‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 5 sur 117 · LA CONJURATION DES PAZZI · texte numérisé non relu

LA CONJURATION DES PAZZI

des divisions qui avaient si longtemps agité cette contrée ; et les Pazzi^ quoique éloignés de Florence^ ne perdirent point Tespoir de se venger de leurs ennemis , et de rentrer dans leur patrie après les •nvoir immolés. Pleins de cette pensée^ ils décidèrent plusieurs nobles florentins que Torgueil des Médicis avait aussi irrités contre eux, à seconder leurs projets de vengeance; et bientôt une conjuration fut préparée pour que les bannis, rentrant secrètement dans Florence, signalassent leur retour par le meurtre de leurs ennemis. François Pazzi se mit à la tête de ce complot, persuadé qu'une fois les Médecis égorgés , le peuple applaudirait à leur sort et se joindrait à leurs meurtriers , car vous savez qu'il n'y a rien de plus inconstant que la multitude dans ses affections comme dans ses haines.

Les conjurés, parmi lesquels se trouvaient quelques nobles que Laurent et son frère croyaient leurs amis , projetèrent d'abord de les attirer chez l'un d'eux

LÀ CONJtJlATIOIf DIS PÂ2ZI. 95

SOUS prétexte dun festin, et de les y faire poignarder par des hommes apostés ; mais les Médicis, soupçonnant quelques mauvais desseins contre leur vie, refusèrent de se rendre à toutes les fêtes auxquelles ils furent invités : le bruit même se répandit que Julien, le plus timide des deux frères, ne sortait plus de sou palais, sans porter sous ses habits une cuirasse qui le mît à Tabri des coups d'un assassin» Malheureusement cette juste défiance de leur part, au lieu de détourner les conjurés de leurs desseins, ne fit que les décider à en presser Texécution ; et bientôt il fut résolut entre eux que ce serait dans Téglise même où les Médicis se rendaient pour entendre la messe, que ce double meurtre serait accompli. A la vérité, cet attentat, ainsi commis au pied des autels et en quelque sorte en présence de Dieu même, parut une action si horrible à quelques-uns des conjurés que plusieurs refusèrent d'y prendre part; mais François Pazzi, emporté par sa haine implacable contre les

HIST. MODERNI « T. I , 4* to. 2

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Médicis, détermina les autres à ne plus différer de la satisfaire.

En efTety à quelque temps de là ^ un jour de fête solennelle ^ Laurent et Julien s'étaient rendus à Téglise, suivis d'un grand nombre de seigneurs dont plusieurs portaient des poignards sous leurs vêtements , et la foule des assistants entendait le service divin avec recueillementy lorsque tout à coup la cloche ayant donné le signal de l'élévation , les conjurés, qui n'attendaient que le mo«ment où leurs victimes baisseraient la tête pour l'adoration, se jetèrent avec violence sur les deux princes, et percèrent de coups de poignard le malheureux Julien , qui tomba mort sur la place. Quant à Laurent, qui n'avait reçu qu'une légère blessure, ayant eu le temps de tirer son épée, il s'en servit avec tant de courage et de présence d'esprit, qu'il parvint à se faire jour à travers les assas* sins et à se jeter, avec quelques serviteurs fidèles, dans la sacristie de l'église dont les portes de bronze furent fermées sur

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lui , et le sauvèrent de la rage de ces forcenés.

Mais tandis que ce prince échappait ainsi presque miraculeusement à la fu« reur des Pazzi^ les amis des Médicis se répandant dans toute la yille et courant aux armes, sonnèrent la cloche d'alarme qui ne retentissait jamais que dans les dangers publics y et excitèrent vivement la colère du peuple contre les meur»

triers , en les accusant d'homicide et de sacrilège.

£n un instant , ces hommes , qui s'étaient flattés que la populace se joindrait à eux, se virent assaillis au contraire par la foule qui , se jetant sur tous les conjurés qu'elle put atteindre, mit en pièces la plupart de ces malheureux. François Pazzi lui-même, principal auteur de cet attentat, qui avait été gravement blessé dans le combat, fut arraché de son lit et pendu à l'une des fenêtres du palais Médicis ; et de tous ceux qui avaient pris part à cette conjuration, un petit nom* bre seulement parvint à sortir de Flo-

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rence sous divers déguisements, et à trouver un refuge à Rome. Plusieurs d'entre eux ne se croyant pas en sûreté contre la vengeance des Médicis tant qu'ils seraient en Italie , allèrent même chercher un asile jusqu'à Constantinopie; mais, quelques années plus tard, Laurent* ayant découvert leur retraite, les réclama comme des meurtriers et des parricides au sultan Mahomet II, qui les renvoya à Florence où ils périrent tous du dernier supplice.

