OBSÈQUES DE CHARLES-QUINT
Depuis l'an 1547 jusqu'à l'an 15S8.
Cependant, au milieu de tant de gloire, de grandeur et de vicissitudes, Charles-Quint approchait de la vieillesse ; les travaux sans nombre qui l'assiégeaient depuis près d'un demi-siècle qu'il portait des couronnes, les fatigues de tant de guerres et de voyages, les soucis inséparables du pouvoir souverain, avaient sensiblement altéré la santé robuste qu'il tenait de la nature, et affaibli Ténergie de son âme. Plus d'une fois, comme il arrive souvent aux hommes les plus élevés en dignité, il avait témoigné conabien le repos lui semblait préfé-
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rable aux agitations d'une existence remplie de tant d*événements , et on l'avait entendu à diverses reprises vanter la sage résolution de l'empereur romain Dioclétien y qui y parvenu au comble des grandeurs humaines^ n'avait pas hésité à déposer la pourpre impériale pour se retirer dans sa patrie , où il avait passé les dernières années de sa vie à cultiver de ses propres mains les légumes de son jardin. Cette histoire de Dioclétien , mes jeunes amis, vous est sans doute trop présente pour qu'il soit nécessaire de vous la rappeler, et il n'est aucun de vous qui ne soit prêt à me la répéter.
Dans les différents voyages que Charles-Quint, pendant le cours de sa vie laborieuse, avait faits en Espagne, il avait eu souvent occasion de remarquer l'agréable situation d'un monastère appelé Saiwt-Jcst , bâti à peu de distance de la ville de Plaisance , dans une province d'Espagne que l'on nomme I'Estra- MADURE ; et en effet , rien n'était plus riant que l'aspect de ce couvent de
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moines qui s'élevait dans une délicieuse vallée, où la température brûlante de.
TËspagne était sans cesse tempérée par un vent doux et léger ; de beaux arbres toujours verts Tabritaient contre les orales , et un limpide ruisseau arrosait les prairies qui l'environnaient. L'empereur avait conservé un agréable souvenir de ce monastère de Saint-Just, dont il parlait souvent avecplaisir, comme du plus beau lieu qu'il eût jamais rencontré, de sorte que personne ne fut surpris lorsqu'il ordonna qu'on lui préparât dans ce couvent un appartement où il pût venir se reposer lorsque cela lui conviendrait. Il défendit pourtant que cet appartement reçût aucun de ces ornements fastueux dont les demeures des rois sont ordinairement décorées. Les murs des deux principales lalles furent tendus, par son ordre, d'une étoffe de couleur sombre, et les autres n'eurent d'autre ameublement que celui qu'on place dans les cellules des moines, sorte de petites chambres où ces religieux dorment le plus souvent sur
un mauvais grabat^ par esprit d'humilité et de mortification. On était loin pourtant de soupçonner alors le dessein que Charles avait formé d'abandonner sans retour la puissance souveraine dont toute sa vie il avait paru si jaloux, pour venir dans cette retraite obscure consacrer ses derniers jours à la solitude et à la prière. Tout à coup l'empereur, qui se trouvait alors à Bruxelles, appela auprès de lui son fils Philippe, alors âgé de vingt-huit ans, et lui fit connaître que, fatigué des agitations de sa vie , il avait résolu de renoncer au trône et au monde pour achever paisiblement à Saint-Just le reste de sa carrière. Il aurait bien désiré laisser à la fois tous ses États à son fils, afin que cette vaste puissance qu'il avait fondée ne s'éteignît point avec lui ; mais la diète de l'Empire ayant conféré autrefois à Ferdinand , son frère , le titre de Roi des Romains , comme je vous l'ai dit ^ ce prince refusa de céder à son neveu le trône impérial, et Philippe fut forcé de se contenter des couronnes d'Espagne et