‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 99 sur 117 · HIST. MODERNE. T. II. 4* ^DIT · texte numérisé non relu

HIST. MODERNE. T. II. 4* ^DIT

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des vaiMeatix russes naviguaient sur la Baltique y sur la mer Noire, sur la mer Caspienne, et commerçaient dans toutes les parties du globe. Sur les bords du golfe de Finlande , et à peu de distance de Saint«-Pëtersbourg , s'étendaient les délicieux jardins de Péterhoff , tracés sur le modèle de ceux de Versailles, mais dans un site plus magnifique j dont la mer forme Tliorizon. Le peuple russe lui-même , devenu moins grossier et moins ignorant , commençait à perdre ses mœurs barbares , et les jeunes Moscovites que Pierre avait forcés de voyager, avaient rapporté dans leur patrie le goût des arts et la politesse des pays qu'ils avaient parcourus» Enfin ce grand prince avait élevé si haut la gloire de sa nation, que les souverains étrangers, comme d'un commun accord , lui décernèrent le titre d'empereur que jusqu'alors les monarques autrichiens avaient seulsporté en Ewrope.

£h bien , au milieu de cette prospérité toujours croissante, Pierre le Grand était

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agité d'une grande inquiétude, parce qu'il n'ignorait pas qu'un grand nombre de ses sujets , secrètement attachés aux anciens usages de leur nation, l'accu* saient d'avoir amolli le peuple russe en l'instruisant, regrettaient l'ignorance de leurs pères, et n'attendaient qu'une occasion favorable pour renverser presque tout ce qu'il avait créé.

Or il faut que vous sachiez que dans sa jeunesse Pierre avait épousé une dame russe, et que de ce mariage il lui était né un fils , nommé Alexis , qui, par une humeur farouche , un esprit indomptable, un caractère taciturne et mutin, avait refusé obstinément d'acquérir l'in^ struction que le czar imposait aux autres seigneurs de son empire. C'était vers ce jeune homme , presque barbare encore au milieu d'une cour déjà instruite et policée , que se tournaient les espérances des ennemis secrets de Pierre le Grand, et le czar, qui ne l'ignorait point, voyait avec douleur son propre fils con-r spirer contre son ouvrage» £n vain il

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avait essayé par des reproches paternels de rendre docile ce prince rude et incorrigible ; ses conseils n'avaient trouvé en lui qu'une résistance obstinée qu'aucune tendresse filiale ne venait adoucir ; sans cesse environné des boyards les plus connus parleur opposition aux vues pré- Toyantes de son père, Alexis se livrait avec fureur aux vices honteux que Pierre avait eu tant de peine à détruire chez les Russes. Dans ses murmures offensants contre l'empereur y ce fils' dénaturé ne laissait point ignorer à ceux qui l'entouraient, qu'aussitôt qu'il serait parvenu au trône, il renverserait tout Pédifice dont Pierre était le fondateur. Jusque-là cependant le czar s'était borné envers ce fils coupable à des avertissements sévères mais paternels , lorsqu'une nouvelle faute de ce jeune imprudent vint faire éclater sur sa tête la colère de son père.

Dans le dernier voyage que Pierre, accompagné de Catherine, fit en Europe , ce prince avait ordonné à son fils

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de venir le joindre à Copenhague, où il avait Fintention de visiter alors le roi de Danemark , son plus ancien allié ; mais le CzARÉwiTZ (c'est le titre que portent en Russie les fils du czar), au lieu d'obéir, se rendit à Vienne auprès de l'empereur d'Allemagne, alors appelé Charles YI, et le supplia de le protéger contre la vengeance de son père. Ce monarque accueillit avec bienveillance ce jeune imprudent ; mais craignant d'exciter le ressentiment du czar en le gardant auprès de lui , il lui conseilla de voyager en Italie, jusqu'à ce que Pierre voulût bien lui pardonner sa désobéissance.