Telle fut, mes bons amis, l'issue de cette fameuse conjuration des Pazzi dont vous entendrez souvent parler dans des livres plus savants que celui-ci. Quoique ce terrible événement eût privé Laurent d'un frère, il fut pourtant plus favorable aux Médicis que ne l'eussent été plusieurs victoires remportées sur leurs ennemis ; car, dès ce moment, personne n'éleva plus d'obstacle à la grandeur de cette maison que le ciel avait si visiblement protégée dans cette circonstance périlleuse ; et Laurent le Magnifique, devenu

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plus sage par le danger qu'il avait couru, gouverna glorieusement les Florentins, façooDes désormais à robéissaoce.

La domination que Laurent de Médicis exerça pendant un grand nombre d'années sur la république florentine, est surtout remarquable par la protection éclairée que ce prince accorda dans cette ville aux savants et aux artistes, qu'à l'exemple du grand Cosme, il y appela de toutes les provinces d'Italie. Sans cesse environné des personnages les plus marquants de cette époque par leurs talents et leur savoir (parmi lesquels je dois vous citer Pic de La Mirandole, rhomme le plus extrordinaire qui ait jamais existe par la variété de ses connaissances et la vivacité de son esprit), Laurent le Magnifique donna son nom à la précieuse bibliothèque que son illustre aïeul avait fondée, et établit lui-même, dans ses jardins de Florence, sous le titre d'ÂCABEMiE , une école de peinture d'où sortirent plus tard presque tous les peintres fameux qui font encore aujour-

âO LA CONJURATION DES PÀZZI.

d'hui la gloire de l'Italie, çt dont j'aurai bientôt occasion de vous nommer les plus célèbres.

SYirCHRONISMES DB I. HISTOIRE DB FRANCE.

1464. Suite du règne de Louis XI.

4465. Bataille de Mondhéry.

1467. Charles le Téméraire devient duc de Bour« gogne.

1470. Naissance du Dauphin ( Charles VIII).

1471. Invasion du duo de Bourgogne en Picardie,

— Siège de Beauvais. — Héroïsme de Jeanne Hachette.

1477. Mort de Charles le Téméraire devant Nancy.

— Supplice de Jacques d* Armagnac , duc de Nemours. — Louis XI réunit la Bourgogne et l'Artois au royaume de France.

1X8 DUCS PB MILAN. St

LES DUCS DE MILAN

Depuis Tan 1478 jiu(pi*à l'an 1493.

Je ne sais , mes jeunes amis , si vous TOUS souvenez d*avoir lu dans un autre livre l'histoire de ces farouches Condottieri , que , pendant la plus grande partie du moyen âge, les républiques italiennes, toutes adonnées au commerce, achetaient pour se battre, lorsqu'elles avaient besoin de soldats.

13 n jour qu'une troupe de ces aventu* riers traversait la campagne de Rome , enseignes déployées et marchant au son d'une musique guerrière, un jeune labou* reur, attiré par l'éclat de cet appareil militaire , s'était arrêté sous un chêne pour admirer la bonne mine de ces soldats y leurs chevaux richement capa-

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raçoQoés et leurs armes étiacelantes ; doué lui-même d'une taille avantageuse et d'une figure remarquable , quelques soldats , en passant , l'engagèrent à les suivre , en lui vantant tous les agréments de la vie qu'ils menaient , grassement payes souvent pour ne rien faire, et vivant sans cesse aux dépens du peuple des villes et des campagnes.

Jacques Attendolo (c'était le nom du jeune paysan), en écoutant leurs propositions, était bien tenté de s'associer à cette vie aventureuse pour laquelle il se sentait, malgré lui, un goût déterminé; mais il était retenu par l'idée de quitter ses vieux parents et la chaumière oîi il était né; et dans ce combat entre son penchant et sa piété filiale, qui annonçait un bon cœur, il résolut de se décider par quelque présage , selon la coutume des gens ignorants de ce temps -là, qui croyaient voir un pronostic dans les choses les plus insignifiantes : « £h bien! s'écria-t-il, je vais lancer contre ce chêne la cognée que je tiens dans ma main ^ et

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si elle entre assez dans cet arbre pour y rester attachée , je me ferai soldat. » En * achevant ces mots , Jacques lança cet instrument tranchant avec tant de violence^ qu'il pénétra profondément dans le tronc du chêne et y demeura fixé. De ce moment le jeune Âttendolo n'hésita plus , et s'arrachant, non sans verser bien des larmes , des bras de sa famille , il suivit ses nouveaux camarades, qui lui donnerent le surnom de Sforza. ou Sforce, parce que c'était de toute sa force qu^il avait lancé la cognée qui avait décidé sa vocation.

