‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 3 sur 69 · OS I · texte numérisé non relu

OS I

76 511CIIEL-ANGE A ROME.

OU représenter sur une toile un tableau peint des pins ridics couleurs, il semblait que toutes les difficultés qui peuvent arrêter les artistes vul^^aires fussent des jeux pour Léonard , que ses talens faisnient reclierelicr de tons les princes et les seigneurs d'Italie; et Jules II n'eut pas de repos qu'il ne Veut déterminé à se rendre à Rome pou consacrer ses pinceaux et son génie à l'embellis sèment des nouvelles galeries du Vatican , que I Bramante venait d'achever; mais peu de temps après, François l^^ qui, dans son voyage d'Itrilie, avait pris un goût passionné pour les chefs-d'œuvre de la peinture, ayant décidé Léonard de Vinci à le suivre dans son royaume , ce grand artiste vint en France , où , comblé d'honneurs et de récompenses, il mourut dans un âge avancé, après avoir passé plusieurs années à la cour de ce monarque, qui le premier Gt connaître à notre nation les merveilleux produits de l'art et du génie. 11 y avait alors, mes bons amis, à l'académie de Florence, fondée, comme vous savez, quelques années auparavant paf Laurent de Médicis , un jeune élève nommé Michel-Ange Buonarotti , qui se distinguait à la fois par un génie égal pour Ifl Peinture, la Sculpture et l'Architecture. Le Bramante, qui le connaissait et se sentait déjà troj près de la vieillesse pour se flatter d'achever le: grands travaux qu'il avait ébauchés , supplia Ju les 11 d'appeler Michel-Ange à Rome ; et ce pap( n'eut pas plus tôt apprécié le mérite de ce jeun<

lilICHEL-ANGE A ROME. 77

homme, que , saisi cradmiration pour l'artiste Fiorentin , ii le chargea de commencer pour luimême un superbe mausolée , c'est-à-dire un édifice qu'il destinait à son propre tombeau.

En même temps, Micbel-Ange entreprit de peindre plusieurs tableaux sur les murailles d'une magnifique chapelle, à laquelle on donnait le nom de Sixline, parce qu elle avait été bâtie peu d'années auparavant, par les ordres d'un pape nommé Sixte IV, l'un des prédécesseurs de Jules If. Mais ce qui fit acquérir à Buonarotti une glorieuse réputation dans toute Fliaiie, ce fut une statue de bronze qui représentait le pape lui-même en babils pontificaux, que Jules II donna en présent à la ville de Bologne , où il était né. On raconte , à ce sujet, que le statuaire ayant demandé au pontife s'il devait placer dans sa main le livre des Évangiles qui figure ordinairement dans les images des papes et des pères de l'Eglise, c'est-à-dire des premiers écrivains chrétiens : « Non » , répondit l'impétueux pontife, u c'est une épée qui ^^ me convient, et non point un livre, qui me » ferait ressembler à un écolier. » Les ordres du pape furent exécutés, mais cette statue, où il avait voulu par cette attitude donner une idée de son humeur guerrière, ne décora que peu de temps la place publique de Bologne, où elle avait été élevée ; car les Français s'élant rendus maîtres de cette ville, quelques jours avant la bataille de Bavenne, la populace qui, à leur approche, s'était

7B MICHEL-AÎVGE A ROME.

révoltée contre le papi; , renversa son image, et l'ayantlraînéedanslesmes pour lui faire outrage, mit en pièces ce chef-d'œuvre de Michel-Aiige. Cependant, mes jeunes amis, le grand statuaire et le pontife ne vivaient point t(Jujours en bon accord, et Michel -Ange souffrait avec peine que l'impatient Jules II le pressât incessamment de terminer ses travaux, en lui reprochant sa lenteur et sa paresse. Un jour entre autres, que Buonarotti, monté sur un échafaudage, peignait avec ardeur un des plafonds de la chapelle Sixtine, à laquelle il consacrait tous ses soins depuis vingt mois, le pape, qui venait souvent le visiter, se plaignit avec amertume que ce grand ouvrage ne fût point encore achevé, et lui demanda d'un ton impérieux à quelle époque eiifin il compléterait ce travail immense : «; Quand je pourrai, » répondit le peintre avec humeur, u Tu mériterais », s'écria le pape hors de lui-même, « que je le fisse )» à l'instant même précipiter de ton échafaud. « Cette menace, comme vous pouvez croire, indigna l'artiste, dont le caractère était fier et irascible; mais comme il s'était engagé à terminer les ornemens de la chapelle, il poursuivit ce travail avec tant d'activité, qu'il fut achevé peu de temps après. Mais dès le lendemain, et sans attendre même la récompense qui lui était promise, il quitta Roma secrètement et s'enfuit à Florence, sa patrie, où il refusa pendant long-temps de se rendre aux instances du pape, quoique celui-ci eût

menacé les Florentins de leur faire la guerre, s'ils ne lui renvoyaient leur illustre concitoyen. A la fin pourtant Buonarotti consentit à retourner à Rome, pour terminer le mausolée qu'il avait commencé, et succéder au Bramante, qui, avant de mourir, l'avait supplié de ne pas laisser incomplètes les magnifiques galeries du Vatican, auxquelles il n'avait pas eu le temps de mettre la dernière main.