Une pareille faute , mes jeunes amis , comme vous le comprendrez aisément, fut un coup terrible pour le czar , qui voyait ainsi son propre fils, celui qui devait un jour porter sa couronne , donner à ses sujets l'exemple de l'insoumission et de la révolte. Dès ce moment il prit la résolution de priver ce fils coupable d'un héritage dont il n'était plus digne , et envoya deux seigneurs russes

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jusqu'à Naples, où le coupable Alexis s'était arrêté , avec ordre de le ramener au plus tôt à Moscou , pour y subir la puoilioQ qu'il avait méritée. Alexis , effrayé de la colère de son père, se repentit alors , mais trop tard , de l'avoir encourue 9 et se soumettant sans résistance aux ordres de l'empereur, il suivit à Moscou ses deux gardiens , résolu de renoncer lui-même au trône pour satisfaire le czai* et apaiser son ressentiment.

Dans quelques-unes des histoires que vous avez lues jusqu'à présent», j'ai eu occasion de vous faire remarquer plusieurs terribles exemples de sévérité paternelle accomplis dans des temps presque barbares encore, ou par des hommes tout à fait dénaturés. Vous vous rappelez sans doute encore quelques-uns de ces traits, que je ne vous ai rapportés qu'eq frémissant; et la plupart d'entre vous, j'en suis certain , sont prêts à me citer l'exemple de Junius Brutus sacrifiant ses propres enfants au salut de la république romaine ; Manlius Torquatus livrant son

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fils vainqueur à toute la sëvëritë de la discipline militaire; Clotaire V% roi des Francs , ordonnant de sang-froid le meurtre de Chramnès , son fils rebelle ; le sombre Philippe II enfîn^ abandonnant Tinfortuné don Carlos à toute la rigueur de Tinquisition espagnole. Mais plus de cent ans après cette dernière catastrophe, personne n'eût pu croire qu'un pareil exemple serait renouvelé*

À peine arrivé à Moscou , où il avait été conduit désarmé, au Kremlin, comme un prisonnier dangereux, le malheureux Alexis écrivit à son père qu'il renonçait pour jamais à son héritage, et lui demanda pour toute grâce là permission .de se retirer dans un monastère pour y finir ses jours. L'empereur parut d'abord disposé à lui accorder cette faveur; mais le lendemain, convoquant tout à coup une assemblée d'évêques et des principaux boyards de l'empire , il accusa devant eux le Czaréwitz d'avoir conspiré contre sa vie avec les ennemis de TÉtat , et den^nda qu'il fût puni de ce double crime.

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Chacun des assistants demeura consterné en écoutant cette terrible accusation; niais Pierre voulait être obéi y et Alexis fut condamné à perdre la vie. On assure qu'en entendant cette sentence fatale, le coupable Alexis, frappé d'un mal subit, tomba à la renverse , et qu'il expira peu d'instants après en présence de son père, à qui il demanda pardon de ses fautes les larmes aux yeux, et qui ne put lui-même retenir ses pleurs. Le corps de ce malheureux prince, après avoir été exposé penpant plusieurs jours aux regards du peuple dans un cercueil ouvert, fut déposé avec pompe dans la sépulture impériale ; mais ce terrible événement plongea le czar dans une tristesse profonde qui troubla le reste de sa vie, et avança le terme de sa glorieuse carrière.

Pierre le Grand , mes bons amis, ne survécut que sept ans à ce prince infortuné, dont le sort funeste avait rempli sa vieillesse d'amertume; mais les dernières années de cet homme infatigable furent encore consacrées tout entières à la pros-

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périté de cet empire auquel il venait de sacrifier son propre fils ; déjà atteint d'une maladie mortelle qui lui causait des dou* leurs aiguës qu'aucun autre que Pierre le Grand n'eût pu supporter, il ne prit même pas le temps nécessaire pour soigner son corps épuisé par tant de travaux et de fatigues. Quoique consumé d'un mal cruel , il traça lui-même , sur une carte géographique qu'il confia à un habile marin russe nommé Behri^tg, la route qu'il devait suivre vers le Nouveau Monde, où ce hardi navigateur découvrit bientôt après, sous le climat glacé de l'Amérique du Nord, un détroit célèbre qui porte son nom. Déjà presque mourant , dans un voyage qu'il fait sur les bords du lac Ladoga , voisin de Saint- Pétersbourg, il aperçoit, pendant un violent orage, à la lueur des éclairs, une barque chargée de soldats et de matelots, qui, battue de la tempête, allait être submergée , sans que ceux qui la montaient pussent la diriger vers le rivage : à cette vue , Pierre , oubliant ses souffrances ,

