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même des potentats qui mettaient entre leurs mains la destinée de leurs couronnes.
Ernest de Mansfeld, que je viens de vous nommer le premier, était d'origine autrichienne, mais s'étant fait protestant, il avait embrassé avec ardeur la cause du faible et malheureux Frédéric. Lorsque ce prince infortuné fut contraint de chercher son salut dans la fuite, Mansfeld, demeuré fidèle à sa fortune , rallia les débris de son armée mise en fuite à la montagne Blanche, et continua ]a guerre contre l'euqicreur pendant près de dix années. Souvent réduit à un petit nombre de soldats, quelquefois à la tête d'une armée considérable, le Palatinat, la Bavière , la Saxe, la Bohême, la Hongrie, la Transylvanie, la Dalmatie même, le virent tour à tour vainqueur et vaincu , combattre avec une persévérance indomptable pour la religion protestante, qu'il se flattait encore de relever de ses défaites. Atteint d'une maladie mortelle et sentant sa fin prochaine, au moment où il allait jusqu'à Venise susciter de nouveaux ennemis à l'empereur, il se fit revêtir de ses plus riches habits et ceindre de son épée. Puis , comme ses forces défaillantes ne lui permettaient plus de se tenir debout, il se fit soutenir par deux de ses serviteurs, et ayant appelé devant lui les officiers de son armée , il leur fit jurer à tous de combattre jusqu'à la mort pour la cause qu'ils avaient embrassée. Peu d'instans après, il rendit le dernier soupir, mais la ferme résolution qu'il avait su in-
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spireràses compagnons d'armes ne s'éteignit point; avec lui , et l'intrépide Mansfeld devait bientôt?! trouver des vengeurs.
Sous les mêmes drapeaux, et dévoué jusqu'à la' fureur au service de la réforme, mes jeunes amis, le duc Christian de Brunswick était un des ennemis les plus acharnés de l'empereur et delà ligue catholique. Issu de l'une des plus illustres familles d'Allemagne, il avait préféré une vie d'aventures et de périls à l'existence paisible que lui offrait la demeure })rincîère de ses ancêtres ; mais comme il ne possédait point d'assez vastes domaines ni d'assez grandes richesses pour entretenir des armées, c'était à la tète de bandes farouches et rassemblées au hasard qu'il combattait les soldats de l'empire. Tout à la fois impie et sanguinaire , car que peuvent attendre les hommes de celui pour qui rien n'est sacré? il avait fait graver sur sa monnaie , fondue avec l'argenterie dont il dépouillait les églises, cette inscription à laquelle il n'était que trop fidèle : Ami de Dieu , ennemi des prêtres, et pour justifier cette devise, il faisait égorger sans pitié tous les malheureux moines catholiques qui tombaient entre ses mains. Après avoir été chassé du Palatinat par l'électeur de Bavière, et au moment où il se rendait en Hollande où l'appelait le stathouder, il reçut une blessure terrible qui (►bligea de lui couper un bras; mais telle était la force d'âme et de corps de ce forcené, que pendant cette douloureuse opération , il or-
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donna que toutes les trompettes de son armée sonnassent un air guerrier, afin que personne n'entendît ses eris, si la douleur lui en arrachait. Cependant cet homme intrépide ne succomba point à sa blessure, et tant qu'il vécut, il ne cessa pas un seul jour d'être animé d'une haine mortelle contre l'empereur.
Le comte deTilly au contraite était Bavarois et zélé catholique; il avait apprit le métier des armes sous le belliqueiix Maximilien de Bavière, et contribué par son courage et son hiibileté à ia ruine des protestans de Bohème. Brave jusqu'à la témérité, sobre jusqu'à s'imposer volontairement les plus dures privations , il n'estimait les richesses que pour les distribuer à ceux qui partageaient ses périls. Mais ces qualités honorables et rares chez un homme de guerre, mes bons amis, étaient ternies par un caractère dur et inflexible, par une cruauté froide et réfléchie, qui ne laissait pas même l'excuse de la colère aux barbaries qu'il exerçait envers les malheureux habitans des pays qu'il ravageait. Son extérieur même avait quelque chose de farouche etd eflrayant: c'était un homme de petite taille, maigre et d'un visage tout-à-fait repoussant : son long nez, son front large et ridé, sa moustache épaisse, lui donnaient plutôt l'air d'un brigand que d'un officier de distinction. Habituellement vêtu d'un habit de satin vert , taillé à l'espagnole , et coiffe d'un chapeau de feutre à haute forme surmonté d'un panache rouge , qu'il
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laissait flotter sur son épaule, il avait, dit-on, beaucoup de ressemblance avec le duc d'Albe, ce terrible persécuteur des Flamands, dont les cruautés, comme vous savez, avaient causé sous Philippe 11 la révolte des Pays-Bas.
