‹ L'histoire générale des religionsChapitre 46 sur 53 · RAPPORTS DE LA RELIGION AVEC LA SCIENCE ET LA MORALE · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE LA RELIGION AVEC LA SCIENCE ET LA MORALE

5° C’est surtout la conception d’un ordre moral, analogue à l’ordre naturel, qui entraine l’assimilation des devoirs moraux aux devoirs envers les dieux (Chinois ; Aryas).

En effet, si l’ordre cosmique est l’œuvre des puissances surhumaines, il en sera de même de l’ordre moral. Or l’homme éprouve le besoin de s’unir aux puissances surhumaines, soit en imitant leurs mouvements, soit en se conformant à leur volonté, par conséquent à l’ordre qu’elles ont établi. D’autre part, s’il viole cet ordre, il encoure leurs châtiments, soit dans ce monde, soit dans l’autre.

Le Ciel rétablit l’ordre violé en lançant la foudre sur les coupables (Inde et Grèce) ; en envoyant des anges exterminateurs (Juifs) ; chez les Chinois, les esprits perturbateurs se déchainent quand l’ordre de la nature est troublé.

La théorie de la rétribution morale (c’est-à-dire le traitement des âmes d’après la conduite observée avant la mort) ne se rencontre que chez les peuples déjà parvenus à un certain dégré de culture.

La transition entre la théorie de la continuation et la théorie de la rétribution s’observe chez les peuples qui font une destinée meilleure, soit à ceux qui ont fidèlement servi les dieux (Apalaches de la Floride; nègres de la Guinée Polynésiens) soit à ceux qui sont morts en rendant service à la communauté : guerriers tombés sur les champs de bataille, victimes immolées aux dieux, femmes mortes en couches, grands chasseurs et habiles pêcheurs (Esquimaux, certains Peaux-Rouges, Mexicains, Péruviens, Toupinambas du Brésil, anciens Germains). — Dans la Guinée septentrionale, ainsi que chez les Chinois, on croit que les âmes des morts se transforment en esprits bons et mauvais, suivant leur conduite pendant la vie.

Les théories de la rétribution et de la continuation existaient encore parallèlement chez les Grecs (l’Hadès d’une part, de l’autre les Champs Elysées et le Tartare).

Si la religion tend à renforcer la morale, celle-ci, à son tour, réagit sur la religion qu’elle épure.

Toutefois, chez les peuples non-civilisés, cette moralisation du culte ne se manifeste guère que par l’abolition des sacrifices humains ; c’est à un niveau supérieur qu’appartient la suppression des rites immoraux, la répudiation des histoires scandaleuses sur le compte des dieux, l’évolution symbolique du sacrifice et de la prière, l’interprétation morale de la lutte entre les puissances lumineuses et ténébreuses, fécondantes et stérilisantes (Égypte, Perse, Phénicie), enfin la transformation des dieux-nature en divinités abstraites qui personnifient les meilleures aspirations de l’homme.

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