VINGTIÈME LEÇON
Comment les mythes se forment et se déforment.
La source des mythes est dans la tendance de l’homme inculte à personnifier tout ce qui l’entoure.
Le sauvage, cherche, comme le civilisé , à s’expliquer tout ce qu’il perçoit et procède également du connu à l’inconnu. Mais, n’ayant pas encore l’idée de loi, il attribue toutes les manifestations de la nature à des volontés taillées sur la sienne et mues par les mêmes mobiles. T)e là les aventures incohérentes ou immorales qu’il met sur le compte de ses dieux et que la tradition continue à leur attribuer jusque dans la mythologie de temps plus raffinés.
L’âge des mythes a été précédé par un âge des éléments mythiques où l’on se représente les phénomènes naturels, non seulement comme doués d’une personnalité quasi-humaine, mais encore comme revêtus d’une forme adaptée à leur rôle ou armés d’instruments et d’engins analogues à ceux de l’homme.
Exemple : la foudre = une lance, un glaive, un oiseau aux plumes étincelantes. — Le soleil = un visage humain, un œil, une roue enflammée, une barque. — Les nuages = des serpents, des bœufs, des géants, etc.
Comment expliquer que l’homme ait pu prendre des rapports d’analogie pour une identité ?
Erreur de chercher la cause de cette illusion dans le caractère concret et imagé des premières langues, dont les expressions métaphoriques auraient fini par être prises à la lettre. Tout ce qu’on peut soutenir, c’est que l’absence de termes abstraits, le caractère matériel des verbes auxiliaires, la nécessité de donner aux substantifs, faute de neutre, une forme impliquant le genre masculin ou féminin, la désignation des objets par des appellatifs ou des prédicats, enfin la surabondance des métaphores, figurent parmi les circonstances qui ont précisé et développé la personnification des choses.
Imperfection du sens du réel chez le sauvage. — Sa croyance que non seulement tous les êtres et les objets personnifiés se comportent entre eux comme des personnes humaines; mais encore qu’ils peuvent s’engendrer