A cette époque de troubles et de guerres sanglantes qui ravageaient successivement toutes les provinces italiennes, mes jeunes amis, rien n'était plus ordinaire que de voir d'obscurs soldats parvenir, par leur valeur, jusqu'aux rangs les plus élevés de la milice, et devenir eux-mêmes les chefs de ces bandes mercenaires. Ce jut précisément ce qui arriva à Jacques Sforce , qui , après avoir combattu avec un courage et des talents remarquables

â4 LES DUCS DE MILAN.

dans plus de cent batailles , devint à soa tour un des plus fameux condottieri de ritalie. Cet homme intrépide, qui servit successivement Florence , Rome , Milan , parvenu à un âge avancé , périt en voulant sauver à la nage un de ses pages qui se noyait dans un torrent ; et son corps , entraîné par la pesanteur de son armure, disparut à la vue de ses compagnons qui ne purent jamais le re-trouver ; mais il laissait un fils nommé François Sforce, qui lui succéda à la tête des bandes redoutables que Jacques avait si souvent conduites à la victoire ; et bientôt François , qui n'avait pas moins de mérite que son père , acquit comme lui 'une renommée de bravoure et d'habileté qui devait , en peu d'années , l'élever au rang des principaux princes de rilalie.

Maintenant il faut que je vous dise , mes jeunes amis, que, pendant les querelles des papes et des empereurs d'Allemagne , la souveraineté de la ville de Milan et d'une partie de l'ancienne Lom-

us DUCS M VILàH. 36

iardie, h laquelle on doosait le non de MiLANSz , avait été accordée avec le titre de DUC de Milan, par un empereur de la maison de Souabe, à une noble fannille du nom de YisGoifT], qui devint bientôt une des plus illustres de TEurope. Je dois même vous rappeler, à ce propos, Thistoire de cette intéressante Yalentine Visconti , duchesse d'Orléans , dont il est question dans l'histoire de France, et qui, du temps de la démence du roi Charles VI, mourut de douleur du meurtre de son mari , lâchement assassiné dans une rue de Paris par Jean sans Peur, duc de Bourgogne, son cousin.

Vers le temps où Cosme de Médicis s'é* levait au premier rang à Florence, il ar« riva que le dernier desYisconti étant venu à mourir à Milan , après avoir donné en mariage sa propre fille au condottiere François Sforce, celui-ci se présenta aux portes de cette ville , à la tête de son ar* mée j et s'en étant rendu maître , prit le titre de duc , que personne ne tenta de lui disputer. Les Milanais, pour prévenir

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de nouveaux malheurs^ consentirent à se soumettre à son obéissance ^ et François Sforce, après un règne long et glorieux , pendant lequel il sut se faire aimer et craindre de ses sujets , laissa la couronne ducale à son fils Galeas Marie , qui hérita sans opposition de la puissance et du titre de son père.

Il y avait déjà près de cinquante ans, mes jeunes amis, que cette race d'aventuriers occupait paisiblement le duché de Milan, lorsque Jeân Galéas, fils de Galéas Marie , fut appelé à lui succéder, étant à peine âgé de huit ans , et ce fut Toncle de ce jeune prince , nommé Ludovic le Maure (à cause de son teint basané qui lui donnait Pair d'un Africain), qui se trouva chargé de gouverner le Milanez , jusqu'à ce que son neveu fût en âge de régner par lui*méme.

Or, vous saurez que Ludovic le Maure était un homme ambitieux et cruel, qui^ jaloux de voir le titre de duc porté par ua enfant , conçut le projet d'en dépouiller le jeune Galéas , et de monter sur le trône

LES DUCS DB MILAN. 37

à sa place. Mais comme il n'ignorait pas que les Milanais, qui aimaient leur prince à cause de son innocence et de sa jeunesse, ne souffriraient pas une pareille injustice, il chercha quelque moyen d exciter des troubles en Italie pour parvenir à ses mauvais desseins; et jetant les yeux sur Charles VIII , roi de France , qui venait de succéder à son père, le farouche Louis XI, il fit proposer secrètement à ce prince de Taider à conquérir une partie de Tltalie, sur laquelle les rois de France prétendaient avoir des droits , comme je vous le dirai tout à l'heure.

BTVGHROKISMKS DS L^BISTOm DX WtiAXm.

\ 481 . Louis XI réunit TAnjou , le Maine et la Pro* Tence au royaume de France.

4483. Mort de Louis XI. — Son fiU Charles VIII lui succède.

1484. Étato généraux tenus à Tours.

1485. Louis , duc d^Orléans , prend les armes

contre la régente, duebesse de Beaujeu.

