VÉNÉRATION DES ESPRITS
Une fois admis que tous les êtres, les objets, les phénomènes ont une âme qui survit à leur apparence sensible, on en vient rapidement à peupler l’espace d’esprits anonymes et indépendants, sans liens apparents avec des corps quelconques.
La transition peut s’observer chez les peuples qui répartissent leurs esprits en classes déterminées par les grandes divisions de la nature [Esquimaux : esprits des vents, du feu, des montagnes, de la mer; Botçcoudos : esprits des bois et des eaux ; Finnois : esprits de la terre, des eaux, des bois ; — cf. les elfes, ondines, gnomes des mythologies germaniques ; les dryades, nymphes, satyres, etc. de la mythologie classique, etc.).
La notion d’esprit peut, du reste, être observée parmi les Peaux-Rouges dans toutes les étapes de son évolution : 1° Les esprits ne sont pas séparés de l’objet naturel qui leur sert de corps (écueils, regardés par les Hurons comme des démons qui happent les canots au passage) ; 2° L’objet naturel n’est plus que leur demeure et ils peuvent s’en écarter temporairement (esprits des cataractes qui vont surprendre au loin les voyageurs endormis); 3° La connexion des esprits avec les manifestations de la nature n’existe plus que d’une façon indirecte, mais cependant encore perceptible (d’après Schoolcraft, les Indiens pensent que les esprits s’endorment l’hiver et se réveillent au printemps); 4° Les esprits sont devenus absolument indépendants de toute attache naturiste (les Algonquins peuplent le monde d’esprits qui règlent les affaires humaines et les Chippeways, au dire de Buchanan, quand ils ne comprennent pas quelque chose, disent que c’est un esprit).