‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 9 sur 117 · LÀ LIGUE DE CAMBRAI · texte numérisé non relu

LÀ LIGUE DE CAMBRAI

la république , lorsque la désastreuse nouvelle de la défaite d'Agnadel leur fut apportée par les premiers fuyards; en un instant , les rues et les places se couvrirent d'une foule pâle et consternée ; on ne voyait de tous côtés que des vieillards et des femmes qui couraient en pleurant dans les églises , pour demander à Dieu de détourner de leur patrie le danger qui la menaçait; à tout moment chacun prêtait l'oreille, croyant entendre déjà le bruit du canon des Français retentir dans les lagunes.

Cependant, au milieu de la consternation générale, lessénateurs s'assemblèrent en tumulte, et ceux même d'entre eux que la vieillesse et les infirmités tenaient habituellement éloignés des affaires, se firent porter au palais ducal pour ranimer par leur présence le courage du peuple ; en même temps, comme le sénat romain, après la bataille de Cannes , le grand conseil adressa des remercîments solennels à Petigliano de n*avoir point dés* espéré du salut de la patrie; de nouvelles

LA UGOS DE CAMBBÂI. 7S

armes furent distribuées au peuple ; les praticiens et les riches marchands apportèrent en foule leur vaisselle d'or et d'ar-* gent au trésor public pour être employée à payer de nouveaux soldats , et en peu de jours, chacun reprenant courage, oublia ce moment d'alarme pour ne plus songer qu'au salut commun. C'est qu'un seul revers , mes jeunes amis , ne suffit point pour abattre entièrement une grande nation ; et quoique un ennemi victorieux fut aux portes de Venise , le patriotisme de son peuple et l'union de ses magistrats étaient un rempart plus invincible que l'épaisseur des plus hautes murailles , ou le courage des armées les plus intrépides.

sïircaAonsifss dx L'HUTons ab pbavcx.

i509. BataiUe d'Agnadel.

1510. Mort da cardinal d^Amboise, ministre d« L%>ui8 XII.

mST» «ODEBKE. T. I, 4» ÉD.T* . ^^-ip.^^^^

DigitizSbTv^Ogle

74 l'astrologue DK CABPL

L'ASTROLOGUE DE CARPL

Depuis l'an 1510 jusqu'à l'an 1512.

Maintenant y mes ;^eane3 amis y. ces princes et ces rois qui- avaient pris part à la ligue de Cambrai , en cédant aux instances de Jules II , avaient eu un tout autre but que de servir l'animosîté du pape contre Venise ; et Thabile pontife ne tarda pas à s'apercevoir que, sous ce prétexte , c'était la souveraineté de l'Italie tout entière que chacun d'eux ambitionnait. Alors, reconnaissant la faute qu'il avait faite en sollicitant le secours des Barbares (c'était ainsi qu'il désignait les Français et les Allemands ) , il conçut la pensée de chasser les uns et les autres de cette contrée qu'ils ravageaient. A cet effet , après avoir pris soin de se récon-

I'aSTBOLOGDI 01 CAIPK 75

cilier avec les VéoitienS) qu*ii avait cessé de redouter depuis leurs désastres , U se lia plus étroitement que jamais avec Ferdinand le Catholique qui^ en sa qualité de roi de Naples, était devenu le vassal du saint-siège, et détermina même ce prince à envoyer en Italie des troupes espagnoles , qui passaient à cette époque pour les meilleurs soMats de l'Europe ; de plus, il engagea à son s«*vice un assez grand nombre de troupes suisses , que Louis XII avait mécontentées après sa victoire d'Agnadel , en refusant de leur payer une somme d'aigent qu'ils demandaient avec insolence, et se mettant luimême à la tête d'une armée, il déclara la guerre au roi de France.

Ce fut alors un singulier spectacle, que de voir le souverain pontife , déjà parvenu à un âge avancé , couvrir ses cheveca blancs d'un casque de chevalier, et ses épaules voûtées d'une lourde cuirasse , pour se montrer sur un cheval de bataille à la tête de ses généraux , qu'il accusait le plus souvent de lenteur et de

76 l'astrologoe de carpi.

timidité, tant cet impétueux vieillard était impatient de se mesurer avec ses ennemis. On le vit, au siège d'une ville appelée laMirawdole, se placer obstinément au poste le plus périlleux; et deux de ses domestiques ayant été tués à s(es côtés, refuser aux instances des cardinaux qui l'entouraient de reculer de quelques pas. Enfin , lorsque les défenseurs de la Mirandole , désespérant d'être secourus par les Français, consentirent à lui ouvrir leurs portes , ce fut par une large brèche que ses canons avaient faite aux murailles , qu'il voulut entrer dans leur ville pour se donner l'air d'un conquérant. Ce léger triomphe acheva de persuader à Jules II qu'il était un grand homme de guerre , et toutes les fois que ses infirmités liiî permettaient de se tenir à cheval , il ne manquait pas de se montrer à ses troupes dans un appareil militaire.