WIST. HODKANE T. 1. 4' IfcDlT. 3

38 LES DDGS DB MILAN

i -488. Bataille de Saint- Aubin-du-Cormier. — Captivité du duc d'Orléans.

1491 . Mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne. — Réunion de cette province à la France.

CHARLES YIII SN ITALU. 39

Depuis l'an 1492 jiuqa*à l*an 1498.

Vous souvient-il , mes bons amis, du jeune et infortuné Conradin , ce dernier rejeton de l'illustre famille de Souabe que Charles d'Anjou fit périr sur un échafaud , après Favoir dépouillé du royaume de Naples qui aurait dû lui appartenir? Eh bien, depuis ce funeste événement, une haine mortelle s'était conservée entre les princes de la maison d'Anjou et les successeurs de Pierre d'Aragon, époux de la fille de Manfred, à qui avait été porté le gant que Conradin , au moment d'expirer, avait jeté au milieu de la foule qui assistait à son supplice*

Depuis cette époque, des débats achar* nés avaient eu lieu entre ces deux familles

rivales 9 et, après bien des combats sanglants dont le récit serait sans doute peu intéressant pour vous , le dernier prince de la maison d'Anjou , qui se nommait René, comte de Provence, ayant été chassé de Naples par les Aragonais, avait cédé, en mourant, à Louis XI, tous ses droits sur ce royaume; mais le vieux monarque français était trop habile pour se laisser tenter par cette couronne étrangère ; et il avait mieux aimé, du fond de son château de Plessis-lez-Tours , réduire ses grands vassaux à Tobéissance, que d'entreprendre une guerre lointaine et périlleuse, où il aurait craint d'user inutilement ses trésors et ses soldats.

Malheureusement Charles VIII, qui succéda à son père sur le trône de France , n'avait point hérité de sa prudence ; et quoique sa grosse tête, sa taille épaisse, ses jambes courtes et ses larges pieds ne lui donnassent point l'air d'un héros , il avait un grand courage et une ardeur passionnée de batailles et d'aventures.

Aussi accepta- t-il avec empressement

CSAftLSS VIII B!f ITALII. 41

loffire que lui fît Ludovic le Maure de Vu* der à reconquérir le royaume de Naples, où régnait alors un prince de la maison d'Aragon nommé FERDinAirD; et bientôt une formidable armée française, traînant après elle un grand nombre de ces terribles canons dont Tusage devenait de plus en plus fréquent à la guerre , parut sur les Alpes, ces hautes montagnes qui, comme vous savez, sépai*ent la France de l'Italie.

Or, je dois vous faire remarquer que cette armée, que Charles VIII conduis sait ainsi à la conquête du royaume de Naples, ne ressemblait plus à ces bandes tumultueuses et mal armées , que les ba«* rons du moyen âge amenaient à leur suzerain au temps de la féodalité. Depuis le règne de Charles VII, qui, avec Taide de la simple et courageuse Jeanne d'Arc , avait chassé les Anglais de son royaume, ces troupes indisciplinées avaient fait place à des escadrons de cavaliers auxquels on donnait le nom de gers d'armes, à cause des pesantes armures de fer dont

ils étaient revêtus , et à des compagnies de FRAWCS-ABCHERS,' sortc de soldats à pied dont Tare était Tarme principale; mais ce qui formait la troupe la plus nom*» breuse de celte armée , c'étaient des bataillons de Suisses j ces pauvres et vail«lants montagnards qui, du temps de Guillaume Tell, s'étaient affranchis delà domination autrichienne. Ces soldats in-o trépides se vendaient aux princes de l'Europe qui voulaient les payer pour faire la guerre ; et cet usage des Suisses, de servir ainsi pour de l'argent les nations étrangères , s'est conservé jusqu'à nos jours , où plusieurs souverains entretiennent encore dans leurs États des troupes de cette nation.

Mais, si les Italiens voyaient avec surprise celte armée traverser leur pays, le» Français n'étaient pas moins étonnés da spectacle nouveau pour eux que leur of* frait l'Italie. Au lieu des villes sombres et étroites dont la France était couverte dans ce temps-là , ils voyaient des cités riches et populeuses ^ où s'élevaient des

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palais de marbre, des églises magniâquement bâties , et d'élégantes maisons ta* pissées intérieurement d'étoffes de soie fabriquées à Florence et à Milan. De tous cotés s^ offraient à leurs regards de pré* cieuses statues de marbre ou de bronze , des tableaux peints par des maîtres habiles, des miroirs de Venise, et enfin cette multitude de meubles utiles ou agréables dont Tusage s'est répandu depuis ce temps daus tous les pays de FEurope. Alors les guerriers français commencèrent à apprécier le mérite d'une existence plus douce et plus commode ; ils rougirent en quelque sorte de leur pauvreté et de leur rudesse, et ceux d'entre eux qui retournèrent dans leur patrie ne pouvaient se lasser de ra«conter à leurs parents et à leurs amis tout ce qu'ils avaient vu de curieux dans leur voyage.

