PREMIÈRE LEÇON
L’histoire des Religions dans le passé.
A. V antiquité. — L’histoire des Religions ne pouvait naître qu’avec la critique historique dont elle est une application aux phénomènes religieux.
Distinction entre les descriptions de cultes, les recueils de traditions, les œuvres de théologie, les ouvrages de polémique religieuse et l’histoire des religions.
L’âge des mythes dans la Grèce antique. — Pindare critique les mythes qu’il juge immoraux. — Hécatée de Milet ceux qu’il croit faux. — Tentatives pour systématiser ou régulariser les croyances populaires ; les théogonies d’Hésiode et de Phérécyde. — Les Orphiques et leurs tentatives d’exégèse rationaliste.
La conception graduelle de l’unité divine conduit les philosophes à voir respectivement dans les dieux traditionnels : des ministres ou des hypostases de la Divinité (Platon), — des objets naturels ou des attributs divinisés (Théagène de Rhegium, Anaxagore, Epicharme, Prodieus, Chrysippe); — des inventions de législateurs (Critias); — des fantômes engendrés par les rêves (Epicure, Lucrèce); — des héros et des sages déifiés (Evhémère) ; les noms multiples de l’Etre suprême (Sénèque, Maxime de Tyr).
Alternances de tolérance et de persécution religieuse à Athènes — Causes de la condamnation de Socrate — La liberté de penser établie en Grèce à partir de 306, à Rome avec le 1er siècle av. J. C.
Etendue des renseignements que l’antiquité a possédés sur les différents cultes : — Les conquêtes d’Alexandre avaient rendu accessibles les cultes des Perses, des Egyptiens, des Chaldéens, des Phéniciens, des Juifs, même des bouddhistes et des hindous; celles des Romains : les religions des Gaulois, des Germains, des Celtes, des Berbères, etc. — Voyageurs et historiens, d’Hérodote à Plutarque — Archéologues et folk-loristes ; Varron ;
cours d’histoire des religions.
Bausanias — Traductions grecques des Ecritures étrangères — Centres d’études à Rome, à 'Athènes, à Alexandrie.
Tentatives pour identifier les dieux des différents peuples. — L’éclectisme religieux au temps de Cicéron. — Syncrétisme des Antonins. — Rapprochement entre l’attitude religieuse de Marc Aurèle et celle de l’empereur Akbar dans l’Inde du 16me siècle. — Les néo-platoniciens voient dans tous les cultes des symboles se rapportant aux mêmes vérités. — Maxime de Tyr définit toutes les religions comme des efforts impuissants pour réaliser un idéal unique.
L’antiquité avait à sa portée les matériaux nécessaires, elle pressentit le point de vue où doit se placer l’historien des religions ; mais la méthode historique lui manqua.
B. Le moyen-âge. — Décomposition du paganisme. — Les premiers apologistes du christianisme attaquent l’idolâtrie avec les armes du libre examen. — Largeur d’idées des chrétiens alexandrins. — Les anciens dieux passent à l’état de démons. — Conséquences de la thèse que toutes les autres religions sont radicalement fausses et mauvaises, le fruit de la perversion et de l’imposture, voire un piège du démon. — L’alliance de l’Eglise avec l’Empire favorise la constitution de l’orthodoxie.
— Fermeture des écoles païennes. — L’invasion des barbares fait la nuit intellectuelle dans tout l’Occident. — Ignorance absolue du moyen-âge à l’égard des religions étrangères. — Les croisades rouvrent l’Orient. — La philosophie grecque, réfugiée chez, les Arabes, rentre en Europe par l’Espagne. — Eclectisme religieux et influence d’Averroès. — Travaux des docteurs juifs.
— La cour de Frédéric II. — La légende des trois imposteurs.
C. La Renaissance et la Ré formation. — L’humanisme fait connaître les croyances, ainsi que les traditions de l’antiquité et engendre la critique littéraire qui devait conduire à la critique religieuse. — La Réformation. — Luther se lève au nom de la conscience, non de la raison; mais Zwingle et les Sociniens reviennent aux idées larges des chrétiens alexandrins sur la valeur relative des autres religions. — Naissance de l’exégèse biblique.
