‹ L'histoire générale des religionsChapitre 32 sur 53 · QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LEÇON

Du Culte (suite).

C. Des conjurations et des maléfices. - On comprend sous ces termes tous les procédés qui tendent, soit à faire entrer une puissance surhumaine dans un lieu, un objet ou un corps (ensorcellement), soit à l’utiliser dans un but bienfaisant (conjuration) ou nuisible (sortilège).

Les non-civilisés accomplissent, en vue de ces résultats, les rites les plus bizarres, parmi lesquels on trouve de curieuses coïncidences. Ainsi l’habitute d’enterrer une victime humaine sous les fondations d’un édifice, pour en assurer la solidité, se retrouve dans presque toute l’Afrique, dans l’Amérique méridionale, chez les Polynésiens, les Dayaks, les Japonais, les Birmans, les Hindous, les Slaves, enfin dans toutes les traditions de notre moyen âge. — Ainsi encore, la croyance qu’en opérant sur une figurine, on fera mourir l’individu dont elle représente les traits, se trouve chez les nègres, les proto-Chaldéens, les anciens Grecs et les chrétiens ( envoûtement ); c’est la confusion, ordinaire parmi les noncivilisés, entre le portrait et l’original, ou encore l’idée qu’ en préfigurant les événements, on peut les provoquer; (chez les Peaux-Bouges, on simule une victoire ou une capture avant de partir pour la guerre ou pour la chasse).

Un autre moyen de nuire à autrui chez les nègres, les Cafres, les Peaux-Rouges, les Polynésiens, les Indo-Européens, consiste à ensorecler une chose ayant appartenu à la victime désignée : une mèche de cheveux, une rognure d’ongles, l’empreinte de ses pas, voire son ombre; c’est alors l’idée que le tout est solidaire du fragment.

Évocation : L’évocation est l’acte qui fait apparaître un esprit ou un dieu.

Il suffit parfois de prononcer le nom de la puissance qu’on veut évoquer; — d’où la répugnance des sauvages à prononcer le nom des esprits et des morts ; d’où aussi le soin que mettent certains peuples à cacher aux étrangers le nom de leurs dieux.

L’incantation est une formule magique qu’il suffit de réciter pour provoquer un événement extraordinaire ; tantôt c’est l’idée qu’en formulant

DU CULTE

un événement, on le produit; tantôt, que les dieux ne peuvent rien refuser à qui leur fait une demande suivant certaines formules (Egyptiens, Hindous).

D. Exorcismes. — L’exorcisme est un acte tendant à faire sortir un esprit du corps ou du lieu qu’il hante.

On traite les mauvais esprits, comme des adversaires humains ; on s’efforce de les effrayer par des cris, des menaces, des coups. — Vraies chasses aux esprits chez les nègres de l’Afrique occidentale, les Kalmouks, les anciens Péruviens. — Souvent on les écarte en allumant du feu (Cafres ; indigènes des deux Amériques , Australiens , Mongols , Indo- Européens ; nos cierges bénits. — cf. les Payaguas qui se portent au-devant de la tempête en brandissant des tisons enflammés ; les Gètes qui lançaient des flèches vers le ciel quand il tonnait ; les nègres du voyageur Burton qui voulaient tuer Dieu ; les Néo-Zélandais qui menaçaient leur divinité de la manger).

Charivaris pour effrayer les esprits qui, dans les éclipses, veulent dévorer la lune, chez les nègres, les Ojibways, les Chiquitos (Am. mér.), les Caraïbes, les Péruviens, les Malais, les Sibériens, les Chinois, les Indo- Européens.

Les lustrations par l’eau ou le feu se rattachent à l’idée qu’on se débarrasse ainsi des mauvais esprits.

Fumigation des champs et des bestiaux (Cafres, Amérique centrale, Mongols, Indo-Européens), des objets ayant appartenu aux morts (Perses, Romains, Tartares), des objets apportés par l’épouse dans sa nouvelle famille (Chinois), des étrangers (Turcomans, Mongols).

Le baptême des nouveau-nés par le feu chez les Madécasses, les Mexicains, les Perses et les Grecs ; survivances de cette coutume en Europe.

Le baptême des nouveau-nés par l’eau chez les Malais, les Néo- Zélandais, les Cafres, les nègres de la Guinée, les Mandingues, les Hottentots, les anciens Péruviens et Mexicains; les Indo-Européens. — Presque tous ces peuples ont aussi recours à des lustrations par l’eau, quand ils ont versé le sang ou touché un mort.

Comme les maladies sont attribuées, soit à la sortie de l’âme, soit à l’invasion d’un esprit étranger, tous les procédés thérapeutiques des non-civilisés consistent à expulser celui-ci ou à faire rentrer celle-là.

Dans la première hypothèse, on cherche, par des prières, des menaces, des incantations, à ramener l’âme dans son domicile (Peaux- Rouges, aborigènes de l’Inde, Chinois); dans la seconde, on s’efforce de faire sortir l’esprit perturbateur, non seulement à l’aide de menaces et de promesses, de cris et de danses, mais encore à l’aide de procédés qui ont souvent une influence réelle sur la maladie et qui ont peut-être été suggérés

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