DIX-SEPTIÈME LEÇON
Du fétichisme et de l’idolâtrie.
Le fétichisme et l’idolâtrie se rattachent an spiritisme ou plutôt à la théorie de la possession.
Fétichisme. — Le fétichisme est la croyance que la possession d’une chose peut procurer les services de l’esprit logé à l’intérieur.
Le fétiche est donc un objet appropriable, tenu pour conscient et animé. — Étymologie du mot (portugais : feitiço ). — Fétiches nègres et fétiches portugais.
Le fétichisme fleurit surtout en Afrique, mais ôn le rencontre également chez les indigènes des deux Amériques, les Polynésiens, les Australiens, les Sibériens, enfin dans les couches inférieures de toutes les civilisations connues.
Le fétichisme peut être appelé primitif, quand l’homme, personnifiant tout ce qui l’entoure, choisit, parmi ces personnalités imaginaires, un objet appropriable, dont l’esprit devient son protecteur ou son esclave.
Dans ce cas le fétichisme n’implique pas nécessairement que l’esprit du fétiche peut se séparer de son enveloppe visible ; mais, même alors, il faut que l’objet soit tenu pour le siège d’une personnalité surhumaine.
Le fétichisme secondaire ou dérivé, qui est de beaucoup le plus répandu, implique la croyance à l’incorporation d’un esprit dans l’objet choisi comme fétiche, — que cette incorporation soit spontanée ou due à une opération magique.
On voit que, dans ce cas, le fétichisme présuppose le spiritisme.
Part du hasard dans le choix des fétiches.
Tout objet peut devenir fétiche, pourvu qu’il soit susceptible d’appropriation : cailloux, coquilles, griffe, plume, terre, sel, herbes, produits fabriqués. — De même certains animaux (les serpents de Wydali).
cours d’histoire des religions.
Il suffit qu’un objet soit accidentellement associé à un évènement pour être regardé comme la cause et même l’auteur de cet évènement ; d’où son passage au rang de fétiche.
Fétiches individuels; fétiches domestiques; fétiches de tribus.
Idolâtrie. — L’idolâtrie est le culte rendu à des images qui sont tenues pour le siège d’une personnalité surhumaine.
Différence entre l’idolâtrie et la vénération d’images tenues simplement pour le portrait ou le symbole d’une puissance surhumaine.
L’idole n’est qu’un fétiche à forme humaine, ou d’une façon plus générale, à forme, d’être vivant.
Dans certaines îles de la Polynésie, le même esprit peut animer tour à tour un pieux, une figurine, un oiseau vivant, qui lui servent de résidence temporaire et sont vénérés comme tels.
Il y a transition continue du fétichisme à l’idolâtrie.
La transition du fétiche en bois ou en pierre à l’idole est marquée par les pieux, les cippes, les blocs taillés, puis habillés et grossièrement sculptés, qu’on rencontre presque partout à une certaine phase du développement social (les idoles-fétiches de l’Afrique comparées aux xoayia de la Grèce).
Sir John Lubbock conteste qu’il puisse y avoir transition du fétichisme à l’idolâtrie, parce que celle-ci impliquerait la supériorité du dieu sur l’homme, celui-là, au contraire, la supériorité de l’homme sur le dieu. — C’est méconnaître qu’idoles et fétiches procèdent de la même conception (croyance à la possession), qu’ils sont de même nature (tenus pour le corps d’une personnalité surhumaine), qu’ils jouent le même rôle dans les affaires humaines et sont traités de la même façon par leurs adorateurs.
On trouve aussi la transition du naturisme et du culte des morts à l’idolâtrie.
Les Chippeways, les Ostiaques, les Lapons, les nègres du Tanganika rendent un culte aux objets naturels (pierres et rochers) qui imitent les formes humaines.
Les Ostiaques, les Polynésiens, certains nègres, les Mexicains, les Égyptiens, croient que l’âme revient habiter une effigie du défunt.
Réfutation de la thèse que les idoles auraient commencé par être des représentations symboliques , puis qu’elles auraient été prises pour l’image et enfin pour le corps même de la Divinité, grâce à l’oubli de leur signification primitive.