Pendant ce temps, Maximilien luimême n'offrait pas l'exemple d'une bizarrerie moins étrange; non content

;dby GoOgl

le

l'istrologue bb garpi. 77

d'être un des plus puissants monarques de rSurope , il lui vint dans la pensée qu'il pourrait bien aussi devenir pape après la mort de Jules II, et à l*exemple des anciens empereurs romains dont il prétendait être le successeur, il ajouta d'avance à ses titres celui de souverain pontife, que ces princes avaient tous porte jusqu'à l'établissement du christianisme. Mais l'habile Jules II ne s'alarma point de cette nouvelle prétention du César allemand , et comme il savait que ce monarque , par sa pauvreté ordinaire, était réduit la plupart du temps à emprunter à ses amis ou à se faire acheter par ses ennemis , il lui fit de si belles promesses pour l'engager à abandonner le parti de Louis XII, que Maximilien , cédant à l'appât d'une somme d'argent considérable que lui payèrent les Vénitiens, consentit à quitter l'Italie, ne laissant derrière lui qu'une armée trop faible pour être redoutable.

Cependant, le roi Louis XII avait trop de courage et de grandeur d'âme pour

78 l'asteologue db cash.

se laisser décourager par tant d'intrigues. Aux mystérieuses cabales de la politique italienne, qu'il méprisait, Louis n'opposa que la valeur de son armée dans les rangs de laquelle il comptait un grand nombre d'habiles capitaines et de vaillants guer-* riers , tels que Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche , que vous con-i naissez déjà; Chabannes de La Palige ^ de l'une des plus illustres familles de France; Louis de La Trimodille , l'ami et le compagnon de son roi ; le maréchal de Trivulce , général milanais qui passait pour un des plus habiles officiers de son temps ; Lautrec , parent de Louis XII; et enfin Gaston de Foix, DDC de Nemours , neveu de ce monarque , qui le chérissait aussi tendrement que s'il eût été son fils.

JLiorsqu'il parut pour la première fois à la tête des armées françaises, mes chers amis, le duc de Nemours n'avait que vingt-deux ans ; mais il était si beau , si spirituel , si brave , si affable , que les officiers les plus expérimentés se faisaient

L'ASnOLOGCX fiB CAIPL 7t

gloire de servir sous ses ordres , et que ses soldats étaient toujours certains de la victoire lorsqu'ils le voyaient à leinr tête.

Ce fut à ce jeune héros que Loais XII j tsop avancé en âge pour supporter les fa» tigues d'une guerre pénÛ>Ie et eontinudle, confia la défense du Milanez et le soin de combattre les Italiens réunis pour chasser les Français de leur patrie. Dans l'espace de quelques mois , Gaston ramepa la victoire sous les drapeaux de la France, défit à diverses reprises les coalisés , leur reprit plusieurs villes qu'ils avaient enlevées, et fit trembler une seconde fois les Vénitiens dans leur capitale. Peu s'en fallut même que^ dans le cours de ses victoires , il ne nHirchât sur Rome et ne s'en rendît maiti'e; mais le roi défendit à son neveu d'envahir le patrimoine de saint Pierre par respect pour la majesté de l'Église , et Jules II ne dut qii'à la modération de I^uis XII de ne pas voir encore une fois les gensd'armes français aux portes du Vatican.

8S1 I^'ASIUOtOGItl BS €iKn.

Cëtait UD petit vieillard noir et sec, dont le visage était sévère et la parole brève et saccadée ^ comme celle des hommes qui s'efforcent d'imposer di; respect à ceuK qui les entourent : aussi à peine fut-il entré que tous les capitaines s'em** pressèrent de lui demander s'ils auraient bientôt occasion de se mesurer avec les ennemis dans une bataille : « Le Vendredi* Saint ou le jour de Pâques de cette an-^ née ne se passera pas, répondit Vsls^ trologue, sans que cette bataille, que vous désirez tant, ait eu lieu; mais cci jour-là y quoique la victoire vous soit assurée y elle coûtera bien cher aux vain-« queurs, et il y aura beaucoup de sang répandu de part et d'autre. »

Cette prédiction causa une grande joie à ces hommes intrépides qui ne souhai** taient rien tant que d'exercer leur va«^ leur; et chacun des assistants s'empressa aussitôt de lui demander ce qui lui ar-« riverait en particulier dans cette journée qu'il annonçait devoir être si meurtrière ; l'un s'informant s'il serait du nçmbre

L*JkSnOLOGUE 01 Gi^ftPt U

(/es morts ; Tautre, s'il avait eocore bien des années à vivre ; un troisième, enfin, s'il deviendrait riche et puissant. L'as* trologue répondait à tous avec gravité , et Lautrec l'ayant prié de lui dire s'il éehapperait à cette bataille : « Oui, lui repartit le devin , vous survivrez à cette journée, mais vous y serez si grièvement blessé que Ton désespérera de votre vie. — Et moi , notre maître , lui dit en plaisantant le chevalier sans peur et sans reproche, apprenez-moi si je dois être un jour un personnage d'importance, bien pourvu d'écus et de bonne renommée. — Oui-da, répondit l'astrologue en examinant le creux de la main de Bayard comme le font encore à présent les diseuses de bonne aventure , tu seras riche d'honneur et de vertus autant que jamais capitaine en France l'ait été; mais des biens de la fortune, tu n'en auras guère , et dans douze ans au plus tu mourras d'un coup d'arme à feu, non autrement. » Tous ceux qui entendirent ces paroles demeurèrent surpris de Vassu-

84 l'astrologub m garpi.

rance avec laquelle le petit homme noir les débitait ; mais le bon chevalier n'en fit que rire , en répétant avec modestie qu'il savait depuis longtemps qu'il ne se-* rait jamais grand'chose, et qu'il ne fallait pas être sorcier pour faire de pareilles prédictions.

