QUATRIÈME LEÇON
Des formes rudimentaires de la religion.
Arbre généalogique des religions actuelles. — Nécessité, pour comprendre une religion, de connaître les religions dont elle procède. — En remontant ainsi vers la source, on aboutit à un état religieux qu’on ne peut plus atteindre par l’histoire. — A mesure qu’on s’approche de cet état préhistorique, on voit se multiplier les chances et les pratiques qui caractérisent les religions des peuples non-civilisés et qui se retrouvent, en partie, dans les traditions populaires des peuples civilisés. — D’où l’utilité de commencer l’histoire des religions par l’étude de ces croyances et de ces pratiques.
Matériaux pour servir à l’étude de la religion chez les peuples noncivilisés : Descriptions de visu ou de auditu et traités d’ethnographie. — Précaution avec laquelle il faut faire usage de ces matériaux. — Principales causes d’erreur : chez les observateurs, difficulté de comprendre les sauvages et de s’en faire comprendre; difficulté plus grande encore de se rendre compte de leur état d’esprit ; danger des idées préconçues et des déductions hâtives; — chez les observés , répugnance générale des sauvages à parler de leurs croyances, parfois désir de mystifier leur interrogateur; indolence naturelle des esprits incultes qui aiment mieux inventer que faire un effort de réflexion ou de mémoire; — dans les œuvres d? ensemble, renseignements incomplets, altérations inconscientes, tendance à ne réunir que les faits appuyant une conclusion préconçue.
Cependant le développement de l’esprit d’observation, non moins que la multiplicité des informations se contrôlant les unes les autres, ont permis d’arriver à des résultats positifs et à peu près certains pour ce qui concerne les croyances des peuples non-civilisés. — Coup d’œil sur les travaux de l’ethnographie contemporaine.
Il existe deux méthodes pour décrire les formes rudimentaires des religions :
1° Décrire successivement les croyances et les pratiques
cours d’histoire des religions.
propres à chaque peuple où à chaque groupe ethnique de peuples non-civilisés.
2° Rassembler, dans des vues d’ensemble, les croyances et usages rudimentaires qui se rapportent à un même objet (culte des pierres, des plantes, du feu, du soleil, des morts, etc.), en empruntant ces matériaux aussi bien au folk-lore et même à l’histoire des religions organisées qu’aux religions des peuples non-civilisés.
Le premier procédé est peut-être plus sûr, en même temps que plus strictement conforme û la méthode historique; mais, il expose à des longueurs et à des redites. Le second permet mieux de signaler les points importants, de constater les identités et les différences, enfin de dégager les grandes lignes du développement religieux dans ses formes rudimentaires. D’un autre côté il n’offre pas ici les inconvénients qu’il présenterait pour les religions historiques proprement dites. Enfin il permet de mettre certaines croyances ou coutumes des non-civilisés en rapport avec les idées ou usages analogues qu’on observe jusque parmi les peuples les plus avancés du passé et du présent.
Y a-t-il des peuples sans croyances religieuses? — En tout cas, ils sont encore à trouver.
Examen des assertions contraires, qui reposent toutes, soit sur une observation superficielle et incomplète, rectifiée par des renseignements ultérieurs, soit sur une notion trop étroite de la religion.
Qu’adorent, en général, les peuples non-civilisés? Il serait impossible de dire ce qu’ils n’ont pas adoré. — La phrase de Bossuet : « Tout était Dieii, excepté Dieu même. » — Classement sommaire des objets de leur adoration.
L’identité de deux croyances ou de deux usages religieux ne suffit pas pour dénoter une communauté d’origine. Il reste à examiner si ces phénomènes n’ont pas leur source dans une disposition commune de l’esprit humain à un certain moment de son évolution (ex : le fétichisme, l’idolatrie, les pratiques les plus répandues de la sorcellerie, la croyance aux loups-garous, les mutilations comme symbole de deuil, le totémisme , la croyance que les éclipses sont dues à un monstre qui cherche à dévorer les corps célestes, etc.).