Cependant, pour parvenir au royaume de Naples, il fallait que les Français traversassent l'Italie presque entière , et leur marche ressemblait plutôt à un triomphe

qu à celle d^une armée qui se prépare à combattre. Dans toutes les villes où ils passaient, ils étaient accueillis par les habitants avec respect et bienveillance ; des fêtes et de pompeuses cérémonies les attendaient aux portes de chaque cité, et des spectacles, dont on n'avait encore aucune idée en France à cette époque j célébraient leur passage et leur bienvenue. A la vérité, Pair fier et l'arrogance des chefs et des soldats français excitaient quelquefois le mécontentement des Italiens, mais la crainte d'irriter ces redoutables étrangers les retenait dans le silence.

Ce fut ainsi que Charles VIII et son armée parvinrent en peu de jours aux portes de Milan, où Ludovic le Maure les attendait avec impatience; ce seigneur avait fait disposer des tentures et des décorations dans toutes les rues que le monarque français devait parcourir, et luimême s'avança à sa rencontre pour le complimenter, à la tête des principaux barons du Milanez. Ce méchant homme

CHAKLIS YIU IN ITAUB. 45

aurait bien voulu que son neveu , Jean Galéas, ne parût point en présence de Charles, et il lui avait même interdit de sortir de la citadelle de Milan où il le tenait en quelque sorte prisonnier ; mais ce prince infortuné, malgré la défense de son oncle, vint se jeter aux pieds du roi de France avec la jeune duchesse, son épouse , qui était une belle et vertueuse princesse, de Tune des plus nobles maisons d'Italie, pour le supplier d*avoir pitié du sort rigoureux où les retenait Timpitoyable Ludovic, qui les laissait quelquefois manquer de vêtements et de nourriture. Charles parut touché des larmes de ces deux pauvres jeunes gens ; il les releva avec bonté lorsqu'ils embras* sèrent ses genoux, et leur promit de ne point les abandonner ; mais malheureu« sèment le roi , qui était vif et léger, oublia ses promesses aussitôt qu'il eut quitté Milan, et dès le lendemain , le bruit se répandit dans toute lltalie que Jean Galéas était mort dans sa prison , empoisonné par son oncle qui eut Taudace de

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se faire^ à Tinstant même, proclamer due de Milan. Cette mort imprévue causa pourtant de vifs regrets à Charles, dont le cœur était généreux, malgré son étour* derie , et depuis ce moment , il ne put cacher Taversion que lui inspirait Ludo> vie Sforce, qu'il soupçonnait avec raison de ce crime odieux.

Pendant ce temps , Tarmée française s'était emparée de Rome où le papQ Alexaitdre YI, qui occupait alors le siège de Saint-Pierre, la vit pénétrer avec tant d'effroi , qu'il se réfugia précipitamment au château Saint«Ange; mais Charles ne s'arrêta que peu de jours dand la capitale du monde chrétien, et bientôt il se présenta aux portes de Naples où la terreur de ses armes l'avait précédé. A l'approche de cet ennemi formidable, Ferdinand d' Ar,agon , saisi d'épouvante, s'était embarqué pour chercher un refuge en Sicile ^ abandonnant ainsi son royaume aux Français qui s'en rendirent maîtres presque sans combat.

Alors le roi Charles, qui aimait le faste

CHABLXS YIII EN ITAUB. 47

et les cérémonies , résolut de faire son entrée dans cette ville avec tout Tappareil qui convient a un puissant monarque ; monté sur le plus beau cheval qu*on put trouver, et suivi des principaux seigneurs français, il parut à la tête de son année, le front chargé d'une couronne d'or, couvert d'un magnifique manteau sur le* quel étaient brodées des fleurs de lis , et tenant de sa main droite un globe d'or, tandis que sa gauche soutenait un sceptre enrichi de pierreries. Quoique le roi, qui était d'une petite taille et d'une figure peu imposante, fût presque écrasé sous ces ornements, le peuple de Naples, émerveillé de ce spectacle, faisait éclater mille acclamations sur son passage, et les plus belles dames napolitaines , magnifia quement parées, garnissaient les balcons de toutes les rues que le cortège devait traverser. Il semblait que l'arrivée du roi de France dans cette capitale étrangère fût un jour de fête et de délivrance pour le peuple de Naples; et Charles, en-»

ivre de cette joie bruyante , se croyant

au comble de la gloire et de la puissance, ajouta à son titre dfi roi de France celui de roi de Naples et de Sicile, qu'il ne devait pas conserver longtemps.