Mais, pendant que ces capitaines se divertissaient ainsi des paroles de l'astrologue, celui-ci tirant à partChabannes de La Palice et Bayard, leur dit d'un air triste , en regardant le duc de Nemours : (( Vous avez là un prince beau, brave , aimable, et que vous paraissez tous chérir; eh bien, le jour de la bataille qui se prépare , gardez «vous de le laisser s'ckposer au danger, car je lis dans les astres qu'il doit y demeurer; mais s'il en réchappe, ce sera certainement un des plus grands hommes que la France ait pro*duits. » Ces deux capitaines ne purent s'empêcher de tressaillir en entendant ces paroles dont ils se souvinrent plus tard, lorsque l'événement eut justifié les sinistres présages du prétendu devin»

L'ASrKOLOGDI BB CkWH. 85

£n effet y mes jeunes amis, les deux armées s'ëtant rencontrées auprès de Ravenne, comme celui-ci Tavait annoncé, le jour de Pâques, qui dans ce temp»-Ià était le premier jour de Tannée, il s'engagea dans ce lieu une sanglante bataille dans laquelle les Français remportèrent une victoire complète. Le cardinal de Médicis, Fabrice G>lonne, et la plupart des généraux italiens tombèrent au pouvoir des vainqueurs , à qui cette victoire coûta bien cher par le nombre de chefs et de soldats qu'ils perdirent. Lautrec , percé de coups et laissé parmi les morts, guérit presque miraculeusement de ses blessures; mais le plus grand de tous les malheurs au milieu de ce triomphe , ce fut la mort de Gaston de Foix qui, s'étant acharné à la poursuite des ennemis qui fuyaient en désordre, fut atteint d'un coup mortel , et expira couvert de gloire sur les lauriers qu'il venait de cueillir. Son corps, déposé dans un riche cercueil, lut porté par ses compagnons inconsolables jusqu'à la cathédrale de Milan , où

86 LUSTROLOCnB DB GARH.

ils lui élevèrent un magnifique tombeau^ entouré de dix statues de marbre qui représentaient autant de victoires remportées par ce jeune héros.

Ce n'est pas la première fois, mes bons amis, que j'ai eu occasion de vous racon-* ter des prédictions semblables de Tastrologue de Carpi, que Tévénement semble avoir justifiées ensuite d'une manière surprenante; mais vous savez déjà ce qu'il faut penser de ces prétendus présages , toujours inventés après l'événement qui les explique ; et je ne vous ai rapporté celui-ci que pour vous montrer qu'à cette époque les plus grands personnages et les pius vaillants hommes de guerre ne pouvaient se défendre d'ajouter foi à ces prédictions ridicules , auxquelles personne aujourd'hui , [quelque ignorant qu'il fût, ne pourrait prêter l'oreille sans rougir.

Je dois aussi vous faire remarquer que la plupart des principaux auteurs de la fameuse ligue de Cambrai ne vécurent point assez pour voir la fin de cette pé-

riode mémorable, qui peut être regardée comme ]a lutte des États pauvres et guerriers de TEurope contre les républiques riches et commerçantes d'Italie. Jules II , ce pontife turbulent qui commanda des armées et assista en personne à des batailles, mourut à Rome, peu de mois après la journée de Ravenne; et Louis XII ne survécut que trois ans à son neveu Gaston qu'il regrettait amèrement; mais les malheurs de ritalie ne devaient pas finir avec ceux qui les avaient causés, et pendant bien des années encore le sang français devait arroser cette terre fatale à tant de braves, quoique toujours glorieuse pour nos armes.

fTirCBBOHISlCBS DE L HI8TOIBB pE WRJ^O^,

1510. Saite du règne de Looîs XII.

1S12, Biitaille de Rayepue. •— Mc^ri â^ doc ^9 Ne^

mours.

Depnis l'an 1513 jusqu'à l'an 1516.

Le pape qui succéda au belliqueux Jules II , mes jeunes amis y fut ce même cardinal Jean de Médicis, fait prisonnier par les Français à la bataille de Bavenne, et qui avait recouvre sa liberté après peu de jours de captivité, pendant lesquels il fut traité par les vainqueurs avec tous les égards dus à Tun des princes de TEglise romaine. En parvenant au trône pontifical, le cardinal de Médicis prit le titre de LÉON X sous lequel il est devenu trèscélèbre dans l'histoire ; et quoiqu'il eût été élevé à cette dignité bien avant l'âge où la plupart des papes y sont parvenus, puisqu'il n'avait que trente-sept ans y vous verrez bientôt qu'il fut un des pon-

LA BATAILLE DK MAKIGlfAN. 89

tifes les plus illusti^es qui aient occupé la chaire de Saint-Pierre,

Cependant la sanglante victoire de Ra* venne, que les Français avaient si chèrement payée par la mort du duc de Nemours j n'était que le prélude des maux sans nombre dont notre nation allait être accablée en Italie. Louis de La Trimouille avait remplacé Gaston à la tête des troupes françaises ; mais bientôt il se vit entouré d'un si grand nombre d'ennemis de toute nation que Jules II , avant de mourir, avait eu le temps de réunir contre les Français , qu'il prit la résolution de leur livrer un nouveau combat, quelle qu'en dût être l'issue, auprès d'une ville du Milanez appelée Novare , où tout se prépara de part et d'autre pour une lutte décisive.

