‹ L'histoire générale des religionsChapitre 49 sur 53 · RÉSUMÉ ET SYNTHÈSE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET SYNTHÈSE

peupler l’univers d’esprits bientôt anonymes et indépendants (spiritisme).

Les esprits sont d’abord conçus comme des doubles immatériels ou plutôt semi-matériels; ils peuvent donc garder les formes, simples ou combinées, des êtres et des objets les plus divers, alors même qu’on leur prête les facultés, les passions et les aventures de l’homme (anthropophysisme). Cependant, à force de leur prêter la nature morale de l’homme, on finit par leur attribuer aussi la forme humaine (anthropomorphisme).

Au spiritisme se rattachent le fétichisme et l’idolâtrie.

Les esprits des morts interviennent particulièrement dans les cas où l’on pourrait utilement invoquer le secours d’hommes puissants, chefs ou sorciers ; les esprits de la nature dans tous les cas spéciaux où les êtres, les objets, les phénomènes avec lesquels ils sont en rapport, ont un rôle à jouer dans les affaires humaines. Mais il faut remarquer, d’une part, qu’on prête, même aux vivants, et à plus forte raison aux morts, le pouvoir magique de commander aux phénomènes naturels ; d’autre part qu’on finit par attribuer aux esprits de la nature des fonctions en rapport avec les occupations ordinaires de l’homme. Ainsi s’opère, comme on peut l’observer chez les Finnois, la fusion entre les esprits de la nature et les âmes des morts. Néanmoins les ancêtres restent, en général, l’objet d’un culte particulier.

L’observation des ressemblances entre individus de même espèce mène à la conception de l’espèce, en même temps qu’à celle d’un génie qui personnifie l’espèce et qui en régit tous les membres.

Les haltias des Finnois ; divinités des espèces chez les Peaux-Rouges, les Péruviens, les Polynésiens, (cf. les archétypes de Platon).

La conception des divinités des espèces marque la transition au polythéisme (Auguste Comte).

Cette transition à peine pressentie chez les nègres, déjà esquissée chez les Polynésiens, est en plein développement chez les Finnois.

On continue, dans le polythéisme, à admettre une multitude d’esprits, soit en rapport avec certaines catégories de phénomènes (esprits des eaux, des bois, des airs, de la terre, etc.), soit indépendants de toute connexion avec des objets matériels (esprits anonymes, démons, mânes, etc.) Mais on subordonne ces esprits aux divinités abstraites des collectivités et des espèces qui formeront désormais, avec les personnifications de certains objets particulièrement importants (le ciel, le soleil, la lune, etc.), les principaux membres du panthéon. Au même rang parviennent quelquefois les personnifications de principes abstraits et les âmes de certains héros, élevés au dessus de la foule après la mort comme pendant la vie.

cours d’histoire des religions.

Les divinités supérieures régissent à la fois le cours de la nature et la vie de l’homme ; elles ne diffèrent des esprits que par la multiplicité et l’étendue des pouvoirs.

Un pas de plus dans le développement de cette hiérarchie et à sa tête se placera un dieu suprême, régent de l’univers, père (Indo-Européens) ou chef (Chinois) des hommes et des dieux.

En même temps le travail de subordination et de coordination théologiques se poursuit, soit par l’établissement de généalogies divines (Polynésiens, Grecs), soit par le rapprochement et la fusion des divinités reposant sur des conceptions analogues (Egyptiens, Romains), soit par la répartition des fonctions divines entre les principales puissances du panthéon (Finnois, Mexicains) — soit enfin par les dispositions religieuses qu’on a qualifiées d ’hénothéisme (Aryas) et de monolâtrie (Juifs avant la captivité, Assyriens).

Au point de l’évolution religieuse où nous ont conduit ces leçons, les idées les plus hautes comme les plus grossières, — en ce qui concerne non seulement la nature et le rôle des dieux, mais encore les formes et les institutions du culte, le rôle du sacerdoce, le caractère moralisateur de la religion, les destinées futurs de l’homme, etc. — peuvent se déduire, sans solution de continuité, des croyances et des usages qui forment le fond commun de la religiosité chez les peuples placés au dernier dégré de l’échelle sociale.

Page 1