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SEIZIÈME LEÇON

Du Culte (suite).

F. Du sacrifice. — Le sacrifice chez les non-civilisés est un don aux puissances surhumaines qu’on veut se concilier.

Quand on a adressé une requête à un chef ou à un roi, on lui offre un présent à l’appui de la demande ; or les non-civilisés traitent leurs dieux comme des puissances humaines.

Chez les Karens de la Birmanie règne l’opinion qu’il est inutile de rien demander aux dieux, si l’on n’y ajoute un don d’objets en rapport avec ce qu’on souhaite (comme chez les nègres, une cruche, quand on désire de la pluie).

Nombre de peuples admettent que les malheurs, publics ou privés, sont l’œuvre des dieux qui veulent ainsi arracher des offrandes plus abondantes ou punir la parcimonie dans les sacrifices. — La théorie du sacrifice chez les Aztèques.

Au même ordre d’idées se rattache l’interdiction de s’approprier certaines choses, regardées comme le domaine des puissances surhumaines, soit à raison de leur destination (temples, tombeaux) soit à la suite d’un évènement, impliquant prise de possession par un esprit ou un dieu (objets foudroyés ou ensorcelés). — Dans l’institution du tabou, chez les Polynésiens, le caractère de chose sacrée et interdite s’étendait jusqu’aux individus et se communiquait par simple contact.

L’idée que l’offrande est nécessaire à la vie des puissances surhumaines se rencontre, sous forme mystique, jusque dans la théologie des brahmanes qui font créer le monde par la divinité en vue du sacrifice.

La vie du double, chez les Égyptiens, subordonnée à l’apport d’aliments. — La nourriture des dieux de l’Olympe. — La digestion des dieux chez les Polynésiens.

' Transmission de l’offrande. — Les peuples les plus arriérés admettent que les dieux absorbent l’offrande elle-même.

cours d’histoire des religions.

La libation est bue par le Soleil (Pérou), par l’Arbre (Madagascar), par la Terre (Khonds). Les aliments sont engloutis par les Eaux (nègres ? Peaux-Rouges), dévorés par le Feu (Sibériens), mangés par l’animal sacré (Dahomey, Polynésie, Inde). — Ouvertures ménagées dans la tombe pour recevoir les offrandes (Congo, Égypte).

Parfois les provisions sont simplement abandonnées près de l’image ou de la résidence du dieu (Antilles, Sibériens, Cafres, nègres); leur disparition partielle ou totale équivaut alors à leur absorption par la divinité.

Ensuite surgit la croyance que les dieux absorbent seulement des substances volatilisées.

D’où l’offrande d’encens et de parfums (Cafres, Peaux-Rouges, Brésiliens, Siamois, Chinois, Hindous, presque tous les peuples de l’antiquité) et aussi l’habitude de brûler les offrandes solides (Peaux-Rouges, Hindous, Chinois, Sémites; la valeur supérieure du sacrifice par le feu chez les Grecs et chez les Juifs).

Enfin, par une transition naturelle, ce sera l’âme (ou le doublé) de l’offrande que les dieux seront censés absorber.

Exemples de cette conception chez les nègres, les Karens, les Fidjens, les Ahts, les Péruviens, les anciens Egyptiens.

Peu importe ce que devient alors la partie visible de l’offrande ; tantôt ce sera le fidèle ou le prêtre qui la mangera; tantôt elle sera jetée ou abandonnée aux animaux.

Transformation du but du sacrifice. — A un niveau religieux plus élevé, l’offrande se transforme en hommage.

La valeur du sacrifice se mesurera d’après ce qu’il coûte à celui qui l’offre (sacrifice des premiers-nés chez les Sémites ; mutilations et immolations volontaires) .

La souffrance et la privation deviennent ainsi en elles-mêmes des moyens de plaire aux dieux (ascétisme). — Enfin l’ascétisme devient un moyen de s’arracher aux jouissances matérielles pour planer dans le monde des esprits (conception favorisée par les visions qu’engendrent les extases, les jeûnes, les fatigues).

D’autre part, une fois qu’il s’agit simplement d’un hommage, le mérite est surtout dans l’intention; d’où la réduction du sacrifice à un simulacre.

On offrira V inférieur pour le supérieur : un esclave au lieu d’un citoyen (Carthaginois, Mexicains), un criminel pour un innocent (Grecs), des animaux pour des hommes (Khonds, Hindous) ; la partie pour le tout : une phalange, un cartilage, une dent, quelques gouttes de sang, une mèche de cheveux (nègres , Hottentots , Boschmans , Peaux-Rouges , Caraïbes ,

DU CULTE

Mexicains, Puelches, Polynésiens, Birmans, Madécasses, Parsis), une simple effigie (îles Tonga, Mexique, Japon, Chine, Inde, antiquité classique), l’ombre d’un passant (Bulgarie).

Ces procédés de substitution ont considérablement facilité l’abolition des sacrifices humains, notamment chez les Hindous, les Grecs et les Romains.

C’est seulement à la longue, dans les étages supérieurs des grandes religions historiques, que le sacrifice acquiert une portée spirituelle et morale.

' Le sacrifice, sous sa forme rudimentaire de don ou d’hommage matériel, persiste jusque parmi des peuples relativement avancés (sacrifices d’animaux chez les Bulgares et les Finnois ; offrande d’aliments en Bohême et en Franconie; les libations des Scandinaves et des Grecs); nos ex-voto de cire et leurs équivalents dans l’Inde; offrandes de fleurs, de cire et d’encens.

G. Du Symbole . — Le symbole est un objet, un signe ou un acte qui a pour but, soit de représenter les puissances surhumaines ou un de leurs attributs (le feu chez les Parsis, l’étoile chez les Chaldéens, la roue chez les Gaulois, la croix dans l’Amérique centrale, le serpent qui se mord la queue, etc.); soit de traduire une nuance du sentiment religieux (génuflexions, jonctions des mains, couleur des vêtements); soit de reproduire les actions de la Divinité (danses astronomiques au Congo, chez les Hottentots, les Abipones et les Australiens).

Les symboles d’imitation marquent la transition aux actes qui ont pour but de procurer une union réelle avec la divinité.

Des objets ou des actes essentiellement pratiques ont pu, à la longue, acquérir une valeur symbolique (la lustration) et des symboles passer pour l’être ou le rapport qu’ils se bornaient originairement à représenter (les tauroboles dans les mystères .de Mithra). Mais il arrive aussi qu’un objet ou un acte, réputé comme ayant une portée surnaturelle, devienne simplement un symbole (les animaux sacrés des dieux grecs ; le feu chez les Parsis), et ainsi le symbolisme fournit le moyen de passer à une conception supérieure de la Divinité, sans rompre la continuité du développement religieux.

G. Des Rites. — On entend par rite une série d’actes religieux rattachés par une idée d’ensemble ou convergeant vers un même but.

L’ordre dans lequel doivent s’accomplir ces rites, se nomme liturgie.

COURS d’histoire des religions.

Les premiers rites ont dû être individuels ou domestiques, se rapportant aux funérailles, à l’obtention de la nourriture, à l’entretien du foyer, à la réapparition quotidienne du soleil et de la lune ; puis se sont développées des cérémonies où prenait part toute une population, pour célébrer, soit les grandes manifestations périodiques de la nature, soit certains événements intéressant l’ensemble de la communauté.

Presque toutes les religions possèdent, dans leurs rites, des cérémonies ou des symboles empruntés aux religions qui les ont précédées (la rénovation du feu dans l’office du Samedi saint) . D’autre part les rites d’une religion peuvent lui survivre dans les usages populaires (les feux de la Saint- Jean).

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