On raconte que, pendant la nuit qui précéda cette bataille, tous les chiens qui se trouvaient dans le camp des Français passèrent tout à coup dans celui des Espagnols, ce qui fut regardé comme un présage funeste pour notre armée par les

90 Li BATAILLE T>H MARIONAll.

gens ignorants et crédules , comme il s'en trouve toujours beaucoup dans une grande réunion d'hommes, tandis que ce prétendu prodige s'expliquait natu<^ rellement) parce que les Français ayant détruit leurs bagages et leurs provisions pour n'en point être embarrassés pendant le combat, ces animaux, ne trouvant plus d'aliments dans le camp de leurs mattres, s'étaient répandus de tous côtés pour chercher la nourriture qui leur manquait. C'est ainsi, mes bons amis, que souvent l'ignorance et la crédulité attribuent à des causes prodigieuses les circonstances les plus naturelles, dont une explication de quelques mots suffit pour démontrer la simplicité.

Quoi qu'il en soit, les deux armées en étant venues aux mains, la victoire, après avoir été disputée avec un courage égal de part et d'autre, se déclara enfin con<tre les Français, qui laissèrent ce champ fatal couvert de leurs plus braves guerriers, et repassèrent précipitamment les Alpes pour rentrer dans leur patrie.

LÀ BATAIIXl DB KlEISIUM. 91

Panni les officiers qui servaient dans Jes rangs de l'arraëe française, se trouvait un capitaine allemand nommé Robsrt BB La. Mabck y qui commandait à des troupes de sa nation auxquelles on don* naît le nom de bandbs noibes, parce qu^elles suivaient un drapeau de cette couleur. Au plus fort de la bataille de Novare, Robert de La Marck apprit que ses deux fils, qui étaient de braves et ro» bustes jeunes gens, après avoir vaillamment combattu à la tête de leurs soldats, étaient tombés couverts de blessures sous des monceaux de morts et de mourants, où peut-être ils avaient déjà cessé de vivre.

A cette nouvelle , le malheureux père ne fiit pas maître de sa douleur , et raK liant autour de lui quelques-uns de ses plus intrépides bommes d'armes, il s^ouvrit un passage à travers les ennemis et parvint ainsi jusqu'au lieu où ses deux enfants , baignés de leur sang , étaient près de rendre le dernier soupir. Alors, soulevant leurs corps inanimés avec une

92 LA BATiILLB DE MARIGNÀN.

force qu'excitait encore sa douleur pater* nelle, et les plaçant sur son cheval, il fut assez heureux pour traverser avec ce précieux fardeau les rangs des ennemis qui l'entouraient, et sauva ainsi d'une mort certaine ce qu'il avait de plus cher au monde. Tous ceux qui furent témoins de cette belle action de Robert de La Marck admirèrent son intrépidité, et les Espagnols eux-mêmes s'écartèrent avec respect, dès qu'ils apprirent que la tendresse paternelle l'avait porté à cet acte de courage.

Ce fut vers ce temps-là, mes jeunes amis, que le bon roi Louis XTI, déjà parvenu à la vieillesse, mourut à Paris , et que le duc d'Angoulême, son plus proche parent, à peine âgé de vingt-deux ans, monta sur le trône de France, où il reçut le nom de François P. L'un des premiers soins de ce prince jeune et vaillant, qui avait, dit-on, versé des larmes d'envie en apprenant les exploits et la mort glorieuse de son cousin Gaston de Foix, fut, en recevant la couronne , de

prendre le titre de duc de Milan , parce qu'il était y comme Louis XII , Tun des petits - fils de Yalentine Visconti ; et en même temps il fit savoir au pape Léon X et aux princes d'Italie y qu^avant quatre mois il passerait les Alpes avec une armée formidable pour reconquérir le MiJanez ^ qu'il réclamait comme son héritage.

Or, depuis que la défaite de NoTare avait chassé les Français de la Lombardie, le duché de Milan avait été rendu par le pape à Maxihilien Sfo&ge fils aîné de Ludovic le Maure, qui, peu de temps auparavant, venait de mourir dans sa prison de Loches; mais ce Maximilien n'avait ni l'audace, ni les talents de son père , et la seule approche des Français lui causa un tel effroi, qu'il acheta la protection des Suisses, dont le pays montagneux est voisin du Milanez, en s'engageant à leur payer des sommes d'argent considérables, s'ils consentaient à défendre les passages des Alpes que l'armée française devait franchir pour pénétrer

94 Là BÂTâILLB di xârignan. I

dans ses Élats. Les Suisses^ tentés par ledj promesses du nouveau duc, acceptèrent sed propositions, et bientôt on vit descendre des montagnes de rHelvétie des bataillonsl de cette nation indigente et belliqueuse, qui, en attendant le moment de défea-dre leurs alliés, ravageaient les campagnes de la Lombardie, et maltraitaient les pauvres habitants qu'ils accusaient de souhaiter le retour des Français.