Depuis l'an 1512 jusqu'à l'an 1521.

Cependant, mes jeunes amis, les guerres et les désastres qui troublèrent l'Italie pendant la plus grande partie du règne de Jules II ne lui permirent pas d'accomplir les grands desseins qu'il avait conçus pour l'embellissement de Rome ; et Léon X, chez qui le goût des arts était un sentitiment naturel à rilluslre famille des Médicis, put continuer les immenses travaux commencés par son prédécesseur. Non content d'achever les belles constructions du Vatican, il eut l'idée de charger Michel-Ange d'élever une vaste et somptueuse basilique, qui, sous le nom de Saint-Pierre, surpassât bientôt tout ce que les anciens Grecs et Romains avaient jamais construit de plus admirable. Afin que le grand architecte pût se livrer à toute la puissance de son génie , les marbres les plus rares, les fragraens les plus précieux des monuinens antiques, lui furent apportés par ordre de Léon , à qui rien ne semblait trop magnifique pour cet édifice, auquel il semblait attacher sa

gloire. Les sculpteurs et les peintres les plus célèbres de l'Italie turent appelés à Rome par la munificence du pape, pour concourir à décorer cette admirable construction de tous les produits de l'art et du génie.

Mais si ia confiance du souverain pontife plaçait ainsi Michel-Ange au-dessus de tous les autres artistes de son temps , mes bons amis , cette distinction ne le mettait point à Tabri des envieux qui ne manquent jamais de s'attacher au véritable mérite. Chaque fois que le statuaire exposait aux regards du public quelque nouveau chef-d'œuvie, on entendait ses ennemis répéter avec affectation, que cet ouvrage était bien au-dessous des moindres statues brisées ou mutilées que l'on découvrait à tout moment dans les ruines de l'ancienne Rome ; et Buonaroiti , fatigué de voir ainsi ses ouvrages livrés à la malignité et à l'envie, résolut de confondre ses détracteurs , en faisant usage d'une ruse fort innocente.

Ayant achevé vers cette époque une statue de marbre d'un travail admirable , qui représentait un amour endormi, et lui ayant à dessein cassé un bras qu'il conserva soigneusement dans son atelier, il la transporta, pendant la nuit, dans un lieu où il savait que l'on devait prochainement fouiller la terre, dans l'espoir d'y découvrir des slatues antiques, et l'y enfouit si secrètement, que personne n'eut la moindre idée de son subterfuge.

En cfFetj à quelque temps de îà, des ouvriers

creusant la terre dans cet endroit découvrirent cette statue qui était déjà toute noircie par l'humidité , et attirèrent la foule avide de semblables rencontres, en s'écriant qu'ils venaient de trouver une merveille enfouie peut-être dans ce lieu depuis plusieurs siècles. Aussitôt les ennemis de Michel- Ange d^accourir, de tomber en admiration devant son œuvre, et de déclarer que jamais le sculpteur florentin n'aurait produit une si belle statue, où du premier coup d'oeil chacun pouvait reconnaître l'art antique.

C'était là ce qu'attendait Buonarotti pour faire -Xîonnaitre la ruse qu'il avait employée ; « Vous » êtes tous, des jaloux et des menteurs » , leur dit-il avec l'assurance que donne la vérité ; « cette » statue, que vous feignez d'admirer avec tant î» d'exagération, est le dernier de mes ouvrages,

■ que j'ai enfoui moi-même dans ce lieu; et afin » que personne ne doute de ce que j'avance, » voici l'un de ses bras que j'ai brisé, pour con-

■ fondre votre méchanceté. »

Qui fut bien honteux , mes amis , en entendant ces paroles? ce furent les détracteurs du grand artiste ; et depuis ce temps aucun d'eux n'osa plus affecter de déprécier les œuvres d'un homme dont, un moment auparavant, ils préféraient l'ouvrage à tout ce que les statues de l'antiquité ellemême offraient de plus remarquable ; mais la haine qu'ils portaient à Michel-Ange ne fut point désarmée pour cela 5 et, tant qu'il vécut, ils ne

LB PONTIFICAT DE LÉON X. OàJ

cessèrent de le poursuivre de leurs injures el de leurs calomnies.