— Erasme. — La critique verbale des textes conduisant à la critique historique de leur contenu. — L’école dite rationaliste qui s’efforce d’attribuer à tous les textes des Ecritures un sens rationnel; cette méthode a favorisé le libre-examen, mais au détriment de la vérité historique.
l’histoire des religions dans le passé.
D. La philosophie du Î8me siècle. — La philosophie du 18me siècle retourne contre le christianisme l’idée que les religions sont le produit de l’invention humaine (Voltaire). — Conception d’une religion naturelle ou monothéisme primitif, dont toutes les religions positives seraient des hérésies. (Diderot, Rousseau).
L’ouvrage de Dupuis sur la signification astronomique de tous les cultes.
E. L'idéalisme Allemand. — Opinion de Lessing que toutes les religions successives représentent des étapes dans le développement religieux de l’humanité; la parabole de Nathan-le-Sage
— Réapparition de la méthode symbolique dans l’interprétation des textes bibliques et des dogmes chrétiens (Schelling, Schleiermacher, Çoleridge). — Extension de cette méthode à toutes les anciennes religions , qu’on suppose voiler sous leurs rites les trésors d’une sagesse primitive (Creuzer). — Hegel; les idées de continuité et d’évolution dans l’histoire des religions.
— Constitution de l’école historique en Allemagne.
deuxième; leçon.
L’histoire des religions à l’époque actuelle.
(Ses découvertes et ses sources).
Rareté et insuffisance des renseignements possédés par la première moitié du 18me siècle sur les religions non-chrétiennes
— Résumé des principales découvertes qui ont étendu le champ de nos connaissances historiques en matière de religion :
A. Judaïsme et Christianisme. — Etapes successives de l’exégèse biblique en Allemagne, en Angleterre et en France. — Critique scientifique de l’Ancien Testament par l’école de Tubingue.
— Travaux sur les origines du christianisme et sur l’histoire de l’Eglise ; nécessité d’une indépendance et d’une impartialité absolues dans ces études. — Explorations de la Palestine. — Résultats des fouilles dans les catacombes de Rome. — L’hagiographie — Manuscrits retrouvés (la Didachè). — Recherches sur l’histoire du judaïsme post-biblique. — Triage réclamé par la surabondance des travaux.
B. Islamisme. — Traductions du Coran. — Découverte et publication de nombreux manuscrits persans et arabes. — Recherches sur les origines, la littérature religieuse et les sectes de l’Islamisme. — Comparaisons entre les musulmans des divers pays.
C. Polythéisme grec et latin. — Qu’on compare les travaux de Rollin, au siècle dernier, avec les ouvrages de MM. Alfred Maury, Decharme, Duruy, Preller, etc., on y verra à quel point la connaissance des religions grecque, romaine et italiote a été complètement renouvelée de nos jours; ce résultat est attribuable aux progrès convergents de la critique littéraire, de la linguistique, de l’épigraphie, de l’archéologie et de l’histoire générale.
l’histoire des religions a l’époque actuelle. 35
Importance de la distinction toute moderne entre les mythologies grecque et romaine. — Reconstitution de la religion des Étrusques et des autres religions italiques.
D. Religion égyptienne. — La pierre de Damiette et l’histoire de son déchiffrement. — Champollion trouve la clé des hiéroglyphes. — Fouilles dans la vallée du Nil depuis un demi-siècle. — Scènes peintes sur les tombeaux. — Le Livre des morts. — Papyrus en hiératique et en démotique.
E. Religion de V ancienne Perse. — L’odyssée d’Anquetil- Duperron et la découverte des Écritures zendes. — Leurs traductions successives. — Déchiffrement des inscriptions achéménides. — Controverses sur les origines du Mazdéisme. — Travaux sur le culte actuel des Parsis.