Pendant ce temps, l'impatient François r*^, ayant assemblé une troupe nombreuse de gens-d'armes, suivie des bandes noires de Robert de La Marck, et de plusieurs milliers de lansqueitets , sorte d'aventuriers allemands , qui se veki«daient comme les Condottieri, pour de Targent, entreprit de passer les Alpes jpar les chemins ordinaires, avec une artillerie formidable; mais ayant appris que les passages les plus praticables de ces hautes montagnes étaient étroitement gardés par les ennemis, il trompa leur vigilance en passant des défilés qu'aucune armée jusqu'alors n'avait traversés^ et descendit

^ LA BATAILLS BB MABiaNAH. 95

tout làQSDup dans les plaines de la Lomhardie^, où son apparition répandit la constettiation et l'effroi.

Dans! le premier moment de surprise, les Suisses, au lieu de se préparer au combat, furent saisis d^inquiétude , et peu s'en fallut qu'ils ne se retirassent sans t^têr le sort des armes ; mais François I*, dans l'espoir d'épargner la vie de ses soldats, ayant fait proposer secrètement à leurs chefs de leur compter à l'instant même plusieurs milliers d'écus d'or, s'ils consentaient à abandonner Maximilien Sforce pour retourner dès le jour même dans leur pays , quelques-uns de ces montagnards s'imaginant que le roi de France craignait de se mesurer avec eux, se montrèrent plus insolents et plus fiers.

Cependant la plupart des capitaines etd^s soldats de cette armée mercenaire , dont l'argent était la seule passion, avaient accepté cette offre du monarque français , et se préparaient à retourner dans leur patrie, satisfaits de gagner ainsi sans combattit une plus grosse récom-

pense que celle que Maximilien leur avaiC promise, lorsqu'au inomeat même où ilk allaient se mettre en marche pour sortir' du Milanez , un envoyé du pape Léon y qui portait le titre de cardinal de Sion,. homme irascible et passionné qui haïssait mortellement les Français , représentai aux capitaines qu il leur serait bien plus^ profitable de s'approprier les riches dépouilles du roi de France, que de rece-* voir, comme des mendiants , quelques^ milliers d'écus qu'ils auraient bientôt dissipés. Ces paroles violentes , rapidemeiUt répétées de rang en rang , causèrent, à l'instant même un si terrible soulèvement parmi ces troupes tumultueuses que, se précipitant en désordre sur le camp français, elles surprirent les lansquenets, qui étaient loin de s'attendre à un pareil coup de main , et en égorgèrent un grand nombre.

Cette attaque inattendue de la part des Suisses , mes bons amis , devint alors le signal d'un combat dans lequel périrent une multitude de guerriers des deux pa-

tions. Pendant deux jours entiers on se battit avec un égal acharnement de part et d'autre, et Tobscurité seule d'une nuit profonde permit aux deux armées quelques instants de repos. Mais au milieu de ces scènes sanglantes, peu d'hommes , malgré leurs fatigues, purent goûter quelques instants de sommeil , et Ton remarqua que François I^, qui donna les plus grandes preuves de courage pendant ces deux journées, dormit seul profondément sur un canon , tout revêtu de sa pesante armure qu'il n'avait point voulu quitter de crainte de surprise.

Cette bataille , qui eut lieu auprès d'un village nommé Marignan , situé à peu de distance de Milan , fut appelée un COMBAT DE GÉANTS , à cause dcs incroyables efforts qu'y firent les deux armées, et qui semblèrent tellement surpasser les forces d'hommes ordinaires, que les plus vaillants chevaliers , tels que Bayard et La Palice, qui s'étaient trouvés aux combats d'Agnadel et de Ravenne, assurèrent n'avoir jamais rien vu de semblable.

HIST. UODERltE. T. I. 4* I^.DIT. ^ , ®

98 Là SATAILUB DI M4RHSNAM*

La victoire qui se dédara enfin pour le Français coûta la vie à quinze mille Suis seS) et les débris de leur armée regagnèrent précipitamment leurs montagnes, où les vainqueurs dédaignèrent de les poursuivre. Le cardinal de Sion^ principal auteur de ce grand désastre ^ fut» dîton, un des premiers à fuir le danger dans lequel il avait précipité ses malheureux compatriotes par Temportement de ses discours ; ce qui ne doit pas nous surprendre', parce que rien n'est plus ordinaire que de voir les hommes qui poussent les autres au péril par leurs paroles , »se montrer les premiers à l'éviter»

Peu de jours après cette éclatante vîc-^ toire qui replaça le Milanez sous la domination française , Maximilieti Sforoe , épouvanté de l'issue de cette journée, consentit à sortir de la citadelle de Milan où il avait cherché un refuge dans ie premier instant de la défaite des Suisses, et se mit lui-même entre les mains de François V^ qui usa noblement de sa victoire en lui permettant de se retirer

LA BATAaUS M VABIGNAR. 99

en France y où il conserva sa liberté el im rang honorable jusqu'à la fin de ses jours y satisfait sans doute d'avoir abandcmné une puissance qui avait été si fatale à toute sa £iniille«

Ce fut sur le champ de bataille de Marignan, mea jeunes amis, que François I*^, ainsi que je vous Tai raconté dans un autre livre , voulut recevoir Tordre de chevalerie des mains du preux Bayard j qui avait combattu pendant ces deux journées avec sa valeur accoutumée y et que , d'une commune voix tous les capitaines déclarerait s'être surpassé luimême dans cette circonstance.

