RÉSUMÉ ET SYNTHÈSE
lations aussi arriérées que les nègres et les Peaux- Rouges, elle indique simplement la tendance de ces peuples à organiser le monde surhumain sur le plan de la société humaine ; d’ailleurs, dans ce dieu suprême, il est facile de retrouver, en général, un corps céleste ou un phénomène personnifié (le ciel, le soleil, le vent, etc.).
B. — L’assertion que l’homme aurait commencé par l’adoration d’esprits indépendants et anonymes exige l’explication préalable du problème : comment s’est formé la notion d’esprit?
C. — M. Herbert Spencer pense que la première forme de religion a été le culte des morts.
L’homme serait resté sans religion jusqu’au jour où les apparitions du sommeil lui auraient fait admettre l’existence d’une âme ou plutôt d’un double, survivant au corps et intervenant dans les affaires des hommes. Si l’on a ensuite prêté une âme aux animaux, aux plantes, aux corps célestes, aux phénomènes naturels, aux objets inanimés, c’est parce qu’on les aurait confondus avec des chefs ou des prêtres qui, durant leur vie, avaient porté le nom de ces êtres ou de ces phénomènes. Quant à la masse des esprits, ce seraient simplement des défunts dont l’individualité est tombée dans l’oubli. — Cette théorie explique comment l’homme en vient à concevoir, pour l’esprit, c’est à dire pour la personnalité des choses ainsi que des êtres, la possibilité d’une existence distincte du corps, mais elle ne peut rendre compte de la façon dont s’opère la personnification et la divinisation des objets et des phénomènes. — La distinction de l’animé et de l’inanimé se développe au lieu de s’embrouiller avec les progrès de l’esprit humain. — 11 est inadmissible que la déification des objets et des phénomènes naturels ait partout sa source dans l’oubli du sens primitif d’un nom propre. — Si l’homme primitif traite ses dieux comme des puissances terrestres, ce n’est point parce qu’ils sont d’anciens chefs, mais simplement parce qu’il leur prête une personnalité analogue à celle de ses chefs. — Là où on peut remonter suffisamment l’histoire du développement religieux, comme en Polynésie et en Chine, on voit que le culte des ancêtres a graduellement succédé au naturisme.
D. — Reste le naturisme. Tout indique que la première forme de religion a dû se manifester par le culte d’objets ou d’êtres qui paraissaient à l’homme posséder une personnalité en relation avec la sienne.
L’homme, parvenu à la conscience de sa personnalité, a cru reconnaître dans toutes les manifestations de la nature, le résultat de raisonnements, de sentiments et de voûtions analogues aux siennes. Parmi les personnalités imaginaires qu’il a ainsi crées, il a ensuite déifié celles qui lui semblaient exercer, par des voies mystérieuses, une action soit bienfaisante, soit nuisible.
cours d’histoire des religions.
Tendance à tout personnifier chez les peuples restés au dernier dégré de l’échelle sociale. — Tendance analogue chez l’enfant. — Absence du neutre dans les langues les plus rudimentaires. — La personnification des choses ne provient pas de ce que leurs noms reçurent originairement une terminaison impliquant le genre et par suite le sexe ; mais leurs noms ne reçurent cette terminaison que parcequ’on les croyait douées de vie et de personnalité.
Quels ont du être les premiers objets ainsi adorés?
Thèse du président. de Brosses, reprise par Auguste Comte, que l’homme aurait commencé par le fétichisme, pour passer de là au polythéisme, puis au monothéisme. Cette thèse. est fondée, si, par fétichisme, on désigne l’état religieux où l’homme prête à toutes choses des facultés analogues aux siennes, bien qu’agrandi es* et multipliées (Girard de Rialle) ; — ce qui est le naturisme; — elle est erronée, si, par fétichisme, on entend simplement l’usage d’amulettes que, par une fausse application de la loi d’association, l’homme aurait estimées susceptibles d’amener ou de prévenir certains évènements.
Thèse de M. Max Muller que les premières divinisations n’ont pu s’appliquer à des objets tangibles, parce que la notion de mystère ou d’infini y faisait défaut, mais qu’elles ont dû comprendre exclusivement des objets, intangibles ou semi-tangibles, échappant par un côté quelconque à la perception humaine. — Il y a à faire observer que, pour le sauvage, les objets tangibles sont tout aussi mystérieux que les autres dans leur nature et dans leur action.
Thèse de M. Albert Réville que les premiers objets de la vénération humaine ont dû être la plante nourricière et la lune, dissipatrice des ténèbres. Il est admissible, en effet, que les hommages religieux ont dû s’adresser d’abord aux puissances répondant à ces deux principales préoccupations de l’homme primitif : nourriture et sécurité. — Cependant il faut faire la part des circonstances dans le. choix des premiers dieux et ce rôle a pu échoir également à l’aurore, à la source désaltérante, au lac poissonneux, au premier foyer, à la foudre, à la hache de silex, à l’animal féroce, au gibier même, etc. — Danger de trop vouloir préciser.
A mesure que la réflexion a grandi, le champ de la personnification et par suite de la divinisation a dû comprendre un nombre croissant d’êtres, d’objets et de phénomènes.
Le culte s’adresse, même dans le naturisme, non à la forme matérielle, mais à la personnalité qu’on y croit logée. Jusqu’ici, toutefois, on ne sépare point cette personnalité, ou esprit, de son enveloppe sensible.
La croyance, — engendrée par les rêves, — que les esprits des êtres et des choses peuvent survivre à la dissolution du corps, mène d’une part à invoquer les morts (nécrolâtrie), de l’autre à