‹ L'histoire générale des religionsChapitre 36 sur 53 · DU FÉTICHISME ET DE L’IDOLATRIE · texte numérisé non relu

DU FÉTICHISME ET DE L’IDOLATRIE

Cette origine de l’idolâtrie forme l’exception. — Là même où une effigie ne reçoit un culte qu’après une opération magique tendant à y faire descendre un esprit ou un dieu (nègres, Polynésiens, Finnois, Hindous), il faut remarquer que l’image a été fabriquée en vue de devenir une idole ; il n’y a donc pas là obscurcissement de sa signification primitive.

L’idolâtrie a pour source la tendance de l’homme civilisé à reproduire les formes supposées des puissances surhumaines dans les objets qui sont censés être ou qui doivent devenir le corps de ces puissances l.

Les Babyloniens fabriquaient des monstres représentant les esprits des maladies, dans la pensée que ceux-ci y trouveraient une résidence préférable au corps du malade (applications de la même idée au Thibet et à Siam). — Croyance qu’en agissant sur l’image on agit sur l’original. — Confusion psychologique de la reproduction avec la création.

Des lieux de culte. — Dans le naturisme, le culte se célébrera naturellement là où se trouve l’objet de l’adoration.

Ainsi, dans le culte du ciel et des corps célestes, on choisira de préférence une hauteur (tumuli des Peaux-Rouges, temples à étages de la Chaldée et du Mexique ; le culte des hauts lieux à Tahiti, chez les Perses et les Juifs).

Dans l’animisme, ce sera le lieu qu’on suppose hanté de préférence par les esprits (le foyer domestique ; la place du village ; l’intérieur des bois sacrés). Dans le culte des morts, ce sera la tombe.

Le temple a son origine dans le désir de mettre à l’abri des intempéries les objets de l’adoration.

Huttes minuscules des fétiches nègres ; hangars recouvrant au Congo les fétiches de village ; cabanes des esprits chez les Caraïbes ; cases des animaux sacrés au Dahomey; abris qui, chez de nombreux peuples, recouvrent les pierres et les sources sacrées ; habitations construites au-dessus des tombes chez les Malgaches, les Péruviens, les Arabes, aux îles Tonga. — Temples construits pour abriter la table des sacrifices. — Le temple borné à l’autel : les pyrées de la Perse, les teocalli du Mexique , les mares de la Polynésie.

1 V. l’étude que j’ai publiée dans la Revue de l’histoire des religions (Juillet- Août 1885) sur les origines de l’idolâtrie.

Page 1