i< Bayard, mon ami, lui dit le roi, je veux être aujourd'hui fait chevalier de votre main , parce que je ne connais porw sonne qui mieux que vous ait porté les éperons dorés, —- Sire , lui répondit le bon capitaine avec sa modestie ordinaire, je ne suis pas digne d'un pareil honneur, et celui qui est roi d'un si noble royaume, est chevalier sur tous autres chevaliers. — Si, Bayard, dépê-

chez-vous, reprit le jeune monarque; faites mon vouloir et commandement , si vous voulez être au nombre de mes bons serviteurs et sujets. » Tous les assistants applaudirent à ces paroles du monarque ; car, parmi les seigneurs qui l'entouraient f il ne s^en trouvait pas un seul qui ne rendît justice au mérite et à la valeur du chevalier sans peur et sans reproche; et celui-ci, par obéissance, tirant son épée, en frappa trois coups légers sur les épaules du roi, qui s'était agenouillé suivant l'usage observé dans ces sortes de cérémonies , en disant ces . paroles remarquables : « Sire , autant vaille que si c'était Roland, Godefroi ou Baudoin son frère : certes, vous êtes le premier prince que jamais je fis chevalier; Dieu veuille qu'en guerre vous ne preniez jamais la fuite! » Ce vœu du preux Bayard fut pleinement accompli , et persotine n'ignore que François P** fut en effet un des plus vaillants chevaliers de son siècle.

Après cela, Bayard tenant son épée de

LA BATAILLE DE MARIGIfAN. lOi

la main droite, et lui parlant comme si cette arme pouvait l'entendre : w Ma lionne ëpée, dit-il, tu es bien heureuse d'avoir aujourd'hui à si beau et puissant roi donné l'ordre de chevalerie. Certes, tu seras désormais gardée et honorée comme ime précieuse relique, et je fais vœu, dès ce jour, de ne plus te porter que contre les Turcs, Maures ou Sarrasins. » En achevant ces mots, il fit deux petits sauts en arrière et la remit dans le fourreau.

Je^ dois vous faire remarquer , mes jeunes amis, que la bataille de Marignan, justement célèbre parla valeur que François V et son armée y déployèrent, fut le dernier combat mémorable auquel donna lieu la fameuse ligue de Cambrai, dont l'objet avait bien changé depuis que l'ambitieux Jules II, satisfait d'avoir humilié l'orgueil de Venise, avait tourné tous ses efforts contre les Français, dont le voisinage en Lombardie n'était plus pour le saint-siége qu'un sujet d'inquiétude. Un traité de paix conclu dans une

petite ville de France appelée Noton , mit fin aux malheurs sans nombre que la haine du souverain pontife contre les Vénitiens avait attirés pendant huit an« nées sur Tltalie ; et cette longue et san«* glante lutte ne produisit d'autre résultat que de donner un moment le Milanezau roi de France, qui ne devait pas le conserver, et d'appeler en Italie les Espagnols, pour qui Ferdinand le Catholique avait acquis le royaume de Naples.

Quanta la république deVenise, dont la prospérité avait excité si vivement la jalousie de tant de rois , elle continua d'occuper lepremier rang parmi les villes commerçantes de l'Europe , jusqu'au temps où la découverte de TAmérique par Christophe Colomb, et celle d'une route nouvelle vers les Indes orientales par Vasco de Gama,qui le premier d<mbla, comme vous savez, le cap de Bonne* Espérance, fit passer entre les mains des Espagnols et des Portugais une partie des richesses immenses que les Vénitiens possédaient autrefois sans partage.

LA BATAILU BB MARIGNAN. lOS

•TIfCHBOSiSlIIES DS l'hISTOIBS DS FIAVCI.

1513. Bataille de Norare. — Désastres desFrançaîa

en Italie.

1514. Mort de la reine Anne de Bretagne an chAteaa

de Blois.

1515. Mariage de Lonis XII avec Marie d* Angle-

terre, fille de Henri VU. — Mort de Louis XII. — François I** loi Miccède. -— Bataille de Marignan.

104 MICHEL-ANGE À ROME

MICHEL-ANGE A ROME

Depuis Tan i508 jusqu'à l'an 1512.

A voir l'Italie ainsi devenue le théâtre de tant de guerres et de désastres , mes jeunes amis , ne semble-t-il pas que cette belle contrée fût menacée de retomber dans une barbarie semblable à celle qui avait envahi toute l'Europe après la chute de l'empire romain ? Eh bien , cela se passa tout autrement, et ce fut précisément pendant cette période qu'une foule d'hommes de génie , par leurs travaux de différents genres , la couvrirent de chefs-d'œuvre immortels qui font encore aujourd'hui notre admiration. Dans l'espace de peu d'années, il n'y eut pas une ville italienne qui ne donnât naissance à quelque savant où à quelque pein*

MICHSL-AN6S A BOM£. 105

tre , sculpteur ou architecte excellant dans son art ; et lorsque le reste de FEu* rope était encore ignorant et rude, les artistesitaliens produisaient des tableaux, des statues, des monuments qui devaient servir de modèles à toutes les autres nations du monde.