Une fois, entre autres, Buonarotti ayant exposé en public un admirable tableau qui représentait le Christ expirant sur la croix , ses envieux , voyant l'admiration que ce nouveau chef-d'œuvre excitait, répandirent sourdement parmi le peuple que l'artiste, afin de mieux se pénétrer de l'image terrible qu'il devait peindre, avait eu la barbarie de demander au pape un criminel condamné à mort , pour le faire expirer dans l'horrible supplice du crucifiement. Une si atroce calomnie , mes jeunes amis , pénétra Michel-Ange de douleur; car son âme noble et généreuse était incapable d'une pareille action , et tous ceux qui le virent en butte à la basse jalousie des méchans , n'admirèrent que davantage son génie et sa persévérance, que rien ne pouvait rebuter.

Mais parmi les hommes célèbres dont Léon X aimait à s'entourer, le plus illustre, et aussi le plus heureux des rivaux de Michel- A.nge, fut un peintre nommé Raphaël Sanzio, nédans la petite ville d'Urbin, voisine de Rome, qui , tout jeune encore, fut appelé par Léon X, à décorer les nouvelles galeries du palais papal, d'une suite de tableaux magnifiques, représentant divers sujets sacrés et profanes.

Ce fut à Raphaël que Médicis confia l'exécution d'une foule de chefs-d'œuvre, où le grand peintre se plut à donner à ses personnages les traits des

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hommes les plus illustres de sou temps; ainsi, dans un tableau dont le sujet est Charlemagne recevant la couronne impériale des mains du pape Léon 111 , comme vous pouvez vous rappeler l'avoir lu dans l'histoire de France, il peignit ce pontife sous la figure de Léon X , et le monarque français sous celle de François l*'^ La plupart des merveilleux tableaux de Raphaël existent encore à Rome, dans la meilleur état de conservation, et plusieurs autres ont été transportés à Paris , dans le Musée du Louvre, où sans doute on vous les fera lemarqucr , lorsqu'on vous y conduira.

Parmi les chefs-d'œuvre de Raphaël , dont le nom seul donne une valeur inappréciable à ses moindres travaux , aucun n'eut une destinée j)lus singulière que des cartons, sur lesquels, à la demande du pape, il avait achevé plusieurs dessins que ce pontife destinait à être envoyés dans les Pays-Bas , seule contrée de l'Europe où l'on sût alors faire ces magnifiques tapisseries qui ornent les églises et les [)alais des rois , dans les jours de cérémonie. Ces cartons , après avoir été longtemps égarés , furent retrouvés par hasard dans un atelier de Bruxelles , où des ouvriers les avaient partagés entre eux, pour servir de modèle à leurs travaux. Charles I*^'^ , roi d'Angleterre , ce prince infortuné dont vous connaissez la triste histoire , ayant appris cette heureuse rencontre^ les fît acheter moyennant un prix considérable ,

et transporter dans son royaume , où , après le meurtre de ce monarque , notre grand roi Louis XIV en fît offrir une somme énorme. Mais Cromwell , tout rude qu'il était, ne voulut pas priver sa patrie de ces précieux ouvrages d'un peintre immortel , qui sont encore aujourd'hui soigneusement conservés dans le palais de Windsor, où les étrangers peuvent les admirer.

Le grand Raphaël , mes bons amis , mourut à Rome à peine âgé de trente-sept ans, au moment où il semblait avoir atteint le comble delà gloire. Le pape, qui vint le visiter à ses derniers instans pour rendre un éclatant hommage au génie expirant, ordonna qu'auprès du lit sur lequel il fut exposé, après sa mort, le front couronné de lauriers, on plaçât un magnifique tableau qu'il avait achevé peu de jours auparavant, et qui est connu sous le nom de la Transfiguration, parce qu'il représente notre Seigneur Jésus-Chrit sur le mont Thabor,s'élevantau ciel dans un rayon de lumière, à la vue de ses apôtres prosternés.

Par un jeu singulier de la fortune, le pontife ne survécut que d'une année au peintre immortel qui avait jeté tant d'éclat sur son règne , ccnnme si la Providence eût voulu que Léon X et Raphaël ne pussent exister l'un sans l'autre. L'illustre Médicis, en récompensant magnifiquement les peintres, les sa vans, les sculpteurs, les architectes dont ilsutapprécier les travaux, a mérité de donner son nom à cette période mémorable que l'on nomme le

siècle de Léon X , ou l'époque de la renaissance des arts, parce que ce fut en effet dans ce temps , qu'ils commencèrent à renaître dans tous les pays de l'Europe, où ils avaient été entièrement oubliés pendant les ténèbres du moyen âge. Celte époque si justement célèbre, où vécurent à la fois le mathématicien Tartaglia , Timprimeur Aide Manuce , l'architecte Bramante , l'universel Léonard de Vinci ; Michel-Ange à la fois peintre, sculpteur et architecte de Saint-Pierre de Rome , et Raphaël enfin qui devait les surpasser tous, fut encore marquée par la précieuse invention de la gravure sur cuivre , au moyen de laquelle on est parvenu à reproduire facilement les traits les plus remarquables des ouvrages de ces grands maîtres.

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