HIST. «ODERHE. T, II. 4* ÉDIT
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Lorsque ce prince infortune fut contraint de chercher son salut dans la fuite , Mansfeld , demeuré fidèle à sa fortune , rallia les dëbris de son armëemise en fuite à la montagne Blanche, et continua la guerre contre l'empereur pendant près de dix années. Souvent réduit à un petit nombre de soldats , quelquefois à la tête d'une armée considérable, le Palatinat, la Bavière , la Saxe, la Bohême ^ la Hongrie, la Transylvanie, la Dalmatîe même le virent tour à tour vainqueur et vaincu, combattre avec une persévérance indomptable pour la religion protestante, qu'il se flattait encore de relever de ses défaites. Atteint d'une maladie mortelle, et sentant sa fin prochaine au moment où il allait jusqu'à Venise susciter de nouveaux ennemis à l'empereur, il se fit revêtir de ses plus riches habits et ceindre de son épée. Puis, comme ses forces défaillantes ne lui permettaient plus de se tenir debout, il se fit soutenir par deux de ses serviteurs, et ayant appelé devant liii les officiers de son armée , il leur fit
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jurer à tous de combattre jusqu'à la mort pour la cause qu'ils avaient embrassée* Peu d'instants après j il rendit le dernier soupir, mais la ferme résolution qu'il avait su inspirer à ses compagnons d'armes ne s'éteignit point avec lui, et l'intrépide Mansfeld devait bientôt trouver des vengeurs.
Sous les mêmes drapeaux, et dévoué jusqu'à la fureur au service de la réforme, mes jeunes amis, le duc Christian de Brunswick était un des ennemis les plus acharnés de l'empereur et de la ligue Catholique. Issu de l'une des plus illustres maisons d'Allemagne , il avait préféré une vie d'aventures et de périls à l'existence paisible que lui offrait la demeure prin« cière de ses ancêtres; mais comme il ne possédait point d'assez vastes domaines ni d'assez grandes richesses pour entretenir Ats armées , c'était à la tête de bandes farouches et rassemblées au hasard qu'il combattait les soldats de Pempire. Tout à la fois impie et sanguinaire , car que peuvent attendre les hommes de celui
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pour qui rien n^est sacré ? ii avait fait graver sur sa monnaie , fondue avec l'argenterie dont il dépouillait les églises , cette inscription à laquelle il n'était que trop fidèle : Ami de dieu , ennemi des prêtres , et pour justifier cette devise, il faisait égorger sans pitié tous les malheureux moines catholiques qui tombaient entre ses mains. Après avoir été chassé du Palatinat par Télecteur de Bavière , et au moment où il se rendait en Hollande où l'appelait le stathouder , il reçut une blessure terrible qui obligea de lui couper un bras 9 mais teHe était la force d'âme et de corps de ce forcené , que pendant cette douloureuse opération , il ordonna que toutes les trompettes de son armée sonnassent un air guerrier, afin que personne n'entendît ses cris si la douleur lui en arrachait. Cependant cet homme intrépide ne succomba point à sa blessure, et tant qu'il vécut, il ne cessa pas un seul jour d'être animé d'une haine mortelle contre l'empereur.
Le comte de Tilly , au contraire , né
Bavarois et zélé catholique , avait appris le métier des armes sous le belliqueux Maximilien de Bavière, et contribué par son courage et son habileté à la ruine des protestants de Bohême. Brave jusqu'à la témérité, sobre jusqu'à s'imposer volontairement les plus dures priva*tions, il n'estimait les richesses que pour les distribuer à ceux qui partageaient ses périls. Mais ces qualités honorables et rares chez un homme de guerre, mes bons amis , étaient ternies par un caractère dur et inflexible , par une cruauté froide et réfléchie qui ne laissait pas même l'excuse de la colère aux barbaries qu'il exerçait envers les malheureux habitants des pays qu'il ravageait. Son extérieur même avait quelque chose de farouche et d^efFrayant : c'était un homme de petite taille, maigre et d'un visage tout à fait repoussant : son long nez , son front large et ridé , sa moustache épaisse, lui donnaient plutôt l'air d'un brigand que d'un ofBcier de distinction. Habituellement vêtu d'un habit de satin vert; taillé à l'espagnole, et
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coiffé d'un chapeau de feutre à haute forme surmonté d'un panache rouge qu'il laissait flotter sur son épaule, U avait , dit-on y beaucoup de ressemblance avec le duc d'Albe, ce terrible persécuteur des Flamands, dont les cruautés , comme vous savez', avaient causé sous Philippe II la révolte des Pays-Bas.
Mais celui de tous ces fameux aventuriers sur lequel j'aurai bientôt le plus de choses à vous dire , c'était le comte de Wallenstein, noble bohémien, qui, dès ses plus jeunes années, s'était voué au service de la maison d'Autriche. A la bataille de Prague, si fatale au palatin Frédéric, il avait décidé par son courage et ses talents militaires cette action importante , et mérité par ses exploits toute la confiance de Ferdinand. Enrichi par les largesses de l'empereur des dépouilles des proscrits de Bohême, il devint bientôt un des plus puissants seigneurs de ce royaume, se fît élever des palais à Prague et dans plusieurs autres villes , et reçut de ce monarque, en récompense
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de ses services , le titre de duc de Fried-