‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 81 sur 117 · U CHARPEMTIEB DE SAU>AM · texte numérisé non relu

U CHARPEMTIEB DE SAU>AM

pire; car, encouragés par la conduite du czar, aucun des boyards ne dédaigna de prendre son souverain pour modèle , et chacun d'eux se soumit, sans murmurer 9 aux devoirs les plus exacts et les plus rigoureux du service militaire.

Cependant si le soin d'assurer à son empire une armée respectable et disciplinée avait été l'objet des premiers travaux de Pierre, la nécessité de fs^çonner promptement ses sujets aux arts et aux usages de l'Europe ne lui parut pas moins pressante. Plein de cette utile pensée, il entreprit d'introduire parmi les Russes les mœurs , les usages et même les vêtements des autres nations. Jusqu'à cette époque le peuple russe avait porté de longues robos traînantes et plissées , et ne se coupait jamais la barbe suivant l'usage des Asiatiques ; Pierre , qui regardait ce costume comme un reste de barbarie, ordonna que désormais son peuple adoptât le vêtement juste et court dont la mode était alors générale chez

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les Allemands, et que chaque Russe fût contraint de se faire raser la barbe.

Mais , comme par attachement pour les ' anciennes modes de leur pays, la plupart d'entre eux refusaient obstinément de se soumettre aux volontés duczar, il établit aux portes de chaque ville des officiers chargés de couper les robes et les barbes de tous ceux qui se présenteraient pour entrer ou sortir. Ce fut ainsi qu'en peu de temps il obligea ses sujets à quitter leur ancien costume national , et presque tous flairent par se conformer aux ordres qu'il avait donnés.

Un jour que le czar , en se promenant, parcourait les environs de Moscou , on lui montra , parmi plusieurs choses ra* res et curieuses , uue petite chaloupe anglaise que des marins de cette nation avaient abandonnée peu de temps auparavant sur le bord d'un fleuve. La vue de cet élégant navire, qui ne ressemblait en rien aux barques pesantes et grossières dont se servaient les mariniers de la MosKOV4 (c'est le nom de la rivière

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qui traverse Moscou), causa au czar une vive surprise , et s'étant fait expliquer par un marin hollandais, qui se trouva là par hasard , Tusage de chaque partie de cette jolie embarcation , il chargea cet homme, qui ne manquait pas d'habileté, de lui construire un navire sur ce modèle j et même d'appeler , pour le secondefr dans ce travail des ouvriers de son pays, à qui Pierre lui permit d'offrir de grandes récompenses. Ce fut ainsi, mes jeunes amis, que sous les yeux du czar attentif à tous les travaux de ces étrangers industrieux^ fut construit en quelques mois le premier vaisseau que la Russie ait possédé : bientôt après on vit Pierre se transformant en pilote comme il s'était fait soldat, diriger lui-même ce navire sur la mer Blanche , la seule qui dépendu alors de son vaste empire.

Mais ce n'était pas encore assea pour Pierre d'avoir ainsi fait construire un navire sous ses yeux , et d'avoir appris à le diriger de ses propres mains; la plupart des connaissances nécessaires au

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grand art du navigateur lui étaient étrangères y et quoiqu'il eût commencé presque seul à étudier les mathématiques et la géométrie, qui sont des sciences indis*pensables à la navigation , il prit la résolution de voyager lui-miAme en Europe pour acquérir Tinstraction qui lui manquait encore.

Il n'était pas sans exemple que des rois et de grands personnages , quittant leurs États, visitassent avec appareil les royaumes voisins, où ils recevaient les honneurs dus à leur mérite et à Félévation de leur fortune. Mais c'était pour la première fois que Ton voyait un jeune Barbare de vingt-quatre ans descendre en quelque sorte de son trône pour aller dans les pays étrangers s'instruire lui-même pour instruire plus tard sa nation. Afin de n'être point gêné par de vaines cérémonies dans les pays qu'il parcourrait , Pierre , se mêlant parmi les domestiques du général Lefort , qu'il envoyait en Hollande avec le titre d'ambassadeur du Czar, traversa

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une partie de rAllemagne sous ce déguisement obscur qui lui permit de se livrer sans partage à Tétude et à l'observation. II y avait alors à peu de distance d'ÂMSTERDAM , Capitale des Provinces- Unies , une petite ville appelée Sardah, célèbre par le nombre et la qualité des vaisseaux que d'habiles ouvriers hollandais y construisaient chaque année. Cette ville j entièrement habitée par des artisans laborieux et instruits, fut le séjour que Pierre préféra à celui de Londres, de Paris ou de Vienne. Ce fut là que, pour n'être point distrait de ses travaux, il s'établit presque seul dans une petite maison , où il n'avait d'autres meuble que ceux fabriqués de ses propres mains et entreprit avec ardeur d'apprendre le métier des charpentiers qui construisent les navires. Sous le nom de Pisterbas (ce qui veut dire maître Pierre), il se fil inscrire au nombre des ouvriers de Sardam, et quoique ces hommes simples s'accoutumassent difficilement d'abord à voir un puissant monarque raiiuier,

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comme eux, le compas et la hache, il s'associa de si bonne grâce à leur existence laborieuse , qu'ils finirent par le regarder comme un de leurs meilleurs compa* gnons.

Cependant Tart du constructeur de vaisseaux n'était pas le seul qu'apprit en Hollande le royal charpentier de Sardam; doué d'un corps robuste et d'un génie que rien ne pouvait rebuter y il quittait fréquemment ses travaux du port pour aller à Amsterdam , étudier sous des maîtres habiles la géométrie , la mécanique y l'astronomie , la physique et jusqu'à la chirurgie, dont l'un des plus savants médecins hollandais de cette époque y nommé Rutsch , lui enseigna les opérations les plus indispensables. Pendant dix-sept mois que Péterbas demeura citoyen de Sardam , il ne se passa pas un seul jour sans qu'il acquît quelque connaissance nouvelle , et la pensée qu'un temps viendrait où son savoir serait utile à sa patrie , le soutenait au milieu de tant de travaux et d'études*

2S0 Ut CHARPBNTOR DI SABDAM.

•TPrOHHOHXSlfES DB L^HISTOIBB DB FRABCB.

i688. Guerre de la sacoeuion d'Angleterre. 1690. Victoires de Luxembourg et de Gatinat dans les Pays-Bas et en Italie.

LB RXTOUR DS PIBBRI 1*'. 251

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