‹ L'histoire générale des religionsChapitre 41 sur 53 · DU MYTHE ET DE SES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS · texte numérisé non relu

DU MYTHE ET DE SES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS

Éléments essentiels du mythe. — 1° Il faut que les héros mythiques soient des êtres animés et conscients.

Peu importe qu’ils soient des personnages humains ou surhumains, des animaux, des monstres, voire des objets doués de vie et de personnalité.

2° Il faut qu’ils représentent un phénomène naturel (le ciel, le soleil, l’aurore, le vent, le feu, la moisson, etc.), une abstraction morale (le Temps, la Destinée, la Mort, la Justice, etc.) ou une force collective (une race, une civilisation, une cité, etc.).

C'est par là surtout que le mythe diffère de la légende.

Réfutation de la thèse évhémériste que la mythologie est de l’histoire travestie. — Suivant M. Herbert Spencer, même les mythes où les personnages représentent clairement des phénomènes naturels, seraient une description d’aventures originairement attribuées à des hommes et ultérieurement transférées aux phénomènes dont ces hommes auraient porté le nom. — Il est très vrai que nombre de mythes ont attiré, dans leurs développements, des récits historiques ou pseudo-historiques, ou bien qu’ils se sont fixés autour de personnages ayant eu une existence réelle ; mais le noyau primitif de ces mythes n’a rien d’historique.

3° Il faut que le mythe soit un produit sincère de l’imagination; en d’autres termes, que ceux qui le formulent croient à la réalité de son contenu.

C’est par là que le mythe diffère de la métaphore, de M allégorie, de la fable, de V apologue, de la parabole, qui toutes sont des créations conscientes et voulues de l’esprit humain. — Toutefois la distinction n’est pas toujours facile, surtout quand il s’agit de mythes à portée philosophique ou morale, dûs fréquemment à un remaniement d’anciens mythes naturistes (exemple : l’histoire du déluge chez les Juifs comparée au mythe analogue des Chaldéens).

Suivant Ottfried Muller, il faudrait encore, pour constituer un mythe, qu’un évènement permanent ou périodique soit présenté comme fait unique, c’est-à-dire comme s’étant passé à un moment donné (ex. : les douze travaux d’Hercule).

Mais il y a de nombreux mythes qui conservent aux évènements dont ils sont la traduction leur caractère permanent ou périodique (les Dioscures, qui naissent et meurent alternativement tous les jours; Proserpine, qui passe périodiquement six mois près de Pluton et six près de Cérès ; l’Aurore et le Crépuscule qui, dans la mythologie Finnoise, s’épousent à chaque solstice d’été, etc.).

cours d’histoire des religions.

Suivant M. Max Muller la transformation d’un phénomène ou d’un objet en personnage mythique suppose toujours l’oubli de la signification primitive d’un mot.

Ainsi Endymion avait signifié autrefois le soleil couchant (de èv et de dvco, se plonger). Si èvâvfxa était devenu ou resté le nom ordinaire du coucher du soleil, le mythe n’aurait pu se former. Cependant, comme une autre expression prévalut, les Grecs oublièrent le sens primitif d’Endymion et crurent qu’il s’agissait d’un nom propre-.

Mais ce système d’interprétation ne peut aucunement rendre compte de l’existence parallèle de mythes analogues chez des peuples parlant des langues sans parenté. Au contraire, ce parallélisme s’explique naturellement, si l’on admet que les mythes en question représentent des phénomènes analogues, ayant produit la même impression et donné naissance à la même explication chez des peuples placés à un même niveau de développement intellectuel (ressemblance des mythes relatifs aux éclipses, aux tremblements de terre, à la rotation des vents, à la succession du jour et de la nuit, à la production de l’univers, etc.).

M. Max. Muller va plus loin encore quand il fait remonter l’origine de certains mythes à la conservation, dans le langage populaire, de phrases entières dont le sens primitif se serait perdu. Mais on ne voit pas comment des peuples auraient conservé des phrases qui n’avaient plus de sens pour eux; en d’autres termes, pourquoi les Grecs auraient continué à dire : « Phœbus suit Daphné » (suivant M. Max Muller : « le Brillant suit la Brûlante ») à l’époque où cette phrase serait devenue suffisamment inintelligible pour qu’on dût se demander quelle espèce de personnages étaient Phœbus et Daphné et ce que signifiait cette poursuite.

La science du langage peut incontestablement faciliter l’interprétation de certains mythes au sein d’une même famille linguistique, soit qu’elle revèle la signification originaire des noms appliqués aux dieux et aux héros mis en scène (Zeus, Promêthée, Hermes, etc.), soit qu’elle fournisse ou rectifie le sens des épithètes accolées à ces noms dans la mythologie (Zeus aîyîoxoç, Athéna TQiroyéveia , Apollon Avxrjysvrjç , Lèta atfrrjQia, etc.).

Là même où l’étymologie des personnages ne suffit pas à donner l’explication d’un mythe, il faut, au moins que l’interprétation adoptée ne contredise pas cette étymologie.

Mais le champ de la comparaison mythologique ne doit pas être restreint aux peuples provenant de la même origine ou parlant des langues apparentées.

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