Pendant la guerre cruelle que termina Ja sanglante bataille de Ravenne , les Français s'ëtant emparés d'une ville appelée Bresgia j après yn long combat contre les Vénitiens se livrèrent à toute sorte de cruautés envers les habitants de cette malheureuse cité, et en égorgèrent un grand nombre , sans avoir pitié des femmes ni même des plus jeûnes enfants, qui pourtant ne leur avaient fait aucun mal ; mais ces hommes farouches étaient tellement irrités de la résistance opiniâtre qu'ils avaient éprouvée, qu'il fallut, pour faire cesser cet affreux carnage, que le généreux duc de Nemours perçât luimême de son épée plusieurs de ces forcenés qui refusaient d'obéir à la voix de leurs capitaines.

106 MICHIL-ANOB À lOMS.

Parmi les victimes de cette horrible catastrophe , se trouva un pauvre enfant y à peine âgé de dix ans , qui , ayant reçu plusieurs blessures profon«»

des à la tête, était resté pour mort sur le seuil d'une maison où ses parents avaient tous été égorgés. Une personne charitable qui passa par là s'aperçut que le petit infortuné respirait encore , et Payant porté chez elle , lui prodigua tant de soins y que le jeune orphelin guérit complètement de ses blessures. Malheu* reusementune large coupure qui lui avait tranché les lèvres ne lui permit plus de parler avec autant de facilité qu'aupanhvant j et cette infirmité lui fit donner le nom deTAKXAGLiA, ce qui veut dire : « le Bègue, » par lequel il remplaça celui des parents qu^il avait perdus.

Ce jeune Tartaglia , mes bons amis, sauvé comme par> miracle d'une mort qui paraissait certaine, devint en grandissant un homme studieux et profondément instruit, et il fut le premier en Italie qui, s'étant appliqué à la géométrie et à la

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mécanique , fit renaître ea Europe ces sciences utiles abfaidonnées depuis de longues années, etqui auraient pu se per^ dre entièrement si Torphelin de Brescia, par ses travaux, ne leur eût pas donné un nouveau lifôtre.

A cette époque vivait à Venise un célèbre imprimeur nommé Axde Manoce, qui avait entrepris de sauver de Toubii les plus prédeux manuscrits des anciens auteurs grecs et latins. Sans être arrêté ni par le travail, ni par des dépenses auxquelles son propre patrimoine pouvait à peine suffire, Tillustre Manuce recueillit et imprima lui-même j avec la plus parfaite exactitude, un grand nombre de livres qui sont encore à présent, malgré leur ancienneté, recherchés avec soin par tous les hommes instruits ; aussi , mes jeunes amis, personne mieux que Aide Manuce ne connut le prix inestimaUedu temps ; et afin qi» des importuns ne vinssent pas le troubler dans ses études, il avait écrit sur la porte de son cabinet une inscription latine , par laquelle il

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invitait ceux qui venaient le visiter à lui parler en peu de mots, et à se retirer au plus vite, à moins qu'ils ne vinssent l'aider dans ses travaux.

Cette inscription , me direz-vous , était plus franche que polie ; mais elle nous fait voir combien le savant Manuce estimait Temploi du temps que les babillards et les oisifs auraient pu lui faire perdre y et dont il savait faire un si bon usage. '

Vers le même temps environ, le pape Jules II, ce pontife turbulent qui ne songeait pas seulement à accroître le patrimoine de saint Pierre, mais qui désirait aussi que Rome devint la plus belle ville du monde comme elle en était déjà la plus célèbre, conçut la pensée d'ajouter plusieurs édifices au palais du Vatican. A cet effet, il appela dans cette capitale un célèbre architecte florentin nommé Bramante qu'il chargea de faire du Vatican le monument le plus vaste et le plus magnifique que Ton eût jamais vu ; et en p^i d'années ce grand artiste construisit plu-

UtCHBL-ANGS A ROHE. 109

sieurs galeries de cet immense palais, que le pape se proposait d'orner de statues et de tableaux des plus grands maîtres de l'Italie.

Pendant que le Bramante dirigeait ainsi les travaux du Vatican , il y avait à Milan un homme en qui la nature avait réuni une multitude de talents dont un seul eût suffi pour illustrer un artiste ordinaire. LiÉGîTARD DE ViNci (c'était son nom) était peintre, poète , architecte, sculpteur, géomètre, mécanicien, dan* seur et musicien; il excellait dans tous les exercices du corps et de l'esprit , et n'avait pas moins d'adresse pour dompter le cheval le plus fougueux que d'habileté pour sculpter une statue de marbre, ou représenter sur une toile un tableau peint des plus riches couleurs. Il semblait que toutes les difficultés qui peuvent arrêter les artistes vulgaires fussent des jeux pour Léonard que ses talents faisaient rechercher de tous les princes et les seigneurs d'Italie; et Jules II n'eut pas de repos qu'il ne l'eût déterminé à se rendre à

■IST. HOOEKNE. T. I. 4* ÉDIT» 1

110 UICHEL-AMOS A EOME.

Rome pour consacrer ses pinceaux et sou génie à l'embeliissement des nouvelles galeries du Vatican ^ que le Bramante venait d'achever : mais peu de temps après, François I", qui dans son voyage d'Italie avait pris un goût passionné pour les chefs-d'œuvre de la peinture, ayant décidé Léonard de Vinci à le suivre dans son royaume , ce grand artiste vint en France, où comblé d'honneurs et de récompenses, il mourut dans un âge avancé, après avoir passé plusieurs années à la cour de ce monarque, qui Le premier fit connaître à notre nation les merveilleux produits de l'art et du génie.