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8*ëlaiioe avec quelques rameurs iotrépides dans une légère chaloupe, et après d'incroyables efforts f parvient à sauver ces infortunés d'une mort qui semblait inévitable.

Mais cet effort, mes jeunes amis , fut le dernier de ce grand homme ; en peu de jours une fièvre brûlante le conduisit aux portes du tombeau , sans que , jusqu'à son dernier soupir, il cessât de pourvoir au bien de la Russie. Peu d'instants avant d'expirer, il (Résigna pour lui succéder sur le trône cette même Catherine qui avait sauvé l'empire et l'empereur sur les bords du Pruth. Pour lui, satisfait d'avoir préparé jusqu'au soin de ses funérailles , il vit approcher sans effroi la fin de cette vie si glorieusement remplie qui venait de créer un empire de plus en Europe , et mourut calme et impassible au milieu de sa cour éplorée.

Au centre de l'une des places publiques de cette ville de Saint-Pétersbourg dont il avait fait la nouvelle, capitale de son empire, s'élève im monument colossal

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qui semble digne du grand homme dont il consacre la mémoire. Sur un immense rocher courbé en arceau que plusieurs milliers d'hommes ont amené jusqu^à ce lieu à force de bras et de travail, s'élève la statue en bronze de Pierre le Grand à cheval, et dans Tattitude du commandement dont il sut faire un si noble usage; du haut de ce piédestal gigantesque , il semble encore planer sur l'empire dont il lut en quelque sorte le fondateur ; et si la Russie tout entière n'était elle-même un monument de Pierre le Grand , ce serait dans ce bronze immortel qu'il faudrait aller chercher son image.

STirCHROinsMB DE L^HISTOIHE DB VBiUrCB.

1718. Suite du règne de Louis XV.

3fi0 LE PRBMIBR ROI Dl PRISSE.

Depuis Tan 1700 jusqu'à l'an i7ig.

Quand je vous ai raconté, il n'y a pas longtemps, mes jeunes amis, l'histoire de la ligue de Smalkalde, qui remplit TAllemagne de tant de troubles du temps de l'empereur Charles-Quint , je vous ai fait remarquer que Tun des premiers princes qui s'associèrent à cette lutte contre la domination impériale fut Albert de Rrandebourg, grand maître de l'ordre Teutonique, qui, après avoir embrassé la religion protestante, avait pris le titre de duc de Prusse.

Depuis cette époque, la maison de firandebourg avait acquis une grande puissance en Allemagne, et pendant les sanglants débats de la guerre de

trente ans ^ un duc de Prusse avait pris rang parmi les ëlecteui*s de l'empire.

Ce fut à la faveur de ces circonstances qu'un des princes de cette famille souveraine, nommé Frédéric-Guillaume, qui mérita par ses vertus et ses exploits le surnom de Grand électeur , ajouta de nouvelles provinces à celles que ses aïeux possédaient déjà. Après avoir successivement vaincu les Suédois , secondé Jean Sobieski contre les Turcs, et contribué à la délivrance de TAllemagne dans les longues guerres suscitées par l'ambition de Louis XIV, il sut rendre le duché de Prusse riche et florissant, et le peupla d'une nation brave et industrieuse. Trop habile pour ne pas profiter des fautes de ses ennemis et de ses voisins , il avait fondé la prospérité de la Finisse sur des bases solides et durables , en ouvrant ses Etats aux protestants français que la révocation de Tédit de Nantes, dont je vous ai parlé dans l'histoire de France , avait contraints de chercher un refugedansles pays étrangers. Par ce moyen, Frédéric-

