‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 18 sur 69 · LE PROTESTANS A SMALKALDE · texte numérisé non relu

LE PROTESTANS A SMALKALDE

eu l'imprudence de mécontenter Charles-Quint, ce prince ordonna au connétable de Bourbon, qui commandait encore les armées espagnoles en Lombardie, de marcher sur Rome, et de s'en rendre maître, ainsi que de la personne du souverain p(mtife lui-même. Bourbon n'obéit que trop exactement à cet ordre sévère, et celui qui avait trahi sa patrie et son roi ne craignit pas de donner au monde le spectacle d'un prince chrétien menaçant le successeur de saint Pierre.

Or, il faut que je vous dise qu'à la suite des longues guerres qui depuis tant d'années désolaient l'Europe, comme au temps des compagnies d'aventure dont je vous ai parlé dans d'autres histoires, les armées n'étaient plus comj)osées que de ces mercenaires de tous les pays, plus funestes aux provinces qu'ils traversaient, qu'aux ennemis qu'ils devaient combattre. Dans les rangs de l'armée du duc de Bourbon se trouvaient des Suisses, des Allemands, des Espagnols, des Flamands, des Italiens, des Bourguignons, gens de toute espèce et de toute religion, que l'espoir du butin avait faits soldats, et dont le pillage était le seul but : troupe infâme qui déshonorait le noble métier des armes, et faisait de l'homme de guerre un véritable brigand.

Ce fut à la tête de ces bandes indisciplinées que Bourbon se mit en marche vers Rome , et partout son passage fut marqué par le pillage et la dévastation. Rien n'était sacré pour ces misé-

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rables, auxquels personne n'osait résister : Les villes, les villages étaient saccagés; les chaumières les plus pauvres n'étaient pas plus à l'abri de leur fureur que les châteaux les mieux fortifiés; et les malheureux hahitans eux-mêmes étaient égorgés impitoyablement par ces hommes cruels , plus féroces cent fois que les Tartares et les Ottomans.

Quoique le bruit des horreurs qui signalaient la marche de l'armée impériale à travers l'Italie fut promptement parvenu jusqu'à Rome, mes jeunes amis, Clément VII n'avait pu croire encore que les troupes du plus puissant prince de la chrétienté osassent suivre l'exemple qu'avaient donné autrefois les Huns, les Vandales et les Goths, au temps de la chute de l'empire d'Occident; mais le pontife fut cruellement détrompé, lorsqu'il vit, devant les murs de Rome même, les impériaux s'avancer avec des échelles pour les escalader. Ce jour-là , le connétable , pour être mieux vu de ses troupes, avait revêtu une armure blanche, et il ne cessait de les exciter à combattre, en leur promettant le pillage de cette grande capitale. Mais le perfide ne devait pas jouir de la victoire qu'il se promettait ; car, au moment où il s'avançait au pied des murailles pour donner lui-même le signal du combat, l'un des premiers coups de mousquet tirés des ramparts lui traversa le corps, et le renversa sur la place. Quoique mortellement blessé , il eut encore assez de pré-

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seiice (l'esprit, pour ordonner à ceux qui l'entouraient de couvrir d'un manteau son corps inanimé, afin de cacher à ses soldats qu'il n'existait plus , et il rendit le dernier soupir.

Mais lorsque cette armée, après s'être rendue maîtresse des remparts, apprit qne son général avait péri , cette mort , trop glorieuse pour un traître, devint un prétexte pour ces bandes d'aventuriers de se livrer aux plus terribles excès envers les habitans de Rome. Pendant trois mois entiers, cette malheureuse capitale, abandonnée à la rage d'une soldatesques effrénée, devint le théâtre des plus épouvantables désordres. Les églises même ne furent pas respectées par ces forcenés, qui n'avaient pas plus de religion que de patrie; et le pontife lui-même, qui, après s'être réfugié pendant quelques jours au château Saint- Ange, avait été forcé de se mettre entre leurs mains, était exposé à chaque instant aux plus cruels outrages.

Cependant lorsque Charles-Quint apprit, en Allemagne , l'infamie dont ses soldats souillaient ses drapeaux, il ne put s'empêcher de rougir des crimes qu'ils avaient commis en son nom, et prenant des habits de deuil, il feignit une profonde douleur des mauvais traitemens que le pape avait éprouvés : quoique l'impératrice, sa femme, peu de jours auparavant, eût mis au monde un petit prince qui reçut le nom de Philippe , il défendit qu'aucune réjouissance célébrât cet heureux évé-

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