Il y avait également alors, mes bons amis, à l'académie de Florence, fondée, comme vous savez, quelques années aufiaravant par Laurent de Médicis, un jeune élève nommé Mighel-Aitge Btio^' 2ÏABOTTI, qui se distinguait à la fois par un génie égal pour la peinture, la sculpture et l'architecture. Le Bramante, qui le connaissait et se sentait déjà trop près de la vieillesse pour se flatter d^achever

MICltXL-AlfGA A ROMK. 111

les grands travaux qu'il avait ëbauchës, supplia Jules II d'appeler Michel-Ange à Rome; et ce pape n'eut pas plutô" apprécié le mérite de ce jeune homme, que, saisi d'admiration pour Tartiste florentin, il le chargea de commencer pour lai-même un superbe mausolée, c'est-àdire un monument qu'il destinait à sa propre sépulture.

En même temps, Michel-Ange entreprit de peindre plusieurs tableaux sur les murailles d'une magnifique chapelle à laquelle on donnait le nom de Sixtius, parce qu'elle avait été bâtie, peu d'années auparavant, par les ordres d'un pape nommé Sixte IY, Tun des prédécesseurs de Jules IL Mais ce qui fit acquérir à Buonarotti une glorieuse réputation dans toute l'Italie, ce fut une statue de bronze qui représentait le pape luimême en habits pontificaux, que Jules II donna en présent à la ville de Bologne, oit il était né« On raconte, à ce sujet, que le statuaire ayant demandé au pontife sHI devait placer dans sa main le livre

112 MICHEL-ANGS À ROUE.

d«s Évangiles qui figure ordinairement dans les images des papes et des pères de l'Eglise, c'est-à-dire des premiers écrivains chrétiens : a Non, répondit l'impétueux pontife^ c'est uneépée qui me convient, et non point un livre, qui me ferait ressembler à un écolier. » Les ordres du pape furent exécutés , mais cette statue, dans laquelle il avait voulu par cette attitude donner une idée de son humeur guerrière , ne décora que peu de temps la place publique de Bologne où elle avait été élevée; car les Français s'étant rendus maîtres de cette ville quelques jours avant la bataille de Ravenne, la populace qui , à leur approche , s'était révoltée contre le pape, renversa son image, et l'ayant traînée dans les rues pour lui faire outrage, mit en pièces ce chef-d'œuvre de Michel-Ange.

Cependant, mes jeunes amis, le grand statuaire et le pontife ne vivaient point toujours en bon accord, et Michel-Ange souffraitavecpeineque l'impatient Jules II le pressât incessamment de terminer ses

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travaux, en lui reprochant sa lenteur et sa paresse. Un jour, entre autres , que Buonarotti , monté sur un échafaudage , peignait avec ardeur un des plafonds de la chapelle Sixtine à laquelle il consacrait tous ses soins depuis vingt mois, le pape, qui venait souvent le visiter, se plaignit avec amertume que ce grand ouvrage ne fût point encore achevé, et lui demanda d'un ton impérieux à quelle époque enBn il aurait complété ce travail immense : (c Quand je pourrai, répondit le peintre avec humeur. — Tu mériterais , s'écria le pape hors de lui-même, que je te fisse à Tinstant même précipiter de cet échafaudage. » Cette menace, ainsi qu'on le peut croire, indigna Tartiste dont le caractère était fier et irascible ; mais comme il s'était engagé à terminer les ornements de Ja chapelle, il poursuivit ce travail avec tant d'activité qu'il fut achevé peu de temps après. Mais, dès le lendemain, et sans attendre même la récompense qui lui était promise, il quittaRome secrètement et s'enfuit à Florence, sa patrie, où

114 MICHEL-ANGB ▲ ROME.

il refusa pendant longtemps de se ren< dre aux instances du pape^ quoique ce* lui-ci eût menacé les Florentins de leur faire la guerre s'ils ne lui renvoyaient leur illustre concitoyen. Quelques mois plus tard cependant Buonarotti consentit à retourner à Rome pour terminer le mausolée qu'il avait commencé, et suc* céder au Bramante, qui, avant de mourir, Tavait supplié de ne pas laisser incomplètes les magnifiques galeries du Vatican , auxquelles il n'avait pas eu le temps de mettre la dernière main.

STirCHBOlflSMB DE 1,'hISTOIBE DE VBAITCB.

iS08. Suite du règne de Louis XII.

tS PORTinaT DS Ii0!f X. 115

I LE POimnCAT DE LÉON X.

Depuis Tav 1513 jiuqa'à Pan 1521 .

Cependant les guerres et les désastres I (ui troublèrent l'Italie pendant la plus 1 .Tande partie du règne de Jules II ne I tti ayaient pas permis d'accomplir les ^ ;rands desseins qu'il avait conçus pour { ^embellissement de Rome; et il était ré- I «rvé à Léon X, chez qui le goût des arts : 4tail un sentiment naturel à Tillustre famille desMédîcis, de poursuivre avec mccès les immenses travaux commencés par son prédécesseur. Non content d'achever les belles constructions du Vatican, il conçut la pensée de charger Hichel-Ange d'élever une vaste etsompuense basilique , qui , sous le nom de iiKT-PiERRE, surpassa bientôt tout ce

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