‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 21 sur 69 · DE GH ARLES-QUINT · texte numérisé non relu

DE GH ARLES-QUINT

Quint des honneurs qu'il avait quittés, et il n'en fut que plus impatient d'arriver à la retraite qu'il s'étoit choisie.

Eu entrant dans le monastère de Saint-Just, où les moines raccueillirent avec le respect dû à un })rince qui, pendant près de cinquante ans, avait gouverné tant de millions d'hommes, il congédia la plupart des domestiques qui l'avaient suivi jusqu'alors, et s'adressant aux bons religieux, surpris de voir un grand roi préférer leur vie paisible et monotone à la splendeur de tant de couronnes : «Je viens ici, leur dit-il, pauvre et nu comme )» an jour de ma naissance; c'est parmi vous, mes 1) frères, que j'espère trouver la paix que j'ai vai- » nement cherchée sur le trône. »

Eneffet, mes enfans, depuis ce moment Charles- Quint, devenu entièrement étranger au monde qui l'oublia bientôt, parut uniquement livré aux exercices de j)iété qui renipUssaient la vie des moines : sa principale distraction était de faire une courte promenade dans les vastes jardins du mor nastère, monté sur un petit cheval, le seul qu'il eût conservé de tous ses équipages. Dans ses autres momens de récréation, il admettait auprèsde sa personne un célèbre mécanicien, nommé Turriano, qu'il avait fait venir exprès d'Italie, et s'exerçait avec cet homme habile à toutes sortes de petits ouvrages mécani([ues, \)onv lesquels il avait toujours eu beaucoup de goût et d'adresse. Oji assure même qu'il parvint à laire, de ses pro-

près mains, de petits personnages, qu'il faisait agir et mouvoir avec tant de faeilité, que les moines de Saint-Just, qui pour la plupart étaient fort ignorans, et n'avaient jamais rien vu de semblable, étaient tentés de croire que l'empereur était un sorcier, et s'épouvantaient de son travail. Un autre plaisir pour ce monarque, qui ne pouvait supporter un seul instant d'oisiveté, était de réunir dans son appartement une multitude d'horloges et de pendules, que l'on commençait alors à fabriquer dans divers pays de l'Europe, et de s'assurer si leur mouvement était exactement le même ; puis, lorsqu'il s'apercevait qu'elles dififéraient sensiblementdans leur manière de marquer les heures : « Dois je m'étonner, s'écriait-il, de )» n'avoir jamais pu accorder les hommes ensem- » ble, quand je ne puis pas même régler de la » même manière ces horloges, qui ne sont que des » machines. «

Ce fut ainsi, mes jeunes amis, que Charles-, Quint passa près de deux années dans une pro-; fonde retraite, où il ne permettait même pas à ceux qui l'approchaient de lui parler des événemens qui troublaient alors le monde, qu'il avait si long-temps rempli de sa gloire et de son nom; mais après ce temps sa santé que le repos avait d'abord paru fortifier, s'affaiblit de nouveau, et l'on s'aperçut bientôt quel'énergie desonamedimiituait avec les forces de son cor[>s. Ce fut un triste spectacle pour le petit nombre de ceux qui

l'entouraient, que de voir ce grand prince accablé d'infirmités et de tristesse, ne plussongerqu'à terminer dans les austérités d'une dévotion exagérée cette existence si glorieuse et si brillante. Souvent, ses domestiques le surprenaient se déchirant lui-même les épaules avec une discipline, (sorte de fouet en lanières de cuir, dontlesmoines faisaient usage pour se châtier de leurs péchés), ou achevant d'user par les jeûnes et la privation de sommeil, le reste de ses forces chancelantes. Enfirj, un jour, il conçut une idée bien singulière, et qui dénote assez combien sa raison était altérée, ce fut de se donner à lui-même le spectacle de ses propres funérailles.

A cet effet, mes amis, il ordonna que l'église de Saint-Just fût entièrement tendue de draj» noir, fit dresser au milieu du chœur un cercueil vide, entouré de cieiges allumés, et voulut que les moines se missent à chanter les prières en usage pour les cérémonies funèbres; lui-même, couché dans le cercueil, répondait d'une voix lugubre aux prières des assistans, et lorsque l'ofliee fut terminé, chacun se retira, le laissant seul dans sou tombeau, d'où il sortit avec peine pour regagner son appartement. Mais, dès la nuit suivante, frappé sans do«»te du specta(^le sinistre dont il avait voulu être témoin, il tomba dangereusement malade, et rendit j)eu de jours après le dernier soupir. Son corps, soigneusement embaumé, fut déposé dans cette même église de Saint-Jnst,

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qu'il avait choisie pour sa sépulture, et qui fut la dernière demeure de celui qui avait été le puissant empereur Charles-Quint.

l INQUISITION.

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