce qui suit : La Crète, par le fond de sa population, était bien sœur de la (irèce, et demeura toujours en contact avec celle-ci. Mais la civilisation phénicienne agit de bonne heure sur les Cretois pour les influencer. Or, quelle était la grande supériorité des Phéniciens? La marine. Plus hardis et mieux outillés que les bateaux grecs, les navires de Sidon faisaient de longs voyages; leurs pilotes connaissaient mieux les astres et les divers secrets de la navigation. L'heure vint — après quelles luttes et quels tâtonnements, nous ne savons — où quelque grand chef montagnard, dans le genre des Héraclides, établit sa domination sur l'ile entière, et, profitant de ce que savaient les Phéniciens, profitant peut-être des vaisseaux qu'il leur avait enlevés, et des spécialistes qu'il leur avait débauchés, organisa une puissance maritime qui mit un certain ordre dans le désordre, et se fit sentir jusque sur les côtes de la Grèce. Peut-être cet homme fut-il, en réalité, une série d'hommes, Fincarnation de toute une phase plus ou moins brillante durant laquelle, entre les Phéniciens plus commerçants que pirates, et les Grecs plus pirates que commerçants , prit place un type intermédiaire , dont la légende même montre le caractère hybride, puisqu'elle fait de Minos le rejeton d'une Orientale et d'un Occidental. C'est cette « fusion » momentanée, féconde en mesures de police maritime qui, par comparaison avec l'état d'anarchie antérieure, fit bénir dans l'opinion publique le nom de ce terrible Minos, et lui obtint l'honneur significatif d'être promu, ainsi que son frère Rhadamante, au grade de justicier des enfers.

Les hommes du type de Minos, pour avoir mis de l'ordre dans le désordre, n'en paraissent pas moins avoir été des façons de grands pirates, comme les Hercule et les Thésée, malgré leurs exploits de gendarmes terrestres, demeuraient malgré tout de grands bandits. La légende du Minotaure, ce monstre auquel Minos livrait ses victimes dans le fameux « labyrinthe » de la Crète, n'était pas à l'avantage du grand chef crétois. Parmi ces victimes, figurait un tribut de sept jeunes gens et de sept jeunes filles que les Athéniens devaient payer annuellement au monstre,

et dont Thésée les afiranchit. Cette idée de (( tribut », payable en êtres humains, n'est peut-être pas une invention. Elle concorde très bien, dans tous les cas, avec ce concept si vraisemblable d'une -piralerie régularisée .

Quoi qu'il en soit, la puissance de Minos ou des Minos subit, avant la fin de l'époque héroïque, une décadence indiscutable. L'extermination du Minotaure et l'enlèvement d'Ariane par Thésée sont 1" expression légendaire de cette chute. Vers l'époque de la guerre de Troie, la Crète n'est plus que l'ile aux cent cités, dont le représentant dans la coalition, Idoménée, est un personnage de second plan. Il n est pas interdit de supposer que le triomphe du héros athénien sur le monstre crétois est plus ou moins lié aux dernières luttes du type hellène contre le type héraclide.

Lor de la Colchide et les Argonautes. — Prospère et triomphant, ce type hellène pouvait déployer librement sa force d'expansion. Il la déploya en des expéditions diverses, qui durent être très nombreuses, mais dont quelques-unes, ayant frappé tout particulièrement l'imagination, sont demeurées dans la mémoire des poètes, les seuls historiens d'alors.

Les deux plus célèbres sont l'expédition des Argonautes et la guerre de Troie.

L'expédition des Argonautes a pour point de départ une de ces histoires de bannissement si fréquentes dans la société grecque. Phryxos et sa sœur Hellé avaient été bannis par leur père Athamas, roi de cette cité d'Orchomène en Béotie, qui était le centre de la puissance des Mynieus. Les deux jeunes gens se sauvèrent dans la direction de la mer Noire, c'est-à-dire en sens inver.se de la route suivie jadis par les Pélasges. Les faibles, les vaincus, aiment à se replier, de préférence, vers des lieux déjà connus, où l'on a des parents, des amis, des frères de race; on se retire par où l'on est venu. Les deux exilés, dit la légende, traversèrent sur un bélier le détroit que nous appelons les Dardanelles. Hellé y tomba, ce qui fit appeler ce détroit l'Hellespout. Phryxos parvint en Colchide, où il immola le bélier à Jupiter,

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