MIST. MOOERNF. T. 11. 4« tWT. Dg.edbyGoOglé^^

Guillaume attira dans ses États une foule d'hommes utiles et laborieux, qui, en retour de Thospilalité qu'ils recevaient de la nation prussienne, lui enseignèrent bientôt tous les arts de la patrie. Ce fut ainsi que la Prusse , jusqu'alors pauvre et sauvage, vit en quelques années , par la sagesse du grand électeur, s'élever dans Bekuv, sa capitale, des manufactures d'étoffes précieuses, des ateliers de tapisseries aussi recherchées que celles de Flandre, des fabriques de miroirs aussi estimés que ceux de Venise. Enfin Frédéric, appelé à gouverner une nation brave et belliqueuse, trouva le secret, avec des Etats encore peu étendus, d'entretenir une armée considérable, dont chaque soldat, vêtu d'habits uniformes, chose toute nouvelle alors en Europe, était armé d'un fusil qu'il maniait avec promptitude et facilité. Les troupes de l'électeur de Brandebourg devinrent dès lors des modèles pour celles de tous les autres souverains de l'Allemagne, et l'exercice à ta, prussienne, c'est-à-dire

l'art de manier les armes de guerre avec une précision uniforme et rigoureuse, fut bientôt adopté par tous les États voisins.

Mais il appartenait au successeur de Frédéric-Guillaume de placer ce nouvel État au rang des puissances européennes; et son fils aîné Frédéric sut profiter habilement des avantages que la sagesse du grand électeur avait préparés pour la Prusse.

Le nouvel électeur de Brandebourg n'avait point hérité des hautes qualités de son père, ni même de son extérieur imposant et remarquable. Frédéric , au contraire , était petit et contrefait ; mais dévoré d'ambition et de vanité , il attachait un prix infini au faste et à la représentation dont les princes allemands se montraient peu jaloux à cette époque, et supportait avec d^autant plus de peine de n'être qu'un simple électeur de l'empire, qu'il voyait autour de lui d'autres princes, dont les Etats étaient moins considérables que les siens, s'arroger I«

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litre de Roi , et prendre place sur des trônes.

En effeti mes bons amis, c^était l'époque ou Georges 1^^ électeur de Hanovre^ venait d'être appelé, par la mort de la reine Anne sa tante, à la couronne d'Angleterre , ainsi que vous avez pu le lire dans l'histoire de ce royaume, tandis qu'un autre électeur, Auguste de Saxe, obtenait de la diète de Varsovie cette royauté polonaise qu'il devait payer bientôt après par tant de revers et de vicissitudes.

Il n'en fallut pas davantage pour inspirer à l'orgueilleux Frédéric un désir immodéré d*être environné à son tour des honneurs de la royauté, et il sut si bieo diriger ses vues ambitieuses que ^emp^ reur Léopold P', dont la prépondérance s'étendait alors sur la plus grande partie de l'Allemagne, lui permit de changer son titre d'électeur contre celui de Roi DE Prusse, qu'il se hâta de prendre pu^ bliquement, avec le nom de Frédéric P^ A la cérémonie de son sacre, qui eut liet

peu de mois après à Berlin , il se posa luimême la couronne sur la tête, et depuis ce temps , la Prusse n'a plus cessé d'être comptée parmi les États monarchiques de l'Europe, où elle occupe aujourd'hui un rang imposant et respectable.

