HIST. MODERNE, T. II. 4* ÉWT
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parvint , pour distraire Qiarles XII, à lui &ire lire les meilleurs auteurs qui ont écrit dans notre langue que ce prince entendait fort bien , mais dont il refiisa toute sa vie de prononcer un seul mot, par une de ces bizarreries qui semblaient appartenir à son caractère* On raconte même à ce propos qu'un jour entendant lire un passage de Tun de nos plus grands poètes, • oïl Alexandre le Grand , ce fameux conquérant qu'il semblait avoir pris pour modèle y est traité de fou pour avoir réduit tant de villes en cendres^ et causé tant de maux aux hommes , Charles ^ hors de luimême , prit le livre des mains du lecteur et déchira la page oii son héros Êivori était Fobjet d'un pareil outrage. Ce fut ainsi que Charles XII passa trois années entières , à cinq cents lieues de son royaume , où poadant longtemps ses sujets, le croyant mort ou prisonnier des Tartares , furent au moment de renoncer à l'espoir de jamais le revoir.
Mais ce n'était pas seulement le regret des nevmns c£uiâés par son opiniâtreté qui
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retenait Charles XII loin de ses États ; s'il s*obstinait ainsi à abuser de Thospi* talitë des Turcs, c'est que ce princa, dont la constance et la ténacité semblaient croître avec sa mauvaise fortune, avait conçu Tespoir de décider le sultan à déclarer la guerre au czar, et à l'obliger de rendre au roi de Suède toutes les provinces qu'il venait d'enlever à ce royaume. C'était là le but secret du long séjour de Charles en Turquie , et l'objet de ses désirs les plus ardents.
A cette époque, mes jeunes amis^ le sultan Achmet III , qui venait d'accueillir le roi de Suède avec tant d'égards, était jeune et privé de cette ambition génë^reuse qui avait armé plusieurs de ses prédécesseurs contre la chrétienté. Selon la coutume des peuples de l'Orient où les princes passent toute leur enfance dans une espèce de captivité , ce nouveau monarque, jusqu'à son avènement au rang suprême, n'était guère àorti du SÉRAIL de Constantinople , grand et oora» gnifîque palais construit $ur lesbordadu
S16 CHARLES XII A BSNDBR.
Bosphore de Thrace , dans le même lieu oïl s 'élevait autrefois la somptueuse demeure des empereurs grecs que je vous ai décrite dans un autre livre.
Or 9 le sérail y formé de la réunion de plusieurs palais, sert aussi de demeure aux nombreuses femmes des empereurs turcs, et c'était là que vivait la sultane, mère d'Achmet III. Cette princesse, pour se désennuyer dans ce somptueux séjour où la promenade dans de magnifiques jardins était à peu près sa seule distraction, prenait quelquefois plaisir à écouter une jeune Allemande qui, ayant entendu parler dans son pays des exploits de Charles XII , ne cessait d'entretenir la sultane des victoires et des revers de ce prince , et lui avait inspiré une si vive admiration pour le héros suédois, que cette princesse, en parlant du roi de Suède, ne rappelait jamais autrement que son Lion. Aussi, chaque fois que son fils venait la visiter dans son appartement , elle ne manquait pas de lui dire : « Quand donc aiderez-vous mon Lion à dévorçr