‹ L'histoire générale des religionsChapitre 45 sur 53 · VINGT-UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-UNIÈME LEÇON

Rapports de la Religion avec la Science et la Morale chez les non-civilisés.

A. Science et Religion. — La théologie des peuples incultes n’est que leur interprétation de la nature.

Naturisme et spiritisme sont des méthodes de philosophie élémentaires qui ont réponse à tout.

La distinction de la théologie et de la science ne peut naître qu’avec l’opposition entre un ordre naturel et un ordre surnaturel.

Le progrès de la science est le principal véhicule du progrès religieux.

Influence de l’observation et du raisonnement sur le passage du naturisme au polythéisme, ainsi que sur le développement du polythéisme lui -même.

Relations étroites des hypothèses cosmogoniques et des croyances religieuses.

La régularité des mouvements solaires conduisant l’Inca Yupanqui à déclarer que le soleil doit avoir un maître invisible. — La succession régulière des phénomènes célestes menant les Chinois, ainsi que les Aryas à concevoir un dieu suprême, organisateur et conservateur de l’ordre physique et moral.

Parmi les non-civilisés c’est généralement le sacerdoce qui est l’inventeur et le gardien des connaissances scientifiques. (Polynésie, Mexique, Pérou, de même que chez les Egyptiens, les Chaldéens, les Aryas de l’Inde et de la Perse, etc.).

Attribution des sciences et des arts à certaines divinités qui en devien nent les protectrices spéciales.

B. Morale et Religion. — La morale et la religion sont indépendantes l’une de l’autre chez les sauvages.

Cette indépendance réciproque persiste jusque dans des religions relativement aussi avancées que celles des proto-Chaldéens, des Mexicains, des Finnois.

cours d’histoire des religions.

Au niveau inférieur, l’appui des dieux dépend exclusivement de la générosité ou bien de l’adresse avec laquelle on les traite ; cette conception persiste jusque dans les religions les plus développées et sert fortement à établir la puissance du sacerdoce (ex. : le brahmanisme).

Cependant la religion exerce, même à cet étage, une influence coordinatrice et disciplinaire sur les membres d’une même communauté : elle développe l’esprit de subordination qui seul peut maintenir les premiers aggrégats sociaux ; elle apprend à sacrifier un bien immédiat en vue d’un bien indirect et plus éloigné ; enfin, par l’inviolabilité qu’elle réclame pour les choses consacrées aux dieux, elle conduit au respect de la propriété privée (nègres, Polynésiens, Santals).

La pénétration réciproque de la morale et de la religion est due au progrès des idées sur la nature du devoir et sur le rôle des puissances surhumaines :

1° A mesure que l’esprit humain s’ouvre à la nécessité des lois morales, il tend à les mettre sous la sanction des divinités qu’il estime les plus puissantes.

La croyance que les' esprits sont hostiles à la violation de certaines lois morales apparaît déjà dans les ordalies, qui se retrouvent, avec des procédés et une signification analogues à nos anciens «jugements de dieu » chez les nègres, les Madécasses, les Aïnos, les Hindous.

On trouve aussi chez les nègres des associations secrètes qui assument une mission justicière, comme la Sainte Vehme du moyen-âge.

2° La protection que les dieux de la tribu accordent à ses membres s’applique non seulement aux attaques de l’intérieur, mais encore aux attentats des individus qui mettent la communauté en péril (le meurtre,' ‘le vol, l’adultère, etc.).

3° Les traditions qui font remonter à un personnage surhumain l’institution de l’état politique et social tendent à investir d’une valeur divine, non seulement les lois de l’Etat, mais encore toutes les prescriptions de la morale sociale.

Au Pérou, la volonté de l’Inca était assimilée à celle du Soleil, et la réglementation s’était étendue aux moindres détails de la vie privée; on y trouvait l’institution de la confession, et, comme les crimes étaient effacés par la pénitence qu’imposait le confesseur, l’aveu mettait le coupable à l’abri des poursuites de l’Etat.

4° La déification des forces abstraites favorise celle des qualités morales.

La sanction de certaines obligations devient ainsi l’affaire personnelle de divinités spéciales qui en favorisent l’accomplissement ou en répriment la violation (anc. Rome).

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