En effet , mes jeunes amis , pendant que ce prince imprudent jouissait ainsi paisiblement de cette facile conquête, un orage qu'il était loin de prévoir se formait derrière lui, et menaçait de rendre impossible son retour dans son propre royaume. Depuis que Ludovic le Maure, dont la perfidie égalait la cruauté, n'avait plus rien à espérer du secours des Français, il voyait avec impatience la Lom* bardie envahie par ces fiers étrangers, que leur orgueil et leur rudesse rendaient plus odieux chaque jour aux Italiens ; et bientôt, une ligue, c'est-à-dire une alliance , se forma entre les Vénitiens, les Milanais et d'autres peuples encore, pour exterminer ces hôtes incommodes qu'ils ne regardaient plus que comme des barbares. Charles, qui s'était mis en marche pour retourner en France avec une partie de son armée , n'apprit

CHABLIS TIII IN ITAUI. 49

leurs desseins que lorqu'îl était trop tard pour les prévenir ; mais comme il connaissait la valeur de ses soldats, il n'hésita point à poursuivre sa route vers les ÂlpeSy et parvint a se faire jour à travers ses ennemis, après les avoir vaincus dans une bataille, auprès d*un village appelé FoRNOUE, oii il combattit lui-même avec courage au premier rang de sa gendarmerie, c^<est-à-dire de ses gens d'armes, qui firent un grand carnage des bataillons italiens , que les Suisses achevèrent de mettre en fuite.

Peu de mois après la bataille de Fornoue, le royaume de Naples retomba au pouvoir des princes d'Aragon auxquels Ferdinand le Catholique , leur parent , avait envoyé une armée espagnole sous les ordres de Gonzalve de Cordoue, le plus habile général de son temps, que ses talents pour la guerre avaient fait surnommer le GRAND CAPITAINE ; de sorte que le fruit de cette entreprise aventu* reusè de Charles YlIIfut aussitôt perdu pour les Français ; mais ils connaissaient

50 CHARLES TIII BN ITÀLIS.

maintenant le chemin de ritalie, et pen« dant de longues années cette contrée devait être désormais pour notre nation le théâtre de brillants exploits , mais aussi de désastres incalculables.

SYirCHROinSMES DB l'hISt'oiBE DE FBAKCE.

1494. Départ de Charles VIII pour coocpérir \»

royaume de Naples.

1495. Bataille de Fornoue. — Retour de Char-

les VIII.

1498. Mort de ce prince.— Avènement de Louis XII au trône de France.

il lÉPUBUQOB Dl fimSK. SI

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U RÉPUBUQUE DE VENISE,

Depuis l'an 1496 juaqn^à Tan 1508.

D« toutes les républiques commerçantes d'Italie , mes jeunes amis , celle qui, à cette époque, avait atteint le plus haut degré de puissance et de prospérité, c'était Venise, cette ville des eaux, bâtie, comme je vous Fai expliqué ailleurs, sur les lagunes du golfe Adriatique , et dont les habitants, par leur industrie, avaient acquis des richesses immenses.

Mais ces marchands vénitiens , depuis plusieurs siècles , ne se contentaient plus de jouir paisiblement de leur opulence, et comme les anciens Carthaginois que vous avez appris à connaître dans Thistoire romaine, ils voulurent avoir aussi des flottes et des années : à une épo-

que où aucune des nations de l'Europe ne pouvait encore entretenir des vaisseaux et payer chèrement des soldats, le pavillon de Saint-Marc, qui était l'étendard de leur république, flottait déjà sur la mer Noire et sur la Méditerranée; ils s'étaient rendus maîtres de la plupart des îles grecques j possédaient sans partage rUlyrie et la Dalmatie , et occupaient même Tancien Péloponnèse , auquel on donnait dès lors le nom de Mgree.

Cependant si les vaisseaux vénitiens couvraient les mers, si de nombreux soldats faisaient respecter en Italie le nom de Venise , si cette opulente cité renfermait une population active et industrieuse, il ne faut pas croire pour cela que ses habitants fussent meilleurs op, plus heureux. Bien loin de là, la passion des richesses avait produit sur eux son effet ordinaire, en les rendant durs, insatiables et défiants à l'excès, et comme ils pesaient tout au poids de For, aucune mauvaise action ne leur coûtait pour en acquérir. Aussi rien n'ëtait-il plus triste

LA BÉPUBLIQCnS DE TSNISI. 53

et plus silencieux que l'aspect de cette ville bâtie sur les flots, et où Ton n'enten*dait que le bruit que font les rames en frappant l'eau , et les chants monotones des bateliers qui faisaient glisser leurs gondoles à travers les lagunes.

