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ONZIÈME LEÇON

Vénération des Esprits.

(Animisme, Spiritisme, Polydémonisme).

Portée et extension de V animisme. — Sauf à un degré supérieur de culture, l’homme croit partout à l’influence exercée sur sa destinée par une multitude d’êtres surhumains qui se meuvent dans l’espace.

Les Wongs de l’Afrique occidentale ; les Manitous des Peaux-Rouges ; les Cemis des Antilles ; les Haltias des Finnois, les Tikis des Polynésiens, etc. — Les esprits, dans les religions systématisées, sont subordonnés aux dieux (Finnois, Polynésiens; cf. dans toutes les grandes religions antiques). — Le spiritisme contemporain.

Les esprits passent ordinairement pour invisibles et impalpables ; cependant ils peuvent être perçus dans certaines circonstances :

Par la vue, sous forme humaine, animale, ou fantastique.

Par l’ouie, sifflement (Australie) ; susurrement (Peaux-Rouges, Polynésiens, Zoulous) ; bruit de la tempête (Aryas, Germains) ; claquement ✓ de mâchoires (Antilles); craquement de boiserie (spirites modernes).

Par des empreintes , empreintes de pas d’animal (Yucatan, Peaux-Rouges; traditions populaires de l’Allemagne).

Les esprits, étant modelés sur la personnalité de leurs adorateurs, sont tous, d’ordinaire, à la fois bons et mauvais ; cependant leur classification s’inspire parfois d’un véritable dualisme.

Division des esprits en bons et en mauvais chez les Araucans, les Esquimaux, les Dayaks, les Finnois, etc. — Chassé-croisé des Asuras (zend . Aliura ) et des Devas ( Baevas ) dans les deux branches des Indo-Eraniens.

Les hommages du non-civilisé s’adressent de préférence aux esprits qu’il craint. — Le culte du diable chez les Izedis. — Alliance de l’homme avec un esprit qu’il se choisit comme protecteur: les « anges gardiens » chez les nègres, les Peaux-Rouges, les Araucans, les indigènes des Antilles, les Mongols, les Polynésiens.

cours d’histoire des religions.

Partout où nous mettons des forces, le sauvage met des esprits.

On attribue ainsi aux esprits tantôt les phénomènes naturels, tantôt les évènements dont on ignore la cause, tantôt tout ce qui se meut dans la sphère de l’observation humaine.

L’assertion du chasseur Algonquin : « c’est un esprit qui fait couler la rivière » représente la théorie de la nature, non seulement chez les Peaux- Rouges, mais encore chez les nègres, les Australiens, les Khonds, les Touraniens, etc.

On en vient à chercher l’action des esprits dans les inspirations, les entraînements et les rêves de l’homme.

L’obsession et la possession sont vieilles comme l’humanité. — Il y a obsession, quand l’esprit agit sur l’homme du dehors, et possession, quand il s’introduit dans l’homme pour diriger sa volonté ou causer des désordres internes.

Tous les peuples non civilisés attribuent la maladie, soit à l’entrée d’un esprit dans le corps, soit à la sortie de l’âme.

Chez les Dayaks, la maladie est censée provenir de ce que les esprits ont infligé à l’homme des blessures invisibles avec des lances invisibles ; de ce qu’ils sont entrés dans le corps de l’homme pour en chasser les esprits vitaux, ou enfin de ce qu’ils se sont logés dans le cœur.

Ce sont surtout les phénomènes de folie, d’hystérie et d’épilepsie qui passent pour des faits de possession. — Quant aux phénomènes de catalepsie, de syncope, d’extase [êx axdaiç) ; ils passent plus souvent pour dûs à une sortie temporaire de l’esprit ; — de même que le sommeil.

Genèse de la croyance aux esprits. — Le culte des phénomènes et des objets naturels s’adresse non à leur apparence sensible, mais à la personnalité quasi-humaine qu’on suppose y résider.

Même dans la religion officielle de l’empire Chinois, où l’on adore le Ciel personnifié et non le dieu du ciel, les hommages s’adressent à l’esprit dont la voûte céleste est regardée comme le corps.

La croyance que les esprits peuvent avoir une existence distincte des corps et leur survivre a dû être suggérée par les visions du sommeil.

Les sauvages croient à la réalité de ce qu’ils ont vu ou fait en rêve (Groenlandais, Peaux-Rouges, Fidjens, Tagals, Karens, etc.). Cependant, à leur réveil, ils savent que leur corps n’a pas quitté sa couche. En outre, ils se rappellent avoir vu, dans leur sommeil, des êtres et des objets qu’ils savent éloignés ou même détruits; il y a donc, pour la personnalité, une existence distincte et indépendante du corps ; bien plus, cette personnalité, quand elle se montre alors à nu, apparaît comme le double du corps.

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