Cependant, à peine parvenu au but de ses désirs , le vaniteux Frédéric V se livra tout entier à son goût immodéré pour le luxe et la magnificence. Persuadéqu'un roi devait se distinguer surtout par le faste de ses équipages et de son costume, jamais il ne paraissait en public qu'élégamment vêtu d'après les plus nouvelles modes françaises, qui étaient alors en possession d'être imitées de toute l'Europe. Les fêtes qu'il donnait à Berlin ressemblaient , par leur somptuosité , à de véritables féeries ; dans les pays étrangers, ses ambassadeurs, par son ordre, étalaient un luxe ruineux; ses palais étaient splendidement décorés de meubles et d'étoffes précieuses; ses moindres donaestiques étaient richement habillés ,

ses écuries pleines des plus beaux chevaux, ses offices garnies d'une multitude 1 de cuisiniers toujours occupés , et ses caves remplies des meilleurs vins deTEurope. Enfin, pour avoir une demeure digne de sa royauté nouvelle, il fît venir à Berlin un célèbre architecte français, appelé Le NÔTRE, par qui Louis XH^ avait fait dessiner ses magnifiques jardins de Versailles et des Tuileries à Paris. Lepa- | lais que Le Nôtre construisit, par ordre du roi de Prusse, sur les bords de la Sprée, belle rivière qui coule auprès de Berlin, reçut le nom de CHARLOTTEiraptjRG, en Thonneur de la reine Charlotte de Hanovre , princesse aimable et spirituelle qu'il avait épousée depuis plusieurs années. On raconte que cette princesse, qui n'avait jamais pu s'accoutumer au goût excessif de son royal époux pour l'appareil et les céi;;émonies, disait, au moment de mourir, à une dame qui déplorait devant elle la douleur que leroiéprouverail certainement de sa perte : « Soyez tranâuille, madame, la magnificence de mei

'^ funérailles le consolera , et pourvu qu'il ; ne manque rien à la cérdmonie , il n'aura ; rien à regretter. »

Frédéric T', mes bons amis , qui sur- > vécut plusieurs années à cette femme i> dont il n'avait pas su apprécier toutes les i belles qualités, mourut lui-même avec uf^^ des circonstances qui sont assez curieuses '> pour que je vous les raconte. Quelques r.^ mois après la mort de Charlotte de HaaPi novre, le roi, quoique déjà avancé en âge, [,f voulut prendre une autre femme, et fit ; i choix d'une princesse nommée Louise de t- Mecklembourg, issue de Tune des plus p; illustres maisons d'Allemagne. Malheuûf- reusement, peu de temps après ce ma- [> riage, la nouvelle reine éprouva la plus u. grande de toutes les infortunes , car elle :- perdit presque entièrement la raison; f' mais on eut soin de cacher à Frédéric , i: pour ne point l'affliger , le triste état i' dans lequel cette princess^était tombée. i Un jour que ce monarque, retiré dans \' son cabinet, sommeillait sur un fauteuil, ^ il fut tout à coup réveillé en sursaut par

un bruit effroyable : c était la reine ellemême, qui, à demi vêtue d^une robe blanche et les mains toutes pleines de sang, venait , dans un terrible accès de démence, de briser une porte en glace qui séparait son appartement de celui du roi, et s'était élancée avec violence vers ce prince en poussant des cris lamentables; on eut une peine infinie à éloigner cette infortunée dont la vue inattendue, dans un pareil état , avait causé au roi autant d'effroi que de surprise. Dès le soir i même, Frédéric I*' tomba dangereusement malade d'une fièvre ardente et accompagnée d'un épouvantable délire.

Il y avait alors en Prusse une croyance vraiment absurde dont Frédéric luimême n'avait pu se défendre, parce i que, dans son enfance, il Tavait en- I tendu répéter par sa nourrice : c'était que lorsqu'un prince de la maison de Brandebourg était près de mourir, une femme vêtue de blanc se montrait dans le palais de cette famille. Cette erreur ridicule avait sans doute frappé l'esprit faible

us PBEMIBR ROI BB PRUSSE.

de Frédéric, car, dans sou délire, il ne cessait de répéter : « J^ai vu la femme blanche, je n'en reviendrai pas. » En efTet, peu de semaines après, il mourut sans avoir recouvré la raison , laissant ses courtisans comblés de richesses et de faveurs , tandis que la misère du peuple accusait à la fois son insouciance et sa dureté envers ses malheureux sujets.

SYNCHAOlflSME DE l'HISTOIBS DE FAAMGB.

1713* VieilleMe et dernières années de Louis XIV.

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