F. Religions de VInde. — Fondation de la Société de Calcutta en 1784. — Découverte des Yédas. — Traduction des grands poèmes épiques. — Vulgarisation successive d’une littérature religieuse qui, des Védas aux travaux des sectes modernes, s’échelonne sur un espace de peut-être 3000 ans et plus. — Description des sectes et des rites actuels. — Travaux sur les systèmes philosophiques de l’Inde.
Immense influence exercée sur l’histoire des religions indo-européennes par la découverte du sanscrit.
Constatation des origines indiennes du bouddhisme ; relations des pèlerins chinois dans l’Inde. — Reconstitution de sa littérature et de son histoire au Népaul, au Thibet, à Ceylan, dans l’Indo-Chine. — Descriptions de ses rites et de ses monastères par les voyageurs. — Découverte des inscriptions d’Asoka. — Les anciennes hypogées du bouddhisme dans l’Inde. — Basreliefs des temples Khmers.
Accès aux livres sacrés des Djènes et des Sikkhes.
G. Religion de la Chaldée et de V Assyrie. — L’écriture cunéiforme et son déchiffrement. — Fouilles dans le bassin du Tigre et de l’Euphrate. — La bibliothèque de Ninive. — Révélation de l’antiquité prodigieuse de la civilisation chaldéenne. — Controverse sur l’existence et sur l’origine du peuple des Soumirs et Accads. — L’épopée babylonienne et la version du déluge.
Autres découvertes de l’épigraphie sémitique en Phénicie, à Carthage, dans les îles de la Méditerranée, à Palmyre, dans la péninsule arabique, etc. — La stèle du roi Mésa et le sarcophage d’Eshmounazar.
cours d’histoire des religions.
H. Religions des Celtes , des Germains , des Slaves et des Finnois. — Dépouillement des auteurs antiques, des chroniqueurs ecclésiastiques, etc. — Renseignements fournis par les Vies des saints. — Recueils des légendes populaires. — Découvertes archéologiques. — Pour les Celtes : manuscrits gallois et irlandais. — Pour les Germains : publication des Eddas et déchiffrement des inscriptions runiques. — Pour les Finnois, découverte du Kalevala.
I. Religions nationales des Chinois et des Japonais. — Ouverture de l’extrême Orient. — Travaux des sinologues. Relations des voyageurs. — Traduction des livres sacrés du Confucianisme, du Taoïsme et du Sintoïsme.
J. Anciennes religions de l'Amérique. — Publication des chroniques écrites par les conquistadores et les missionnaires espagnols. — Interrogatoires des indigènes consignés dans les anciennes archives. Le Popol Vuh. — Exploration récente des villes ruinées.
K. Religion des peuples non-civilisés . Multiplication des
voyages. — Exploration scientifique des races incultes. — Relations des missionnaires et des résidents. — Condensation par l’ethnographie des renseignements ainsi obtenus.
L. Le Folk-lore. — La science du folk-lore. — Utilité de connaître les traditions et même les superstitions populaires : 1° pour retrouver d’anciennes croyances; 2° pour fournir des éléments de comparaisons entre les idées ou les coutumes des différents peuples. — Recherches sur les croyances préhistoriques.
Disparition rapide des légendes populaires à notre époque ; le folk-lore a surgi à temps pour empêcher la dispersion de ces utiles matériaux.
M. Travaux d' ensemble et résultats généraux. — Action et réaction de ces découvertes les unes sur les autres. — Possibilité de distinguer désormais, dans certains cultes, les éléments propres des éléments exotiques. — Possibilité de retracer la généalogie historique des cultes. — Possibilité de comparer le développement respectif des différentes religions.
Principaux recueils consacrés à l’histoire des religions ou à ses diverses branches. — Encyclopédies religieuses — The Sacred books ofthe East. — Musées spéciaux (le Musée Guimet), etc.
Introduction récente de l’histoire des Religions dans l’enseignement supérieur. — Part plus grande faite à cette histoire dans les chaires de littérature classique et de langues orientales.