TILLY, MANSFELD ET LEURS CONTEMPORAINS
Depuis l'an 1624 jusqu'à l'an 1629.
Je ne sais si vous avez remarqué , mes jeunes amis, que la plupart des livres d'histoire rapportent, avec une sorte de complaisance, les infortunes éclatantes des rois et des autres hommes élevés en dignité , et qu'à peine s'ils accordent quelques témoignages de pitié aux calamités qui fondent sur des nations entières. Sans doute les malheurs des grands personnages sont des exemples plus frappans des coups du sort et de la fragilité des choses humaines , mais il ne faut pas croire pour cela qu'ils soient seuls exposés aux caprices de la fortune ; et le pauvre hiboureur qui voit sa chaumière incendiée et ses moissons dévastées par l'orage ou par la guerre , n'est pas moins à plaindre que le monarque qui perd une couronne.
Tel fut précisément le sort des malheureux ha-
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bilans du Palatinat, mes eiifans , lorsque Maxiini lien de Bavière, par l'ordre de Ferdinand , livra \ celle province entière aux ravages de son armée ' victorieuse. Des villes furent saccagées et inondées ■ du sang de leurs habitans ; des villages furent réduits en cendres; les campagnes se dépeuplèrent devant les farouches impériaux , dont le pillage et l'incendie marquaient le passage : mais un mal , plus grand encore, s'il est possible, que la désolation de l'une des plus belles provinces d'Allemagne, , c'est que la plupart des habitans de cette contrée, que l'avidité de leurs ennemis laissait sans aucune ressource , se mirent eux-mêmes au nombre des pillards, et se firent aussi soldats. Adoptant tantôt un chef, tantôt un autre , ils s'associaient indifférennnent à la cause des catholiques ou à celle des protestans : peu soucieux de suivre les drapeaux , d'un palatin ou de l'empereur, pourvu qu'il leur | fût permis de vivre impunément aux dépens des pays qu'ils traversaient. Des aventuriers , tout à I fait semblables aux anciens Condottieri dltalie , enrôlaient sous leur bannière ces bandes formidables, dont l'apparition était également un fléau pour leurs amis et leurs ennemis : quelques-uns de ces hommes turbulens atteignirent alors par leurs exploits une célébrité qui les rendit pendant vingt ans les véritables souverains de l'Allemagne, et les noms de M a nsfeld, de Christian de Brunswick, de Tilly et deWallenslein, occupent plus de place dans l'histoire de la guerre de trente ans, que ceux