COMMENT LES MYTHES SE FORMENT ET SE DÉFORMENT
et même se métamorphoser entre eux. — De là les métamorphoses et les chassés-croisés d’hommes, de dieux, d’animaux, d’objets inanimés, qui se rencontrent dans toutes les mythologies.
Les mythes se développent par le groupement des éléments mythiques, spontanément opéré dans l’imagination populaire.
Mythe indo-européen du héros céleste qui, maniant la foudre comme une lance ou une massue, arrache au serpent des nuages les eaux pluviales considérées comme des épouses ou des vaches nourricières. — Mythe polynésien de la séparation du Ciel et de la Terre qui prétend expliquer à la fois la création du monde, la distribution des forêts dans les îles de la Polynésie, l’habitat des plantes sauvages et cultivées, des poissons et des reptiles, l’origine des tempêtes sur terre et sur mer, l’invention de la navigation, le progrès des arts, l’apparition de la rosée, etc.
La mythologie reste à l’état fragmentaire chez les peuples dont l’imagination est, soit trop pauvre (p. ex. chez les Chinois), soit trop désordonnée (p. ex. chez les nègres) pour suivre une idée mythique dans ses développements parallèles à la trame des phénomènes.
Les phénomènes ou les objets personnifiés qui jouent un rôle dans les mythes, peuvent y garder leur forme naturelle (par exemple, dans nombre de mythes qui mettent en action des animaux, des corps célestes, des arbres, des fleuves, etc.). Mais, en général, la tendance à se représenter l’esprit comme distinct de son enveloppe sensible et à investir cet esprit d’une forme en rapport avec le type humain, facilite la conception des personnages mythiques sous les traits de héros ou de dieux complètement anthropomorphisés.
Il arrive souvent que différentes aventures attribuées à un personnage mythique ne soient que la traduction du même phénomène (Hercule — mettant à mort les monstres d’Héra, les centaures, le lion de Némée, l’hydre de Lerne, le sanglier d’Érymanthe et le triple Géryon — reste toujours le soleil triomphant du nuage ou de l’obscurité). — Cycles mythiques.
D’autres fois, quand plusieurs personnages représentent respectivement les divers aspects d’un phénomène, on établira entre eux une parenté, mythique pour expliquer leur coexistence ou leurs rapports (Ouranos, Cronos et Zeus, Séléné et Méné, Horus et Osiris).
Certains piythes s’expliquent directement par les circonstances de l’histoire ou de la topographie (mythes d’Alphée et d’Aréthuse; mythe de la fondation de Cyrène). Mais il reste à examiner si ces mythes ne sont pas une simple fixation locale d’une tradition plus générale et plus ancienne.
cours d’histoire des religions.
Le combat d’Hercule contre l’hydre, où les Grecs eux-mêmes ont vu le dessèchement des marais de Lerne, semble n’être qu’une localisation du mythe devenu, dans les Védas, la lutte d’Indra contre le monstre des nuages, Yritra aux têtes ihultiples.
Il y a des mythes physiques dont la signification apparaît à première vue. (La nymphe Écho; Héphæstos précipité du ciel sur terre; le dragon qui veut avaler la lune; la plupart des mythes védiques). Mais il arrive aussi qu’une même représentation mythique traduise des phénomènes distincts, pourvu que ceux-ci se prêtent aux mêmes images et aux mêmes analogies.
Le mythe d’un personnage avalé par un monstre, puis rendu vivant au jour, a pu s’appliquer tour à tour au passage apparent des corps célestes dans l’hémisphère inférieur, à la disparition momentanée du soleil ou du ciel derrière les nuées, aux éclipses etc. — La tradition d’une descente aux enfers, qui, chez presque tous les peuples, représente la course nocturne du soleil, se rapporte, dans le mythe de l’enlèvement de Proserpine, au séjour de la semence dans le sol.
La transformation de l’objet personnifié en un héros qui représente cet objet, assure souvent aux mythes un prolongement d’existence, en cè qu’elle les rend indépendants des modifications qui s’opèrent dans la notion générale de la personnalité.
Ainsi les Grecs purent mettre sur le compte du dieu marin Poséidon, certains mythes où il eût été difficile de faire intervenir la mer personnifiée, et l’on pouvait raconter d’Apollon — à plus forte raison, d’Hercule — bien des aventures que, même au temps d’Homère, il n’eût plus été possible d’attribuer à Hélios.
Par contre, en laissant tomber dans l’oubli la signification naturiste des héros mythiques, cette transformation favorise l’altération croissante des mythes.
D’une part, les détails qui se rapportent au sens physique du mythe, se modifient ou se perdent au cours de la transmission. D’autre part, il s’introduit dans la trame du récit, des épisodes qui n’ont plus de rapport avec le phénomène originaire. Les mythes deviennent alors des contes populaires (la Belle au bois dormant, le petit Chaperon rouge, etc.) ou bien de la pseudo-histoire (les Niebelungen comparés aux Eddas ; le Shah Namah au Boundehesh).