Dans cette ville sombre et commerçante, le principal magistrat portait le titre de duc ou doge, et c'était à lui que tous les autres citoyens étaient censés obéir. Mais la puissance du doge, depuis de longues années, se bornait à quelques pompeuses représentations où il se montrait en public, vêtu de pourpre et de drap d'or, et couronné d'une espèce de bonnet pointu dont le sommet incliné en avant était enrichi de pierreries,, et qu'à cause de cette forme bizarre, on nommaî|: la cori^e ducale. Dans les occasions solennelles, on portait devant lui des trompettes d'argent, un cierge allumé, une chaise couverte de drap d'or, des coussins de la même étoffe , et l'on soutenait au-dessus de sa tête un magnifique parasol pour le préserver de l'ardeur du

54 LA BÉPUBUQUX DE VElfISS.

soleil. Deux des premiers magistrats soutenaient la queue de son manteau , et il était suivi de tous les principaux seigneurs de la république.

Or, vous saurez qu'à Venise il existait, comme dans l'ancienne Rome, deux classes bien distinctes de citoyens. Les premiers, appelés kobles oupatricieets, dont la réunion formait la seigneurie, avaient leurs noms inscrits sur un livre précieusement conservé au palais de Saint-Marc , auquel on donnait le nom de LIVRE d'or ; cette distinction , qui n^appartenait qu'à un certain nombre de familles, était le prix des grands services rendus à l'État par leurs ancêtres, ou des postes éminents qu'ils avaient occupés dans la république. Les seconds, nommés POPULAIRES ou PLÉcéfENS, Comprenaient les simples marchands , ou les artisans nés et demeurant à Venise; car il n'était pas permis à un commerçant étranger de s'y établir, ni à un ouvrier vénitien d'aller habiter hors des terres de la république, de peur qu'il ne portât dans d'autres pays

LA RiPDBUQini fil YINISB. 55

ses talents et son habiletc. Ces hommes industrieux , par leur travail et leur activité, faisaient vraiment la force et la puissance de leur patrie ; mais aux nobles seuls appartenait le droit de faire partie du sénat ou grand cohseil , qui exerçait véritablement la souveraineté. Ce* pendant y comme un si grand nombre de personnes n'auraient pu se réunir chaque jour avec assez de promptitude et de secret , dix patriciens choisis dans le sénat et auxquels on donnait le nom de COHSEIL DES Dix , étaient chargés habituellement de gouverner la république.

Mais au-dessus du conseil des Dix, mes bons amis, il y avait encore une autre assemblée, composée de trois sénateurs seulement, à qui appartenait le titre re>* doutable d*iNQUisiTEX7RS d'État, parce que leur devoir était de s'enquérir et de s'informer continuellement de tout ce qui touchait à Tintéret du public et des particuliers. Ces inquisiteurs étaient les maîtres absolus de la république; car ils avaient droit de vie

et de mort sur tous les citoyens , quels que fussent leur rang et leur richesse, et le doge lui-même n'était pas au-dessus de leur puissance. Pour que leur autorité fût encore plus redoutée de tous les sujets de Venise, ils s'environnaient d'un mystère si impénétrable que Ton ignorait le lieu même où ils se réunissaient ; et chaque jour cependant on apprenait que quelque personne avait disparu ; *sans que ses parents ou ses amis, de peur de s'attirer la vengeance des inquisiteurs d'État, osassent même chercher à découvrir ce qu'elle était devenue. Quelquefois, après de longues années, oa apprenait que celui que l'on pleurait avait langui et expiré dans d'horribles prisons placées sous les lames de plomb qui couvraient le palais de Saint-Marc, oïl les malheureux prisonniers enduraient, avant de mourir, l'affreuse torture d'une chaleur si insupportable, que la plupart en perdaient la raison : d'autres fois, les inquisiteurs faisaient étrangler leurs victimes après leur avoir fait

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couvrir le visage d'un voile noir, afin que les bourreaux eux-mêmes ne les reconnussent pas; ou bien les faisaient lier dans un sac qu'une gondole allait jeter à la mer à une grande distance des lagunes. Tout était terrible et imposant dans l'existence de ce mystérieux tribunal, auquel une multitude d'hommes de toute condition, depuis les plus nobles patriciens jusqu'aux derniers ouvriers de l'arsenal oii se construisaient les galères vénitiennes, étaient chargés de rapporter secrètement tout ce qui se faisait et se disait chaque jour dans la république.

C'était par ce moyen que les inquisiteurs exerçaient leur surveillance sur les moindres actions des habitants de Ye* nise; et afin que les rapports de ces méprisables délateurs, qui savaient pénétrer jusqu'au sein des familles , pussent par* venir avec plus de sûreté entre les mains de ces magistrats , des têtes de bronze, dont la bouche était béante, étaient placées dans les différents quartiers de la ville pour recevoir leurs dénonciations.