Mais celui de tous ces fameux aventuriers sur lequel j'aurai bientôt le plus de choses à vous dire, c'était le comte de Wallenstein, noble Bohémien, qui , dès ses plus jeunes années, s'était voué au service de la maison d'Autriche. A la bataille de Prague, si fatale au palatin Frédéric, il avait décidé par son courage et ses talens militaires cette action importante, et mérité par ses exploits toute la confiance de Ferdinand. Enrichi par les largesses de l'empereur des dépouilles des infortunés proscrits de Bohême, il devint bientôt un des plus puissans seigneurs de ce royaume , se fit élever des palais à Prague et dans plusieurs autres villes, et reçut de ce monarque, en récompense de ses services , le titre de duo de Friedland.
Mais cette fortune prodigieuse, qui eût surpassé les espérances de tout autre capitaine, ne suJQ&sait point encore à l'ambitieux Wallenstein, et parvenu au comble des honneurs et de la richesse, il attendait avec impatiefnce une occasion favorable de s'élever au rang même des rois, qui seul pouvait contenter son esprit insatiable. Comblé des faveurs de son souverain, il aurait voulu devenir son égal ; par une bizarrerie singulière, et qui ne
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peut s'expliquer que par l'ignorance des temps où il vivait, tous les instans qu'il pouvait dérober aux graves affaires qui l'occupaient, il les passait auprès d'un astrologue italien nommé Séni, qu'il traînait constamment à sa suite, pour le consulter sur tout ce qu'il entreprenait. C'était sur les prédictions de ce charlatan qui feignait de passer les nuits à observer les astres , que Wallenstein s'était persuadé qu'il devait un jour porter une couronne, et c'est une chose vraiment remarquable que l'aveuglement de cet homme éminent pour une croyance ridicule, à laquelle personne aujourd'hui ne voudrait ajouter la moindre foi. Ainsi, mes bons amis, lorsque vous entendez dire de quelqu'un pour qui tout semble succéder au gré de ses désirs, « qu'il est né sous une heureuse étoile, » cela ne veut point dire, comme on pouvait le croire au temps où l'astrologie était en honneur, qu'une étoile ou l'autre a brillé au ciel au moment de sa naissance , mais seulement que des circonstances favorables lesecondent , et qu'il réussit dans tout ce qu'il entreprend.
Cependant la rigueur extrême que Ferdinand avait déployée contre le palatin Frédéric, et l'abandon qu'il avait fait des états de ce prince infortuné à l'électeur de Bavière , avait jeté l'épouvante parmi les protestans d'Allemagne, et l'union évangélique voyait avec effroi la puissance impériale prête à briser tous les obstacles qu'elle pourrait rencontrer à ses vues ambitieu-
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ses; mais ce qui acheva de pousser au désespoir ies princes luthériens et calvinistes, ce fut un édit, appelé l'Édit de restitution, par lequel l'empereur ordonna à tous les seigneurs protestansde restituer sans délai, à leurs anciens possesseurs, tous les monastères, les erres, les forêts, les châteaux, dont leurs aïeux s'étaient emparés du temps de la ligue de Snialkalde, et que l'empereur Charles-Quint leur avait permis de conserver.
L'édit de restitution, mes jeunes amis, devint pour l'Allemagne entière le signal de nouveaux troubles que les alarmes des protestans répandirent prompteraent dans toutes les provinces. L'union évangélique courut aux armes ; de nouvelles armées s'assemblèrent sous les ordres de Mansfeld et de Christian de Brunswick, et de toutes parts l'empereur se vit environné d'ennemis résolus de s'affranchir de la domination autrichienne.
Or, il faut que je vous dise que si Ferdinand avait osé exposer de nouveau sa couronne à une | si terrible tempête, il était enhardi, dans cette ! tentative périlleuse, par l'offre que lui avait faite Wallensteiri de lever et d'entretenir à ses propres | dépens une nombreuse armée impériale avec laquelle il s'engageait à faire respecter les volontés de l'empereur, quelles qu'elles fussent. Ferdinand, qui jusqu'alors n'avait dii ses victoires qu'aux armées de l'électeur de Bavière et de la ligue catholique, accepta cette proposition avec