Eh bien, mes amis , croiriez-vous que cette cité où la main invisible des inquisiteurs était sans cesse suspendue sur toutes les têtes ^ fût celle du monde entier où les fêtes, les spectacles et les réjouissances de toute espèce fussent les plus continuelles? Chaque année une solennité bizarre y attirait , de toutes les parties de Tltalie, une multitude d*étrangers, curieux d^assister à ce qu'on appelait le mariage du doge avec la mer Adriatique, et je vais tâcher de vous donner une idée de cette coutume singulière, qui fut observée dans cette république tant qu^elle exista.

Tous les ans, le jour de rAscension^ qui, comme vous savez, est une ded principales fêtes dans tous les pays chrétiens, le doge de Venise montait sur un vaisseau magnifiquement doré , auquel on donnait le nom de Bucewtaure, et qui ne devait jamais servir que dans cette circonstance. A un signal donné, ce navire s* avançait majestueusement en pleine mer, suivi d'une multitude de gondoles

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tes portant une foule de person* nés de toute condition, en habits de fête. Le soleil dltalie, éclairant la sur* face unie des flots, répandait un éclat prodigieux sur cette solennité, à laquelle toute la population de Venise, montée sur les toits en terrasse des mai* sons, prenait part en poussant des cris <le joie. Lorsque le Bucentaure était par* venu k une certaine distance des la* gunes, le doge , se plaçant sur la proue du navire, lançait un anneau d^or dans les flots, en prononçant de certaines pa^ rôles latines qui signifiaient u qu'il prenait la mer pour épouse, afin qu'elle lui fût soumise comme une femme Test à son mari. » A ces mots, les acclamations de la multitude faisaient retentir les rivages de l'Adriatique , et les Vé* nitiens , ce jour-là , oubliaient leur dé* fiance habituelle pour s'abandonner à la joie la plus vive.

Mais cette pompeuse cérémonie du mariage du doge avec la mer, n'était pas la seule distraction qui adoucît pour

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le peuple de Venise reffroi que lui eau» sait la mystérieuse puissance à laquelle il était soumis; pendant trois ou quatre mois , chaque année ^ cette ville naturel* lement silencieuse, devenait tout à coup bruyante et animée par les sons de la musique y les éclats de rire, les chants ^ les danses, les jeux de toute espèce, et enfin par les déguisements et les mascarades auxquels tout le monde , sans exception, se livrait avec une ardeur sans égale. C^était ce qu'on nommait le carnaval de Venise, alors célèbre dans toute l'Europe par la vivacité et la variété des plaisirs qui s'y trouvaient réunis.

Pendant ces quatre mois, on ne voyait dans les assemblées publiques ou particulières que des personnes déguisées sous mille costumes à la fois bizarres et élégants, ou dont le visage au moins était couvert d'un masque à barbe de soie. Le plus simple et le plus sombre de ces travestissements était celui auquel on donnait le nom de DOMmo , et qui ne

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ooDsistait qu'en une longue robe noire et une énorme perruque. C'était, le plus souvent, sous ce déguisement que les patriciens , les sénateurs , les seigneurs étrangers venaient prendi^e part à ces fêtes tumultueuses pendant lesquelles Venise paraissait habitée par une nation de fbus. Mais au milieu même de ces jeux du carnaval, la surveillance des inquisiteurs d'État était plus active que jamais, et malheur à celui qui, dans ces bruyantes journées , commettait la plus légère offense envers une personne masquée; les plombs de Saint-Marc ou les flots des lagunes faisaient de l'imprudent une prompte et sévère justice ; et c'était par là quecessinistresmagistrats montraient que leur ministère n'avait point pour objet de troubler la joie publique, mais au contraire de protéger ceux qui s'y livraient. Cette ville de Venise, mes jeunes amis , ne vous semble-t-elle pas un singulier assemblage de défiance et de joie, de terreurs et de plaisirs ? Eh bien , il fallait pourtant que ce mélange de tant

BIST. «ODERNE. T. I. 'l^ tWl, *

de qualités et de vices contraires eût son utilité , puisque la splendeur de cette république a subsisté presque sans altération pendant plus de douze siècles^ et cependant, comme vous le verrez dans la suite de cette histoire, cette cité opu* lente fut menacée plus d'une fois par des dangers auxquels elle n'échappa que par la seule énergie de ses institutions.

SYVCHROmSMES DE l'uISTOIHE DE VtiAJSCE,

1408. Mariage de Louis XII avec Anne de Bre^

tagne.

4499. Conquête du Milanez par Louis XII. i508. Ligue de Cambrai contre Venise.

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